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DE LA SOURCE INTIME DE LA SENSIBILITÉ

civilisation. Le bien-être excessif, le soin trop minutieux avec lequel on évite tout ce qui peut agir péniblement sur l’organisme et sur l’impressionnabilité nerveuse, l’analyse trop quintessenciée de certains sentiments, ont constitué, les médecins le savent, des états névropathiques spéciaux qui se révèlent par l’intolérance pour la douleur, par V irritabilité nerveuse, et par cette sorte de sentimentalisme factice qui est à la sensibilité vraie, naturelle et normale, ce que le masque est à la réalité.

Enfin, quant à ce qui regarde les professions et les influences physiques ou morales, personne n’ignore que certaines professions exaltent la sensibilité, et que d’autres la dépriment. On ne sera pas tenté, par exemple, de comparer le tempérament éminemment excitable de l’artiste, du poète, de l’homme de lettres, au tempérament du robuste travailleur de nos ca,mpagnes, pas plus qu’on n’établira de comparaison entre la sensibilité obtuse des Esquimaux et des peuples hyperboréens, et l’exquise sensibilité physique des nations intertropicales.

Voilà tout un ordre de faits qui sont dans le domaine des connaissances vulgaires. Il en est un autre que l’on admet aussi généralement sans trop s’en rendre compte, mais dont l’interprétation exige déjà une intervention plus spéciale de la science médico-psychologique. Le fait dont je veux parler est le suivant : Étant données les causes ordinaires de l’aliénation mentale, on observe (et l’attention a déjà été portée, sur ce phénomène dans la partie étiologique de cet ouvrage), on observe, disfje, que l’aliénation éclate le plus ordinairement à la suite de causes qui ont agi douloureusement sur la sensibilité physique et morale des individus. Ge résultat étonne les'individus qui en, sont les témoins, et qui,; étrangers aux notions médicales,, n’ont pas saisi l’enchamement successif de tous les phénomènes pathologiques qui ont amené la catastrophe finale. Ils ne peuvent concevoir que pour des causes futiles en apparence^ les malades se laissent doniiner par un. délire qui est l’expression des- plus grandes douleurs morales que l’ame humaine puisse endurer, puisqu’il se termine souvent par le suicide de ceux qui souffrent d’une situation aussi terrible.

Mais, pour l’interprétation de ce phénomène, il faut se rappeler que les facteurs les plus ordinaires des troubles nerveux étant les causes d’une nature douloureuse et déprimante, il est naturel d’admettre que la sensibilité morale des aliénés a été soumise à des épreuves qui ont développé dans le système nerveux de ces malades une irritabilité plus grande, et conséquemment une tolérance moins forte pour Y élément douleur. C’est surtout dans la période d’incubation de la folie que les causes productrices de cette sensibilité anormale agissent avec une intensité particulière. Je ne rappellerai pour mémoire que l’amour-propre et l’ambition

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