‹ Traité des maladies mentalesChapitre 120 sur 306 · DE SENS DU PLAISIR ET DE LA DOULEUR. — ANESTHÉSIE · texte numérisé non relu

DE SENS DU PLAISIR ET DE LA DOULEUR. — ANESTHÉSIE

froissés, les luttes contre la destinée, les injustices réelles ou imaginaires que l’on éprouve, les soucis, les désappointements cruels, les excès de travaux intellectuels ou autres, les chagrins de famille, les rnvers en général, les excès vénériens, l’onanisme. Toutes ces causes, dont j’ai longuement analysé-l’action dans la partie étiologique, agissent très douloureusement, et de longue main, sur la sensibilité nerveuse, avant que l’aliénation éclate. La preuve en est dans les lésions fonctionnelles éprouvées par l’individu destiné à devenir aliéné, dans le manque de sommeil, d’appétit, dans le développement de névralgies douloureuses, etc.

Existerait-il donc chez l’homme un sens spécial qui serait la source de cette sensibilité, ou, si l’on veut, de cette disposition à souffrir qui est plus ou moins développée chez les individus, selon les circonstances que je viens d’énumérer ? Pouvonsmous admettre l’existence réelle de ce sens en dehors, ou plutôt à côté de l’organe d’une force unique, supérieure, qui perçoit tous les phénomènes de la vie et qui les analyse?

Tout nous porte à croire qu’il en est ainsi, et, grâce aux expériences physiologiques auxquelles ont donné lieu dans ces derniers tempsles éthé^ risations si nombreuses qui ont été pratiquées, on a pu se convaincre, dit avec beaucoup de justesse M. le docteiir Michéa, que « \e sentiment tactile, que l’on confondait avec le sentinlent général de la sOufirancé, en était indépendant. En effet, un des premiers phénomènes dont on s’aperçut quand on expéiâmenta en France la découverte de Jackso^n, fut que le sentiment du tact pouvait exister alors que le sentiment de la douleur avait entièrement disparu. » Cette importante question de la sensibilité vaut bien la peine que nous la reprenions de plus haut dans ses raqiports avec les croyances des anciens physiologistes et avec ce que l’on admet plus communément aujourd’hui.

Aoesthésie. — « Àu xviiu siècle, dit M. le docteur Michéa (1), on ne savait rien d’exact en physiologie, sur la sensibilité générale, sur le sens du plaisir et de la douleur. Aux yeux de Haller, le chaud, le froid, le raboteux et le poli, le dur et le mou. Je sec et l’humide, étaient, avec les sensations de pesanteur, de prurit, de titillation, de chatouillement et de douleur, des modes fonctionnels d’un seul et même sens, celui du tact. Cet illustre physiologiste avançait une assertion plus erronée encore. 11 pensait que les nerfs autres que ceux de la peau ou de cei’taines muqueuses, quand ils se trouvent placés au contact des objets extérieurs, pouvaient transmettre au cerveau toutes les impressions fournies par le

(1) Voyez, dans la Gazelle hebdomadaire de médecine et de chirurgie, l’important travail deM. le docteur Michéa, intitulé ; De l’anesthésie de la douleur dans l’aliénation mentale, et de son influence pathologique sur certains modes de délire partiel.

Dü SENS QUI CRÉE LES ÉMOTIONS MORALES, tact : il soutenait, par exemple, qu’un nerf dentaire mis à nu par la carie sent avec une douloureuse exactitude la température chaude ou froide, la texture molle ou résistante, et jusqu’à la forme du corps en rapport avec lui.

» Cabanis essaya, le premier chez nous, continue M. Michéa, de réagir contre les idées de Haller, en appelant l’attention des physiologistes sur les sensations propres qui résultent de l’exercice des diverses fonctions viscérales, sensations qu’il appelle, sense^fons internes. Mais ce fut surtout en Allemagne que la réaction s’établit dans toute sa plénitude. En effet, à l’aide d’une analyse aussi lumineuse qu’approfondie, Reil démontra que la sensibilité générale, oii le sens du plaisir et de la douleur, n’avait rien de commun avec la sensibihté tactile. Il donna le nom de (sensation d’ensemble) (1) à ce sens du plaisir et de la douleur, inséparable de tout organisme vivant^; sens intérieur, vital par excellence, sans lequeH’homme n’aurait aucune idée de l’intensité variable de ses forces physiques dans les actes de la respiration, de l’excrétion, de la Contraction musculaire, etc. : car c’est la cénesthésie qui nous avertit sans cesse des changements ou états successifs que subissent nos organes, qui nous fournit la notion première de l’existence de notre propre corpSi Si l’on pouvait trouver, dit Réil, un animal qui fût privé de tout organe des sens externes, cet animal aurait encore, au moyen de la cénesthésie, quelque sensation plus ou moins obscure de son existence. »

Mais si les conditions physiologiques de la vie impliquent l’existence dfon appareil organique, d’im sens intérieur, si l’on veut, qui est la source'' de la sensibilité générale, pourquoi n’admettrait-on pas aussi l’existence d’un sens psychique, qui, d’après M . Guislain, crée chez l’homme ces deux situations de son être qu’il désigne par les mots bonheur, malheur?

Sens aflPectîf, émotif. — Le savant auteiiT que je cite déduit avec beaucoup de logique de l’existence de ce sens moral et de son exercice, les tendances qui dirigent l’humanité dans ses instincts les plus divers,

(1) Cénesthésie, de -/.ctshi, çominuii, et o'/taôriffi?, faculté de sentir ; des

Allemands. C’èst, lit-on dans le Diclionnaire de Nysten, article Cénesthésie, « le nom donné par Reil à l’espèce de sentiment vague que nous avons de notre être, indépendamment du concours des sens,^ et dont quelques physiologistes ont voulu faire un sixième sens, sous le nom de sens,' de l’existence, ou cénesthésie. Ce n’ést que la notion de notre existence fournie par l’ensemble des sensations que nous éprouvons en un moment donné, et se succédant, tantôt sous un mode (sensations externes) , tantôt sous un autre {sensations internes), tantôt agréable, tantôt pénible ; ce qui fait que nous cherchons à prolonger ou à multiplier lès sensations agréables, afin que le sentiment de l’existence soit tel, mais sans que pour cela nous éprouvions une sensation d’espèce particulière. »

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