‹ Traité des maladies mentalesChapitre 121 sur 306 · SENS AFFECTIF, ÉMOTIF · texte numérisé non relu

SENS AFFECTIF, ÉMOTIF

depuis l’amour de Dieu et des choses divines jusqu’à l’amour du bien, du beau, des richesses et du plaisir. 11 donne'à cette sensibilité la qualification d’affective. Il nomme son facteur le sens affectif. 11 se plaint, avec juste raison, que nous ne trouvions pas dans notre langue un, substantif qui désigne ce/ife natwe impressionnable de notre moral qu’Ennemoser dit être la source mystérieuse des forcés de notre âme, et que l’attribut en question est toujours indiqué par des locutions ayant trait à des phénomènes qui ne sont pas ceux qu’il importe de constater (1).

C’est le sens qui crée^les émotions^ le sens émotif, et dans une lettre à M. le docteur Longet, M. le docteur Cerise s’est servi du mênie terme pour désigner le phénomène moral qui nous occupe.

Les Allemands désignent ce sens sous le nom de Gemüth, et. le terme de Gemüths-Krankheiten, maladies ou troubles du sens émotif,.'est pour eux synonyme de Seelen-Krankheiten, maladies ou troubles de l’intelligence, del’ âme, aliénation. ■ , ' , , :

Ainsi, pour mieux faire comprendre en quoi ce sens moral dont nous parlons est la source de la/oeeet delà dowZewr, M. Guislain analyse rapidement certains faits qui sont exposés par lui avec une précision et un à-propos qui nous font un devoir de les reproduire :

« Le Gemüth, le sens affectif, émotif, est excité chez la. personne qui

(1) Guislain, ouvr. cit., t. Il, p. 122,. Pinel avait déjà fait la juste remarque que la langue française n’est pas riche pour exprimer les diverses vésanies. Les races germaniques possèdent le mot en question, dit M. le docteur Guislain. L’allemand a le Gemüth. La langue flamande, la langue hollandaise ont l’équivalent de ee mot, le Gemoed. Les Anglais le "confondent généralement avec moral. C’est pour ainsi dire l’awmMS des Rontiains, le t/iMmos des Grecs. Heinroth, qui a écrit de si admirables pages sur le sens moral, dit: Ce sens est, quelque nom qu’on veuille lui donner, la disposition intérieure de . l’homme {inhere Emfânglichleeil)-pour la joie et la douleur.

Cette disposition intérieure {cénesihésie pour l’impressionnabilité phÿsique, sens émotif pour l’impressionnabilité morale) est une chose tellemerit frappante, que quelques physiologistes allemands, et des plus distingués, pour ne citer que Klencke et Carus, ont été jusqu’à, supposer qu’il y a entre les divers systèmes organiques et les fonctions psychiques un rapport de corrélation qui a porté ces auteurs à conclure que tout organe avait sa signification intellectuelle et psychique (seine psychische Signatur) . Et puis, vdÿohs encore ce que nous apprend la langue des peuples. Le coeur et les entrailles seront toujours, aux yeux du vulgaire, le siège des sentiments. Les physiologistes auront beau faire,- la tendance de l’esprit humain est délocaliser invariablenient les passions dans des organes privilégiés. Les grands maîtres du langage et des idées n’échappent pas à cette tendance, pour ne pag dire à celle erreur. « Lorsque Dieu forma le cœur et les entrailles de l’homme, dit Bossuet, il y mit primitivement la bonté, comme le propre caractère de la vie divine... » C’est toujours d’après la même croyance que lés anciéiis disaient : Homines splene rident, jecore amant, corde sapiunt. C’est aussi pour së servir du même langage que Carus dit que Herz (cœur),- et Müth (courage), sont synonymes.

DU SENS QUI CRÉE LES ÉMOTIONS. MORALES, s’indigne à l’idée d’un acte d’injustice ; il l’est chez celui qui est mû par le sentiment de la commisération et de la bienveillance : on dit qu’il en est tout ému.

» Il se reconnaît dans le chagrin que l’on comprime et dans la joie qui éclate. Il est dans la loyauté, dans rhonnétetéi II se découvre dans l’amoùr du bien... .. n est au fond de ce que nous fait éprouver tout ce qui nous est cher. On le représente sans cesse dans les drames, dans les tragédies. . • ■

)) lA Gemüth fait couler des larmes de tristesse, de joie, d’admiration, d’enthousiasme. On le retrouve dans la douleur d’une mère à laquelle la mort vient de ravir son enfant, dans les angoissés de l’homme qui a perdu son honneur et sa fortune, dans l’agitation delà, jeune femme que le mariage a plongée dans l’infortune'.

» Jele rencontre dans l’indignation qui s’empare de moi à la vue dHm vieillard à qui l’on manque de respect. ... Je reconnais ce sens quand j’entends le récit d’un fait héroïque,, d’un aete charitable, quand dans une circonstance solennelle je vois de jeunes enfants recevoir la palme de la vertu et du travail intellectuel, des hommes recevoir la bénédiction paternelle, la foiile' se presser autour d’un prince qu’elle aime, le chrétien prier devant l’image du Sauveur. ' -

» J’éprouve dans toutes ces situations je ne sais quel frémissement d’éntraillés, quelle strangulation de là gorge, quelle sensibilité dans les yeux, quel serrement de cœur, quelle , commotion intérieure vive et profonde qui retentit dans ce que l’on nomme le centre ■phrénique-{\) ..)•> ] ■ Pour terminer ces considérations générafes destinées à nous faire comprendrè le phéhomèné douleur,, et à- nous faire apprécier le phénomène anesthésie et hyperesthésié lés' maladies nerveuses, j’ajouterai qu'en dehors des élément^ générateurs de la sensibilité que nous avons déjà dtés, les chagrins, l’éducation, les, mœurs, les habitudes, le sexe, le milieu social, lo climat, etc,, il faut encore faire la part de l’âge de l’individu. Il est évident que ce que l’on appelle impressionnabilité est un sentiment plus développé à certains âgés qu’en d’autres, et que toutes les fois qu’une impressionnabilité excessive est signalée chez les enfants, on peut considérer ce phénomène comme ayant une grande portée pathogénique.

« A dater de la puberté, dit toujoui’S notre auteur favori, l’évolution de l’impressionnabilité s’annonce par une excitabilité phrénique spéciale. .... Chez l’homme, elle paraît diminuer dès qu’il a passé l’adolescence. L’enfant pleure, rit, s’effraye pour le motif le plus frivole; mais à la puberté, cette

(1) Guislàin, c«7., t. II, p. T2o,

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