‹ Traité des maladies mentalesChapitre 124 sur 306 · DOULEUR, — EXALTATION DE LA SENSIBILITÉ. — SUICIDE · texte numérisé non relu

DOULEUR, — EXALTATION DE LA SENSIBILITÉ. — SUICIDE

les faits et gestes des amis et des inconnus. Cette interprétation fausse, erronée, délirante, imprime une nouvelle activité à l’élément douloureux qui imprègne tout leur être, et rien n’est plus commun, dans des cas de ce genre, que de voir l’intelligence au service d’impressions sensoriales maladives, les transformer en un phénomène d’un ordre spécial si connu sous le nom & hallucination^ et que je vais décrire dans un instant.

Ce que je dis de l’influence de l’idée comme générateur de la douleur chez les hypochondriaques, s’applique également à l’émotion vive^ instantanée, terrifiante, éprouvée par les natures impressionnables et nerveuses; j’en ai cité des exemples dans'la partie étiologique de cet ouvrage. La même réflexion èst propre à l’élément passionnel ,' et lorsque les situations où la douleur physique et la douleur moralè agissent dans la simultanéité de leur action se prolongent, les conséquences sont faciles à prévoir. Il se manifeste dans hêtre souffrant une série d’idées délirantes et d’actes de même nature qui se comihandent et s’enchaînent successivement, et correspondent à autant de modifications organiques. Enfin, ces modifications finissent par constituer la maladie nerveuse, et alors la scène change, et des phénomènes de sensibilité d’uh ordre nouveau se présentent à l’observation. -

Parmi ces actes, le plus elfrayant, le plus, instantané parfois, est le suicide : on ne saurait croire avec quelle facilité, dana certaines circonstances, les malades mettent un terme à leur douleur physique et morale par la mort volontaire. Toutefois V instantanéité esXlmeü lova, d’être la règle universelle. J.-J. Rousseau avait déjà dit que Ton ne se tuait pas pour les douleurs de la, goutte ; et le plus ordinairement les aliénés, malgré leurs douleurs physiques, luttent longtemps contre ce funeste qienchânt. Ils en font l’aveu pénible à tout le monde, parents, amis, inconnus. Ils implorent souvent, dans les termes les plus touchants, la commisération et l’appui de ceux qu’ils supposent pouvoir leur venir en aide. -

« La douleur-physique qui conduit souvent à la lypémanie et àThypochondrie, dit Esquirol, porte au suicidé; elle altère les sensations, cou-centre l’attention, abat le courage, prive de la raison en agissant sur la sensibilité à la manière des passions; mais son action est plus lente que celle de la douleur morale, et provoque plus rarement le meurtre de soimême. »

Examinons rapidement les diverses Circonstances psychologiques dans lesquelles la douleur se produit dans les maladies nerveuses.

On peut dire d’une manière absolue qu’il n’existe pas d’affection nerveuse qui, dans une de ses phases déterminées, ne nous présente le double

LEURS RAPPORTS AVEC LES CONDITIONS MALADIVES DE l’oUGANTSME. SI 7 phénomène de la douleur et de l’alternance avec l’insensibilité. C’est ce que l’on peut observer jusque dans l’hystérie, où la perte de la sensibilité est sans contredit un des faits que l’on observe le plus fréquemment. Chez une jeune hystérique, recueillie dans le service de M. Piorrÿ, il se développa une tympanite énorme, et la peau de l’abdomen devint d’une sensibilité telle, que la malade ne pouvait supporter même le contact de sa chemise et que la moindre secousse amenait des douleurs effroyables. Toutes les médications employées en pareil cas firent bien disparaître quelques-uns des symptômes de la maladie, mais la tympanite et l’hyperesthésie de l’abdomen résistèrent à tous les moyens mis en usage,- et elles existèrent plus de cinq mois après l’entrée de la malade à l’hôpital. [Urdon médicale àn '

J’ai vu, pour ma part, de nombreux spécimens d’exaltation de la sensibilité chez les hystériques, mais la mobilité extrême des sensations chez ces malades m’a presque toujours permis de leur venir efficacement en aide dans de pareilles occurrences. Et ici encore, comme dans toutes les maladies nerveuses, faut-iT tenir compte de la période dans laquelle se développe le phénomène de la sensibilité exaltée ou diminuée; il importe de faire la part du mode d’action de la cause et, finalement, des lésions pathologiques du système nerveux. Nous verrons, à propos du traitement de la folie hystérique, par exemple, Tju’il est telle ou telle période de l’affection où les phénomènes d’anesthésie et d’hyperesthésie sont plus difficiles à combattre.

, Dans les différentes intoxications chroniques par l’alcool j l’opium, le plomb, le mercure, les contractions les plus douloureuses, les sensations les plus pénibles assaillent les individus à telle ou telle période de leur intoxication. C’est surtout chez les fumeurs d’opium que ce phénomène se fait remarquer; à leur réveil, ils ont dans la i)ouche la sensation d’une grande sécheresse, d’un feu dévorant, et ils ne peuvent calmer /ewrs souffrances qu’au moyen de nouvelles doses d’opium. Interrompent-ils leurs habitudes, ils sont comme anéantis, éprouvent des syncopes, et il s’établit chez quelques-uns des pertes séminales. Veulent-ils cesser complètement de fumer, il surgit alors un ordre de phénomènes tout à fait spéciaux. Ils ressentent comme la sensation d’wn /'m'c? glacial , ils se plaignent de douleurs intolérables dans toutes les parties du corps (f ).

J’ai pareillement cité les phénomènes d’exaltation de la sensibilité que l’on observe chez les individus dont la constitution est épuisée par une

il) Voyez le Traité des dégénérescences, etc., chap. II : Dégénérescences dans leurs rapports avec l’intoxication produite par différents agents du règne végétal : hachisch, opium, lafcac, etc., p. 141 à 170.

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