EXEMPLES. — DÉDUCTIONS PATHOLOGIQUES ET PHYSIOLOGIQUES
D’un autre côté, on a vu, il est vrai, quelques-uns de ces malades avaler les choses les plus hétérogènes. J’ai cité le fait d’un aliéné dans l’estomac duquel j’ai trouvé un bondon de tonneau enveloppé de linge, qui y avait séjourné pendant plusieurs mois sans inconvénient apparent. On en voit qui dévorent les aliments les plus indigestes, qui ingèrent dans leur estomac des pierres, delà terre, du verre pilé, des débntus àe toutes sortes. Tous les journaux ont relaté le fait de cet idiot dans la vessie duquel un fragment de bois a pu séjourner assez longtemps, sans que la présence de ce corps étranger ait déterminé aucun accident.
Je n’ai, à ce propos, qu’à rappeler les considérations générales que j’ai émises sur les phénomènes d’hyperesthésie et d’anesthésie chez les aliénés. Il est évident que, dans certaines circonstances, les organes internes participent de ces états d’exaltation et d’insensibilité, mais on aurait tort de généraliser le phénomène. Il ne se produit que dans des circonstances déterminées, dans des situations intellectuelles spéciales et sous l’influence de modifications organiques particulières. L’expérience de tous les jours nous prouve au contraire que les douleurs, les névralgies des organes internes ressenties par la plupart des aliénés dans la période d’incubation de leur mal, sont augmentées non-seulement par une alimentation de mauvaise nature, mais encore par certains médicaments qu’on leur fait prendre sans discernement de leur situation. Les anciens, qui ont attribué à la bile un rôle si important, avaient sans doute raison de supposer que l’exagération ou l’altération des liquides sécrétés par l’économie n’étaient pas sans influence dans la manifestation des idées délirantes. Mais ce que j’ai à dire sous ce rapport trouvera sa place plus naturelle dans l’exposé des symptômes que nous fournit la nutrition, et nous allons nous occuper maintenant d’un ordre de phénomènes qui se rattachent à ce que nous avons dit de l’hyperesthésie et de l’anesthésie, ainsi que des sensations internes douloureuses : je veux parler des illusions et des hallucinations chez les aliénés.
§ VXII. — Illusions , hallucinations.
Ce que j’ai dit des sensations internes chez les aliénés et de la manière dont leur intelligence en délire interprète les sensations internes qu’ils éprouvent, va nous aider à comprendre le phénomène de Yillusiqn et de Y hallucination.
Que faut -il entendre par illusion et par hallucination? Quelles sont les différences qui existent entre ces deux phénomènes? A quel ordre de lésions nerveuses doit-on rapporter la manifestation de ces phénomènes?