DES ILLUSIONS ET DES HALLUCINATIONS
Quelles sont les variétés de troubles intellectuels où l’on observe le plus fréquemment les illusions et les hallucinations? Est-il toujours facile de distinguer chez les aliénés les illusions et les hallucinations? Quelle est la valeur pathologique de ces perturbations sensoriales? Sont-elles fixées à un ou à plusieurs sens? en d’autres termes, sont-elles générales ou partielles? Quelles sont les facultés intellectuelles les plus compromises dans la production de l’état hallucinatoire? L’hallucination est-elle compatible avec l’existence de la raison ? Telles sont les importantes questions que je vais aborder, évitant, autant que possible, de me placer sur le terrain des théories que l’étude de ces phénomènes a fait surgir dans les temps modernes, et me limitant dans les bornes que prescrit à son auteur un traité élémentaire des affections nerveuses. Toutefois le sujet est important, et je ne puis le traiter superficiellement. C’est dans l’intelligence, des phénomènes, hallucination, illusion, que gît l’explication d’une foule d’idées délirantes et d’actes de même nature chez les aliénés. L’étude de la folie, la connaissance du traitement, seraient choses incomplètes, si l’on ne se faisait une notion exacte des troubles du système nerveux qui produisent de ces étranges phénomènes.
C’est Esquiroî qui le premier a, posé une ligne de démarcation entre rillusion et l’hallucination. Dans l’illusion, iLy a impression sensoriale, tandis que l’hallucination se produit en l’absence de tout objet sensible. La différence entre les- deux phénomènes est tracée de la manière suivante par Esquiroî ; je cite ses propres paroles :
ce Un homme qui a la conviction intime d’une sensation actuellement perçue, alors que nul objet extérieur propre à exciter cette sensation n’est à portée de ses sens, ast dans un état d’hallucination : c’est uyi visionnaire. Les aliénés croient voir, entendre, sentir, goûter et. toucher, alors que les objets, extérieurs ne sont point à la portée de leurs sens et ne peuvent actuellement les impressionner. Ce symptôme est un phénomène intellectuel, cérébral, les sens ne sont pour rien dans sa production; il a heu quoique les sens ne fonctionnent pas, et même quoiqu’ils n’existent plus (l). Ainsi, il est des. sourds qui croient entendre, des aveugles qui croient voir. Les anciens n’avaient observé ce symptôme que relativement aux souvenirs des sensations de la vue, ils lui avaient donné le nom, de vision ; mais l’analyse de la pensée chez les aliénés, car les aliénés pensent et raisonnent, prouve que le même phénomène a lieu relativement aux sensations anciennement perçues par l’odorat, le goût, le toucher, aussi
(1) Pour que l’objection soulevée ici par Esquiroî eût une valeur absolue, il faudrait pouvoir constater que le nerf optique a été détruit dans sa racine cérébrale même, ce qui est impossible, comme on le conçoit facilement.