ILLUSIONS ET HALLUCINATIONS DES ALCOOLISÉS
SOUS l’influence de ces intoxications, une aptitude singulière à délirer et à percevoir des illusions, même en dehors de l’ingestion des substances ébriantes. Aussi les illusions et les hallucinations des individus abrutis par des habitudes aussi pernicieuses ne peuvent-elles plus se distinguer dès phénomènes de même nature que l’on observe chez les aliénés, et les folies furieuses dont ils sont atteints évoquent les mêmes illusions étranges et les mêmes apparitions terrifiantes.
J’en dirai autant des individus soumis à l’intoxication alcoolique. Dans le principe de cette détestable passion, il. n’est pas rare de voir se produire des lueurs comme phosphorescentes qui présentent les formes les plus fantastiques. Mais sous l’influenœ de l’habitude et du retour périodique des mêmes phénomènes, la situation se complique. Alors on voit surgir, chez les malades de cette triste catégorie, des hallucinations d’un ordre spécial . Leur sommeil fugace est interrompu par des rêves effrayants; ils voient des objets hideux, des figures menaçantes, des animaux imruondes de toutes sortes dont ils cherchent à se garantir en étendant les bras, en se cachant le visage. Il peut arriver aussi que, préoccupés exclusivement du danger qu’ils supposent les menacer , ils se précipitent sur leurs parents et leurs amis, et les immolent à leur aveugle terreur. Dans la période où les alcoolisés éprouvent des formications dans les jambes, il peut encore survenir qu’ils se laissent illusionner à la façon des hypochondriaques. Un aliéné, victime de ses excès alcooliques et atteint de formication dans ses extrémités inférieures, suivait ordinairement avec une sorte de niaise inquiétude les mouvements d'un chat qui^ en grimpant le long de ses jambes, lui enfonçait ses griffes dans les chairs. Dans le paroxysme de la douleur, l’illusion devenait complète, et Je malade sè serrait violemment le scrotum, croyant s’être emparé de l’animal.
Les illusions et les hallucinations chez lès alcoolisés se produisent pour ainsi dire spontanément, automatiquement, et sans que l’imagination intervienne dans la production du phénomène. Je désire fixer l’attention sur ce point, afin de faire ressortir encore une fois la pensée qui rn’â guidé dans ma classification des maladies mentales. Ce n’est pas seulement, en effet, la folie prise, dans son acception -la plus générale qui est en rapport avec la cause génératrice, mais dans la folie même il est tel ou tel symptôme qui se reproduit invariablement, nécessairement, chez tous les individus soumis à une même cause, à un même ordre de lésions. Nous avons vu ce qui se passait chez, les hypochondriaqùes à propos de leurs illusions internes ;' nous voyons ce qui arrive chez les individus soumis à l’action des substances intoxicantes.
Enfin, pour compléter ce que j’ai à dire sur la production de certaines