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HALLUCINATIONS DE LA VUE. — OBSERVATIONS

mentaires (i), nous pouvons citer les apparitions de gerbes de feu, de corps lumineux, brillants, qui font croire à quelques hallucinés qu’ils entrevoient la majesté divine, la demeure resplendissante des bienheureux, ou le séjour des flammes éternelles, selon la nature des idées qui les dominent, ou selon les dispositions de leur esprit ou les tendances antérieures de leur intelligence. D’autres fois, ce sont des fantômes, des spectres hideux, des animaux immondes qui effrayent leurs regards. La persistance et l’uniformité de certaines hallucinations delà vue, dans quelques situations maladives, est chose remarquable, ainsi que je l’ai déjà fait observer à propos des phénomènes produits par diverses intoxications. Mais, en dehors de celte cause, on a observé le même fait dans divers états pathologiques, sans préméditation de l’intelligence, si je puis m’exprimer fdnsi. J’ai vu, daris la période de convalescence de la fièvre typhoïde, se produire des hallucinations avec la plus grande spontanéité. Une jeune femme que j’ai soignée pour une maladie avec tendance au suicide, a vu, à la lin de sa fièvre typhoïde, un spectre couvert d’un voile blanc, se dessiner sur le mur de sa chambre. Ce spectre n’a paru qu’une fois et n’a pas parlé; mais l’effet a été profond, presque irréparable, et c’est à dater de ce moment que des idées de désespoir s’emparèrent de la jeune malade. Une de nos paralysées générales, arrivée à une période de rémission qui la fit considérer comme guérie par sa famille, m’affirmait que, dans la phase initiale de son mal, elle voyait constamment dans le fond de son jardin un homme sans tête, Elle se dirigeait hardiment vers l’endroit de l’apparition, et le fantôme s’évanouissait. Elle ne disait rien de cela à sa famille, craignant qu’on ne la fît passer pour folle. Cette femme ajoutait avec beaucoup de bon sens et de logique, que le premier essai qu’elle ferait de ses forces intellectuelles en rentrant chez elle, consisterait à se placer dans le même milieu où l’apparition se montrait jadis à ses regards, L’absence ou la présence du fantôme devaient, disait-elle, faire juger si la guérison était solide.

Pden de si complexe que les hallucinations de la vue, quoique réduites à la sphère d’un seul sens. Elles forment alors tableau, selon l’expression très heureuse de M. Falret. « Plusieurs personnes, plusieurs objets sont groupés et réunis selon l’ordre logique. Les éléments du tableau, ajoute M. le docteur Falret, semblent s’attirer, selon le caractère particulier de

(1) Il ne faut pas prendre ici le mot élémentaire comme devant se rapporter à l’affection nerveuse de l’halluciné, et devenir la base d’un pronostic. Des aliénés à forme maladive très complexe peuvent n’avoir que des hallucinations élémentaires, et réciproquement. Je ne veux faire allusion ici qu’aux éléments plus ou moins complexes qui constituent le phénomène hallucinatoire, et aller ainsi du simple au composé.

DES DIFFÉRENCES ENTRE l’haLLUCINATION ET LE RÊVE.

l’apparition. C’est ainsi qu’un ascétique plein d’imagination ne verra pas seulement le Fils de Dieu, il verra en même temps un nuage, une croix, des anges et toutes les choses qui forment le cortège d’une telle apparition chez un homme qui connaît la religion chrétienne. » (Falret, ouvr. cité, p. 157.) J’ai connu des aliénés guéris qui, à propos d’hallucinations de ce genre faisant tableau, m’ont donné des relations à peine croyables,. s’il ne leur en était pas resté un souvenir si puissant/ qu’ils étaient capables de décrire dans les moindres détails les scènes dont ils avaient été les témoins. Mais il est une chose remarquable, c’est que les personnages de ces scènes grandioses sont ordinairement muets, et il arrive bien rarement que l’hallucination de l’ouïe ait lieu en même temps que l’hallucination de la vue. Des souvenirs aussi vivants suffisent pour distinguer l’hallucination du rêve, dont les impressions s’effacent vite, et dont il nous est le plus souvent impossible de reproduire les détails, bien que, cependant, le sommeil ne soit pas une fonction passive, et que pour le produire/ l’organe cérébral, comme dit Cabanis, entre dans une véritable action (1).

(I) On s’est beaucoup occupé, dans ces derniers temps, des analogies du rêve et de la folie. J’aurai occasion d’en dire quelque chose, à propos du sommeil chez les aliénés. Je dois faire observer, néanmoins, que ce système des analogies n’est passans danger pour la véritable intelligence des faits pathologiques. Il tend, en outre, à obscurcir les notions que nous devons déduire de la différence des phénomènes dans tel état physiologique ou dans tel autre. On sait que le sommeil, comme dit Cabanis, est par lui-même un état de repos où les organes des sens ne reçoivent plus d’impressions, où le système sensitif tout entier semble vouloir se dérober à celles qui ne sont pas indispensables pour le maintien de la vie, où la pensée enfin est le plus souvent suspendue. Mais cependant on ne peut admettre,' en raison même de l’activité du cerveau, que le sommeil soit une fonction tout à fait passive. On sait avec quelle vivacité le rêve reproduit les inipressions de la veille chez les hommes fortement préoccupés d’une œuvre d’imagination, chez ceux encore qui sont sous le poids d’une émotion douloureuse. Tous les auteurs ont cité le rêve célèbre de Tartioi qui entendit parfaitement le diable reproduire sur son violon la sonate dont la composition l’avait tant préoccupé dans son état de veille, et qu’il n’avait pu achever. Les exemples de ce genre sont nombreux. Néanmoins, entre l’état de rêve et l’hallucination, il y a de notables différences.

■ ( Le rêve, dit M. le docteur Falret, est un état dans lequel le monde intérieur prévaut sur le monde extérieur; celui-ci est comme s’il n’existait pas. L’esprit reste en présence de ses manifestations anciennes sans éprouver le besoin de les rapporter à la source première d’où elles émanent ; aussi ne reconnaît-il ni le temps, ni les lieux, tant il est absorbé dans la contemplation des images qu’il reproduit. Dans l’hallucination, au contraire, l’esprit, au lieu de se replier sur lui-même, se retourne en quelque sorte vers le monde, extérieur, et ce retour est un des aliments les plus essentiels de l'hallucination. Il est une autre différence plus saillante encore qui distingue l’aliéné de l’homme qui rêverait tout éveillé,; c’est que, le plus souvent, les hallucinations des aliénés se bornent à un sens, à un objet ou aune série identique d’objets. Dans les rêves, au contraire, la

HALLUCINATION DE l’OüÏE. — OBSERVATIONS.

Dans d’autres circonstances, et l’observation des maladies nerveuses en fournit des milliers d’exemples, l’impression ressentie par le malade peut être si vive, que le phénomène hallucinatoire se traduit immédiatement sous une forme aiguë, persistante et des plus inquiétantes parfois au point de vue du pronostic. Une jeune fille, à l’époque de sa menstruation, vit brûler la maison de son père. Dans le délire de terreur qui s’empare de sa personne, dit le docteur Sinogowitz auquel j’emprunte ce fait, elle veut se précipiter dans les flammes. L’hallucination devient permanente; elle est obsédée par les lueurs d’un incendie qui brille incessamment à ses yeux. Elle est en proie à l’exaltation la plus vive, et croit que ses parents sont destinés à être brûlés; elle-même ressent les ardeurs d’un feu intérieur qui la dévore, et succombe le vingt et unième jour, en proférant sans interruption les cris : « Au feu! au feu! (1). »

Hallucinations de l’ouïe. — Les aliénistes pensent assez généralement et justement, que les hallucinations de l’ouïe sont constamment les plus fréquentes, en raison des innombrables rapports qui existent entre la pensée et, son expression par la parole. J’ai eu soin de décrire l’enchaînement successif des divers phénomènes pathologiques, tels que l’hyperesthésie du sens de l’ouïe, la tendance aux interprétations maladives, qui forment en règle ordinaire la période d’incubation de l’état hallucinatoire de l’ouïe. Ce n’est pas à dire que sous l’influence de certaines situations pathologiques, ou d’une forte contention ou excitation de l’esprit, le phénomène ne puisse avoir lieu d’une manière pour ainsi dire instantanée. L’existence des hommes célèbres nous fournit une multitude d’hallucinations de la vue et de l’ouïe ; je vais dans un instant ramener ce fait à sa véritable interprétation.

Mais pour ce qui regarde les aliénés, l’expérience nous apprend que s’il existe chez eux des hallucinations de l’ouïe en rapport avec l’état aigu, ce phénomène est le plus ordinairement l’indice d’un état chronique, et qui offre une incontestable gravité quant au pronostic. Les individus à prédominance du délire des persécutions, surtout, sont singulièrement

perception fantastique des choses absentes ne saurait être prévue ; elle s’otfre au hasard, sans continuité et dans le domaine de tous les sens. » (Falret, Leçons cliniques de médecine mentale, Tç. \18.)

(I) Ce fait rappelle une hallucination citée par M. Baillarger, et dans laquelle la mémoire de la sensation éprouvée intervient aussi et détermine la mesure du phénomène délirant. Dne femme avait été terrassée par un pot de fleurs qui lui était tombé sur la tête. Quand, après quelques jours de stupeur, elle eut repris ses sens, elle chercha autour d’elle les fragments du pot brisé, et s’étonna de ne pas les trouver. Cette hallucination si pénible du touchér et de l’ouïe se répéta dix, quinze, vingt fois par jour, et chaque fois avec les mêmes circonstances.

360 CONSÉQUENCES FATALES DES HALLUCINATIONS DE l’oUÏE.

tourmentés par des voix qui ne leur adressent que des injures ou des menaces, et que ces aliénés attribuent à des individus avec lesquels ils entretiennent des colloques interminables. On observe, plus rarement que pour la vue, des hallucinations complexes de l’ouïe et faisant tableau, comme serait, par exemple, un concert de voix célestes, les harmonies des anges et autres impressions grandioses. Ce phénomène ne se rencontre guère que dans les cas d’extase religieuse, et le plus ordinairement l’hallucination de l’ouïe est en rapport avec des sensations d’une nature pénible et des souvenirs douloureux.

Les hallucinés par l’ouïe, en raison des voix qu’ils entendent et des ordres qui leur sont intimés par des puissances supérieures, sont souvent entraînés à des actes déplorables avec une instantanéité effrayante ; de là une source de grands dangers pour eux- mêmes ou pour les autres. Une infinité de suicides et d’homicides chez les aliénés ne reconnaissent pas d’autres causes. Il existe néanmoins, dans cette triste situation maladive, un phénomène d’antagonisme qui peut conjurer bien des périls, et que j’appellerai le phénomène de la double voix. Un aliéné entend une voix qui lui intime de faire une chose mauvaise, et une autre qui le lui défend. « Mes mauvaises voix entraînent , mes bonnes voix me retiennent, » me disait une fename qui, dans son délire, croyait être sous l’influence de l’obsession démoniaque, « Il ÿa longtemps que je me serais détruite ou que j'aurais tué .quelqu’un, répétait une autre aliénée, si la voix de mon bon ange ne mea” courageait à souffrir. y) Ce phénomène est plus commun qu’on ne pense, mais le plus ordinairement il passe inaperçu. On peut l’observer néanmoins chez beaucoup d’aliénés, et le malade halluciné- qui nous a servi de type éprouvait ce dédoublement. Parfois le fait se révèle d’une façon saisissante, ainsi que je l’ai vu chez une aliénée, une vieille demoiselle d’un caractère très doux et d’une grande religion. Cette femme, qui, le plus ordinairement, était calme, tranquille et d’une excessive prévenance pour tout le monde, se livrait subitement à de violentes exacerbations. Alors on la voyait se boucher vivement l’oreille gauche, se frapper cruellement ce côté; d’autres fois elle riait aux éclats, puis se levant avec vivacité, elle sortait dans les cours, parlait et gesticulait, en proie à une vive excitation. Ces actes, incompréhensibles pour quiconquè n’aurait pas étudié la nature intime du phénomène, s’expliquaient par l’hallucination à double ■voix. A gauche, existait un démon lascif, espiègle, qui tantôt faisait à cette des p'ropositions impures, l’incitait à des actes déshonnêtes, et tantôt se livrait aux excentricités dé son humeur joviale en lui racontant des choses plaisantes qui provoquaient chez elle une grande hilarité. Le plus ordinairement, elle restait neutre, pour me servir de son expression ; son

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