SYMPTÔMES FOURNIS PAR LES FONCTIONS INTÉRIEURES OU ASSIMILATRICES
§ I®''. — Considérations préliminaires.
Je ferai précéder par une réflexion générale ce que j’ai à dire sur les symptômes fournis par les fonctions intérieures ou assimilatrices. Ces symptômes sont différents selon le genre de l’état névropathique dont est affecté le malade. On conçoit parfaitement que si les idées et les actes des aliénés varient d’après le genre de la folie, il doit èn être de même des fonctions intérieures ou assimilatrices. Il existe sous ce rapport des caractères communs à , tous lès individus qui souffrent dans la sphère de leurs fonctions nerveuses ; il en est de particuliers à telle ou telle catégorie d’aliénés. Je ne manquerai pas de produiiœ ces derniers dans la description spéciale des diverses formes d’aliénation. Je n’ai l’intention en ce moment que de donner les caractères généraux, fixes et permanents des
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perturbations qui existent dans les fonctions internes ou assimilatrices chez les aliénés (1).
§11. — Digestion. Sécrétions. Indications symptomatiques déduites de l’analyse
de l’urine et du sang chez les aliénés. Circulation. Respiration. Sommeil.
Digestion. — Trouble de cette fonction dans les nécroses en général^ et anomalies dans les formes particulières de la folie. — Les auteurs qui se sont occupés des névroses en dehors de la spécialité des maladies mentales ont eu soin de fixer l’attention sur les troubles du système digestif. Dans la description des maladies nerveuses générales., M. Sahdras fait ressortir les anomalies qui existent sous ce rapport dans différents états nerveux qui ne sont souvent que la période initiale de la folie. Voici les principaux désordres notés par l’auteur du Traité pratique des maladies nerveuses. 1" Sécheresse, aridité de la bouche. Impossibilité de la mastication, soit par suite d’un état de constriction, de spasme dans quelques cas, soit par suite de la présence de névralgies douloureuses. 2“ Augmentation anormale des sécrétions salivaire et buccale ; altération de ces liquides tantôt trop alcalins et tantôt trop acides ; diminution, perte de Fappétit; dans quelques cas, au contraire suractivité dans le besoin d’ingestion des aliments. 3° Constipations opiniâtres dans d’autres situations, et nécessitant l’emploi des grands moyens, c’est-à-dire des purgatifs sous une forme ou sous une autre. Influences extraordinaires exercées par certains états nerveux sur la sécrétion et T excrétion urinaires.
Tous ces troubles, toutes ces anomalies se rencontrent, soit dans la période initiale, soit dans la période de développement des diverses formes d’aliénation. Je vais appeler l’attention sur les points les plus importants de la question, sur ceux qui intéressent particulièrement le diagnostic, le pronostic et le traitement.
De toutes les grandes fonctions de l’économie, la digestion est celle qui chez les aliénés m’a toujours présenté les désordres les plus remar-
(1) J’emploierai souvent dans ce chapitre, en signalant les opinions des auteurs, les désignations d'aliénés mélancoliques et maniaques. Quoique la mélancolie (dépression), la manie (exallalion), ne soient pour moi que des symptômes appartenant également aux diverses variétés de ma classification, je pense que ces désignations doivent être conservées comme exprimant une situation mentale particulière, se compliquant le plus ordinairement de troubles physiologiques spéciaux. Lors donc que je parle des mélancoliques (lypémaniaques d’Esquflrol) et des maniaques; je n’attache à ces termes aucune idée spéciale de classification. Je comprends par là des aliénés appartenant également au genre héréditaire, épileptique, hypochondriaquc, etc., mais qui se trouvent tantôt dans une période de dépression, tantôt dans une période d’excitation.
DES DÉSüUDKES DE LA DIGESTION CEEZ LES ALIÉNÉS. kUl
quables. Pendant la période prodromique, et surtout pendant le développement de leurs accès, certains aliénés ont un appétit insatiable. Il en est dont il faut auginenterlanourriture journalière, et cependant l’absorption énorme d’aliments opérée parla plupart des malades coïncide presque toujours avec une gi’ande maigreur, et avec des caractères qui indiquent une lésion dans les fonctions nutritives. Dans les périodes de rémittence, l’appétit revient à l’état normal, et la voracité annonce ordinairement le retour de l’accès. De tous les aliénés ce sont les paralysés généraux chez lesquels on peut remarquer une activité extraordinaire dans les fonctions digestives. Bien souvent l’entourage de ces malades est trompé par ce signe que l’on est tenté de prendre pour le symptôme d ’une bonne santé.
Chez les aliénés à prédominance d’idées de tristesse, et vulgairement désignés sous le nom de mélancoliques ou lypémaniaques, la privation de nourriture à laquelle ils se soumettent volontairement amène une émaciation extrême. La peau perd chez eux toute fraîcheur ; leur teint est jaune et livide. La lésion des fonctions digestives chez ces sortes de malades se signale par d’autres signes pathognomoniques. Ils ont souvent l’haleine fétide, la langue saburrale , et ils éprouvent des constipations extraordinaires. La disposition aux vers intestinaux se rencontre dans les dîversesvariétés d’aliénés; ils en rendent dans leurs selles, dans la matière des vomissements. J’ai souvent, à l’autopsie, trouvé des lombrics dans l’estomac et les intestins de ces malades.
Le refus de prendre de la nourriture peut dépendre souvent des mauvaises conditions des voies digestives, mais l’obstination vraiment incroyable avec laquelle certains aliénés repoussent les aliments est, le plus ordinairement, en rapport avec leurs idées délirantes, telles que la crainte du poison, le projet de se laisser volontairement mourir de faim, la croyance à un ordre qui leur est intimé par une volonté supérieure [hallucination). Ajoutons l’influence exercée par telle ou telle conception insensée dont il est impossible de se douter. Une dame que j’avais été obligé de nourrir pendant plusieurs semaines avec la sonde œsophagienne, m’a avoué ultérieurement que ses refus obstinés tenaient à l’illusion étrangequ’on lui servait les débris du corps de sesenfants. Une autre voyait dans ses aliments des araignées et toutes sortes d’animaux immondes.
On observe chez les aliénés des appétits bizarres, extraordinaires, et parfois des perversions étranges du sens du goût. « Dans quelques cas, par une dépravation inouïe des sens et de rinteîligence, dit M. le docteur Bouchet (de Nantes), les malades mangent leurs exlréments. Ces matières à demi putréfiées et inaptes à l’élaboration chymeuse, agissent sur l’estomac comme de véritables corps étrangers, et donnent lieu à des gastrites