‹ Traité des maladies mentalesChapitre 16 sur 306 · MÉLANCOLIE. — MANIE. — DÉLIRE PARTIEL · texte numérisé non relu

MÉLANCOLIE. — MANIE. — DÉLIRE PARTIEL

sens, et la dégradation extrême avec obtusion complète de l’esprit et une existence semblable à celle des brutes, il y a évidemment une différence dans le degré de la maladie, ainsi que cela se voit dans l’état décrit sous le nom de stupidité par les modernes.

Mais CÆS différences étaient bien plus tranchées encore lorsqu’il s’agissait de spécifier les modes divers du délire maniaque, et de rattacher ces modes à un type fondamental ; on peut juger de la difficulté par la description textuelle de la manie et de ses différentes manifestations par l’auteur ancien que nous avons déjà cité : nous attachons une importance extrême à cette description, d’où nous pouvons immédiatement déduire, et les éléments de classification des anciens, et les existences des formes délirantes qui prédominaient dans leur civilisation. Nous y puisons pour nous-mêmes cet enseignement précieux : que si la folie peut être ramenée à quelques types fondamentaux , il existe néanmoins des variétés qui doivent être distinguées les unes des autres, par la raison bien simple qu’elles sont l’expression de lésions symptomatiques différentes, et quant au siège, et quant au degré de gravité de ces lésions.

§ IXI. — Description de la manie. Délires partiels. Prédominance de certaines ^ idées délirantes.

« Les malades, dit Arétée, dont le délire est gai, rient, jouent, dansent jour et nuit, et n’essayent de faire aucun mal’à aucun de ceux qui les rencontrent. D’autres, au contraire, plongés dans un délire furieux, déchirent leurs vêtements, sont disposés à tuer leurs surveillants, à maltraiter tous ceux qui se trouvent devant eux, et à diriger leurs coups contre eux-mêmes.

» Quelques-uns acquièrent une facilité et une concentration d’esprit telles, que des souvenirs qui n’étaient qu’imparfaits chez eux se réveillent tout à coup avec la plus grande lucidité; ils savent l’astronomie et la philosophie sans paraître les avoir apprises, tant il est vrai qu’une bonne éducation manifeste son influence presque dans l’état de maladie. Des hommes habitués au travail physique peuvent dans cette situation porter des poids énormes ; on en voit se livrer assidûment à des occupations manuelles, à la poterie, à tout autre travail , à la ciselure des pierres. Quelques-uns ont en tête certaines idées merveilleuses qu’on ne peut leur ôter. L’un s’imagine être une bouteille d’huile dont il craint à chaque instant la chute ; un autre , se croyant une motte de terre, refuse de boire, peur de se ramollir. Certains lieux exercent beaucoup d’influence sur l’état des malades. Un charpentier était un habile ouvrier tant qu’il était chez lui ; il mesurait très bien son bois, le tail-

\h ALIÉNATION DANS l’aNTIQUITÉ.---âRÉTÉÉ ^ ETC.

laitj l’aplanissait i l’assemblait parfaitement, traitait fort raisonnablément de ses ouvrages et de leur prix avec les arGliitecteSj enfin avait toute son intelligence tant qu’il restait sUr le lieu et dans le cercle de ses occupations. Mais s’il allait sur la place publique ou au bain, oü dans quelque autre lieu^ il soupirait d’abord profondément en disposant les instruments de son état ; puis ën sortant rapprochait Ses épaules aVëc Une sorte de frissonnement ^ et enfin commençait à déraisonner et à éprouver des transports d’une agitation plus oü moins Vive lorsqu’il avait perdu de vue son atelier et ses Ouvriers. S’il y retournait vivèmenti il revenait à lui avec la même prOmptitüdej tant il y avait de connexion et de sorte dé parenté entre l’esprit de Cet homme et lé lièu où il s’exerçait d’ufie certaine manière.

» Les maniaques voient bien les objets j mais në sentent pas leur impression d’une manière régulière ; ils entendent promptement, mais comprennent avec une lenteur extrême •; Chez quelquesmns il y a des èiTèürs des sens plus ou moins rèmarqüableSi Un bruit particulier, un bofir^ donnement continuel frappera leurs oreilles. Ils penseront entendre sans relâche un concert de flûtes et de trompettes. Ces hallucinations ont lièli à üfi degré assez avancé de la maladie. Très avides d’aliments, ils sont anxieux et comme gonflés après leurs repas. Si leur état s’aggrave^ des nuages bleuâtres ou noirs les poursuivent lorsqu’ils sont en proie à la mélancolie, rouges au contraire et couleur de pourpre s’ils sont furieux ; leurs regards sont frappés d’un feu qüi â la Vivacité de la foudre ; ils sont menacés de ses éclats ; quelqües'^uns ont les yeUx rouges et comme pleins de sang. Au plus haut degré de leur maladie, ils sont tourmentés par différentes visions pendant leur repos, et poursuivis par un désir immodéré dés plaisirs vénériens; Ils ont secoué toute pudeur, ils n’éprouvent aucune honte à Satisfaire eû public leurs besoins les plus dégoûtants; Ils sont incapables de tout entretien; si on les réprimande, ils s’arrêtent et entrent même en fureur. Quelques-Uns franchissent à la course un espace considérable, et né Suivant aüCUttê dirèction , retournent avec la même rapidité au lieu d’où ils étaient partis, oü bien accompagnent pendant longtemps ceux qu’ils Ont rencontrés. D’autrés vocifèrent en sé plaignant d’un Vol où d’une violence quelconque; On en voit à une époque avancée de leur mal en avoir là conscimicê êt S’attrister de leur misèrê et de leur Calamité. Gét état Offre aussi parfois une autre forme : les malades déclnrent leurs propres membres par esprit de religion , et pour en faire une sorte d’hommâge aux dieux qui leur demandent cè sacrificci Ge genre de délire est la conséquence d’une conviction profonde, et laisse parfois ceux qü’ii tourmente gais, malgré les

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