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PHÉNOMÈNES DE LA PÉRIODE DE DÉPRESSION

relies ; je me contenterai, en ce moment, de les résumer par le mot réac~ tion. Dépression, excitation, en d’autres termes, action et réaction, tels sont les phénomènes qui constituent la folie dans sa marche et dans son développement. Si divers auteurs ont assigné au début de quelques folies les caractères de l’excitation et les manifestations des sentiments expansifs, c’est qu’ils ont oublié que Xe, stade de concentration douloureuse peut être plus ou moins prolongé selon les variétés de folie. Ces différences seront signalées dans la description des formes paralytique, hystérique, épileptique, hypochondriaque et autres. Je n’ai intention, en ce moment, que, de préciser les phénomènes pathologiques que l’on observe dans la période d’excitation qui, ainsi que je l’ai déjà fait remarquer, représente le stade de la fièvre avec expansion, épanouissement, teinte colorée de la face, chaleur, agitation, anxiété, soif ardente, développement du pouls, etc... Nous avons vu d’ailleurs dans l’étude des fonctions physiologiques [cir~ cnlation, respiration, p. 454), que dans cette période le pouls donné des indications symptomatiques qui prouvent suffisamment que la folie n’est . pas, dans le sens absolu du mot, un délire sans fièvre. Toutefois, pour ne pas être accusé de forcer les analogies, j’emprunte à Esquirol sa description de ,

« La face des maniaques est colorée, vultueuse ou pâle, elle est crispée; les cheveux sont hérissés; les yeux sont injectés, brillants et hagards ; ces malades fuient la lumière et ont horreur de certaines couleurs. Ils ont des bourdonnements et des tintements d’oreilles ; les oreilles sont quelquefois très rouges ; le plus léger bruit les excite. Les monomaniaques ont de la céphalalgie, de la chaleur dans l’intérieur du crâne ; ils ont de l’anorexie ou un appétit vorace. Consumés par une chaleur interne, ils sont tourmentés par une soif ardente pour les boissons froides ; ils ont des ardeurs d’entrailles, de la constipation, de l’insomnie ; s’ils dorment, des rêves effrayants troublent leur sommeil ou ils sont réveillés en sursaut. Les maniaques sont remarquables par les fausses sensations, par les illusions et les hallucinations, par la vicieuse association de leurs idées, se reproduisant sans liaison entre elles avec une rapidité extrême, par les erreurs de leur jugement, par la perturbation de leurs affections, et enfin par l’emportement de leur volonté. Ces malades ont une très grande excitation nerveuse^ leur , délire est général ; toutes les facultés de l’entendement sont exaltées ou bouleversées ; tout ce qui fait sur eux impression au physique comme au moral, même les vains produits de leur imagination, les excite et devient le sujet du délire. » {De lamanie, t. II, p. 132.)

Tels sont incontestablement les principaux phénomènes de cette période

PHÉNOMÈNES DE LA PÉRIODE d’eXCITÂTION (füREDR). d’exaltatioD dont les caractères variés ont été décrits dans la symptomatologie à propos de Yattitvde, de la physionomie, de la force physique des aliénés et de tout ce qui a trait à V hyperesthésie et à V anesthésie, aux illusions, hallucinations, aux désordres nombreux des fonctions intellectuelles et physiologiques et aux autres symptômes importants de la folie ; je n’ai donc pas à y revenir. Je me contenterai seulement de faire une réflexion. Il est assez commun dans le monde non médical, de croire l’état de manie invariablement uni aux exacerbations furieuses qui compliquent plutôt la situation qu’elles n’eii constituent l’élétnent essentiel.

Esquirol a très bien fait de distinguer la fureur de l’état d’excitation et d’irritabilité qui caractérise l’état maniaque, et qui correspond au stade fébrile dans les maladies ordinaires,- encore même qu’il ne soit pas toujours possible, ainsi que nous avons vu, de constater une fréquence plus grande dans le nombre des pulsations. D’un autre côté, la fureur peut aussi bien être amenée, dans la folie, par des traitements intempestifs, irrationnels, barbares, ainsi que la chose avait souvent lieu dans les temps passés, que par des causes spéciales, par certaines complications pathologiques qui peuvent surgir dans la situation. « La fureur, dit Esquirol, est un accident, un symptôme; c’est, d’après son expression pittoresque, la co/ère du délire. Elle a été, ajoute-t-il, confondue avec la manie par les anciens et par plusieurs modernes, de même qu’on a confondu avec l’hydrophobie, la rage, qui est un degré extrême de fureur. La manie consiste dansun délire chronique général sans fièvre, avec exaltation de la sensibilité et des forces motrices. Tous les maniaques ne sont pas furieux, comme tous les hydrophobes ne sont pas enragés; mais la fureur éclate dans toutes les aliénations mentales, même dans la démence ; elle éclate dans plusieurs maladies qu’on ne peut confondre avec la manie, telles que les méningites, l’hystérie , l’hydrophobie ; elle éclate dans l’ivresse, après l’usage de certains poisons.... Donc la fureur est un symptôme très distinct de la manie. Elle peut bien appartenir à une variété de la manie, mais non luidburnir un caractère spécifique, puisqu’on l’observe dans plusieurs variétés de monomanie, de lypémanie, de démence, à'idiotie. » [De la fureur, t. I, p. 226.)

Ue l’alteraanee dans les symptômes principaux: qui constituent la

toile [périodes d'intermittence, de rémittence). — L’alternance entre les symptômes, l’intermittence, la rémittence de ces symptômes ; le retour périodique de certains phénomènes maladifs de la phase initiale, phénomènes qui prennent une consistance plus grande, un caractère plus tranché à mesure que la maladiemarche et se développe, voilà les éléments pathologiques essentiels des affections nerveuses en général, et de la foUe en

Ulh PÉRIODES ALTERNANTES, INTERMITTENTES, RÉMITTENTES,

particulier. Dès la plus haute antiquité, les médecins avaient observé que l’aliéné ne restait pas invariablement plongé dtins la mélancolie^ et que cette période de dépression alternait avec une période d’excitation. Arétée se demande, à ce propos, si la mélancolie ne serait pas le com^ mencement de la manie, une des parties constitutives, pour ainsi dire, de cette vésanie (f/avir,? apxn *«! fxipoç). Pinel parle d’accès de mélancolie qui dégénèrent en manie. Esquirol dit : « La rémission, dans quelques cas, n’est que le passage d’une forme de délire à une autre forme : ainsi un aliéné passe trois mois dans la lypémanie, les trois mois suivants dans la manie ; enfin, quatre mois, plus ou moins, dans la démence, tantôt d’iine manière régulière, tantôt d’une manière irrégulière. » (Tome I, p .. 78) , Le même auteur affirme que la folie se transforme, en quelque sorte, et que les diverses formes de délire se remplacent, se succèdent. Nous devons ajouter, dit-il encore, qu’elle se complique pour faire des composés binaires, ternaires, (/ô/t/., p, 80.)

Toutes ces propositions reposent sur un fait d’observation incontes^ table ; néanmoins ce fait a lubmême besoin d’explications, et il s’agit, en l’interprétant au point de vue d’une saine pathologie, de le rattacher à sa véritable origine, sous peine d’amener la plus déplorable confusion dans les éléments de la classification. Avant tout, il importe de maintenir le fait dans ses limites naturelles ; aussi me sera-t-il impossible d’admettre avec Esquirol quTl n’est pas rare de voir la manie alterner avec la phthisie pulmonaire. Tout au plus est-il Juste de dire que la marche d’une affection interne, telle que la phthisie, peut être modifiée, enrayée même dans son développement, par l’intervention d’une maladie nerveuse qui dispose à son profit de toutes les forces de l’organisme; mais il est impossible d’admettre que deux variétés de maladies, essentiellement différentes, puissent alterner entre elles. Je reviens au fait d’alternance proprement dite dans l’évolution des symptômes qui caractérisent la marche et le développement des maladies mentales, et je rattacherai à ce phénomène l’idée que l’on doit se faire de l’intermittence et de la rémittence dans la folie.

L’état de dépression et d’excitation nous fournit un exemple remarquable de . la loi d’alternance dans l’évolution des maladies nerveuses. Tristesse et contentement excessif, douleur et sentiment, d’un bien-être très vivement senti ; indifférence, torpeur, apathie, puis manifestation très vive de toutes les forces intellectuelles, physiques et morales; état de calme et de sédation, ultérieurement irritabilité très grande, excitation, hyperesthésie ; absorption primitive de toutes les forces intellectuelles par suite de la concentration douloureuse de l’idée sur un point fixe ; indiflé-

LEURS RAPPORTS AVEC LE DÉBUT, LA MARCHE ET LA FORME DE LA FOLIE, kl 5 rence, mutisme, anesthésie, puis expansion, contentement, possibilité de systématiser, de coordonner les éléments du délire : tels sont les caractères fondamentaux des affections nerveuses en général. Mais ce sont là aussi les situations extrêmes vers lesquelles, après mille oscillations, se dirigent, comme par une sorte d’attraction plus ou moins régulière, plus ou moins périodique, les phénomènes maladifs de l’existence des aliénés de toutes les catégories sans exception.

11 serait difficile sans doute de fixer à l’invasion de chacun de ces phénomènes une période de durée et de disparition toujours uniforme, toujours régulière, non-seulement chez l’individu, mais dans l’espèce en général. On n’est pas sans ignorer qu’une foule de modifications peuvent être imprimées au retour périodique des phénomènes pathologiques pendant la marche et;le développement d’une affection nerveuse, par le nombre infini des4nfluences extérieures ou intérieures auxquelles l’individu est sujet. Je ne citerai que les changements atmosphériques, l’âge, le sexe, les excès ou modifications dans le réginle, dans les habitudes surtout, les maladies intercurrentes, les apparitions périodiques de certains exanthèmes, les époques critiques de l’existence, et beaucoup d’autres causes encore dont nous avons, étudié l’action dans la partie étiologique de cet ouvrage. Quoi de plus régulier, en effet, et de plus périodique que les accès d’épilepsie ; et cependant que de variations dans le retour, la durée, l’intensité des accès, non-seulement chez le même individu, mais chez tous les malheureux, victimes de cette terrible affection nerveuse !

Si donc une exactitude rigoureuse, mathématique, nous est interdite dans la description des phénomènes d’alternance, d’intermittence et de rémission, à propos d’une névrose aussi caractérisée que l’épilepsie, à plus forte raison éprouverons-nous une difficulté bien plus grande encore quand il s’agira de préciser l’évolution des mêmes phénomènes dans une névrose la plus complexe de toutes, la folie. Toutefois les faits existent, ils sont irrécusables; il ne s’agit que de le^ interpréter. '

Un aliéné est plongé üh jour dans Un état de dépression mélaïicolique extrême qui va jusqu’à la stupeur ; le malade ne peut répondre à aucune question; il est en proie à une terreur indicible. Le lendemain, il crie, il vocifère, il est dangereux en ses actes. La transition à ces deux états si différents est brusque, instantanée, il n’y a pas d’intervalles lucides entre eux. Voilà un des exemples les plus élémentaires d’une situation névropathique qui va se présenter à notre observation sous bien des aspects divers, et que dans un instant je vais essayer de ramener à leur véritable signification. Une femme de l’asile Saint- Yon nous offre depuis trois ans

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