PÉRIODES ALTERNANTES, INTERMITTENTES, RÉMITTENTES
ce phénomène d’alternance, sans que l’emploi des moyens les plus rationnels, et même les plus empiriques, auxquels j’ai eu recours, ait eu pour résultat de modifier en quoi que ce soit une situation maladive dont les phases alternantes (dépression allant jusqu’à la torpeur, excitation furieuse) se succèdent avec une régularité désespérante.
2° Chez la plupart des aliénés, chez ceux de nos asiles surtout, les alternances entre l’état dépressif et l’état mélancolique ne se font pas à des époques aussi rapprochées. Généralement, ces phases sont mieux caractérisées dans la période aiguë dé l’affection que dans la période chronique. Plus, en effet, nous nous rapprochons de la période initiale, plus nous constatons l’analogie qui existe entre cette situation et l’élément d’intermittence des accès fébriles. A mesure que l’état clironique tend à se constituer, les périodes d’alternance se prolongent. On voit des aliénés qui passent huit jours, un mois, plusieurs mois, une année, et plus longtemps encore, dans une période de torpeur et d’apathie, d’annihilation de toutes les forces intellectuelles, et qui offrent une période similaire d’excitation et d’incohérence extrême dans les idées et dans les actes.
Tantôt ce passage d’un état à un autre se fait, ainsi que je l’ai dit, sans transition; il n’y a pas, d’intervalle lucide. Tantôt il existe des intervalles plus ou moins remarquablès par des phénomènes de lucidité ou de rémission qui , semblent créer une situation nouvelle. Si j’ai bien compris, le sens de la discussion qui s’est élevée à ce sujet entre MM. Baillarger et Falret à l’Académie de médecine, ces honorables médecins auraient attaché à chacun de ces états une, importance qui leur a paru justifier la création de deux formes spéciales d’aliénation, auxquelles le premier de ces praticiens a donné le nom de folie à double forme, ei le second, c^m. de folie circulaire
(1) Note sur un genre de folie dont les accès sont caractérisés par deux périodes régulières, l’une dé dépression, et l’autre d’excitation, par M. Baillarger, mémoire inséré, dans la Gazette hebdomadaire du 3 février 1854. C’est sur ce même sujet que M. Falret a lu à l’Académie de médecine (séance du 14 février 1854) un travail dans lequel il passe successivement en revue : 1“ les rémissions et les paroxysmes qu’on observe dans les maladies mentales ; 2“ les intermittences proprement dites ; 3" les intermitténces à de courts intervalles I 4“ lés folies rémittentes à courte durée. A ces distinctions préalables, l’auteur ajoute que l’on constate assez. fréquemment des états mélancoliques, soit au début, soit dans le cours, soit ait déclin de la manie ordinaire; que, d’un autre côté, l’aliénation partielle présente assez souvent des paroxysmes maniaques. Pour Fauteur, la folie à laquelle il donne le nom de circulation à trois périodes distinctes comprend : 1° une période d’excitation ; 2" une période de dépression; 3“ un intervalle lucide, dans lequel le malade se réveille à la vie de relation et retourne à ses habitudes d’ordre et
de travail. Il redevient alors à peu près ce qu’il était à l’état normal Il ne m’appartient
pas de décider la différence qui existe entre la folie à double forme et la folie circulaire.