‹ Traité des maladies mentalesChapitre 196 sur 306 · DE LA MÉMOIRE ET DE LA VOLONTÉ, CHEZ CES MALADES · texte numérisé non relu

DE LA MÉMOIRE ET DE LA VOLONTÉ, CHEZ CES MALADES

chapelle (et notez qu’il fait profession d’athéisme), sous l’empire de l’émotion que lui cause une réunion chantante, la déclamation d’une belle pièce de poésie, il s’exalte, pleure, et se substituant immédiatement aux acteurs de ces scènes, lui aussi chante comme ne Va jamais fait Duprez, prêche mieux que .Bossuet, et efface Rachel par sa déclamation. Dans d’autres moments, il ne reconnaît ni amitié, ni devoirs de famille ; il renie ses parents, et leur attribue des actions infâmes, impossibles, dont la combinaison ne peut sortir que du cerveau de pareils malades. La vie entière de cet homme a été une énormité, une contradiction perpétuelle. Tantôt ü attaque les lois de la morale et de la raison par leur côté le plus universellement admis, tantôt il les exalte et les glorifie. Qu’un pensionnaire de Tasile dise des choses qui heurtent la raison ou froissent les sentiments, il l’accablera de reproches et le fera rougir de sa conduite, et lui- même, un instant après, blessera par sa propre conduite les principes dont il a si bien démontré la nécessité ; il incitera les autres à la désobéissance, à la révolte, et se fera un triste plaisir d’activer leur délire en adoptant les motifs de leurs divagations, en stimulant même par des insinuations perfides leurs tendances à se croire persécutés, exposés à toutes sortes de dangers.

inteutgenee. — Un volume entier ne suffirait pas pour énumérer les erreurs et les aberrations de ses idées, la confusion de ses souvenirs, la fausseté de ses notions scientifiques et Tabsurdité vraiment maladive de ses jugements. Dans la captivité qui lui est infligée par une société ennemie, notre malade, ne pouvant faire valoir ses droits au trône de France, auquel il prétend comme héritier de son neveu Louis XVII, ambitionne une gloire d’un autre genre. Il réformera la langue française, il composera un dictionnaire où l’on ne verra plus aucune des dissonances et des liaisons dangereuses qui heurtent le bon goût et blessent la morale. L’examen des livres qu’il lit, et il lit énormément, est la preuve la plus curieuse de ses folies actuelles. Il corrige à la marge les auteurs, réforme les mots, en invente de nouveaux, et si, de temps à autre, il émet une idée heureuse, elle se trouve bien vite étouffée sous le nombre de ses conceptions délirantes ou burlesques. Ces phénomènes pathologiques se produisent, sous une forme ou sous une autre, chez les aliénés de cette catégorie.

mémoire, volonté. — Que dire maintenant des anomalies de la mémoire et de la volonté? Si la conscience de notre existence, de ce sentiment intime qui constitue le moi, résulte, comme le disent les psychologues, du sentiment de notre existence actuelle et des souvenirs de notre existence passée, quel jugement porterons-nous sur l’état intellectuel d’un

550 UES TROUBLES DES DIVERSES FONCTIUNS DE L’ÉCOiNOMIE.

homme qui se mécomiaît au point de substituer sa personnalité à celle d'individualités qui ne sont pas la sienne? Oublieux de ses propres actes, ne croit-U pas avoir agi aux lieu et place d’individus complètement étrangers à sa propre personne? Si, d’un autre côté, la volonté, comme le prétendent encore quelques psychologues, se révèle par le fait et si cette faculté est en relation intime avec les différentes manifestations de l’être pensant, la sensibilité, l’intelligence, comment encore ne pas admettre qu’elle ne puisse s’exercer chez lui que d’une manière anormale? N'avons-nous pas vu en effet à quel point sa sensibilité et son intelligence étaient troublées? ,

Enfin, désirant appliquer à cet aliéné et à ceux de la même variété une règle de conduite qui fixe, d’une part, la décision des magistrats à leur égard, qui évite, de l’autre, de grands dangers à la société, je conclurai avec l’honorable docteur Bouchet (de Nantes), quand il dit : Tl n’est pas nécessaire que le malade délire par les idées, les jugements, les raisonner ments et le langage, pour qu’il soit dit aliéné ; il suôit qu’il délire par les actes excentriques, désordonnés, que la sensibilité maladive produit, que le jugement est impuissant à diriger, pour que la qualification d’aliéné lui soit applicable. Et si, dans la séquestration des aliénés, il fallait faire une séparation entre ceux qui délirent par leurs paroles et ceux qui délirent par leurs actions, le choix ne saurait être douteux - les derniers devraient plutôt être séquestrés que les premiers , la perversion de la sensibilité entraînant infiniment plus d’écarts dans la vie sociale qqe la perversion de l’intelligence.

Troubles de diverses fonctions de l’économie, Il importe, àprOpQS de l’aliéné à folie héréditaire qui nous occupe, de faire ressortir une vérité qui s’applique également à tous les aliénés de la même famille patholo:gique. Cette vérité est souvent méconnue, et par les magistrats dans les cas de médecine légale, et par les individus étrangers à la science. On apprécie généralement bien mal les malades de cette catégorie qui ont le triste privilège d’occuper le monde extérieur de leur personne, et de faire retomber sur les médecins l’accusation d’illégalité et d’arbitraire à propos de leur détention. Quant à noifs qui vivons avec ces êtres névropathisés au plus haut degré, qui les observons dans leurs manifestations journa^ Mères, dans les rapports intimes qui existent entre l’état de santé et la production des actes insensés, nous affirmons d’une manière nette et positive qu’on observe invariablement chez eux une coïncidence frappante entre leurs exacerbations intellectuelles périodiques, entre l’augmentation de leurs tendances dépravées et les diverses perturbations de l’organisniè auxquelles ils sont sujets. Ce que je vais dire, à propos de l’aliéné qiù

D£S,ÜftDRES DE LA BIGESTiON. — DÉPRAVATION DU SENS DU GOÛT, ETC. 551 fait le sujet de cette ohsepYation peut s’appliquer aussi aux individus appartenant à d’autres variétés maladives,

Il arrive çles périodes où le caractère de notre malade change complétenient. Il devient plus irascible, plus capricieux et plus fantasque. Ses forines, ordinairement polies et prévenantes, sont remplacées par des actes inconvenants et grossiers. S’il vous rend visite, il vous demande impérieusenient des hoisseus fortes. Le teint est plus animé, le regard est inquiet et rnobile, les muscles, de la face se crispent, la voix a une intpr natifiP brève et saceadée! Le malade se plaint de ne pouvoir dormir. Il a des perversions et des anamalies du sens du goût • ü exige des mets fortement épicés ; il mélange les substances alifflentaires les plus dissemhlables, les plus, hétérogènes. SQft teint bilieux, ses ùorherygmes , ses éructatiQps fétides, annoncent uq grand i rouble des fonctions digestives. J’ai vu des tualades dans cette, situation manger des choses immondes, dévorer des chenilles, des insectes, avaler leurs propres excréments, niontrer, en un mot, les perversions les plus iucrpyables du seps du goût. EnhU) le délire, au lieu d’être l’expression de telle OU teUe idée fixe qui fait passer ces malades pour tmnoiTçiçmès, , s.e généfaUse dans les conditions pathologiques que je décris; les actes deviennent de plus en plus incohérents, pervers, et façcèg maniaque est confirmé,

Pans les moments qui précèdent l’explosion, U n’est parfois application funeste de leurs tendances maladives que ces aliénés ne cherchent à réaliser. Lorsqu’ils sont dans leur famille, les tourments qu’ils font éprouver à leur entourage redoublent, et leurs manifestations délirantes deviennent plus cafactéristiques, Lorsqu’ils sprit dans nos asUes, ils portent en tous lieux le trouble et le désordre,; ils e:^cit§nt les autres malades et se font un majin plaisir, comme je l’ai déjà fait remarquer à propos de notre aliéné, d’activer leurs préoccupations délirantes par (les insinuations perfides contre les personnes qui sont chargées de leur donner des soins. Chez d’autres, faccès est annoncé par des palpitations, par le retour d’un asthme, d’une dyspnée, par la rétrocession d’un exanthème, par çet état de douleur nervense générale qui fait dire à ces êtres malheureux qn’üs souffrent de partout^ par telle ou telle autre perturbation de l’économie. On conçoit immédiatement qu’une médication préventive peut conjurer bien des accidents ; je vais, dans un instant parler des indications thérapeutiques spéciales qui conviennent à la situatio'n.

J’ai cru utile d’entrer dans des détails intimes sur l’existenpe maladive d’une catégorie d’aliénés très nombreux, très dangereux en leurs afitCS, très difficiles à juger et à diagnostiquer, lorsqu’on ne sefait pas une idée bien nette de la manière d’opérer des transmissions héréditaires, ainsi que

552 IDÉE I'AUSSE que r/ON- se fait des aliénés au type HÉRÉDITAiaE. des transformations radicales, irrémédiables, qui s’opèrent dans l’état névropathique de ces malades. Ces transformations arrivent souvent après de longues périodes alternantes d’excitation et de dépression, d’impulsions insolites et périodiques pour le mal. Elles ont un caractère irréfragable qui nous permet d’assigner à ces aliénés une place importante dans les diverses classes des folies héréditaires.

Je dois ajouter qu’il n’est point d’asile d’aliénés qui ne possède quelque type extraordinaire de ce genre de vésanie. L’isolement auquel les condamne leur folie étonne singulièrement les personnes du monde, lorsque le hasard les fait pénétrer dans nos institutions. Elles ne peuvent assez admirer la lucidité de ces malades, leurs formes, leurs manières parfois très distinguées, ainsi que les appréciations sensées qu’elles leur entendent émettre. Ces aliénés se prêtent, du reste, très bien au rôle provisoire qui leur incombe. Ils se donnent la satisfaction de faire ressortir les prétendues injustices dont ils se disent être les victimes ; ils se font un plaisir et une gloire de renseigner les étrangers sur le genre de délire de leurs compagnons d’infortune. Il est difficile de concevoir à quel degré ils poussent l’esprit d’orgueil et de vanité.

Dans la province que j’habite on conserve un vif souvenir d’un malade de cette catégorie qui est mort, il y a quelques années, dans l’asile des hommes, et qui avait passé la plus grande partie de sa vie à Saint-Yon. M. X... avait fait des études remarquables. Il s’était distingué dans sa classe par les prix qu’il avait remportés. Il entretenait une correspondance suivie et très intéressante avec Lamartine, Béranger, Victor Hugo et nos principaux littérateurs, et l’on cite de lui des poésies remarquables. On me demande souvent pourquoi il était renfermé, et ma réponse se résume dans la courte appréciation qui suit, quoique je n’aie connu le malade que de réputation : M, X... était né de parents aliénés. Son existence dans le monde n’était et ne pouvait être, en raison des transmissions héréditaires dont il était victime, qu’une suite d’actes extravâgants et incohérents. Il ne s’était pas contenté de manger sa propre fortune, mais il affichait des prétentions à certains droits imaginaires qui annonçaient le trouble de son esprit. Ayant un jour, sur une demande très motivée, pleine de raison, de bon sens et de logique, obtenu sa sortie, il ne voulut pas franchir le seuil de l’asile à moins qu’on ne lui restituât les millions qui lui avaient été enlevés. M. X., . était un type de cette variété d’aliénés héréditaires qui, lorsqu’ils ne tombent pas dans une démence précoce, conservent jusqu’à la fin de leur existence toute l’activité de leurs facultés délirantes, toute la puissance impulsive de leur caractère excentrique, désordonné, ils savent allier une certaine coor-

ÉLÉMENTS DE DIAGNOSTIC. — INSTINCTS CONGÉNITAUX DE CRUAUTÉ. 553 dination dans les idées avec le délire des actes et les perversions des sentiments.

Instincts congénitanx de crnanté propres aux aliénés héréditaires.

— Il est un autre élément de diagnostic qui fait souvent défaut, et qui explique pourquoi les personnes du monde jugent si diversement ces sortes de maladies, c’est le manque de connaissance des faits qui se rattachent au jeune âge des aliénés héréditaires. On veut bien admettre qu’ils sont originaux, excentriques, mais comme on ne peut relier leur état présent à leurs dispositions congénitales, on s’étonne que nous les considérions comme dangereux. J’ai cité dans mon Traité des dégénérescences des faits remarquables d’instincts de cruauté qui se sont manifestés chez ces malades, dès l’âge le plus tendre. On en a vu tourmenter sans pitié les animaux, les écorcher vifs, les faire périr de toutes sortes de manières barbares. Ces mêmes êtres malheureux' congénitalement frappés dans l’exercice de leurs facultés intellectuelles et affectives, n’ont pu suivre les progrès de leurs camarades d’études. Ils ont désolé leurs maîtres, leurs instituteurs et leurs parents, non-seulement par le manque d’aptitude intellectuelle (4), mais par la manifestation des plus dangereux instincts,

(1) Le manque d’aptitude intellectuelle ne doit pas s’èntendre ici au point de vue de l’ineptie, de l’impossibilité absolue d’apprendre. J’ai déjà cité certaines dispositions . remarquables chez ces malades pour la musique, la versification ; ils ont parfois des aptitudes originelles tout à fait extraordinaires ^ pour le calcul, par exemple. Un jeune aliéné qui fut confié à mes soins, et dont la mère mourut en démence à notre asile, était un garçon intelligent, un excellent musicien, mais incapable de progresser. Un autre, qui a fait la désolation de sa famille par ses tendances précoces à l’ivrognerie, par la manifestation des plus détestables . perversions des sentiments, écrivait à sa mère des lettres comme aurait pu faire l’enfant le mieux doué sous le rapport des qualités de l’esprit et du cœur.

Le premier avait quitté toutes les positions où on l’avait placé pour se livrer avec fureur, dès l’âge de seize ans, au vagabondage, au vol, à l’ivrognerie. Dans ses rémittences, c’était un garçon doux et bienveillant, mais qui conservait toujours pour son père, qui n’avait SM le prendre, disait-il, une haine instinctive poussée jusqu’à l’idée du parricide.

Le second, connu par des actes inouïs de cruauté dans le jeune âge, et qui appartenait à une excellente famille, avait été mis dans un grand nombre d’institutions et de collèges d’où il s’était fait renvoyer. Dans ses moments de surexcitation, il se vautrait dans les orgies les plus dégoûtantes avec les êtres les plus ignobles qu’il|pouvait réunir. On le força à prendre la carrière militaire ; il passa la première année dans les salles de discipline , finit par déserter, et vendit son équipement pour boire de l’eau-de-vie. 11 avait pour sa mère une haine invétérée, et j’ai dû m’interposer dans une circonstance pour qu’il ne se portât pas en ma présence aux actes les plus violents envers cette femme vénérable qui n’avait eu que le tort d’avoir toujours aidé complaisamment aux innombrables caprices maladifs de son enfant ; son existence était continuellement en danger. Ces deux malheu-

r>54 DE LA FOLIE HÉRÉDITAIRE CHEZ LES FEMMES.

le vol, le suicide précoce, la tendance à l’homioide, l’incendie et à d’autres actes malfaisants. J’ai déjà donné à ces actes maladifs l’interprétation dopt ils sont susceptibles, et la classification que. j’ai adoptée place, la médecine légale des aliénés sur une base sûre et solide. (Yoy. Pervmion des sentiments, délire des actes, p, 400-ii26.)

Je vais terminer ce que j’ai à dire sur les aliénés de cette catégorie par quelques considérations sur les différences qui peuvent exister entre les conditions maladives des sexes dans cette variété de folie héréditaire. Ces conditions ne ennt pas tellement différentes, qu’elles doivent être étudiées à un autre point de vue que celui que nous avons établi; mais le tempérament propre à la femme, la nature, de ses fonctions, l’exquise sensibilité de son système nerveux, amènent cependant quelques niodifica-. tiens qu’il importe de connaître.

De |a fpliç h^rédlfsiire chez le^ femmes. Existe-t-il anç. diSeeeiiee d^ns les lésipiis des sentiments, dans |a manifestation des actes délirants? Disons d’abord que l’élément de la périodicité, phénomène si caractéristique dans les folies héréditaires, acquiert chez la femme une activité plus régulière, si je puis m’exprimer ainsi, en raison de certaines fonctions périodiques auxquelles ce sexe est soumis. En règle générale, nous observons dans nos asiles que l’époque de fa menstruation est toujours signalée chez les femmes par une excitation plus grande. Cést ordinairement avec cette même période cataméniale que coïncident les accès périodiques propres à la folie héréditaire. D’un autre côté, enraison de la prédominance dp leur tempérament nerveux et de leurs fonctions organiques spéciales, la folie héréditaire tend à revêtir chez la fepomele caractère hystérique, ainsi que les transformations propres à cette névrose. J’en parlerai d’une manière particulière à l’article de la folie hystérique. Dans ces cas, il arrive que l’exagération de certains phénomènes nerveux masque quelquefois le point de départ réel du mal, mais Je puis affirmer d’avance qu’une observation attentive parvient toujours à coordonner la

reux jeunes gens ne manquaient pas d’intelligence, il s’en faut, mais ils avaient le caractère prqprp à tous les individus appartenant à leur variété mqladive : paressq excessive, impossibilité de piettre de l’ordre, de la suite, et de la coordinetiOH dans leurs qctps, périqdes alternantes d’excitation et de dépression. Ces majades apprennent, mais d'une certaine manière et dans certaines limites. On dirait qu’ils pnt besoin de métljodes spéciales d’enseignement, et que pour réveillej les sentiments qui existent chez eqx en germe, il soit nécessaire M’arriver à leur cœur par des vqies détournées Placés dans les institutions publiques, üs ne peuvent suivre l’évolution progressive' de leurs camarades d’études. Quelques-uns sont véritablement liniités, bornés dans le développement de leurs facultés intellectuelles, et üleur est impossible de dépasser un certain degré d’instruction. Je vais parler dans un instant de cette catégorie, qui fait qne variété à part.

RAISON PHySIOLOGlÇQ-PSYteOLÜGIQOJi DES DIFFERENCES OBSERVÉES. 555 génération des faits pathologiques et à les rapporter à leur véritable origine. L’élément héréditaire a surtout le privilège d’imprimer aux actes maladife un cachet qu’il est impossible de mécoimaître.

Le but d’activité sociale de. la femme rend nécessairement son existence plus casanière. L’éducation ne développe pas ordinairement chez elle les mêmes idées ambitieuses, les mêmes tendances à jouer un rôle dans le monde, et à préférer, comme ç.e malade à type de folie héréditaire dont j’ai produit l’observation, la notoriété que donnent des actes extravagants, ridicules, à l’obscurité qui est l’apanage des existences paisibles et modestes. Qn aurait tort cependant de croire que les conditions maladives imprimées à la femme par les transmissions héréditaires la rendent complètement exempte de ces manifestations excentriques que nous avons signalées; seulement il est juste de dire qu’eUes revêtent un caractère spécial, en rapport avec les qualités et les défauts inhérents à la nature féminine. J’en ai déjà cité un exemple remarquable (1) ; je vais corro^’ borer cette donnée pathologique par quelques autres que je choisis au milieu des faits sans nombre que j’ai observés sur une échelle immense,

Observations de tendmoes xnaladives d’ exeeintriciUs, de délires dans les. aetes,

démlotppées cJiez les fexnvn^s sous V influence de l'élément héréditaire.

1“ Madame Charlotte P,,,, fille unique d’une mère aliénée, montra de bonne heure des dispositions excentriquès, faYorisées plutôt que contrariées par des parents trop indulgents qui cédèrent en tous points aux goûts et aux caprices de leur enfant, Son éducation fut plutôt celle d’un jeune homme ardent, libre de diriger à volonté la fougne de ses mouvements, qtm celle d’une personne de son sexe. Elle accompagnait son père à la chasse, et ne craignait pas de boire des liqueurs fortes ; elle s’habillait en homme pour enfourcher les chevaux de la ferme où résidait sa famille, et faire des courses échevelées à travers les campagnes. Elle brillait dans les exercices du corps, et la nature semblait s’être trompée de sexe à sqn égard, Mariée vers l’âge de dix-neuf ou vingt ans, Charlotte ne tarda pas à donner des preuves de véritable folie. Elle quittait son mari SQUs le moindre prétexte pour aller chez des parents, des amis ou des inconnus ; elle prétextait des mauvais traitements imaginaires, et fabriquait elle-même des lettres renfermant des déclarations d’un amour excen-

(1) Page S38, où il s’agit d’une dame, fille d’une mère érotique, sujette elle-même à des excentricités spéciales, et dont tous les enfants révélèrent les caractères pathologiques de l’ordre intellectuel et moral propres aux aliénés héréditaires.

Page 1