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UTILITÉ DES BAINS TIÈDES PIIOLONGÉS

générales de M, Calmeil sur les maladies des centres nerveux encéphaliques, que les complications dont je fais mention peuvent tenir à un état inflammatoire avec ramollissement de la pulpe cérébrale. Le traitement antiphlogistique est alors indiqué (1).

2“ Traitement tonique, réparoieur et calmant dans la période d'incubation des folies héréditaires. Utilité des bains. — Dans les descriptions que j’ai faites des phénomènes prodromiques dans la folie en général, dans la folie héréditaire en particulier, j’ai signalé l’élément douloureux névropathique qui se fixe tantôt dans un point, tantôt dans un autre. Le centre épigastrique, les appareils sensoriaux semblent être le lieu d’élection de cette impressionnabilité douloureuse qui rend les malades si irritables, si exigeants dans les soins qu’ils réclament impérieusement de leur médecin et de leur entourage.

Il est inutile défaire observer que dans des situations pareilles, accompagnées le plus souvent de privation de sommeil, de déperdition énorme de forces nerveuses, de constipation opiniâtre, d’anomalies de toutes sortes dans les fonctions digestives, les antiphlogistiques ne sont pas indiqués ; ils ne feraient qu’aggraver l’état de souffrance. C’est sans doute en raison de l’excitation extrême à laquelle les malades sont soumis dans cette période, que beaucoup de médecins croient devoir recourir à la saignée. Les préjugés populaires vont du reste d’eux-mêmes au-devant de cette méthode. Il n’est pas rare de voir dans nos campagnes les sagesfemmes et les matrones inintelligentes ne livrer les aliénés aux soins des médecins que lorsque ces malades ont été épuisés par des saignées exagérées, et que leurs exarcerbations ont empiré sous l’influence de cette médication irrationnelle.

Le traitement, dans les cas de cé genre, doit répondre à trois indications spéciales ; calmer, tonifier, régénérer. Avant de parler des calmants spécifiques, tels que l’opiuin, la belladone et autres remèdes antispasmodiques, ainsi que de la grande variété des médicaments toniques, je mentionnerai les bains, que je place incontestablement au-dessus de tous les agents de la matière médicale dans le traitement de l’irritabilité nerveuse qui est le propre de la période prodromique. Il est bien entendu que je n’exclus ni les calmants, ni les toniques; j’en discuterai la valeur en

(1) J’appuie d’autant plus sur ces considérations thérapeutiques, que s’il a été utile de faire une réaction contre l’abus de la saignée, qui à une certaine époque était le seul remède contre la folie, et la cause d’un si grand nombre de terminaisons par la démence, il est nécessaire aujourd’hui d’indiquer avec plus de précision les cas où le traitement antiphlogistique est indispensable ; et ces cas sont plus nombreux qu’on ne le croit généraîejnent„

SUDATION. — IIUUOATION AVEC l’EAU EROIDE. 595

temps et lieu. Leur indication se déduit do la nature de l’airection et de l’état du malade lui-même.

On connaît la propriété éminemment calmante des bains tièdes prolongés et le bénéfice qu’en ont retiré les médecins qui ont réagi contre la pharmacopée incendiaire et indigeste du siècle dernier. On a reproché aux bains tièdes d’affaiblir démesurément les malades. Mais M. le docteur Sandras fait remarquer avec justesse que dans l’état nerveux, on ne risque rien de les répéter fréquemment; les malades gagnant, en général, plus de forces par le calme du système nerveux, qu’ils n’en perdent par l’effet débilitant du bain. D’ailleurs, la débilitation extrême des forces est facile à éviter, et comme il s’agit principalement ici de décentraliser la douleur et d’obvier aux inconvénients graves qui résultent pour les fonctions nerveuses générales de l’état d’anesthésie ou d’hyperesthésie qui afflige les malades au début des affections mentales, on ne peut employer, pour obtenir ces résultats, un moyen plus sûr que les bains tièdes dans certains cas et l’hydrothérapie dans d’autres.

J’aurai plus d’une occasion de parler de celte, puissante et bienfaisante méthode à propos du traitement de l’hystérie et de l’iiypochondrie. Je tiens seulement à signaler en ce moment les immenses avantages que j’ai retirés des bains tièdes prolongés et de l’hydrothérapie, lorsque j’ai été consulté dans cette période prodromique où s’organise la folie. Leur avantage n’est pas moins grand dans ces situations névropathiques extrêmes où les opiacés ne procurent aucun soulagement aux malades, et où les toniques et les purgatifs ne font qu’irriter le système digestif déjà si impressionnable. La situation est différente lorsque la maladie est déclarée, et que les complications qui surgissent amènent des conditions pathologiques nouvelles; je vais en parler dans un instant.

Je crois devoir insister d’autant plus sur l’hydrothérapie, que c’est un moyen précieux mis à la portée des malades les plus pauvres. La sudation aAec les draps mouillés, l’eau froide en irrigation dans le but de produire une réaction favorable, peuvent être employées partout. L’effet le plus immédiat est de calmer les malades, et en supposant que ce moyen les débilite, il est facile d’y obvier par la réaction salutaire et tonique amenée par l’affusion froide. Un autre résultat précieux, outre le soulagement de l’état douloureux général, est d’activer les forces de la digestion, de les modifier à tel point qu’il est permis de nourrir des malades que l’anorexie , la constipation , les jeûnes prolongés, avaient réduits à une sorte de marasme nerveux (1). M. Sandras fait remarquer

(1) Il est inutile de défendre l’hydrothérapie contre les attaques dont elle a été l’objet,

596 INCONVÉNIENTS DES PURGATIFS, DES TONIQUES DANS LA PÉRIODE INITIALE, avec raison que les purgatifs ordinaires, qu’ils soient pris par le haut ou par le bas, ne vont pas bien à ces malades. Ils les font souffrir, les fatiguent, dérangent la digestion et usent les forces. Quand on arrive au but, ce qui n’est pas le plus commun, on n’obtient d’ailleurs qu’un soulagement momentané et qui ne dure pas.

« Pour obvier à tous ces inconvénients, dit ce prudent praticien, je trouve qu’il vaut mieux tâcher d’aller au-devant, et préparer de longue main cette fonction à un exercice plus régulier. On arrive là en insistant, même quand il n’y a pas d’autre indication, sur l’usage journalier de la magnésie décarbonatée après chaque repas. Le sel laxatif qui se forme dans l’estomac avec les acides qui saturent cette base, suffit fréquemment au bout de peu de jours pour amener le résultat qu’on désire. Quand cela ne suffit pas^ je fais prendre tous les matins un verre ou deux de petit-lait non aigre, à jeun, ou bien deux tasses de bouillon de poulet et de veau ; en ajoutant à ce régime des bains fréquents, quelques lavements simples ou relâchants, souvent de grands lavements froids, il est rare que je n’obtienne pas la régularité souhaitée pour les garderobes. Ce n’est qu’à la dernière extrémité que j’ai recours aux purgatifs proprement dits. Alors je conseille tout simplement quelques résines, comme les pilules dites écossaises, quelques décigrammes d’aloès; je les fais prendre le soir, et le lendemain, à l’aide de quelques tasses de bouillon aux herbes non acide et de bouillon de veau ou depoulet, une ou deux garderobes arrivent sans fatigue et sans dérangement appréciable d’aucune fonction. » (Sandras, t. I, p. 77.)

Ces préceptes sont sages et judicieux, et les indications qu’ils comportent s’appliquent à tous les aliénés sans exception, qu’ils appartiennent ou non à la classe des folies héréditaires. Nous avons vu, en effet, que dans la période prodromique, les aliénés sont tous sujets à cet état d’éréthisme

et que se sont justement attirés quelques p.rôneurs exagérés qui en ont fait une panacée universelle. Nous aurons soin, du reste, de poser les indications de la méthode. Seulement il existe encore, il faut en convenir, à l’endroit de l’hydrothérapie, d’injustes préventions. M. Sandras y 'a aidé lui-même, chose excusable du reste pour l’époque où il écrivait, quand il dit : « Dans l’état nerveux on a peu d’occasions de se servir des bains locaux, des irrigations, des affusions de différentes sortes. Ces derniers moyens pour-, raient être conseillés dans quelques cas extrêmes. Mais c’est une médecine hasardeuse que celle de jouer ainsi avec des malades impressionnables, et j’avoue que je ne peux guère faire accorder avec les suggestions de ma raison pour tous ces cas les pratiques téméraires des hydropathes, et même de quelques médecins excentriques. » M. Sandras ne parlerait plus ainsi aujourd’hui, s’il avait pu être témoin de tous les succès obtenus par l’hydrothérapie dans ces cas exîrêmes qui n’avaient pu être soulagés, ni même modifiés en quoi que ce soit, sinon en mal, par les moyens pharmaceutiques ordinaires.

contre-indications des antispasmodiques, de l’opium, etc. 597 nerveux qui se traduit par l’exaltation de la sensibilité, état qui demande tant de ménagements, si l’on ne veut pas le voir dégénérer en folie complète. (Voyez Périodes initiales de la folie. Phénomènes wMladifs de la période prodromique, § ii, p. /4.62.)

Je crois devoir, dans l’intérêt du traitement général de la folie, entrer dans quelques détails sur la manière de se conduire dans cette période initiale. Rien ne semble, en effet, plus naturel, en présence des troubles et perturbations des fonctions nerveuses dans cette période prodromique, que derecourir auxcalmants, auxantispasmodiques, et, selon les circonstances, aux toniques, aux amers, aux ferrugineux, etc.' Je suis loin de proscrire d’une manière absolue une pareille méthode qui peut avoir ses indications spéciales, mais encore faut-il que les malades soient aptes à supporter cette médication. Une substance quelconque, dit fort judicieusement M. Sandras, ne devient un bon agent thérapeutique, un médicament, qu’à la condition d’être appropriée au moment, aux conditions données d’un mal.

Or, dans les conditions névropathiques de la période commençante, les aliénés sont généralement réfractaires à la médication antispasmodique ou tonique. Les opiacés les exaltent et augmentent l’insomnie, les toniques irritent ces malades et aggravent les souffrances qu’ils éprouvent du côté des voies digestives. « On a souvent, dit Esquirol, employé à des doses très élevées, le camphre, le musc, le fer, le quinquina, V antimoine, comme spécifiques pour combattre la folie. Ces médicaments sont utiles, mais d’une utilité individuelle ; ils réussissent merveilleusement lorsqu’on est assez heureux pour saisir l’indication que présente la maladie, mais ils mni dangereux et nuisibles, si on les applique à tous les malades, et ajoutons, à toutes les périodes de leur affection. Quelques-uns, continue Esquirol, dorment peu ; ils passent des semaines, des mois sans dormir. On a cherché à leur rendre le sommeil par les narcotiques ; ces médicaments sont plus nuisibles que salutaires, surtout lorsqu’il y a pléthore ou congestion vers la tête . le régime, le travail, l’exercice, sont les vrais

remèdes contre l’insomnie ; les bains tièdes ou frais provoquent le sommeil, sont vraiment efficaces et n’offrent aucun danger. » (T. 1, p. 1.53, Traitement de la folie.)

Lorsque je suis appelé auprès d’un malade au début de son affection, je ne manque pas, ainsi que le conseille Esquirol, de m’enquérir des commémoratifs, des causes existantes, et d’examiner s’il n’y a pas d’indications urgentes à remplir. Que la folie, encore une fois, ait ou non son point de départ dans l’élément héréditaire, il est urgent de parer d’abord aux complications les plus immédiates, et de baser le traitement sur la

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