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COMPLICATIONS. — GROSSESSE, LACTATION

connaissance que l’on peut obtenir de la nature de la cause. « 11 faut, dit Esquirol, rappeler les menstrues quand elles sont supprimées, rétablir des ulcères anciens, provoquer des maladies cutanées, placer des exutoires, si le malade en avait eu auparavant. »

« S’il y a excitation vive et pléthore, ajoute cet éminent praticien dont les conseils seront toujours suivis avec avantage, il faudra combattre ces symptômes par des évacuations sanguines, par des bains tièdes, émollients, longtemps prolongés, par des boissons rafraîchissantes, des laxatifs. Quelquefois il faudra appliquer sur la peau des rubéfiants ; en même temps le malade sera soumis à la diète ou à une alimentation très légère. Ainsi traitée comme une maladie aiguë, presque toujours au bout de huit, quinze, vingt et un, trente jours, il y a rémission, quelquefois une intermission très marquée. Alors, tout en faisant concourir les moyens moraux appropriés au caractère du délire, il faut s’attacher à combattre les causes matérielles, hygiéniques ou pathologiques qui ont précédé, préparé la maladie ; il faut suivre les indications individuelles. Un homme devient aliéné; il était sujet à des hémorrhagies qui n’ont plus coulé, le médecin s’efforce de rétablir cette évacuation. Des dartres disparaissent, un ulcère se dessèche, la manie ou la monomanie éclate ; en rappelant les dartres à la peau, en rouvrant l’ulcère, il est presque certain que la folie cessera. » [Ibid., p. 144.)

Pour ce qui regarde les malades qui comptent des aliénés parmi leurs ascendants, j’ai tellement insisté sur l’influence des causes intercurrentes qui provoquent si facilement le délire, que je n’en regarde aucune comme insignifiante; aussi ces sortes de malades sont-ils pour moi l’objet de l’examen le plus scrupuleux. Il est, ainsi que je l’ai dit, des périodes de l’existence qui sont pour eux doublement critiques ; je veux famé allusion au développement de la puberté, à la grossesse, à l’âge critique. Les moindres perturbations de l’intelligence, les plus simples anomalies des sentiments, devront être prises en sérieuse considération lorsque ces phénomènes coïncident avec ces périodes de l’existence.

Toutes les fois que j’ai été consulté pour l’état névropathique d’une jeune fille héréditairement prédisposée, je me suis toujours opposé au maria,ge trop précoce. Il ne faut pas oublier que chez les aliénés héréditaires, le développement de la puberté est tardif et que cette époque est pleine de périls. Je connais plus d’un exemple de folie déterminée par les premiers rapprochements conjugaux. J’ai déjà donné les indications prophylactiques qui doivent être suivies pendant le temps de la grossesse (1 ),

(!) Lorsque pendant la grossesse il y n, chez les femmes héréditairement prédisposées.

SUREXCITATION NERVEUSE AVEC ANÉMIE.— HYDROTHÉRAPIE. 599 et je ne puis assez insister sur le danger de permettre l’allaitement aux femmes nerveuses, héréditairement prédisposées à la folie. Leur santé y est autant intéressée que celle de leur progéniture. Malheureusement, ces sortes de malades sont capricieuses, irritables, fantasques ; il est souvent difficile de les. plier aux exigences de leur situation névropathique, et quelques-unes ne tardent pas à s’alarmer outre mesure des précautions que l’on prend pour les préserver de la folie. J’ai vu un véritable accès d’aliénation se produire dans des circonstances pareilles, et la mort de l’enfant en être la conséquence. M. Sandras fait justement remarquer que plus tôt l’allaitement est suspendu, mieux les accidents se passent. Il faut souvent user de ruse envers ces malades et recourir à des moyens qui tarissent la sécrétion laiteuse sans qu’elles puissent soupçonner le but de la médication employée; les préparations iodées et l’extrait de belladone remplissent cette indication. Ce derniei- agent thérapeutique est d’autant plus précieux, que c’est un sédatif puissant dans les surexcitations nerveuses (1).

Hydrothérapie dans les cas de surexcitation nerveuse chez des malades réfractaires aux médicaments ou épuisés par une médication trop active. — Les considérations qui précèdent nous ramènent aux malades qui, dans la période prodromique de l’aliénation, sont d’une telle sensibilité ner-

anémie, chlorose , je ne crains pas d’employer' les ferrugineux, malgré la propriété emménagoque de ces agents thérapeutiques. Rien n’est si dangereux, dans le traitèment des maladies nerveuses, que de se laisser guider par les idées théoriques préconçues. Il faut traiter la maladie seZon sa nature et selon les tempéraments individuels des malades.

(1) « Je donnais, ditM. Sandras, des soins aune dame qui avait voulu nourrir malgré mon avis. Au bout de six semaines d’allaitement, des douleurs d’estomac, une anorexie presque insurmontable, quelques légères atteintes de névralgie faciale, une faiblesse extrême, me donnèrent raison. Je voyais ma malade tomber à l’excès dans l’état nerveux par débilitation que J’avais craint, et cependant elle s’obstinait à nourrir encore son enfant. Pour combattre les névralgies faciales, je prescrivis un peu de belladone, en conibinant l’administration de cet agent de manière à ne pas gêner les petits repas que ma malade faisait par force, et à ne pas incommoder l’enfant qui tétait encore. En deux Jours la sécrétion laiteuse était presque complètement supprimée; et la malade, qui savait mon opinion bien arrêtée contre l’allaitement qu’elle voulait continuer, resta persuadée que connaissant bien cette propriété de la belladone, je l’avais employée avec l’intention de tarir le lait dans sa source. J’eus beau m’en défendre, elle me, remerciait toujours d’avoir fait passer ses névralgies, mais elle ne me pardonnait pas de lui avoir joué le mauvais tour de supprimer son lait. Ce fait m’avait donné à réfléchir, et dans l’occasion J’ai voulu vérifier si la belladone aurait en effet cette propriété. Plusieurs fois depuis je m’en suis servi avec avantage dans les mômes occasions. En cas pareil, j’hésite d’autant moins, que je regarde cet agent thérapeutique comme un des meilleurs ca'mants du système nerveux en général. » (Sandras, t. I, p. 98 )

600 INEFFICACITÉ DES TONIQUES DANS LA SUREXCITATION NERVEUSE, veuse, qu’il est impossible de songer à une médication qui puiserait aux sources de la pharmacie ordinaire.

« Dans ces cas, dit M. le docteur Fleury, les antispasmodiques restent complètement inefficaces ; les toniques ne sont point supportés ou n’amènent qu’un soulagement momentané, dû à une excitation bientôt suivie de fièvre et d’une réaction générale qui commandent d’en suspendre l’emploi ; les bains de mer, les différentes eaux thermales, réussissent quelquefois, mais souvent n’amènent qu’une amélioration de courte durée, et d’autres fois ils sont trop excitants et ne peuvent être supportés ; l’état des forces et de l’estomac ne permet pas aux malades ' de se soumettre au régime et à l’exercice musculaire qui seraient appelés à leur rendre service (1). »

Les malades de cette catégorie, comme je l’ai suffisamment exposé, appartiennent le plus ordinairement aux variétés héréditaires, et si les phénomènes pathologiques de la situation se rencontrent principalement chez les femmes, c’est qu’il est juste de tenir compte de l’impressionnabilité nerveuse inhérente à leur sexe. Je ne puis mieux faire que d’emprunter à iM. le docteur Fleury la description de cet état de névropathie générale. Les réflexions de ce savant praticien, qui a donné une si utile impulsion à la médication hydrothérapique, ne peuvent que corroborer ce que j’ai dit de la période prodromique de l’aliénation mentale et des anomalies des fonctions nerveuses chez les aliénés héréditaires.

« Les malades, qui presque tous en effet appartiennent au sexe féminin, éprouvent du côté des organes de la digestion des troubles sérieux. L’appétit se perd complètement : la vue seule des ahments, et principalement des viandes, inspire un dégoût insurmontable ; les crudités, les acides, sont seuls recherchés. Les digestions sont capricieuses, souvent accompagnées de douleurs gastralgiques très aiguës ; la constipation est opiniâtre. Les malades maigrissent de plus en plus, et finissent par arriver au plus haut degré de l’émaciation.

» Souvent il existe des palpitations si violentes, qu’on serait tenté de les rattacher à une affection organique du cœur, si l’on ne tenait compte de leur intermittence irrégulière et des signes négatifs fournis par l’auscultation et la percussion. Le pouls est petit, serré, fréquent, irrégulier, parfois intermittent ; un mouvement fébrile plus ou moins intense a lieu souvent vers le soir, pendant la nuit.

» Les forces se perdent graduellement, et les malades finissent par

(1) Fleury, Traité pratique et raisonné de l’hydrothérapie; recherches cliniques sur l’application de cette médication au traitement. Paris, 1856, p. 309 et suiv.

UTILITÉ DE l’hydrothérapie.

rester presque constamment couchées ou étendues sur une chaise longue ; elles ne peuvent supporter la voiture, la marche est impossible, et c’est à peine si elles ont la force de se tenir debout.

» La peau, sèche, rugueuse, écailleuse, n’est jamais humectée par la plus légère moiteur; les urines sont tantôt rares, épaisses, sédimenteuses, tantôt abondantes, claires et aqueuses.

» C’est du côté du système nerveux que se montrent les phénomènes les plus graves.

» Des douleurs névralgiques irrégulières se font sentir tantôt dans un point, tantôt dans un autre. La cinquième paire est leur siège le plus ordinaire; mais souvent aussi elles occupent les nerfs intercostaux, mammaires, sciatiques. Très fréquemment des douleurs de même nature se font sentir dans l’estomac, le foie, l’utérus, la yesûe{viscéralgies).

» Les malades sont d’une irritabilité nerveuse excessive, d’une impressionnabilité extrême; le plus léger bruit les fait tressaillir et les incommode; la lumière, la musique, le monde, la conversation, la lecture, toute espèce d’occupation, de travail intellectuel, de contention d’esprit, ne peuvent plus être supportés ; elles perdent le sommeil et sont en proie pendant la nuit à des terreurs, à des hallucinations, à une agitation fébrile que termine vers le matin une sueur plus ou moins abondante. Leur caractère est presque toujours modifié; elles deviennent irasciblès, capricieuses, tristes; la moindre émotion, la plus légère contrariété les jette dans un désespoir qui n’est nullement en rapport avec la cause qui l’a produit. Quelques-unes tombent dans une véritable lypémanie, qui leur fait désirer la mort. Quelques malades éprouvent incessamment le besoin de changer de place, et plusieurs d’entre elles voyagent sans rencontrer jamais qu’un soulagement momentané, acquis au prix de grands efforts, suivi bientôt de prostration extrême de l’esprit et du corps. Des alternatives d’activité et d’accablement physique et moral, de force convulsive, pour ainsi dire, et de faiblesse, de gaieté et de tristesse, . d’espérance et de découragement profond, forment encore l’un des principaux caractères de la maladie.

» On chercherait vainement, ajoute M. le docteur Fleury, dans les traités de pathologie, la description de cette affection, dont je viens de n’indiquer que les principaux traits, mais les praticiens ne la connaissent que trop. Elle est une des plus fréquentes et des plus graves parmi celles qui se présentent dans la pratique civile, et surtout chez les femmes du monde ; elle fait le désespoir des malades, dont elle empoisonne l’existence pendant de longues années, et celui des médecins, dont elle déjoue tous les efforts. C’est ce même état morbide, accom.pagné d'accidents locaux parti-

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