‹ Traité des maladies mentalesChapitre 216 sur 306 · SUREXCITATION. — ANÉMIE. — MÉDECINS. — RECONSTITUTION · texte numérisé non relu

SUREXCITATION. — ANÉMIE. — MÉDECINS. — RECONSTITUTION

culiers, que l’on rencontre si souvent chez les femmes dont l’utérus est engorgé ou a subi un déplacement, et qui divise encore les médecins les plus expérimentés sur la question de savoir si, dans les cas de ce genre, il existe une relation de cause à effet entre la maladie utérine et la névropathie. »

Pour ce qui regarde maintenant le traitement d’un état névropathique aussi significatif et qui se rencontre particulièrement au début des folies héréditaires, lorsque celles-ci ne se compliquent pas d’un état de congestion cérébrale, je ne puis qu’ajouter avec M. le docteur Fleury : « Les praticiens trouvent dans les douches froides, aidées de la sudation, un moyen héroïque à l’aide duquel ils pourront modifier l’état général des sujets, rétablir dans leur intégrité les fonctions digestives et nutritives, ramener ou développer l’embonpoint, faire disparaître les douleurs névralgiques, régulariser Faction nerveuse; obtenir, en un mot, la guérison complète d’une maladie contre laquelle toutes les ressources de l’art étaient venues échouer (1). » Je vais choisir, parmi les faits nombreux de ma pratique privée, deux ou trois exemples qui justifient le traitement appliqué à des situations qui ne se terminent que trop souvent par la folie, lorsque dans le principe on se contente de faire de la médecine expectante.

1" Madame A..., âgée de quarante-deux ans, d’une constitution éminemment nerveuse, fille d’une mère morte aliénée, et comptant d’autres malades atteints d’aliénation mentale parmi ses ascendants et ses collatéraux, souffrait depuis quelque temps d’un état névropathique général qui se résumait dans les conditions pathologiques qui suivent : Privation de sommeil et d’appétit ; crainte, agitation ; impossibilité de s’occuper de ses affaires. L’appétit était perdu, la digestion devenue impossible, et une constipation opiniâtre fatiguait la malade. Les purgatifs ne produisaient qu’un soulagement momentané; les toniques irritaient les intestins et n’étaient pas supportés. Madame A... consulta des spécialistes de Paris, qui ne virent d’autre ressource que l’isolement dans une maison de santé. Cet avis la frappa de terreur, car elle était poursuivie par la crainte de mourir aliénée comme sa mère.

Dans cette perplexité, la médication hydrothérapique était indiquée, mais madame A... avait eu toute sa vie une telle antipathie pour l’eau froide, que les premiers essais à domicile ne firent que surexciter l’état névropathique général. Je me décidai, conjointement avec M. le docteur Flaubert (de Rouen), à isoler la malade à la campagne. Mais, malgré les avantages d’un séjour délicieux, elle fut prise d’un ennui mortel, et lise

(1) Fleury, ouvr. cil., p. SIC et suiv.

CHEZ LES MAUDES RÉPRACTaIRES A TOUTE MÉDICATION. 603

manifesta des tendances au suicide qui nous forcèrent à recourir à d’autres moyens. Nous envoyâmes madame A..- chez des parents qui habitaient les bords de la mer, et l’espoir que les bains maritimes apporteraient quelque soulagement à cet état nerveux pesa sur notre décision. Ce second essai fut aussi infructueux que le premier, et madame A... revint plus malade que jamais.

Nous nous décidâmes, en désespoir de cause, à revenir à l’hydrothérapie, non plus sous forme de conseil et avec les attermoiements de cette méthode lorsqu’on la pratique à domicile, mais sous forme d’injonction, faisant, pour ainsi dire, violence à la malade, en la soumettant dans une institution hydrothérapique particulière (1) à toutes les nécessités de la . méthode : sudation dans les draps mouillés, affusion froide générale en douche ou en pluie, séjour d’une à deux minutes dans le bassin, lavements froids au moyen de la douche ascendante. La première séance fut signalée par des cris, des spasmes et une terreur très grande ; mais la persistance dans le traitement nous amena, après le quatrième bain, une modification inespérée. Non-seulement madame A... ne fit plus de difficultés pour prendre des bains, mais désira renouveler, le soir, le traitement du matin. Les fonctions se rétablirent, la surexcitation nerveuse disparut, et la digestion, qui ne laissait plus rien à désirer, nous permit de recourir à l’emploi des amers et des toniques qui avaient ici une indication, spéciale. La guérison de la malade avait été, pour ainsi dire, inaugurée dès les premiers bains, et malgré qu’elle eût discontinué trop tôt le traitement, il n’est jusqu’à présent survenu aucune récidive.

2" M. B..., homme dans la force de l’âge et d’un tempérament athlétique, n’en est pas moins soumis à toutes les perplexités d’un état ner-

(1) Une institution hydrothérapique, dirigée par un médecin intelligent qui sait associer aux avantages des bains les influences heureuses exercées par l’isolement des malades, par la bonne direction imprimée à leur hygiène physique et morale, est un milieu précieux de traitement pour beaucoup d’états névropathiques dans le sens de ceux que je décris. On comprend que la plupart de ces situations maladives, lorsque surtout elles se ratta^ chent à la transmission héréditaire, tendent à devenir complexes, et qu’il est nécessaire de soumettre les malades aux bénéfices de la vie en commun, d’un travail manuel et d’une hygiène spéciale. Beaucoup de névropalhisés généraux ont trouvé leur guérison chez Priessnitz en Silésie, non-sf ulement à cause de l’action bienfaisante exercée sur les fonctions nerveuses par l’eau froide, mais parce que dans le milieu nouveau où ils se trouvaient placés, les actes de ces malades ont été régularisés par une discipline sévère, et qu’ils ont été soustraits à toutes les agitations et aux irrégularités de leur existence ordinaire. C’est dans l’établissement de M. le docteur Gillebert d’Hercourt, à Saint- Genis-Laval près Lyon, que j’ai vu guérir des affections nerveuses, des états liypochondriaques très complexes, qui avaient résisté à tous les soins donnés dans l’intérieur de la famille. Je citerai aussi les succès obtenus par M. le docteur Boltentuit, à Rouen.

604 UTILITÉ DE LA MÉTUODE HYdROTAÉRAPIQUE DANS CE CAS. veux qui, chez lui, se rattache à des dispositions congénitales. Une grande exagération de la sensibilité le place depuis deux ans dans les situations les plus pénibles qui se puissent imaginer. Après avoir épuisé, à Paris, les ressources de la pharmacopée ordinaire, le malade ne peut plus ni manger, ni digérer. Il vomit ses aliments et en est réduit à passer sa vie dans la position horizontale. Le moindre bruit, le moindre mouvement retentit d’une manière si pénible sur sa sensibilité générale, qu’il éprouve des spasmes, des éblouissements, des convulsions ; il croit qu’il ne lui reste plus que quelques instants à vivre, il ne peut rester seul. Au milieu de l’hiver on doit tenir les fenêtres ouvertes, il lui est impossible de respirer dans l’atmosphère de tout le monde, et son caractère irritable ne saurait être adouci parles soins dévoués des parents qui l’entourent.

Lorsque je vis pour la première fois M. B..., je posai résolûment l’alternative de l’isolement dans une maison de santé ou de l’emploi de l’hydrothérapie à titre empirique, car il était impossible de prévoir si le malade, épuisé par de longues sou firances, pourrait supporter l’usage des bains froids. Je me défiais aussi d’un état systématique des idées tellement enté sur l’élément de l’hypochondrie, que je craignais de voir M. B... puiser dans un commencement d’organisation délirante la force nécessaire pour résister à toute action thérapeutique. L’essai fut tenté néanmoms, et le résultat dépassa toutes mes espérances. La première sudation fut suivie d’une affusion énergique, et releva tellement les forces du malade, que la nuit qui succéda à cette épreuve se passa sans les accidents ordinaires de la situation, spasmes, cauchemar, terreurs excessives. Le traitement, continué pendant un mois, amena une modification si heureuse, que M. B... put se lever, travailler et vaquer à ses occupations ordinaires. Je fis cesser toute médication interne, et les fonctions^ digestives étant revenues à leur état normal, je me contentai de relever les forces du malade au moyen d’une bonne nourriture, dê toniques, tels que le vin de Bordeaux : la guérison ne tarda pas à se consolider. C’est là un exemple d’un des résultats les plus inespérés et les plus prompts que j’aie obtenus par l’hydrothérapie. Sans doute il existe des contre-indications à la méthode hydrothérapique, et je ne manquerai pas d’en tenir compte dans le traitement des diverses variétés d’affections nerveuses dont il me reste à parler.

Qu’il me soit permis de citer encore un fait entre le grand nombre de ceux que je pourrais produire.

3° Une jeune femme qui puisait dans l’hypochondrie de son ascendance maternelle un tempérament névropathique des plus protéiformes qu’il m’ait été donné d’observer, était depuis quatre à cinq ans victime de celte

OBSERVATIONS

situation qui avait résisté aux soins les plus assidus et les plus intelligents des médecins. Elle en était réduite à passer son existence sur une chaise longue, et le moindre mouvement suffirait pour produire des spasmes, des pandiculations et des vomissements. Elle présentait aussi cet état morbide dont parle M. le docteur Fleury : « état accompagné d’accidents » locaux particuliers que l’on rencontre si souvent chez les femmes dont » l’utérus est engorgé et qui a subi un déplacement, et qui divise encore » les médecins les plus expérimentés sur la question de savoir si, dans » les cas dé ce genre, il existe une relation de cause à elfet entre la maladie » utérine et la névropathie. »

Je dus, en conséquence, dans le traitement d’une affection aussi complexe, tenir grand cas de la réaction sympathique exercée par l’utérus sur les fonctions cérébrales. La malade éprouvait la plupart des accidents propres aux hystériques. Il existait d’ailleurs chez elle une paralysie des extrémités inférieures avec hyperesthésie des plus vives, et la sensibilité générale était tellement exaltée, que le moindre mouvement, comme je l’ai dit, produisait des spasmes et un état convulsif. D’un autre côté, cette exagération de la sensibilité, compromettait l’exercice normal des facultés intellectuelles et morales. La malade était devenue irritable et fantasque. La moindre opposition à ses innombrables caprices la jetait dans des perplexités extrêmes, et je dus tenir compte de cette situation pour relever son courage et lui faire accepter l’espoir d’une guérison.

Dans la nécessité où je me trouvai de renoncer à toute médication interne chez une malade qui avait abusé des ressources de la pharmacopée ordinaire, et dont le tempérament était devenu réfractaire aux antispasmodiques les plus simples, je ne reculai pas devant les pratiques les plus minutieuses et me prêtai à quelques-unes des exigences hypochondriaques de cette jeune femme. Ceci ne paraîtra ridicule qu’aux yeux des médecins qui ignorent les bons effets que la médication morale produit sur le physique des névropathisés généraux. J’avais annoncé à la malade qu’elle ne pouvait plus trouver que dans l’hydrothérapie une chance de guérison, et je commençai avec des frictions rapides exercées sur les bras et les jambes au moyen d’une éponge mouillée ; je fis bientôt participer la superficie tout entière de la peau à ces mêmes frictions. Chaque jour amenait ainsi une modification, un progrès dans l’état général. La sudation dans les draps mouillés ne se fit pas sans difficulté ; il fallait inventer des moyens pour déplacer la malade sans lui donner de secousses; mais enfin, l’influence morale aidant, l’épreuve, après avoir échoué à plusieurs reprises, finit par réussir. La malade, qui n’avait pu d’abord soutenir que les fricûons avec l’éponge mouillée, réclama bien-

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