‹ Traité des maladies mentalesChapitre 217 sur 306 · DOUBLE INFLUENCE DU TRAITE51ENT PHYSIQUE ET MORAL · texte numérisé non relu

DOUBLE INFLUENCE DU TRAITE51ENT PHYSIQUE ET MORAL

tôt elle-même les affusions avec un arrosoir. Tous les jours elle gagnait dans l’exercice des mouvements; elle essaya dans un lit mécanique, construit exprès pour elle, à sortir progressivement de la position horizontale, jusqu’à ce qu’enfin elle pût se tenir sur ses jambes, faire un pas, et puis deux, et puis trois. Ce traitement fut long, et ce n’est que par des degrés insensibles que je pus amener cette jeune dame à se tenir assise dans un bain sans éprouver d’accidents, et à la soumettre à toutes les manipulations qu’exige la méthode hydrothérapique complète. Mais, eu définitive^ elle rentra dans l’exercice normal de ses fonctions, sans qu’il eût été employé d’autres moyens thérapeutiques que ceux que je mentionne. Les seuls toniques et reconstitutifs donnés à l’intérieur consistèrent dans une nourriture animalisée. La malade était devenue, ainsi que je l’ai dit, si réfractaire à la médication habituelle dont elle avait abusé, que les potions antispasmodiques les plus simples, que l’odeur même des médicaments suffisaient pour déterminei* des vomissements.

On pourra objecter sans doute que dans les exemples que je cite l’influence morale a eu sa part la plus considérable ; mais si cette objection était réellement sérieuse, nous pourrions l’accepter sans que le traitement des maladies nerveuses fût compromis en quoi que ce soit. Qui pourrait douter un instant, après tout ce que nous avons dit sur la nature, la marche et la terminaison des maladies mentales, que leur guérison ne peut être opérée qu’à la condition d’agir sur les deux principes constitutifs de l’homme, principes dont l’influence réciproque est aussi bien en jeu dans l’état de santé que dans l’état de maladie, dans la période initiale que dans la période de développement de la folie !

« L’homme, dit M. le docteur Falret dans ses Leçons cliniques sur le traitement général des aliénés^ est une dualité composée de deux principes, Tâme et le corps, qui représentent deux ordres de faits distincts, les faits de Y ordre moral et ceux de Y ordre physique; la nature humaine est la résultante de ces déux puissances à la fois distinctes et inséparables. Dans l’essence de l’homme ici-bas, ces deux principes sont si intimement unis l’un à l’autre, qu’aucun phénomène moral ne peut se manifester sans la coopération du physique, et réciproquement ; par conséquent, vouloir considérer isolément ces deux ordres de phénomènes, c’est scinder l’homme artificiellement, et ne pas l’envisager tel qu’il est dans sa nature mixte et complexe. De là résulte ce fait capital, ajoute M. le docteur Falret, que tout moyen dit moral agit en même temps sur le physique, et que tout physique dirigé sur le système nerveux, ou

même sur d’autres organes, peut et doit réagir sur le moral. Il n’est donc pas, d’une manière absolue et rigoureuse, un seul moyen thérapeutique

CHANGEMENT X)E MILIEUX. — VOYAGE.-*, DISTRACTIONS, ISOLEMENT. 607 qui puisse être envisagé comme exclusivement physique ou comme exclusivement moral ; tout se tient et s’enchaîne dans la nature de l’homme, et l’on ne peut agir sur son moral sans réagir en même temps sur son physique, et viceversâ. Qu’on ne parle donc pas de Faction exclusive des moyens moraux ou des moyens physiques ; c’est là une distinction théorique qui ne peut être poursuivie dans le domaine de la pratique . Aucun moyen ne doit être négligé; aucun ne peut être préconisé à l’exclusion de l’autre. Ce n’est pas à titre de moyen purement moral ou purement physique qu’un agent thérapeutique doit être accepté dans la médecine mentale, c’est à titre d’agent efficace à la fois physique et moral (1). »

Les réflexions de cet éminent praticien m’engagent à aborder quelques points du traitement moral applicable non-seulement aux aliénés héréditaires, mais à ceux qui appartiennent aux autres variétés de la folie. Je veux parler de l’influence exercée par le changement de milieu, par l’isolement dans une maison de santé, et sur les névropathisés généraux, et sur ceux qui sont déjà dans la période d’invasion de leur maladie. Malgré mon vif désir de ne pas scinder les deux questions du traitement moral et du traitement physique, je ne dois pas oublier qu’un ouvrage destiné aux médecins praticiens autres que ceux qui dirigent les asiles d’aliénés, doit contenir des indications précises, tout en ne négligeant point le côté général et philosophique des questions. Ceci est d’autant plus important qu’au début de la maladie nerveuse ce sont les médecins ordinaires des familles qui sont consultés, à l’exclusion des spécialistes. L’avenir intellectuel des malades dépend donc le plus souvent de la manière dont le traitement est inauguré dans le principe.

§ V, — Indications du traitement moral applicable aux aliénés dans la période prodromique et dans la période confirmée. Changement de milieu. Voyages. Distractions. Isolement dans un asile.

Le changement de milieu est, pour ainsi dire, le besoin instinctif de tous ceux qui sont en proie à des peines morales^ à dés chagrins. Mais on peut affirmer hardiment que l’amélioration amenée par le changement de milieu ne se fait jamais aussi vivement sentir que chez les névropathisés généraux, chez ceux qui éprouvent ce sentiment indicible de souffrance qui est le propre de la période prodromique de la folie.

La périodicité, l’alternance dans les symptômes, que j’ai indiquées comme formant un des caractères essentiels des folies à type héréditaire, nous expliquent l’immense avantage que retirent ces malades du chan-

(I) Falret, Leçons cliniques sur le traitement général des aliénés {Moniteur des hôpitaux, 3 juin 1854).

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