OPIACÉS UNIS AU SULFATE DE QUININE
Je il’ai eu qu’à me féliciter d’avoir employé l’opium dans les circonstances indiquées. Je le prescris alors à dose fractionnée, par pilules de 1 à2 centigrammes. J’ai pu ainsi faire prendre aux malades 10, 15 et même 20 centigrammes par jour, non-seulement sans inconvénient, mais avec avantage. J’associe parfois l’opium à l’extrait de quinquina ; je diminue la dose quand je m’aperçois que le pouls reprend de l’élévation, de la fréquence même et de la dureté. J’en suspends l’usage lorsque certaines dispositions hallucinatoires, et, dans quelques cas, des hallucinations réelles, indiquent que l’opium agit selon son action spécifique sur les fonctions cérébrales (1).
Dans les cas de débilitation extrême avec mouvement fébrile, M. le docteur Follet se loue beaucoup de l’emploi du sulfate de quinine associé au laudanum, d’après la formule que M. le docteur Gouiffès, son prédécesseur à Sainte-Athanase, administrait avec succès :
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8 cuillerées à bouche.
4 cuillerées.
Réduire d’un douzième par ébullition pour ajouter :
Eau distillée de fleur d’oranger . . 1 cuillerée.
Laudanum. . . • • • 6 gouttes.
La dose de chaque cuillerée est de 15 centigrammes.
L’expérience du traitement des maladies nerveuses a appris à M. Sandras que de trop petites doses d’opium, au lieu de produire un effet calmant, déterminent quelquefois, et surtout chez certaines personnes, une excitation nerveuse plus ou moins considérable. « L’expérimentation nous a enseigné, dit cet excellent praticien, que pendant Faction de l’opium, le cerveau est plus plein de sang qu’à l’ordinaire, que les fonctions stomacales sont amorties, que le col delà vessie peut être irrité d’une certaine manière, que la peau se trouve affectée de démangeaisons, etc. Nous nous conduisons en conséquence de toutes ces données, et nous nous servons de l’opium pour calmer quand ses propriétés connues ne nous laissent rien redouter de particulier du côté des organes exceptionnels que je viens de mentionner. Des pilules qui contiennent de un milligramme à un centigramme de sel de morphine, une potion contenant,
(1) Dans mon Traité des dégénérescences, je suis entré dans de grands détails sur l’action physiologique et pathologique exercée par les poisons végétaux et minéraux. Les hallucinations opérées par l’opium et par toutes les préparations dans lesquelles entre cette substance, telles que le haschish, ont été décrites. (Voyez Ilaschish, son usage chez les Orientaux ; effets physiologiques, § i, p. 148 et suiv. — Considérations historiques et médicales sur l’usage de fumer l’opium, § ii, p. 155 et suiv.)
Sulfate de quinine.
Eau de fontaine.
Sirop de gomme. .
630 PÉRIODE DE STUPEUR— MÉDICATION EXCITANTE, DOULOUREUSE, pour 125 grammes de véhicule 10 centigrammes de sel de morphine,, qu’on prend par cuillerée à café tous les quarts d’heure, quelques cuillerées moyennes de sirop de pavot ou diacode, des pilules contenant 25 milligrammes d’extrait gommeux , quelques gouttes de ce que l’on nomme laudanum de Sydenham ou de Rousseau, enfin toute préparation analogue contenant tout ou partie active de cette substance, cela suffit. Le calme qui avait disparu revient, et les phénomènes nerveux rentrent dans l’ordre. » (Sandras, owur. cit., t. I, p. 88.)
Dans les périodes rémittentes des accès d’agitation qui signaient la folie héréditaire, je n’emploie pas les opiacés dans des proportions plus considérables. Quand les malades, ce qui arrive assez souvent, vu les anomalies étranges que présentent les tempéraments habituels, sont réfractaires aux opiacés, j’ai recours à l’un des succédanés les plus sûrs de l’opium, la belladone. Dans un grand nombre de circonstances, je me suis bien trouvé d’unir la belladone à l’opium en proportions égales. Les indications les plus précises sont celles où l’état mental des malades est aggravé par des douleurs névralgiques. J’aurai occasion de parler de la belladone à propos de la folie épileptique.
Dépression mélancolique extrême, stnpidîfé. Médication révolsire et douloureuse ; vésicatoires, sétons , moxas , électricité. — Autant l’emploi de la médication révulsive et douloureuse est contre-indiquée dans les périodes initiales de la folie, et, généralement, dans les périodes d’excitation, ainsi que nous l’avons vu, autant il est utile d’y recourir lorsque l’affection se prolonge indéfiniment, que les malades tombent dans un état de prostration et de stupeur qui persiste d’une manière inquiétante, et dont il est impossible de prévoir la terminaison.
Dans les folies héréditaires qui se rattachent au tempérament apoplectique des ascendants, aux dispositions individuelles des malades à la congestion cérébrale, je me tiens toujours en garde contre les dangers des périencéphalites insidieuses. Lorsque l’état de dépression et parfois de stupidité continue sans alternatives d’aucune sorte, je n’hésite pas à recourir aux vésicatoires, aux sétons, aux frictions stibiées sur la tête ou à la nuque. La science a enregistré nombre de faits de terminaison heureuse d’états mélancoliques avec dépression et stupeur par l’application de vésicatoires et d’autres exutoires.
La nature nous met elle-même sur la voie des résultats favorables que l’on peut obtenir par la médication révulsive. Beaucoup de crises heureuses ont été déterminées par des plaies, par des lésions entraînant d’abon dantes suppurations, par l’apparition de furoncles et d’anthrax. « J’ai eu occasion, dit M. Guislain, de voir un mélancolique qui s’était fait une