‹ Traité des maladies mentalesChapitre 224 sur 306 · VÉSICATOIRES, FRICTIONS AVEC LA POMMADE STIBIÉE · texte numérisé non relu

VÉSICATOIRES, FRICTIONS AVEC LA POMMADE STIBIÉE

énorme brûlure à la jambe, et qui guérit presque immédiatement sous l’influence de la vive iriâtation que lui fit éprouver cet accident. Je me souviens d’un autre cas où un vésicatoire appliqué au jarret produisit le retour à la santé chez un mélancolique, après avoir provoqué une suppuration ichoreuse de la peau dénudée et gangrenée. » {Leçons orales, t. III, p. 42.)

Quand on croit devoir, en raison d’indications précises, employer les frictions stibiées, il faut faire raser la tête, et appliquer au sommet, dans une étendue de 3 à 4 centimètres, une pommade dans laquelle on a incorporé 2 ou 3 grammes de tartre stibié {pommade d" Autenrieth). On frictionne deux fois par jour la partie dénudée, en la recouvrant de flanelle, afin d’empêcher le malade de porter à ses yeux la substance irritante. Il faut s’arrêter quand l’éruption se manifeste; une suppuration trop abondante et la nécrose des os crâniens pourraient en être la conséquence. Les médecins allemands ont cité des accidents produits par l’exagération de la méthode.

A côté d’un grand nombre d’insuccès, dit M. le docteur Guislain, j’ai obtenu de beaux résultats par les frictions stibiées sur le crâne, chez de jeunes malades atteints de mélancolie sans délire. Le même auteur vante les frictions de ce genre sur les bras et les cuisses. De fortes irritations, des gonflements des tissus cutanés et sous-cutanés, de fortes démangeaisons à la peau, sont le résultat de ces applications qui déterminent dans tous les cas une vive irritation. Comme toutes les médications dérivatives douloureuses, les frictions stibiées peuvent avoir une double action physique et morale ; cela se comprend facilement. La douleur, la surexcitation portée sur la peau, agissent d’une manière favorable sur l’état moral du malade, cela est incontestable. Son attention est amenée sur ce qu’il. éprouve; il est distrait de sa ipaladie. Quelquefois aussi il s’imagine que tout ce qu’on lui fait éprouver rentre dans le système de persécution dont il se dit être victime; dans ces cas, qui ne compliquent que trop souvent la marche de la folie, l’aliéné devient réfractaire à toute médication.

Tout en faisant la part de l’effet physiologique opéré par les sétons, Xe.'s.moxas, les vésicatoires, Y électricité , je crois qu’il est juste de tenir compte de la réaction morale amenée par ces moyens douloureux (1). C’est dans le même but que j’ai employé depuis plusieurs années l’électricité. Je rappellerai, ace propos, ce que j’ai dit dans la symptomatologie

(1) C’est ce point de vue qui paraît dominer dans la thèse de M. Ideler sur ce sujet : De moxæ effi^acia in animi morhis curandis medela.

DE l’emploi de l’électricité.

des troubles de la sensibilité chez les aliénés (1). J’aurai occasion de mentionner l’électricité en parlant des indications curatives qui compliquent l’état de stupeur propre aux aliénés des diverses catégories. Il est incontestable que ce moyen est excellent pour réveiller la sensibilité engourdie de beaucoup de ces malades, pour déterminer chez des aliénés stupides, et irréductibles par la persuasion ou par la contrainte, des actes volontaires, comme de manger, travailler. Je n’ai eu qu’à me louer de l’emploi de l’électricité, dans les cas de ce genre où il serait dangereux de laisser les malades plongés dans une apathie et une torpeur qui énervent leurs forces, enracinent leurs mauvaises habitudes, et les hébètent au point qu’ils se souillent de leurs excréments. Quelques auteurs ont même cité des guérisons de mélancolie avec stupeur dues à l’action de ce puissant agent (2). 11 me serait impossible, on le comprend facilement, d’entrer dans le détail de la thérapeutique spéciale des aliénés héréditaires, sans généraliser la question et sans aborder les indications du traitement chez les aliénés de toutes- les catégories. Je préfère, dans l’occurrence présente, me restreindre, et terminer ce que j’ai à dire du traitement des aliénés héréditaires par des considérations sur la prophylaxie de ces malades, et sur l’hygiène spéciale physique et morale applicable aux enfants nés dans les conditions malheureuses qui constituent un état de dégénérescence dans l’espèce.

§ VIX, — Prophylaxie. Mariages. Éducation spéciale applicable aux idiots, imbéciles et autres catégories d’êtres dégénérés dont les conditions pathologiques

se rattachent à l’hérédité.

Les nombreuses indications thérapeutiques que j’ai données dans l’intérêt du traitement des aliénés héréditaires ne peuvent, on le conçoit facilement, s’appliquer à toutes les catégories de ces malades. Il en est

(1) Troubles de la sensibilité; hyperesthésie, anesthésie chez les aliénés, etc., § v, p. 306 et suiv.

(2) Dans un mémoire qui a récemment paru : Des troubles fonctionnels de la peau et de l’action de l’électricité chez les aliénés, M. le docteur Auzouy, médecin en chef de la section des hommes à l’asile de Maré ville, cite plusieurs cas de guérison, et entre autres celui d’un pharmacien âgé de quarante ans, et qui paraît avoir obtenu une modification très heureuse, et même radicale, de son état de mélancolie avec stupeur, grâce à l’emploi de la faradisation à laquelle il a été soumis (Mémoire cité, p. 29). M. le docteur Teilleux, médecin en chef de la section des femmes du même asile, m’a communiqué un travail très intéressant sur le même sujet. Cet honorable praticien a commencé ses recherches en 1837 ; il les a poursuivies ultérieurement avec M. le docteur Auvard, médecin en chef de l’asile de Saint-Venant. J’ai lieu de croire que M. Tèilleux publiera les expérimentations qu’il a tentées dans ce sens.

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