‹ Traité des maladies mentalesChapitre 248 sur 306 · OBSESSION DÉMONIAQUE. — SUCCUBES, INCUBES · texte numérisé non relu

OBSESSION DÉMONIAQUE. — SUCCUBES, INCUBES

niâques, àesuccvhes et ^incubes. Le terme hjperesthesia psychica sexualü semble particulièrement leur convenir.

E. Dans mes Études cliniques encore, on trouve l’exemple d’une demoiselle de quarante à quarante-cinq ans, très religieuse, et qui n’avait jamais voulu se marier pour consacrer son existence entière aux entants de sa sœur. Elle fut, un jour, prise de convulsions hystériques pendant lesquelles, au grand étonnement de sa famille, elle se déclara enceinte, prétendit sentir toutes les douleurs de l’enfantement, au point que l’on s’empressa d’aller chercher un accoucheur qui rassura les parents et prescrivit une potion antispasmodique qui calma la malade. Cette demoiselle fut ultérieurement confiée à mes soins, et finit tristement ses jours dans un asile d’aliénés. Son existence se résumait dans une série d’états de dépression [mélancolie) et d’excitation [manie). On se fait difficilement une idée de la violence des actes délirants de ces sortes de malades et de la dépravation de leurs instincts.

F. Je fus, un jour, appelé dans un couvent où l’on recevait quelques femmes malades comme pensionnaires. Parmi elles se trouvait une vieille demoiselle de soixante-cinq ans qui avait mis toute la communauté en émoi par ses cris et ses vociférations. Je la trouvai blottie dans un coin de sa chambre, les cheveux épars et à peu près nue ; elle quittait sa position pour sauter sur les meubles, grimper après les murs et demandait, à grands cris, que l’on chassât le diable qu’elle avait dans le corps. Je la fis transporter à l’asile des aliénés, où des grands bains , des antispasmodiques et un éméto-cathartique ramenèrent le calme dans l’état nerveux de cette hystérique qui avait déjà eu plusieurs semblables accès de folie. La première attaque avait eu lieu à la suite d’un mariage manqué, et, depuis, cette demoiselle était toujours restée souffrante, névropathique et soumise à de véritables accès hystériques.

G. On a vu plus d’une fois les interprétajions maladives de jeunes hystériques compromettre le repos des familles et l’honneur des personnes. Une jeune aliénée chez laquelle une éducation exceptionnelle, dans un pensionnat destiné à la classe riche, avait développé des besoins et une ambition que le manque de fortune de sa famille l’empêchait de réaliser, donna de bonne heure des signes d’hystérie. Elle en était arrivée, à la suite de vomissements continuels, à un grand état d’amaigrissement, mais la surexcitation nerveuse et la tendance aux hallucinations semblaient augmenter dans la proportion^ de l’affaiblissement général (1),

(1) Je n’ai jamais remarqué une aussi grande fréquence dans les vomissements que chez les Jeunes hystériques de cette ville. A l’hospice de Rouen, M. le docteur Leudet fils m’a signalé des malades hystériques qui, depuis des mois, des années, rendaient leurs

SENSATIONS EXTRAORDINAIRES — HALLUCINATIONS SPÉCIALES. 687 Cette jeune ülle avait compromis son professeur de musique en prétendant avoir été séduite par lui et en soutenant qu’elle était enceinte. On allait procéder à un examen juridique, lorsqu’elle affirma que ce monsieur, qui, du reste, ne donnait ses leçons qu’en présence de sa mère, s’introduisait dans sa chambre par le trou de la serrure. Les sensations que cette hystérique éprouvait étaient si vives, qu’elle faillit un jour se précipiter de la fenêtre dans la rue, pour échapper à des atteintes faites à sa pudeur. Dans l’asile où elle fut confiée à mes soins, on ne saurait se figurer les récits fantastiques de cette malheureuse insensée. A chaque fois, elle nous accablait de ses reproches, et les récits qu’elle faisait de nos visites nocturnes et de tous les attentats exercés sur sa personne étaient tellement circonstanciés et affirmés avec une croyance si vive, qu’il ne faut plus s’étonner du sort qui, à une autre époque, était réservé à ces aliénées, dont les juges ne pouvaient suspecter la véracité (1).

H. Je ne crains pas de multiplier les exemples, car il en ressortira des indications diverses dont le traitement de l’affection fera son profit. Le mariage n’est malheureusement pas le remède spécifique contre l’hystérie ; j’en ai déjà cité des preuves. Les relations de cette névrose avec la grossesse, l’accouchement et les rapports conjugaux, offrent d’ailleurs des situations si délicates, que l’on me saura gré d’en dire quelques mots.

Une dame de quarante-cinq à cinquante ans, mère de plusieurs enfants, éprouvait pendant chacune de ses grossesses des troubles intel-

aliments par régurgitation et sans être digérés. Cependant l’existence se soutenait dans ces conditions pathologiques. On a employé beaucoup de choses contre les vomissements de ce genre ; ce qui m’a le mieux réussi est la viande crue. J’en parlerai à propos du traitement de la folie hystérique.

(I) Chez cette jeune malade, on n’observa Jamais de provocations érotiques, et l’on peut dire que sa pensée ne fut jamais complice des sensations qu’elle éprouvait. Mais qui pourrait nier que la situation pathologique que crée l’hystérie ne puisse amener les malades à de véritables accès d’érotomanie et même de nymphomanie. J’en ai cité plusieurs exemples dans mes Éludes cliniques (t. II , p. 242 et suiv.) Entre autres faits, j’ai rapporté celui d’une religieuse de quarante ans, chez laquelle les perversions des fonctions génitales étaient poussées à l’extrême. Je dois cependant rappeler ce que j’ai dit de la rareté de la coïncidence complète des tendances érotiques avec une hystérie franchement caractérisée. Chez la plupart des malades erotiques ou nymphomanes que j’ai observées, il existait des complications maladives autres que l’hystérie, telles que, alfeetions spéciales de l’utérus ou des ovaires, prurigo des grandes lèvres, affections herpétiques, dartreuses, prurigineuses, tendances dépravées et secrètes, soit pour les boissons, soit pour les plaisirs solitaires. Enfin, chez d’autres, l’hérédité, dont nous avons étudié les transformations diverses, faisait sentir son action. Les hystériques avec complication d’érotisme, dont je parle, étaient elles-mêmes nées de mères érotiques, ayant manifesté des tendances pour les boissons, ou même complètement aliénées.

688 SEiNSATlONS EXTUAORDIK AIRES - HALLUCINATIONS SPÉCIALES.

lectuels si considérables, que le repos et le bonheur de son mari en furent non-seulement altérés, mais que son existence même courut plus d’un danger. Les accès de jalousie de cette malheureuse femme allaient jusqu’à la fureur, et ses appétits vénériens, très prononcés, n’étaient jamais satisfaits qu’aux dépens d’une atteinte très grave portée à sa sensibilité nerveuse. Je ne comprends pas comment, dans la situation de cette malade, des médecins ont pu conseiller une nouvelle grossesse. Madame avait des spasmes, des convulsions, et ressentait les symptômes principaux de l’hystérie. Ses impressions sensoriales maladives déterminaient des actes délirants caractéristiques. Il lui est arrivé plusieurs fois d’ouvrir la fenêtre de la chambre où elle était seule avec son mari, et d’appeler au secours, comme si on l’égorgeait. D’autres fois elle avait pour but de provoquer des visites domiciliaires dans son appartement afin de voir s’il n’y avait pas quelque part des femmes cachées. Cette malheureuse malade a été placée dans la plupart des maisons de santé de l’Allemagne, et l’on n’a pu la gardér nulle part. Elle est morte il y a quelque temps, ayant conservé pendant plus de douze ans toute l’activité de ses impressions sensoriales, et présenté, pendant cette même période, les alternatives de dépression et d’exaltation propres à cette variété de malades.

I. Je terminerai cette série de faits pathologiques par une dernière observation qui, mieux encore que les réflexions que j’ai émises, fera ressortir la nature du délire des actes propres aux aliénés hystériques. Leur folie a des caractères si protéiformes qu’on ne peut assez l’examiner sous toutes ses faces, dans l’intérêt du traitement et de la médecine légale.

Madame L..., qui a été confiée à mes soins dans l’asile des aliénés de la Meurthe, en 1852, était alors âgée de vingt-cinq ans ; elle comptait cinq années de mariage. Fille, elle se distinguait par ses sentiments affectueux, sa piété, son éducation; épouse, elle apportait dans son ménage toutes les qualités nécessaires au bonheur ; mère, il y a trois ans, ses sentiments furent douloureusement affectés par la mort de son enfant.

D’après le témoignage des personnes qui ont donné leurs soins à madame L..., d’après ce qu’elle nous raconte elle-même, cette intéressante malade aurait déjà passé par diverses phases névropathiques et subi diverses maladies bien propres à nous éclairer sur l’origine de ses tendances actuelles. C’est ainsi qu’à seize ans elle devint hystérique. La description qu’elle nous fait de ses souffrances, de la bizarrerie de son caractère, de cette sensation de boule partant de l’utérus et remontant jusqu’à la gorge, avec sentiment de strangulation, le tout suivi de pleurs et de rires sans motifs, nous démontre bien, en effet, une affection hystérique. C’est pour guérir cette névrose que les. médecins conseillèrent le mariage

Page 1