ACTES DÉLIKANTS, LAN&AGE SPÉCIAL DES HYSTÉRIQUES
» j’ai oublié de demander des nouvelles de ton œil, et je n’ai rien dit à » Hortense. Alexandre, je te dis que tu peux me donner la mort sans » commettre de crime; tu sais que je connais encore le bien et le mal.
» Si l’on ne te donne rien chez le pharmacien, nous recommencerons ce » que j’ai déjà fait une fois, seulement on n’ira point chercher le mé- » decin, je serai morte dans une crise nerveuse. Tu ne veux pas que papa » meure avant moi ; accours, accours, il faut mettre un terme à mon » ignoble vie. Mon père, ma mère et toi, souffrez le martyre ; mon frère » et ma sœur souffrent aussi. Je mettrai moi-même cette lettre à la boîte: » j’irai à N..., je la porterai. Une grâce, une dernière grâce : si je meurs ))ici, que je sois enterrée à G...; ce n’est pas une chose impossible, » Je dis cela dans le cas où je mourrai ici de maladie, car les précautions » sont bien prises ; je suis gardée comme dans une prison. Je t’embrasse, » si tu me le permets. Prie donc Dieu pour que ta femme meure pour » votre bonheur à tous.
» Celle qui n’ose plus se dire ta femme,
» Signé El. L.... »
(( P. S. Pardonne le mal que je te fais, pardonnez tous, mais viens » vite. Je puis encore devant le monde être comme autrefois, c’est l’essen- » tiel ; peut-être dans quinze jours je ne pourrai plus. »
Que l’on rapproche maintenant cette correspondance du langage des aliéhés hypochondriaques et autres dont j’ai donné des spécimens {Manière dont les aliénés expriment leurs pensées, p. Ù31), et l’on verra la vérité du principe sur lequel je base ma classification, à savoir : que chaque variété d’aliénation puise dans la nature de sa cause le caractère du délire des actes et des idées chez les individus atteints de cette maladie (1). Je me réserve, dans la médecine légale, de tirer un parti important de la connaissance du langage et du tempérament des hystériques, pour expliquer des crimes extraordinaires.
: (!) En disant qu’il existe un caractère hystérique, une manie qui peut être désignée sous le même nom, nous nous conformons à la véritable interprétation qu’il s’agit de donner aux feits pathologiques, a Le tempérament hystérique, dit M. le docteur ConoUy, a présenté dans tous les temps un curieux sujet d’étude et d’observation. La moindre chose agite l’esprit des malades ; la sensibilité est exagérée. On dirait, ajoute M. Conolly, qu’une sorte d’influence erratique [some erralic influencé) se dirige vers toutes les parties du cerveau, vers les dernières ramifications nerveuses, et y développe une grande énergie maladive. Comment expliquer autrement ces innombrables caprices de l’esprit, et l’infinité des sensations pénibles que ressent l’organisme dans cet état morbide? Celui qui veut étudier l’hystérie dans ses nombreuses ramifications avec une foule d’états pathologiques n’a pas affaire à une seule maladie, mais à un cortège tout entier de maladies : « Morbus ille, aut potius moriorum cohors, quam per vocem affectionis hystericæ inter-