‹ Traité des maladies mentalesChapitre 289 sur 306 · PÉRIENCÉPHALITE AIGUE A FORME INSIDIEUSE · texte numérisé non relu

PÉRIENCÉPHALITE AIGUE A FORME INSIDIEUSE

à peine), qui depuis quelques jours était soumis à une insotnmie opiniâtre, à une pétulance et à une mobilité que rien ne pouvait réprimer. Ses yeux étaient brillants, la langue sèche, le front brûlant. Les paroles sont incohérentes, les mots lancés au hasard. Il crie et vocifère. On lui a rais la camisole de force parce que, sans savoir pourquoi, il assaillait à coups de tête, à coups de pieds, les personnes qui l’entouraient, et brisait tout ce qui lui tombait sous la main. Les personnes qui me présentent ce malade m’affirment qu’il n’a fait aucun excès de boisson. C’est un riche fermier des environs qui, après avoir vu décimer son bétail par une épizootie, s’est livré à de grandes inquiétudes, a éprouvé des insomnies, et a été pris subitement de délire furieux. On l’a [saigné, on lui â appliqué des sangsues derrière les oreilles, on lui a donné des bains prolongés; mais l’agitation a été croissant. La peau est sèche, la langue semi-rougeâtre ; le pouls, autant que je puis le constater au milieu du trouble et de l’agitation du malade, est petit, accéléré. La respiration ne me paraît pas gênée. Il n’y avait non plus aucun embarras de la parole, ainsi que cela se remarque chez les paralysés généraux, ni de gêne appai-ente dans la myotilité. Le malade que l’on me présentait était dirigé sur l’asile de Quatre-Mares, et l’on voulait avoir mon avis sur la situation. Je jugeai qu’elle était fort grave, malgré l’explosion récente et presque soudaine du mal, l’expérience m’ayant appris que des situations pareilles amenaient souvent l’infiltration séreuse et le ramollissement de la substance corticale, et que, d’un autre côté, ces sortes de phlegmasies cérébrales ne sont pas isolées. En effet, comme le fait très justement remarquer M. Calraeil, l’explosion de tous ces phénomènes cérébraux coïncide souvent aussi avec le développement d’une autre phlegmasie aiguë telle que la pleurésie, la gastrite, la turgescence des follicules de Peyer, l’inflammation de la muqueuse des gros ou des petits intestins, de sorte qu’on est porté à prendre le délire pour un phénomène purement symptomatique.

Dans le cas que je décris, mes prévisions furent malheureusement justifiées. Le malade ne se calma pas, et, cinq à six jours après son entrée à l’asile, il tomba dans la prostration, et l’on découvrit chez lui les symptômes d’une pleuro-pneumonie à laquelle il succomba. L’autopsie ne put être faite dans la circonstance présente ; mais si je rapproche cette observation de nombre d’autres propres aux auteurs ou qui me sont particulières, je ne puis mettre en doute que ce délire aigu coïncidait avec l’état congestif, la rougeur, le développement des vaisseaux et des capillaires, soit de la pie-mère, soit de la substance corticale de l’appareil encéphalique.

PÉRIENCÉPHALITE CHRONIQUE DIFFUSE.

Voilà un exemple des accidents encéphaliques à marche insidieuse et rapide et au caractère des plus graves; le pronostic est ordinairement fatal, car, ainsi que je vais le démontrer, la situation ne sè dégage pas toujours, comme dans le cas précédent, des causes qui ordinairement ont préparé de longue main la situation pathologique. Un grand nombre des malades qui succombent à de pareilles situations avaient été soumis à des congestions cérébrales périodiques. Ils avaient abusé des boissons, et, dans tous les cas, il est rare que l’on ne signale pas chez eux de grandes préoccupations de l’esprit, une activité cérébrale exceptionnelle qui leur faisait entreprendre des choses au-dessus de leurs forces. En un mot, la maladie était préparée de longue main.

Cependant cette affection, que M. Calmeil appelle périencéphalite aiguë insidieuse, peut se terminer par le rétablissement de la santé et de l’intelligence ; mais il ajoute : Ceci arrive rarement.

Elle est plus sujette à passer à l’état que l’auteur appelle lite chronique diffuse, qui est la paralysie générale des aliénés ( 1 ). L’observation suivante va nous servir de transition à cette forme qui se présente en proportions effrayantes dans nos asiles.

Observation de périencéphalite chronique diffuse {paralysie progressive des

aliénés; folie paralytique diaprés la désignation de M. Parchappe).

J’ai cité, à propos de la perte de la parole chez les aliénés (p. 305 de cet ouvrage), un phénomène pathologique survenu chez un homme dans l’intimité duquel je vivais, et qui, après une violente colère suivie de congestion cérébrale, perdit pendant huit jours l’usage de la parole. Il suivait, disais -je, d’un air demi-hébété les mouvements de son fils qui traversait la chambre, lorsque, se levant sur son séant, il s’écria en fixant l’enfant et en l’appelant : « C’est donc toi, je ne pouvais pas trouver ton nom. » La manière incertaine et tremblante dont ces paroles furent prononcées, disais-je encore, me fit porter un pronostic défavorable. Le malade mourut huit mois après, dans le dernier degré de la paralysie générale,

(1) Beaucoup de malades restent dans un état de demi-hébétement, avec diminution dans les forces de la myotilité et de l’intelligence. Nous les désignons dans nos asiles sous les noms d’aliénés chroniques, de déments, ha plupartsont sujets à des accès d’agitation périodiques. Il arrive que les périodes de rémission sont si longues, que l’on a perdu de vue le point de départ primitif de leur maladie, qui a consisté dans un état congestionnaire du cerveau avec infiltration efr ramollissement plus ou moins profond, plus ou moins étendu de la substance corticale. Mais il avient le plus ordinairement que ces malades sont subitement enlevés à la suite de congestions nouvelles, d’encéphalite, d’hémorrhagies cérébrales.

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