ALIÉNATION MENTALE DANS LE MOYEN AGE (THÉORIES
sur l’aliénation mentale, et que les efforts des savants médecins des xv% xvr et XVII® siècles, furent insuffisants pour arrêter le torrent qui entraînait les esprits djan s des directions opposées. Nous allons, dans un instant, rendre à ces médecins la justice qui leur est due. Mais nous devons signaler d’avance que la situation contre laquelle ils eurent à lutter influa de la manière la plus fatale sur le sort des aliénés. En deuxième lieu, la croyance exclusive aux influences démoniaques détermina des troubles intellectuels, dont le rapide examen rentre dans le plan de nos études, et nous servira d’initiation aux principaux phénomènes qui signalent le début et la marche de certains délires dans leur rapport avec les idées régnantes à telle ou telle époque sociale déterminée.
§ II. — laterprétation donnée dans le moyen âge aux phénomènes maladifs que l’on observe chez les aliénés.
La croyance aux influences démoniaques une fois bien établie, l’esprit humain se résignait donc, ainsi que nous l’avons dit, à ne plus chercher les lois naturelles qui président au développement de la folie. La pente des erreurs, des fausses appréciations était d’autant plus glissante, l’emploi des moyens surnaturels pour la guérison était d’autant mieux indiqué, qu’il devenait impossible, dans un grand nombre de cas, de rattacher le délire et les actes des aliénés à leur véritable origine. La nature même de ce délire, ainsi que la perversion des actes chez les malheureux privés de leur raison, militait encore en faveur de l’idée fausse que l’on se faisait de leur situation; de là encore la nécessité où se croyait la société de réagir par des punitions terribles et solennelles contre de prétendus coupables qui trouvent aujourd’hui un refuge dans nos asiles. Il nous suffira de citer en peu de mots les troubles étranges que fait naître la folie dans la sphère intellectuelle, physique et morale, pour nous convaincre que l’aliéné méconnu à cette époque ne pouvait être qu’un objet d’horreur et de répulsion, puisqu’on ne voyait en lui qu’un triste suppôt de Satan, et souvent même un complice des ténébreuses machinations de l’éternel ennemi du genre humain.
Avant que l’intelligence soit troublée d’une manière radicale chez l’aliéné, avant que l’incohérence de ses idées vienne témoigner de la perte totale de sa raison, on peut déjà remarquer dans l’exercice de ses sentiments des anomalies étranges. Craintif, soupçonneux, irritable, il voit dans tout ce qui l’entoure des ennemis qui ont juré sa perte. Ses parents, ses amis, ses enfants, sont les premières victimes de ses appréciations maladives. Non-seulément il les fuit, les évite, mais il réagit