LA FOLIE CONFONDUE AVEC LA POSSESSION DÉMONIAQUE
parfois encore d’une manière fatale contre les manifestations de leur tendresse. Cette absence complète des affections, cette lésion souvent si profonde des sentiments, sont déjà des faits pénibles en dehors de toute considération pathologique ; ils jettent dans de cruelles perplexités l’entourage du malade.
Malheureusement, lorsque l’affection suit sa marche ascensionnelle, le mal ne se concentre plus dans des plaintes injustes, dans des appréciations fausses, erronées, que l’on essaye vainement de combattre par les armes de la raison. Aux motifs qu’on lui allègue, l’aliéné (au délire prédominant des persécutions surtout) oppose un système de dénégations basées sur des faits qui lui sont personnels. Ces faits, il en a la conscience, parce que ses impressions ont été si vives, qu’il a été poussé irrésistiblement aux actes les plus contraires à la raison, le plus en opposition avec les idées que les hommes se font généralement du bien et du mal. Tel aliéné remarquable par sa piété antérieure attente à ses propres jours. Tel autre immole ses parents, ses amis, ses propres enfants, des inconnus, à sa vengeance que personne n’a provoquée. Ces actes, il ne cherche pas à les nier, il les justifie à son insu par les propres éléments de sa maladie. Les fonctions sensoriales sont troublées chez lui, mais il lui est impossible d’apprécier le phénomène maladif. Il a éprouvé les hallucinations les plus vives de la vue, de l’ouïe, mais ce ne sont pas là pour lui des erreurs de ses sens ; il poursuit avec une logique impitoyable la justification des actes déplorables où Fentraîne sa raison fascinée ; il a entendu la voix de Dieu ou de toute autre puissance surnaturelle, il a subi une injonction, et, bien loin de s’en défendre, il s’en glorifie.
« On sent, dit M. le docteur Calmeil, combien de pareils phénomènes ont dû autrefois , causer d’étonnement aux personnes qui en étaient témoins, sans toutefois soupçonner l’influence que l’état maladif de l’eneéphale pouvait exercer sur leur manifestation. Les hallucinations, ajoute ce savant auteur, se rencontrent à chaque page dans les monuments littéraires, historiques ou religieux de l’espèce humaine. Le poète qui représente Oreste dans le désespoir, poursuivi par le simulacre des Euménides,, effrayé par le sifflement d’affreux reptiles, et dans un moment de transport et de fureur se précipitant sur un arc pour en finir avec les déités cruelles de l’enfer, a consacré une peinture frappante d’hallucinations. Les animaux, les arbres, parlent souvent dans l’antiquité, autant d’erreurs maladives que la tradition nous a conservées et transmises ; presque tout ce que l’on rapporte des évocations^ des apparitions, des obsessions, des revenants, des spectres, des ombres, des simulacres, des génies familiers, des fantômes-, des mânes, des lares, des farfadets, des