‹ Traité des maladies mentalesChapitre 88 sur 306 · ÉTIOLOGIE. — CAUSES SPÉCIFIQUES DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

ÉTIOLOGIE. — CAUSES SPÉCIFIQUES DE LA FOLIE

de narcotiques et de spiritueux, est, dit M. le docteur Falret, un phénomène remarquable , quelque ignorée que reste d’ailleurs la modification cérébrale à laquelle correspond le genre particulier de trouble mental. Rappelons, néanmoins, que l’action des stupéfiants est loin d’être constamment la même; la diversité des idiosyncrasies, et plus encore les dispositions actuelles de l’esprit et du cœur, donnent lieu à beaucoup de différences. Cependant il est reconnu d’une manière générale que chaque agent narcotique ou spiritueux, pris à l’excès, développe plus particulièrement certaines dispositions morales exaltées , délirantes ; que le vin excite à l’expansion , à la gaieté , à la confiance , tandis que certaines plantes vireuses plongent dans l’extase, la fureur, la tristesse, le découragement. .. . Que de mystères dans ces phénomènes de la sensibilité (1) ! »

Je suis parfaitement de l’avis du savant médecin de la Salpêtrière, et j’ai déjà établi, à propos des délires propres à certaines constitutions climatériques, que si tous les individus soumis à Faction des mêmes causes éprouvent généralement des phénomènes semblables, ils sont cependant plus ou moins aptes à délirer, selon leurs dispositions morales préexistantes, la force du caractère, le degré d’impressionnabilité du système nerveux, et surtout selon l’âge et le sexe. D’un autre côté, il n’en restera pas moins bien établi que les lésions des fonctions digestives et nerveuses (la gastrite chronique, les paralysies, les convulsions), que les troubles sensoriaux et intellectuels (hallucinations, délires tantôt gais, tantôt tristes) , que même les tendances à des actes nuisibles et malfaisants (suicide, homicide), sont les conséquences inévitables de telle ou telle intoxication. Ces phénomènes prouvent suffisamment cette relation de causes à effets sur laquelle je ne cesse d’appeler l’attention du lecteur, et qui me paraît assez évidente pour servir de base à une classification des maladies mentales.

Un mot encore sur les intoxications par les substances ébriantes , afin de bien faire la part de la question étiologique et celle de la question pathogénique.

L’ingestion continue et progressive de certaines substances ébriantes, telles que l’alcool par exemple, constitue une maladie qui dans ces derniers temps a été désignée sous le nom à! alcoolisme chronique. Quand nous emploierons ce terme, nous aurons particulièrement intention de désigner un état pathologique physique et moral chez un individu qui, jouissant primitivement de sa raison, s’est laissé progressivement aller à

(I) Falret, Du délire, p- 23.

COMMENT INTERPRÉTER l’aCTION DES CAUSES SPÉCIFIQUES? 215 des habitudes qui, devenues invélérées, se présentent sous la forme de tendances irrésistibles et déterminent dans l’organisme des lésions d’une nature spéciale. Mais ceci n’exclut pas l’existence d’autres situations pathologiques préexistantes et qui influent sur les tendances que peut montrer un individu à abuser avec excès de boissons alcooliques. Ainsi, n’est-il pas rare de voir, au début des maladies mentales, et particulièrement delà paralysie générale, des personnes que l’on avait toujours citées pour leur sobriété, se révéler tout à coup à l’observation sous un aspect qui dénote une grande dépravation des instincts. L’alcoolisme, dans les cas de ce genre, n’est plus que le résultat d’une maladie préexistante ; et,si cette manière de considérer les choses est de nature à éclairer le diagnostic et le pronostic, elle a aussi son côté important pour ce qui regarde la médecine légale des aliénés. ^

Je me suis longuement étendu sur les causes physiques de l’aliénation, et j’ai essayé de démontrer les rapports qui existent euti’eles lésions organiques et les- troubles de l’intelligence,. La simple exposition des faits a suffisamment établi que s’il existait des causes physiologiques parfaitement définies, il était impossible, dans la pluralité des cas, de rejeter l’intervention d’autres éléments étiologiques de l’ordre intellectuel et moral. Rarement une cause agit-elle dans l’indépendance de son action ; et, si cela est vrai pour les causes physiques, nous serons bien obligés d’admettre que les causes morales doivent être étudiées au même point de vue. C’est à cet ordre de causes que nous allons eunsacrer le chapitre suivant. D’ailleurs, nos recherches étiologiques ne seraient pas complètes si, après avoir étudié les influences physiques qui peuvent troubler nos facultés intellectuelles, nous n’examinions pas le rôle que jouent, dans les mêmes circonstances, les causes morales.

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