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De 30 à 40 ans 2!) sur 100 aliénés ou 1 — 3
De 40 à 50 — 24 — 1 — *
De 50 à 60 — 1 1 — 1 — 9
Après 60 ans 1 — 1 — 14
C’est donc à l’âge moyen de la vie, entre trente et quarante ans, que les affections mentales sont le plus fréquentes. Il résulte d’un relevé fait dans tous les établissements d’aliénés, en Angleterre, que c’est de trente à cinquante ans qu’on y compte le plus d’aliénés.
Tandis qu’on observe chez les femmes des proportions à peu près égales pour les âges de 20 à 30, de 30 à 40, et de 40 à 50 ans, il existe au contraire, sous ce rapport, des différences essentielles chez l’homme. Ainsi l’on voit chez celui-ci la fréquence de la maladie se doubler, en passant de la période de 20 à 30 à celle de 30 à 40 ans. C'est en effet à cette dernière période que l’homme se heurte aux difficultés que les hasards de la vie sèment à chaque instant sous ses pas, tandis que pour la femme l'heure de la lutte a sonné depuis longtemps déjà.
Esquirol avait admis que la disposition à l’aliénation mentale, au lieu de décroître à l’àge de retour, ne peut qu’augmenter à cette époque de la vie. Cette opinion a été combattue par la plupart des médecins qui ont fait, à ce sujet, des recherches statistiques. « Une autre considération, ajoute Guislain (1), infirmerait plus ou moins l’assertion du célèbre médecin français : c’est que de 40 à 60 ans, il y a plus de personnes qui ont éprouvé des récidives que de 20 à 40 ans. ,\ l'âge de retour, ce sont donc plus souvent des individus ayant déjà été aliénés qui reviennent dans les établissements. »
Si l'on examine la forme de l’aliénation mentale, dans ses rapports a\ec les différentes périodes de la vie, on trouve les résultats suivants : la manie a été plus fréquente, dans les deux sexes de l’âge de 20 à 40 ans; la lypémanie a été observée avec un excédent très notable chez les femmes, de l’âge de 40 à 50 ans; la démence dans les deux sexes a son chiffre le plus élevé entre 40 et 50 ans, mais, bien plus commune chez les hommes, elle apparaît aussi chez eux plus fréquemment entre 30 et 40 ans. Les habitudes alcooliques, sur lesquelles nous aurons à revenir plus tard, ne sont pas sans doute étrangères à ce fait.
Guislain fait remarquer que la folie homicide s’annonce à un âge très jeune. Il a noté aussi différents cas de suicide chez les enfants.
« Ce qui frappe le plus, dit Brierre de Boismont, dans la plupart des histoires de suicide commis par des enfants , c’est la futilité des motifs qui semblent les avoir poussés au suicide. Un enfant de neuf ans se lua de chagrin d'avoir perdu un oiseau qu’il aimait, un autre de douze ans, cité par Falret, se pend de dépit de n’ètre que le douzième de sa classe (2). »
(1) Guislain, Phrénopathies, p. 107.
(2) Brierre de Boismont, Ann. méd. psych., p. 80. 1855.
Delasiauve a signalé quelques symptômes qui appartiennent particulièrement à la folie du jeune âge. Ainsi l’on observe, surtout chez les enfants, une tendance à la stupeur extatique ; des alternatives d'extase et d’agitation turbulente; l’attitude guindée, quelquefois grotesque des malades; le rire niais, convulsif ; la fréquence des hallucinations; l’insomnie opiniâtre; l’amaigrissement; la pâleur du visage, la tête douloureuse, le pouls ralenti. L’hérédité, les coups, les chutes sur la tête, les convulsions et l’onanisme, telles sont les causes plus particulièrement observées de la folie du jeune âge (1).
L’on aussi observé la tendance à mettre le feu, chez de très jeunes aliénés.
« Les enfants, dit Kraepelin, sont obligés de s’assimiler rapidement une grande quantité de faits pour former leur personnalité psychique. Ces conditions et l’organisation de tous ces processus psychiques leur donnent une impressionnabilité plus grande et par suite une résistance bien moindre contre les impressions du dehors. On remarque chez eux une imagination très vive et une disposition à animer tout ce qui les entoure, on observe enfin une grande mobilité des sentiments et une tendance à des actes brusques et irréfléchis.
» Quoi qu’il en soit, on remarque chez eux une disposition particulière à délirer pour les moindres causes, pour de légers états fébriles, etc., les troubles de la conscience sont chez eux de courte durée; aussi les psychoses des enfants se rencontrent-elles rarement dans les statistiques d’aliénés. D’ailleurs les causes les plus importantes d’aliénation, les soucis, le surmenage n’existent pas pour eux.
» Les troubles psychiques chez les enfants sont relativement rares dans les premières années de la vie. La forme des psychoses qu’ils présentent se caractérise principalement soit par l’annihilation totale et rapide des fonctions psychiques, soit par des excitations impulsives qui peuvent être considérées comme des phénomènes psychiques accompagnant les affections cérébrales. En effet, la psychopathologie chez les très jeunes enfants se confond plus ou moins avec la pathologie cérébrale.
» A une période plus avancée de l’enfance on trouve presque exclusivement des troubles affectifs, de l’excitation anxieuse ou maniaque, ou bien des troubles tout à fait élémentaires des facultés intellectuelles (le délire) ; les illusions, quelques idées délirantes isolées sont fréquentes, mais une systématisation réelle est tout à fait rare. Les arrêts de développement restent naturellement en dehors de ces considérations, et ce sont eux qui dominent surtout dans l’enfance. Avec le développement de l’individualité psychique et l’apparition de nouvelles causes d’excitation, les troubles psychiques deviennent
(1) Delasiauve, Gazette des hôpitaux , 18.V2.
PATHOLOGIE GÉNÉRALE
plus nombreux ; dans la période de puberté, l’on observe des états dépressifs et expansifs, la tendance à la sentimentalité, l’irritabilité plus grande, etc. (1). »
État civil. — Depuis Esquirol, on a admis l'influence du célibat comme une cause de prédisposition générale à l'aliénation. Ce fait est incontestable. Ainsi, l’on compte en France un aliéné sur 528 célibataires âgés d'au moins quinze ans, la folie étant exceptionnelle avant cet âge. Pour les veufs, la proportion descend à 1 sur 942 et pour les personnes mariées, elle est seulement de 1 sur 1523. Le nombre des femmes célibataires devenues aliénées l’emporte dans les grandes villes sur celui des hommes célibataires. Les jeunes filles, en effet, assujetties dans les villes importantes à des occupations sédentaires, deviennent facilement chlorotiques ; elles sont privées de l’air vivifiant des campagnes; surtout elles se trouvent exposées à des causes nombreuses de séduction, par suite de l’insuffisance de leurs ressources.
Résumé. — Les différentes causes générales que nous venons d’énumérer peuvent nous faire comprendre l’influence considérable quecerlainesconditions extérieures viennent, d’une manière générale, exercer sur la disposition morale et intellectuelle, et la part importante qu’elles prennent alors à la formation du trouble des facultés. Il nous reste à examiner l’action plus immédiate des causes dites spéciales, c'est-à-dire celles qui sont propres à l’individu.