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TRAITEMENT PROPHYLACTIQUE

Les moyens prophylactiques ont pour but de prévenir la maladie, ou d’empêcher le retour des accès; ces moyens sont généraux ou individuels, ils sont indiqués d’avance par l’exposition des causes.

Hérédité. — Une des premières conditions à remplir, c’est d’éviter les mariages entre individus issus de parents aliénés. « Il est, dit Calmeil, du devoir des médecins que l'on consulte, de ne jamais dissimuler la possibilité des inconvénients auxquels s’exposent ceux qui s’unissent à des partis dont les lignées paternelle ou maternelle, et surtout l’une et l’autre de ces lignées ont présenté un assez grand nombre de cas d’épilepsie, d'idiotisme, d’apoplexie, de paralysie générale ou d’autres affections analogues. On ne peut pas nier que le mari, que la femme sur lesquels pèsent de pareilles prédispositions ne soient bien plus enclins que d’autres à toutes les maladies de l’encéphale, et les enfants qui leur seraient redevables de l’existence auraient certainement à craindre le sort de leurs aïeux. On ne devra donc pas conseiller le mariage aux personnes qui se trouvent placées dans de telles conditions d’hérédité (1). »

Mariages consanguins. — Les mariages consanguins semblent devoir être évités. Devay a constaté, dans une double statistique portant sur un total de 121 faits, que près d’un cinquième des mariages consanguins demeurent stériles, et que les enfants qui en naissent meurent pour la plupart ou restent faibles, sujets à une foule d'infirmités, ou idiots (2).

Éducation. — Les enfants nés de parents aliénés doivent être l'objet d’une surveillance spéciale et de soins intelligents; nous ne pouvons mieux faire que de reproduire les règles prophylactiques tracées par Calmeil.

« On doit recommander aux personnes qui les entourent ou qui les élèvent de leur éviter les châtiments et les réprimandes, car si Ton irrite leur caractère, si on les expose à des émotions trop vives, trop souvent répétées, on court risque de provoquer leur colère, et ils passent facilement de la colère aux convulsions.

» D’un autre côté, les enfants qui doivent le jour à des mélancoliques sont disposés tantôt à la frayeur, tantôt aux atteintes dejalousie. L’expérience du médecin ne tardera pas à signaler à temps ces divers écueils à la sollicitude des mères et des nourrices, afin qu’elles s appliquent sans cesse à les éviter ou à en atténuer les effets.

» Lorsque les sujets prédisposés aux dérangements du système

(1) Calmeil, Maladies inflammatoires du cerveau , t. II, p. 630.

(2) Devay, Traité d'hygi'ene des familles. Paris, 1858.

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

nerveux sont arrivés à l’âge où l’on a l'habitude de leur faire fréquenter les écoles et les lycées, les médecins leur rendront d’importants services en intervenant à propos auprès des instituteurs, auprès des maîtres, pour les guider dans la manière dont ils devront s'y prendre afin de développer leur intelligence, sans la fatiguer.

» Quelques-uns de ces enfants, remplis d'ardeur pour l’étude, demanderont à être retenus plutôt que stimulés, car leur élan tient parfois déjà à un excès de surexcitation cérébrale. D’autres, doués de peu de moyens, ne devront point être surmenés, ni châtiés comme des paresseux. On achèverait de les abrutir en usant à leur égard de pareils procédés. D’autres, enfin, devront être éloignés des milieux où l’on enseigne, car la nullité absolue de leur intelligence les exposerait à être incessamment bafoués par leurs condisciples. L’intervention des médecins est souvent nécessaire pour faire goûter aux parents et aux maîtres des préceptes d’une grande simplicité.

» Beaucoup de ces enfants sont enclins et livrés à l’onanisme; certains penchants, beaucoup d’instincts, se montrent d’autant plus impérieux chez eux que le niveau de l’intelligence est plus abaissé. On devra donc surveiller assidûment les habitudes de ces enfants, les obliger à vivre sous les yeux de leurs proches, à exercer leur système musculaire et à fuir l’isolement. Les attaques convulsives sont des accidents fréquents chez les enfants dont nous nous occupons. »

Choix d'une carrière, etc. — « Le choix d’une carrière, d’une profession, d’un état, n’est nullement indifférent pour ceux dont les prédispositions nerveuses et intellectuelles commandent une prévoyance de tous les instants. Il appartient encore à notre science de leur venir en aide, et de leur servir de guide dans chacune de ces circonstances.

» Les carrières qui exposent aux luttes de l’ambition, aux vicissitudes et aux déceptions de la fortune ne conviennent nullement :î cette catégorie d'individus. 11 en est de même des professions qui réclament une activité incessante dans les facultés de l’intelligence, (elles que celles d’avocat, de professeur, de médecin; de même des professions où l’imagination demande à être maintenue dans un étal presque continuel d’exaltation, comme cela a lieu chez les poètes, les compositeurs, les gens de lettres et les peintres. On devra donc prendre à tâche de les éloigner de toutes ces professions.

» Ils devront aussi fuir les professions d’aubergistes, de cafetiers, de liquoristes et, en général, toutes celles qui exposent beaucoup de ceux qui y sont attachés à des habitudes d’intempérance faciles et presque inévitables.

» En revanche, les emplois qui pourront les mettre à l’abri de la gêne, sans réclamer une grande activité dans les conceptions: les carrières commerciales qui pourront les faire vivre dans l’aisance sans

TRAITEMENT DE L'ALIÉNATION MENTALE

les fatiguer de préoccupations, les travaux de la campagne et de l'agriculture, les états de jardinier, de laboureur, d'ébéniste, leur conviendront parfaitement. »

Les conseils de la médecine devront- les guider aussi dans le choix des milieux oii ils dcvronL fixer leur habitation.

« C'est surLout dans les villes opulentes, dans les centres de population les plus actifs, où la tourmente des besoins et des passions a coutume d'exercer sa principale influence, que l’homme trouve plus de facilité à assouvir ses passions, à abuser des jouissances de la vie [et des excitants en tout genre. C’est aussi de pareils milieux qu’on voit surgir en plus grand nombre toutes les affections nerveuses. 11 ‘sera donc rationnel de leur signaler tous ces écueils et de chercher à ! leur inspirer le goût de la campagne et de l’air tranquille des champs.

» Les enfants qui naissent dans des conditions plus ou moins prononcées d'imbécillité ou d’idiotisme, qui se font remarquer en outre par des symptômes incomplets d’hémiplégie, par des phénomènes permanents de contracture, par l'atrophie d’un membre ou d'un côté paralysé, et souvent par l'intensité de l’épilepsie dont ils sont encore affligés, portent presque constamment dans le cerveau des foyers d’encéphalite anciens. Il n'est pas toujours facile de décider si ces foyers d'encéphalite ont pris naissance sous l'influence d’une cause réflexe, ou sous l'influence d'une cause traumatique. Mais, comme on entend presque toujours affirmer aux mères de ces enfants qu’elles ont été exposées, pendant la gestation, soiL à de fortes commotions morales, soit à des ébranlements physiques, les médecins ne doivent pas craindre de répéter souvent aux femmes enceintes, et surtout à celles qui le sont pour la première fois, qu’elles s’exposeraient à donner le jour à des enfants inintelligents et contrefaits, en négligeant les précautions qui doivent les mettre à l’abri, tant des influences morales et violentes que des coups et des chutes (1). »

« Comment assurer la convalescence, ajoute Esquirol, et prévenir les rechutes, si le convalescent n’est pas soumis pendant un temps plus ou moins long à une manière de vivre appropriée à sa constitution, aux causes et aux caractères de la maladie dont il vient de guérir ? Ii s’il n’évite l’inlluence des causes prédisposantes, s’il n’est en garde contre les écarts de régime, contre les excès d'étude, contre l’emportement des passions ?

» Les précautions que réclame l’état physique doivent être également conseillées pour l'état moral. Un homme est sujet à la colère, il retombera s’il n’use de tout son pouvoir pour vaincre cette passion ; un autre a perdu la raison à la suite de chagrins domestiques, on doit les lui épargner; celui-ci reste. dans un état imminent de rechute s il ne

(1) Çalmeil, op. cit., p. G30 et suiv

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réforme pas sa conduite, et s’il s’abandonne aux excès qui ont précédé son premier accès. C’est pour avoir manqué de prévoyance que la folie est si souvent héréditaire; c’est pour être imprudentes que les personnes qui ont eu un accès de folie sont sujettes au retour de la même maladie (1). »

ARTICLE II

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