TRAITEMENT MÉDICAL PROPREMENT DIT
Le traitement médical proprement dit de l’aliénation mentale, comprend les indications thérapeutiques spéciales, et surtout les agents pharmaceutiques habituellement employés dans les diverses formes de la folie.
Une première et très importante indication consiste à ne rien employer qui puisse tendre à affaiblir le malade, à détériorer sa constitution physique et à aggraver du même coup, dans la grande généralité des cas, l'affection mentale. Au nombre des moyens débilitants dont l’usage abusif (Trop fréquent de nos jours encore) ne saurait être assez réprouvé, se trouvent la saignée générale et les émissions sanguines locales souvent répétées.
Émissions sanguines. — Cette pratique funeste doit son origine à l’idée fort accréditée autrefois, et très erronée, que le délire est l’expression symptomatique d’un état inflammatoire ou subinflammatoire des diverses parties du cerveau. Or nous avons vu quelles différences doivent séparer les diverses formes d’aliénation du délire qui est symptomatique d’une inflammation du cerveau ou d’autres affections graves.
Lorsque la saignée est pratiquée dans des conditions qui la contreindiquent, il est rare qu’elle ne donne pas lieu aux phénomènes morbides les plus fâcheux. Presque toujours l’irritabilité du malade est augmentée ; elle l’est d’autant plus que la déperdition sanguine est plus considérable, et que la vitalité est plus déprimée, en raison de l’antique précepte : sunguis moderator nervorum.
Certaines formes aiguës d’aliénation ne tardent pas, en effet, à passer à l’état chronique et à se transformer en une démence consécutive que des moyens mieux appropriés auraient pu retarder. Ajoutons que nous avons vu quelquefois des maladies incidentes, occasionnées par l’état mental lui-même, devenir rapidement dangereuses, et souvent compromettre l’existence du malade par le fait seul de cette regrettable pratique.
On sait d’ailleurs que dans les diverses névroses, l’hystérie, la chorée, l’épilepsie, les émissions sanguines, comme la plupart des moyens débilitants, doivent être proscrites.
(1) Esquirol, t. I, p. 157.
TRAITEMENT DE L’ALIÉNATION MENTALE
Pinel, Esquirol, Georget, et la plupart des médecins aliénistes, sont unanimes pour réprouver cette pratique, à moins qu’une indication spéciale ne vienne à se présenter.
Pinel s’éleva avec force contre la médication antiphlogistique; il montra que les émissions sanguines répétées, abondantes, sont extrêmement nuisibles aux aliénés; qu’elles les plongent dans un abaissement extrême, ou au contraire dans un état d’agitation et de fureur; qu’elles hâtent le développement de la démence.
Esquirol confirma les assertions de Pinel : « J’ai vu, plusieurs fois, la folie augmenter après des règles abondantes, après des hémorrhagies, après une, deux ou trois saignées. J’ai vu l’état de tristesse passer à la manie, à la fureur, aussitôt après la saignée, et réciproquement la démence remplacer la manie (1). »
Est-ce à dire que l’on doive abandonner d’une manière absolue les émissions sanguines? nous ne le pensons pas. Nous les croyons utiles au contraire dans des circonstances spéciales, mais à la condition que celles-ci se présentent d’une manière formelle : tels sont les cas d’aliénation qui se compliquent de congestion cérébrale; les émissions sanguines locales doivent être alors préférées à la saignée générale.
Voici quelques-unes des indications qui pourront en rendre l’emploi nécessaire :
Chez les femmes, à l’âge de retour; chez les jeunes filles dont les règles se sont momentanément supprimées, l'application de sangsues à la région du périnée, à la partie supérieure des cuisses peut être suivie de résultats avantageux. Il en est de même chez les individus sujets à des hémorrhoïdes, dont la lluxion et la turgescence ont brusquement cessé de se manifester.
Les émissions sanguines locales sont quelquefois d’une grande utilité dans les affections mentales qui succèdent à des causes traumatiques : dans les cas de chute, de coups sur la tète, d’insolation, de rétrocession d’un érysipèle, etc.
On peut avoir recours à ce moyen chez quelques filles érotiques, quand il y a rougeur à la face, gonflement des paupières, injection des conjonctives, etc.
Guislain a eu quelquefois recours à la saignée locale pour des aliénés chez lesquels on observe des symptômes spéciaux : lorsque les yeux ont une teinte jaunâtre, que la peau est congestionnée, que les lèvres sont livides, que le pouls a de l’ampleur, que le patient éprouve des angoisses; enfin, lorsque la maladie est caractérisée par des accès d’abattement ou par des pensées sinistres. Dans tous les cas, il faut éviter des déplétions copieuses.
Les émissions sanguines sont encore utiles chez les paralytiques
(1) Esquirol, t. I, p. 152.
PATHOLOGIE GÉNÉRALE
sujets à des retours fréquents de congestion cérébrale et à des convulsions épileptiformes en rapport avec la compression cérébrale et la fluxion méningitique.
Il en est de même pour certains accès d’épilepsie, lorsqu’il se forme des ecchymoses de la conjonctive, et chez les ivrognes atteints de fortes attaques de delirium tremens. Chez ceux-ci, l’emploi des émissions sanguines, joint à l’usage de l’opium ou du chloral, peut rendre des services incontestables.
Narcotiques. — Un fait physiologique remarquable chez quelques aliénés peut donner l’explication de certains phénomènes, en même temps qu’il doit engager les médecins favorables à cette médication à se tenir dans les limites d’une conduite prudente.
Nous avons eu déjà l’occasion de le dire : on observe chez certains aliénés une sorte d’insensibilité qui leur permet d'avoir des affections plus ou moins graves, des blessures, sans qu’ils paraissent en être le moins du monde incommodés. Cette disposition particulière, cette espèce d'analgésie semble môme être souvent une condition favorable à la guérison de ces diverses lésions.
De même, il n’est pas de médecin aliéniste qui n’ait rencontré des aliénés affectés de maladies graves, dangereuses, quelquefois mortelles, chez lesquels les symptômes extérieurs habituels ne s'étaient pas manifestés. C’est, ainsi que ces malheureux peuvent mourir de pneumonie, de pleurésie, de péritonite, sans que l’attention du médecin soit éveillée de ce côté par la douleur, la fièvre, etc.
Ce qui vient d’être dit de cette insensibilité particulière, s’applique bien plus encore à la tolérance pour les médicaments, que l’on remarque chez quelques malades. Nous l’avons surtout rencontrée à la période d’exacerbation des diverses formes d’aliénation mentale, par exemple dans la manie aiguë. 11 est curieux de voir des maniaques fortement agités prendre, sans en sentir le moindre etfet, des doses répétées d’émétique, et supporter sans paraître en être impressionnés, des quantités considérables d’opium, d’acétate de morphine, etc., alors même qu’elles sont administrées pour la première fois et non d'une manière croissante.
On comprend les causes d’erreur et les inconvénients qui peuvent résulter de ce fait, et avec quelle prudence on doit procéder; en effet, à un moment donné, sous l'influence de certaines conditions, la tolérance peut cesser brusquement, et le malade peut alors subir tout à coup l’action dangereuse du médicament; c’est là cependant un fait exceptionnel. Dans la généralité des cas, les aliénés sont loin de présenter une immunité aussi complète à l’action thérapeutique.
Opium. — L’irritabilité nerveuse de la plupart des malades, l’insomnie opiniâtre à laquelle ils sont sujets; chez les uns, cette tension cérébrale, ces angoisses que ne peut apaiser aucun raisonne-
TRAITEMENT DE L’ALIÉNATION MENTALE
ment; chez les autres cette volubilité, cette excessive mobilité que les admonestations les plus fermes ne peuvent arrêter : tout devait engager les praticiens à soumettre les aliénés à l'action des narcotiques.
Prôné avec engouement par quelques médecins, l'opium a eu ses détracteurs ardents.
Parmi les partisans de ce remède, il faut citer van Swieten et Cullen. Ce dernier le considère même comme infiniment propre à calmer le maniaque; il le préconise surtout dans la manie, lorsqu’il n’y a pas lieu de craindre un état congestif.
Reil affectionne ce moyen dans la manie qu’il nomme nerveuse. Daquin, sans vouloir lui attribuer une action infaillible, lui accorde cependant une puissance incontestable dans le traitement de la manie.
Esquirol est peu favorable à l’emploi de l’opium. Les opiacés, dit-il, sont plus nuisibles que salutaires, surtout lorsqu’il y a pléthore ou congestion vers la tète.
Le docteur Engelken, médecin de Brême, s’est fait l’enthousiaste admirateur de l’opium. Il considère cet agent comme spécifique de la plupart des maladies mentales, et en général des diverses formes de la mélancolie.
Le docteur Flemming combat fortement cette pratique. « On a été jusqu’à prétendre, dit-il, que ce spécifique guérit la dépression aussi bien que l’exaltation, la mélancolie aussi bien que la manie. Quelques médecins, entraînés par les éloges excessifs répandus à profusion au sujet de ce médicament, ont fait quelques essais, et ils se sont hâtés de faire chorus d’applaudissements avec les inventeurs. Je pense que le principal mérite de l’opium est de modérer la sensibilité anormale du système nerveux, lorsque le malade est déjà en voie de guérison. Comme il est très difficile de reconnaître cet état à des signes objectifs, il faut user de beaucoup de précaution. J’ai donc toujours pensé que l’emploi de l’opium et de ses alcaloïdes ne doit être indiqué (j’ajouterai qu’il ne m’a pas été utile), qu’après que les anomalies des fonctions organiques ont à peu près disparu (1). »
Michéa (2) a publié le résultat de ses expériences sur l’emploi des narcotiques dans l’aliénation mentale. Celles-ci, faites sur un nombre d’ailleurs restreint de malades, indistinctement atteints de diverses formes de folie, ne nous paraissent pas concluantes; il est d ailleurs arrivé à des résultats contradictoires.
Pour Guislain, l’opium est un médicament précieux dans les formes simples de la folie. 11 agit favorablement, suivant lui, lorsque le malade revêt une disposition affective, sans trouble notable dans les idées; il produit surtout d’excellents résultats lorsque la mélancolie se rattache
(1) Flemming, Path. und Ther. der Psych., 1859, p. 316.
(2) Michéa, Gazette médicale de Paris, 1853.
Dago.net. — Maladies mentales. * *
PATHOLOGIE GÉNÉRALE
à une frayeur, à une crainte, à une vive impressionnabilité, à un caractère inquiet et surtout à un état hystérique. Il se bornait, dans l’administration de ce médicament, à des doses assez fractionnées ; et il donnait deux, trois, quatre, cinq pilules d’un demi-grain à prendre chaque jour; l’usage devrait en être continué pendant un et deux mois, à moins d’indications contraires.
Guislain accordait beaucoup plus de confiance àl'acétate de morphine; il en a obtenu des résultats très satisfaisants là où l’opium brut était resté sans effet, chez des malades atteints de mélancolie sans délire, anxieux, offrant une dépression dans le pouls et une profonde altération dans les traits, et contre la tristesse hypochondriaque. il commençait par un huitième, un quart de grain donné le soir ; il continuait cette dose pendant cinq à six jours, puis il l’élevait à la quantité d’un demi-grain. C’est alors qu’il a vu insensiblement le mélancolique se ranimer. On augmente la dose jusqu’à 3/4 de grain par jour, d’abord donnés tous les deux jours; ensuite tous les jours, un quart le matin, un quart dans l’après dîner et un dernier quart le soir. Lorsque ce traitement est convenablement dirigé, lorsque l’on discerne bien les cas, on obtient parfois des guérisons inattendues.
Guislain croyait également à l’efficacité de l’opium dans la manie, mais il pensait qu’il ne convient pas dans tous les cas indistinctement ; il doit être limité à certaines variétés de cette affection, lorsqu’on remarque un affaiblissement de la constitution, l’appauvrissement du sang, la diminution des forces et un excès d’impressionnabilité. Il réprouve, dans tous les cas, la médication préconisée par quelques auteurs et qui consiste à prescrire de très fortes quantités d’opium.
L'importance de cette question nous a engagé à exposer les principales opinions qui se sont produites.
Nous croyons que l’opium est un médicament d’une importance réelle, mais dont il est difficile de déterminer les indications avec une exactitude rigoureuse. Il nous paraît prudent de s’en tenir à des doses moyennes et de procéder par des quantités fractionnées. Toutefois, nous l’avons plus d’une fois employé à des doses élevées, sans avoir remarqué, ainsi que l’avait fait observer Baillarger, que la durée de la maladie en fût augmentée. Ce médecin n’a même pas craint de prescrire l'opium pour calmer l’irritation maniaque des paralytiques, sans qu’il ait eu à observer des effets autres que ceux qu’on observe dans la manie simple (1).
Si nous précisions les indications qui rendent nécessaire l’emploi des opiacés, nous trouverions d’abord la mélancolie caractérisée par des frayeurs, de vives inquiétudes, des angoisses précordiales, une tristesse anxieuse; les Anglais l’administrent volontiers dans les affections qui
(1) Baillarger, Ann. médico-psych., 1855, p. 556.
TRAITEMENT DE L'ALIÉNATION MENTALE
se compliquent d'idées de suicide. Si, sous l’influence de cette médication, une amélioration plus ou moins marquée ne se manifeste pas après huit, dix, quinze jours, ou si même l’état mental s’aggrave, si l’on remarque plutôt une sorte d'exaspération, il vaut mieux cesser l’usage du médicament ; car l’indication n’étant pas encore venue, il est alors préférable d’attendre et de le reprendre plus tard, s’il y a lieu. En général, il est bon de lui associer l’aloès et quelque extrait amer, tel que la gentiane, le quinquina, l’extrait de rhubarbe, etc.
L'opium a réussi dans quelques cas de manie aiguë ; ici il est peutêtre encore plus difficile de bien résumer les indications. Guislain, nous l’avons vu, le prescrivait plus particulièrement chez les maniaques qui présentent une certaine faiblesse de la constitution, un état cachectique, la petitesse du pouls, la dilatation des pupilles, etc. Il y a, sous ce rapport, une sorte de tâtonnement à faire, une recherche des indications qu’il serait presque impossible de reconnaître à des signes nettement caractérisés. Rarement nous l’avons vu réussir dans la forme franchement aiguë de la manie, surtout à la période ascendante de cette affection.
Dans les diverses formes de la folie puerpérale, l’opium, associé à l’aloès, a été utilement employé. C’est un remède que l’on a considéré comme très efficace dans les attaques de delirium tremens ; mais on sait que celles-ci se dissipent ordinairement d’elles-mêmcs, sous l’influence de moyens calmants et d’un régime approprié.
L’action bienfaisante de l’opium est souvent favorisée par l’emploi d’autres moyens qui peuvent être indiqués pour le traitement des différentes formes d’aliénation : tels sont les bains répétés, un régime analeptique, les toniques, le traitement moral, etc.
L’usage des opiacés doit être suspendu, dès qu'on s’aperçoit qu'il peut indisposer le malade. On reconnaîtra cette contre-indication, s’il se manifeste peu de temps après l’emploi de cette médication une exacerbation du délire, si la tête se congestionne, si les yeux s’injectent, 'si le malade se plaint d’une sorte de pesanteur, enfin si l’on remarque une tendance à l’hébétude et à la somnolence. Nous avons vu, dans quelques cas, une disposition aux vomissements et la perte de l’appétit. L’opium est contre-indiqué dans les cas de lièvre durable, d’affaiblissement cardiaque.
Le chlorhydrate de morphine administré en injections hypodermiques a été mis en usage particulièrement à l’asile d’Illenau, en Allemagne;
Id a été préconisé à la Salpêtrière, par M. le docteur Aug. Voisin 1), qui emploie la morphine à des doses quotidiennes très élevées. Il en lait me méthode générale de traitement, s'appliquant à toutes les lormes l’aliénation, à l’exception de celles où il existe une lésion des centres
(1) Aug. Voisin, Leçons cliniques sur les maladies mentales. Paris, 1883.
PATHOLOGIE GÉNÉRALE
nerveux ou une complication telle que la paralysie générale, l’épilepsie, une disposition aux congestions, etc. M. Aug. Voisin fait remarquer que l’influence morphinique est d’autant plus courte que les malades sont plus agités ; dans ce dernier cas elle ne dépasse guère huit heures, et alors il considère comme nécessaire de faire une seconde et même une troisième injection dans les vingt-quatre heures, mais à des doses chaque fois moins élevées.
Le morphinisme est très à redouter, particulièrement chez les hystériques et les neurasthéniques.
Nous croyons donc que cette pratique ne saurait être instituée comme règle générale du traitement de l'aliénation ; elle peut reconnaître quelques indications spéciales et être suivie alors de résultats favorables. Les doses élevées de morphine, si facilement supportées par quelques malades, ne sauraient être employées dans tous les cas qu’avec une extrême prudence (1).
La cocaïne , utilisée en injections sous-cutanées (chlorhydrate de cocaïne) n'a pas donné les résultats qu’on espérait; elle a causé souvent des accidents graves de collapsus. Substituée à la morphine, elle détermine trop souvent des accidents de cocaïnisme venant s’ajouter à la première intoxication. (Voy. Cocaïnisme.)
La belladone, le datura stramonium , ont été prescrits avec des résultats variables; quelques médecins ont recommandé la stramoine dans la manie aiguë, mais seulement quand l’agitation violente est calmée. Moreau (de Tours) l’a préconisée dans la manie avec hallucinations, se fondant sur ce fait, que le datura donne des hallucinations et que, dans ce cas, il agit par une sorte de médication substitutive, comme une inflammation spécifique peut être remplacée par une inflammation franche par l’application de certains moyens irritants.
La belladone a été recommandée dans la manie compliquée d'épilepsie, plutôt en vue de combattre cette dernière affection.
Bretonneau a préconisé la poudre de belladone portée sucessivement de 1 à 10 centigrammes, et administrée pendant plusieurs mois, et même plusieurs années, en interrompant de temps à autre, pendant deux à trois semaines, l’usage du médicament.
La belladone peut être employée avec avantage chez quelques malades maniaques ou mélancoliques devenus gâteux, et chez lesquelsl’hyperesthésie des sphincters peut devenir une cause d’incontinence. Ce médicament, associé à la digitale, peut rendre d’utiles services dans les cas de mélancolie anxieuse, lorsqu’à la fréquence des battements du cœur et à la petitesse du pouls se joint un embarras réel de la respiration.
Le chlorhydrate d’hyoscine (Gnauck, 188G) est employé à doses excessi-
(1) Voy. Société' médico-psych., janv. 1875 (Ann. médico-psych., 1875, p. 12 etsuiv.).
TRAITEMENT DE L'ALIÉNATION MENTALE
veinent faibles (un demi-milligramme); il produit en dix minutes un sommeil profond; on constate, à cette dose, de la lourdeur de tète, de la sécheresse de la langue, de l’incertitude de la marche et une mydriase intense et persistante. Une dose plus élevée détermine de l’irrégularité du pouls, des troubles de la respiration, du délire et du collapsus. En somme, il s’agit là d’un médicament très dangereux, qui ne doit être employé qu'avec une très grande prudence, et seulement dans le cas de nécessité absolue; il faut remarquer d’ailleurs que l’hyoscine ne donne pas un calme durable, et que, aussitôt que l’action de ce médicament cesse, l’agitation maniaque reparaît aussi intense.
L’hyoscine est préférable à l’hyoscyamine, qui renferme plusieurs substances.
L 'iodhydrale d'hyoscine a été employé sans succès par le docteur Noecke (1).
La Pisçidia erythrina n’a pas donné de résultats satisfaisants; son action est incertaine et peu durable, etc.
Hypnotiques. — • V hydrate de chloral est en usage depuis plus de vingt années (Liebreich) ; il est très utile contre l’insomnie, mais il présente certains inconvénients. Tout d’abord, il est caustique et produit des troubles de la digestion, ce qui oblige souvent à le faire absorber par la voie rectale. De plus, il détermine de la paralysie vasculaire, ce qui doit le faire absolument rejeter s’il existe chez le malade une affection cardiaque; on a observé des cas de mort subite, à la dose cependant modérée de 5 grammes. Ce médicament peut aussi être la cause d’éruptions cutanées, d’œdème, d’eschares et de stupeur.
La paraldéhyde donne, en un quart d’heure, un sommeil profond et prolongé. On l’administre ordinairement à la dose de 5 grammes, mais on peut aller jusqu’à 10 et même 15 grammes. Elle est très maniable; cependant les excès prolongés de paraldéhyde amènent du tremblement, de l’amaigrissement, et de l’affaiblissement psychique (Krafft-Ebing). Ce médicament a malheureusement une odeur très désagréable, qui rebute les malades, et il est souvent nécessaire de le faire prendre dans un lavement.
Le sulfonal (Kast) n'a ni goût, ni odeur, et ne trouble pas la digestion (de 1 à 3 grammes). Mais il est très peu soluble et n agit que lentement; de plus il s'accumule dans l’organisme. Le docteur Schàffer (2), a attiré l'attention sur la coloration spéciale que prend l’urine quand l'usage du sulfonal est trop longtemps continué ; cette coloration précède les autres symptômes d'intoxication.
L'uréthane (Jaksch, de Prague) s’emploie à la dose de 3 à 5 gram-
(1) Nœcke, Allg. Zeitschr. f. Psych. Vol. XLVIII, 1892.
(2} Schüüer, Congres des aliénistes de V Allemagne du Sud-Ouest à Carlsruhe ,
nov. 1892).
PATHOLOGIE GENERALE
mes dans de l’eau de menthe; c’est un médicament particulièrement utile chez les vieillards et les malades affaiblis.
Le méthylal a été recommandé par Krafft-Ebing dans le traitement du delirium tremens (injections sous-cutanées de 10 centigr. , à répéter).
L'hypnal, combinaison de chloralet d’antipyrine, est un hypnotique qu’on fait facilement accepter, il est soluble dans l’eau, et se prend à la dose moyenne de 1 gramme.
Vhypnone (Dujardin-Beaumetz), insoluble dans l’eau, s’administre à petite dose (10 à 20 centigr., quatre à huit gouttes); ce médicament est contre-indiqué dans le cas d'affection cardiaque, etc...
L'alcool (grogs, etc.) est utile contre l’insomnie des vieillards, des hystériques et des neurasthéniques, en un mot quand il s’agit seulement d’atténuer une irritabilité exagérée des centres nerveux.
Éther. — Éthérisation. — Quelques médecins ont eu l’idée d’employer l’éthérisation dans le traitement de l'aliénation.
Brierre de Boismonta fait connaître les résultats obtenus par l’éthérisation mise en usage dans l’asile de New- York (1).
Depuis, le docteur Morel a fait, à Maréville, de nombreuses expériences à ce sujet. D’après ses indications, et après avoir assisté à quelques-unes de ses expériences, nous avons nous-même essayé ce moyen.
L’effet produit par l’éthérisation chez les aliénés n’est pas, en général, sensiblement différent de celui qu’on obtient chez les personnes non aliénées.
L’excitation est fugace, et l’individu, une fois sorti du sommeil anesthésique, reprend les conditionspsychologiques qu’il présentait auparavant. Jamais nous n’avons vu le délire disparaître sous l’influence de ce moyen. Nous nous souvenons d’avoir vu, dans le service du Dr Renaudin, un jeune maniaque reprendre l'intégrité de sa raison pendant quelque temps, après avoir été soumis à l'éthérisation; mais cette bonne disposition fut de courte durée, et dès le lendemain l’excitation maniaque s’était reproduite.
L 'éthérisation peut être suivie d’effets favorables chez les individus atteints de stupidité. On peut voir, chez quelques-uns de ces malades, une sorte d’excitation remplacer peu à peu l’état d’engourdissement et d'affaissement moral dans lequel ils restaient plongés. Nous avons rencontré plusieurs cas dans lesquels l’excitation maniaque, plus ou moins marquée, s’était substituée au délire lypémaniaque.
En dehors de ces cas spéciaux, nous ne croyons pas l’éthérisation utile; nous la croyons même dangereuse dans toutes les circonstances où l’affection mentale se complique d’une tendance à la congestion cérébrale, ou à la paralysie. Morel préconisait cette médication comme
(1) Brierre de Boismont Ann. mcdiro-psych., 1850 p. 472,
TRAITEMENT DE L’ALIÉNATION MENTALE
un excellent moyen d’investigation dans certains cas de médecine légale. Par exemple, chez les individus qui simulent la folie, il était, suivant lui, très facile d’arriver à la connaissance de la vérité en employant l’éthérisation. Sous l’inlluence de l’espèce d’ivresse où ils se trouvent plongés, les individus suspectés ne font plus aucune difficulté à révéler les faits qu’ils auraient intérêt à cacher.
Nous ne croyons pas à l’innocuité parfaite d'un pareil moven; nous doutons même de son efficacité constante pour arriver à cette connaissance si désirable de la vérité. Chez une foule de personnes, aliénées ou non, l’éthérisation produit une excitation qui donne lieu à des manifestations délirantes, sur lesquelles il serait imprudent de s’appuyer en cas d’investigation médico-légale. A mesure que le délire se dissipe, l’individu ne tarde pas à reprendre la conscience de sa situation.
Dans quelques cas d’hypochondrie, accompagnée d'insomnie, de névralgies intestinales, on a vu l’éthérisation calmer momentanément les douleurs, et procurer, pendant quelques instants, un sommeil agréable et jusque-là impossible à trouver.
L’éther peut être employé avantageusement dans quelques circonstances comme excitant diffusible, ou comme antispasmodique.
Digitale. — A l’exemple de Guislain, d’Alberts et de Flemming, nous considérons la digitale comme un adjuvant précieux du traitement de la folie. La digitale a été particulièrement employée par Guislain dans le traitement de la mélancolie, caractérisée par des angoisses, lorsque le pouls est d'une fréquence excessive.
La lypémanie anxieuse, qui a pour manifestation extérieure des inquiétudes vagues, des terreurs non motivées, s’accompagne constamment aussi, qu’elle soit la cause ou l’effet, d'une gêne plus ou moins profonde de la respiration. L’entrave apportée à cette importante fonction est tellement manifeste que les malades atteints de cette névrosé ne tardent pas à présenter de la cyanose de la face, des lèvres, des ongles, etc.; tout indique une hématose imparfaite. Les battements du cœur sont alors peu énergiques, quoique souvent précipités, sous l'influence de cet état d’anxiété; les mouvements respiratoires sont incomplets, la respiration est courte et insuffisante.
On comprend que, dans ces conditions, la digitale seule ou associée à d’autres substances, selon les indications, puisse rendre d importants services. Quelques grains, quelques gouttes de teinture, dit Guislain, amènent du calme; le plus souvent on détermine un bien-être marqué et la cessation des angoisses.
Suivant Homolle et Quévenne (1), l’influence de la digitale sur la respiration ne serait pas parfaitement démontrée, malgré les expe-
(1) Ilomolle et Quévenne, Archives de. phys. et thérap., janv. 185-*.
PATHOLOGIE GÉNÉRALE-
riences de Boulay et Reynal, qui ont obtenu chez les chevaux un ralentissement notable de la respiration par la digitale administrée à dose thérapeutique. Mais il est naturel de penser, ajoutent les auteurs que nous venons de citer, que cette influence puisse se montrer comme effet secondaire de la modification imprimée à la circulation.
Guislain employait assez fréquemment une mixture calmante composée de teinture de digitale, d’eau de laurier-cerise, de thridace et d’eau de camomille romaine. Il donnait généralement cette mixture aux mélancoliques qui éprouvent de fortes angoisses, poussent des cris, ont le pouls très fréquent. Il prescrivait la teinture de digitale à la quantité de 3 ou 4 grammes, avec 30 grammes d’eau de laurier-cerise.
Sulfate de quinine. — Quelques auteurs ont recommandé le sulfate de quinine, surtout dans la manie.
Piorry (1) a vu deux cas de manie aiguë rapidement guéris à la suite de l’administration du sulfate de quinine à haute dose. On l’a conseillé, dans les accès intermittents et répétés, à court intervalle; nous l'avons souvent employé dans ces circonstances, sans en obtenir d’effet bien marqué.
Guislain l’a, en général, administré dans les formes mélancoliques et il paraît s’en être bien trouvé. Il l’a également donné à des maniaques qu’il était parvenu à rendre calmes, quelquefois même à guérir, sous l’influence de ce médicament. Mais il reconnaît lui-même qu’à l’époque où il constatait de véritables succès sous ce rapport, la localité dans laquelle il se trouvait était sous l’influence d'une épidémie de fièvres pernicieuses qui se rattachait au creusement d’un canal; et il croit avoir eu affaire alors à des affections mentales symptomatiques de fièvres paludéennes.
Bromures alcalins. — Les bromures alcalins (bromure de potassium, bromure de sodium, bromure d’ammonium), diminuent l'irritabilité des centres nerveux au point de vue sensitif et moteur. Ils sont particulièrement utiles contre l’épilepsie, et, d’après le professeur Kraepelin, contre certaines excitations périodiques; dans ce dernier cas, dit-il, il faut administrer les bromures avec opportunité et à doses suffisantes; ces doses doivent être de 12 à 15 grammes par jour ; on les continue plusieurs jours de suite, puis on les diminue progressivement.
Les attaques épileptiques diminuent presque toujours de nombre et d’intensité sous l'influence de cette médication; mais elles reparaissent quand l'usage des bromures est suspendu longtemps. Il est nécessaire de ne point donner les bromures pendant un temps trop long car on observe alors des symptômes d’intolérance, la diminution de la mémoire, l’incertitude des mouvements, de l'apathie. Il faut inter-
(1) Piorry, Ann. médico-psych., 1850, p. 497.
TRAITEMENT DE L’ALIÉNATION MENTALE
rompre la médication quand on constate de l’acné et de la fétidité de l’haleine, etc.
Les bromures agissent bien contre l'insomnie nerveuse, en particulier chez les neurasthéniques.
Purgatifs. — Les purgatifs ont été administrés de tout temps avec avantage dans le traitement de la folie ; les anciens attribuaient à cet égard une vertu spécifique à l’ellébore.
Il est d’observation commune que chez un grand nombre d’aliénés, surtout à la période aiguë de leur maladie, il existe une constipation plus ou moins opiniâtre, qui peut devenir une cause d’exacerbation du délire.
Quelques lypémaniaques sont particulièrement sujets à une constipation qu’il est souvent difficile de combattre; il est rare que, dans ce cas, les malades ne présentent pas les symptômes d’une surexcitation dangereuse.
Un grand nombre d’individus atteints de manie, des paralytiques, surtout à la période d’excitation, souffrent presque constamment aussi d’une constipation qu’il est utile de faire disparaître.
Autant que possible, il faut chercher à faire usage de purgatifs qui ne soient pas eux-mêmes une cause d’irritation intestinale; les purgatifs salins doivent être préférés.
Cependant ces médicaments sont pris quelquefois par les malades avec répugnance, ou bien ils ne produisent pas l’effet désiré. On penl alors purger les malades à leur insu, en employant le calomel à la dose de 50 à 60 centigrammes, mêlé soit au café du matin, soit à une tisane, à de la confiture, etc.
D’autres purgatifs doux : l’huile de ricin, l’aloès, rendent journellement des services. Si la constipation devient opiniâtre, on doit avoir recours à des moyens plus actifs, à une solution concentrée de sulfate de magnésie, à des lavements purgatifs. On ne doit employer qu’avec ménagement les remèdes drastiques; ils peuvent aggraver l’état du tube digestif, souvent lésé chez les aliénés; cependant il faut, avant tout, remédier à la constipation.
Anthelminthiques. — Les anthelminthiques doivent être administrés chaque fois qu'on soupçonne la présence de vers intestinaux
11 importe toutefois de ne pas provoquer, et encore moins de ne pas entretenir des évacuations trop abondantes, qui auraient pour résultat d’affaiblir le malade.
Émétiques. — Les auteurs ne sont pas d’accord sur la confiance qu’on doit avoir dans le traitement de l'aliénation par les vomitifs répétés à plusieurs reprises. Esquirol les a recommandés dans le traitement de la folie des nouvelles accouchées.
L’émétique chez les aliénés, aussi bien que chez les personnes qui ne sont pas atteintes d’aliénation, a des indications qu il faut sur-
veiller. Nous n’admettons pas qu’on doive l'administrer d'une manière empirique, sans que rien n’en recommande l’emploi, et en quelque sorte comme un spécifique de telle ou telle forme d’aliénation mentale.
On l’a employé dans le but de faire avorter les accès de manie qui se reproduisent d’une manière intermittente. Dans la grande majorité des cas cette pratique n’est suivie d’aucun effet favorable. On peut, par cette médication, arrivera faire tomber le malade dans un état de prostration plus ou moins considérable, et d’une durée variable; mais l’excitation est loin d’être calmée; elle ne tarde pas à reparaître avec une nouvelle intensité.
On a imaginé, sous le nom d 'émétisation, une méthode de traitement par l’émétique à haute dose. Cette médication a été préconisée dans le but de combattre la manie : on administre chaque jour au malade le tartre stibié, à la dose de 10, 20, 30 et même 40 centigrammes, pendant 10, 15, 20 jours. Cette méthode est rarement suivie de résultats satisfaisants; quelques malades finissent par en être gravement incommodés. Nous l’avons expérimentée dans plusieurs cas de maladie aiguë, sans avoir obtenu aucune espèce d’amélioration ; dans une circonstance, cependant, nous avons vu la guérison suivre de près l’usage de celte médication. Le malade donl nous voulons parler, d’une constitution athlétique, atteint d’une manie aiguë, fut soumis pendant plus de dix jours à l’usage du tartre stibié à la dose de 60 centigrammes par jour. Sous l'influence de cette médication, l’on observa un ralentissement marqué de la circulation et un affaiblissement général assez considérable, qui fut suivi quelque temps après d’une guérison complète. L’émétique, donné par la méthode rasorienne, peut déterminer dans l’économie une perturbation profonde qu'il importe de surveiller attentivement.
Les vomitifs sont indiqués, chaque fois que les voies digestives présentent un état saburral, qu'il existe de l’inappétence, et que la langue est chargée d’un enduit jaunâtre. On sait que, chez la plupart des aliénés, l’embarras gastrique se présente au début de leur affection.
Emménagogues. — Nous avons parlé (1) de l’influence que présente la menstruation chez la femme, comme cause de développement et d’exacerbation d'un état mental morbide. Nous avons vu que la suppression de cette importante fonction, si elle peut être considérée dans quelques cas comme ayant contribué à déterminer l’aliénation, est ellemême, dans un grand nombre d’autres circonstances, produite par l’affection mentale et véritablement placée sous sa dépendance. C’est un effet essentiellement sympathique, et ce n’est que plus tard, lorsque la maladie a déjà duré un certain temps, lorsque l’excitation cérébrale s’est notablement modifiée, qu’on observe ordinairement le rétablisse-
(1) Chap. Symptomatologie, p. 102 et Étiologie, p. 137.
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ment de cette fonction; ce fait est d'une observation tellement rigoureuse, qu’on peut diriger les médications les plus actives en vue de hâter le retour de la menstruation, sans obtenir le résultat désiré. Si les effort sdu médecin doivent tendre à rétablir une fonction dont la régularité importe au plus haut degré au maintien de la santé, il n’en est pas moins vrai que, pour arriver à ce but, il ne doit pas employer des moyens trop énergiques. 11 peut avoir recours à une médication mixte, à des moyens qui, tout en ayant une action spéciale, tendent surtout à améliorer, à fortifier la constitution si souvent débilitée chez les femmes.
Les préparations ferrugineuses, le quinquina associé à l'aloès, quelquefois au safran, à l’armoise, etc., donnent journellement des résultats favorables.
Toniques. — Régime alimentaire. — Chez le maniaque qui s’épuise en efforts incessants et en mouvements violents, chez le mélancolique plongé dans un perpétuel état de dépression, chez le dément et le paralytique, non seulement un régime analeptique reconstituant est indispensable, mais il importe encore, dans une foule de circonstances, de recourir à une médication tonique qui seule peut prévenir une cachexie suivie d’une aggravation de l’état mental lui-même. Tous les praticiens sont d’accord à ce sujet, et dans les établissements où l’on recherche sérieusement la guérison des malades, le régime alimentaire doit être l'objet d’une surveillance très attentive.
Les préparations ferrugineuses doivent être placées, pour les femmes surtout, en tète de toute médication. Les substances amères, en extrait, en infusion, sont aussi dans la plupart des cas avantageusement employées : tels sont le houblon, la gentiane, le quinquina, etc.
Nous avons indiqué la nécessité d’un régime tonique et réconfortant pour les aliénés; il faut veiller à ce que la constipation ne s’établisse pas, et au besoin la combattre par les moyens appropriés lavements purgatifs, massage et faradisation du ventre).
Weir- Mitchell et Playfair ont préconisé la cure d’engraissement; cette cure a donné parfois d’excellents et surprenants résultats, mais surtout dans l’hystérie et la neurasthénie.
Révulsifs. — Les révulsifs de la peau sont d’un usage fort ancien dans le traitement de l’aliénation. Ils peuvent constituer des ressources précieuses, lorsqu’ils sont appropriés au tempérament du sujet et a la marche de la maladie.
Les vésicatoires, les frictions stibiées, le séton, le cautère actuel, tels sont les moyens employés, lorsqu’il s’agit de déterminer une révulsion plus ou moins profonde. Les révulsifs présentent des indications spéciales que le médecin est seul à même d apprécier, ils peuvent réussir particulièrement dans quelques formes de mélancolie.
L’application d’un vésicatoire a, dans certaines circonstances, donné
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lieu à un effet moral dont il n'est pas sans importance de savoir profiter. Nous avons vu des personnes atteintes d’hypochondrie, fort impressionnables, s’imaginer qu’elles étaient perdues sans ressources, qu’il n'y avait plus pour elles d’espoir de guérison ; nous les avons vues, sous l’influence de l’application d’un vésicatoire, sortir tout à coup de leur état de prostration, et apprécier chaque jour davantage les effets du révulsif qui venait de leur être placé. C’est là pour ainsi dire plutôt un révulsif moral, quia pour effet de détourner l’attention du malade, et de faire diversion à ses incessantes préoccupations.
La plupart des auteurs blâment, en thèse générale, l’emploi des révulsifs au début des maladies mentales : ces moyens irritants peuvent, nous le croyons, imprimer au délire une nouvelle exacerbation; ils sont plutôt indiqués lorsque la maladie a déjà revêtu une marche chronique.
Nous avons vu des résultats satisfaisants survenir, quoique dans des cas assez rares, à la suite de frictions stibiées, continuées pendant un certain temps, et faites sur différentes régions de la colonne vertébrale, particulièrement chez les malades dont l'affection mentale semblait rester stationnaire.
Jacobi (de Siegburg) a préconisé ce moyen dans la manie chronique dontl’élatstationnaire pouvait faire craindre l’incurabilité. 11 conseille de faire les frictions sur la tète même; il pense que cette révulsion énergique, appliquée à proximité du cerveau, peut modifier, par une sorte de substitution pathologique, l’anomalie fonctionnelle de l’organe cérébral.
A la suite d’une conversation que nous avons eue à ce sujet avec Jacobi, nous avons fait quelques essais; les résultats douteux que nous avons obtenus ne nous ont pas engagé à continuer cette médication. Nous n’en croyons pas moins qu’elle doit être tentée dans quelques cas; mais il est indispensable d’y apporter une très grande prudence si les aliénés présentent une disposition aux congestions cérébrales. L’inflammation artificielle ou non du cuir chevelu peut aggraver l'affection mentale. 11 est d’expérience que les érysipèles du cuir chevelu sont extrêmement dangereux chez les individus atteints de paralysie générale, et qu’ils tendent à ramener une congestion à laquelle les paralytiques ont une disposition marquée.
Le séton est suivi quelquefois de résultats favorables, mais il faut faire un choix judicieux des circonstances. 11 trouve son indication dans les cas de manie, de lypémanie, qui ont une tendance à passer à la démence.
Chez une femme mélancolique, dont l’état restait stationnaire, nous avons obtenu par l’application du séton le succès le plus incontestable. Peu de temps après qu'un séton lui eût été posé à la nuque, cette malade vit ses idées reprendre peu à peu leur entière lucidité,
TRAITEMENT DE L’ALIÉNATION MENTALE
pendant les trois semaines environ qu’on laissa l'exutoire en place. Celui-ci supprimé, elle retomba presque aussitôt dans son état de profonde tristesse, qui ne tarda pas à se dissiper de nouveau par l’application du même moyen.
Guislain a reconnu l'utilité du séton dans la manie accompagnée d’épilepsie. Il remarque avec raison qu’il est d’observation commune de voir une plaie faite accidentellement, et entraînant une abondante suppuration, empêcher souvent les convulsions de se manifester. Lorsque des abcès viennent à se former, tant que la suppuration se fait, le malade n’éprouve souvent pas de récidive de son affection, qui reparaît aussitôt que le pus cesse de couler.
Cette observation, nous avons été à même de la faire chez un épileptique doué d’une constitution vigoureuse, sujet à de fréquentes attaques convulsives et à des accès de délire furieux. Ce malheureux reçut d’un aliéné qui travaillait près de lui, dans un atelier de cordonnier, un violent coup de tranchet qui intéressa les parties profondes de la cuisse. La plaie suppura abondamment et ne se cicatrisa qu'au bout de trois mois. Pendant tout ce temps il fut soustrait à scs attaques d’épilepsie et à la surexcitation maniaque qui en était la suite ordinaire.
Quelques médecins n’ont pas craint d’employer le cautère actuel appliqué au cuir chevelu ou à la nuque.
Nous l’avons vu employer dans quelques circonstances, sans que ce moyen ait été suivi d’une amélioration évidente. Foville parle d’une guérison dans le service d’Esquirol, à l’aide du cautère actuel, mais il attribue l’effet du remède à la frayeur. Belhomme l’appliquait sur différentes parties de la tête, surtout dans le cas de monomanie.
Nous repoussons, avec Guislain, l’emploi de cette méthode de traitement. Georget dit avoir observé une encéphalite mortelle, résultant de l’application d’un bouton de fer rouge sur la tète.
« Les sétons, le cautère actuel, les ventouses, les vésicatoires, les frictions irritantes, les frictions mercurielles sont, dit Esquirol (1), d’excellents auxiliaires pour provoquer une révulsion, remplacer une affection cutanée qui est supprimée, réveiller la sensibilité de la peau qui est souvent dans l'atonie, déterminer une réaction générale, etc. On a proposé d’envelopper la tète d’emplâtres épispastiques ou de toute autre composition irritante. Je dois avouer que je n’ai pas vu réussir tous ces moyens qui augmentent l’éréthisme, tourmentent les malades, les irritent, leur persuadent qu’on veut les supplicier. C’est presque toujours aux monomaniaques ou aux individus en démence, qu’on a prescrit une médication aussi active et aussi perturbatrice. »
(I) Esquirol, t. Ier. p. 153.
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Bains. — Les bains, dans le traitement de l’aliénation mentale, rendent des services incontestables.
Les bains tièdes prolongés ont surtout été introduits dans la pratique des maladies mentales par Brierre de Boismont.
Le docteur Turk (de Plombières), a démontré que cette méthode curative dans son application aux affections nerveuses est fort ancienne. Il cite Iiufus (1), qui faisait usage des assiduis balneis. Au rapport de Fabrice de Hilden, il paraît même qu’au xvie siècle on prolongeait les bains, au point que les malades y passaient plusieurs jours, et n’en sortaient que pour se livrer au sommeil. Pomme a conçu l’idée de soumettre les femmes hystériques à l’action des bains continués pendant plusieurs heures.
On n’en doit pas moins reconnaître que Brierre de Boismont a été en quelque sorte l’inventeur de ce procédé appliqué au traitement de l’aliénation mentale. Voici les indications posées par cet auteur (2) :
« Toutes les formes aiguës de la folie et de la manie en particulier peuvent être guéries dans un espace de temps compris entre une et deux semaines. Le traitement employé, pour obtenir ce résultat, consiste dans les bains prolongés et les irrigations continues. La durée des bains doit être en général de dix à douze heures; elle peut être prolongée jusqu’à quinze et dix-huit heures. Les irrigations qu'on associe aux bains doivent être continuées pendant toute leur durée; on peut les suspendre quand le malade est tranquille. Lorsque les malades ont pris huit à dix bains sans amélioration ou sans altération marquée dans l’habitude extérieure, il faut les cesser; on pourra plus tard les prescrire de nouveau. Les bains doivent être donnés à la température de 28 à 30 degrés centigrades, et les irrigations à celle de 13 degrés.
» De toutes les formes de la folie, celle qui cède le mieux à l'action des bains prolongés et des irrigations continues, est la manie aiguë récente; viennent ensuite le délire aigu simple, le délire des ivrognes la manie puerpérale, et les monomanies tristes avec symptômes aigus. Mais, dans plusieurs de ces formes, les guérisons ne sont ni aussi rapides ni aussi constantes que dans la manie aiguë. La manie ancienne ou aiguë prolongée, la manie chronique avec agitation, la manie intermittente ont été améliorées, mais n'ont point guéri par ce traitement; il n’a point été essayé contre les manies avec symptômes de paralysie ou d’épilepsie. Quelques faits nouveaux, recueillis depuis la lecture de ce mémoire, prouvent que cette médication peut réussir dans certaines maladies nerveuses à forme hystérique, avec ou sans
(1) Rufus, OE livres, trad. par Daremberg et Ruelle. Paris, 1819.
(2) Brierre de Boismont, De l'emploi des bains prolongés et des irrigations continues dans le traitement des formes aiguës de la folie (Bull, de l’Acad. de méd., 15 septembre 1846, t. XI, p. 1458, et Mém. de l’Acad. de méd., 1818, t. XIII, p. 598).
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symptômes de folie. D'après les faits contenus dans ce travail, on peut donc affirmer que les guérisons des formes aiguës de la manie sont plus nombreuses et plus promptes par les bains prolongés et les irrigations, que celles obtenues par les autres méthodes. »
Pinel neveu (1) a fait connaître les résultats qu'il a obtenus dans le traitement de l'aliénation mentale aiguë, par cette méthode de bains prolongés avec arrosements d’eau fraîche sur la tête. Sur 157 malades traités par ce moyen, 125 se seraient rétablis ; sur les 32 qui n'auraient ; pas obtenu le bénéfice delà guérison, 21 auraient présenté une légère il| amélioration.
Les auteurs sont unanimes pour recommander celte méthode de traitement dans les cas de folie aiguë, et surtout dans la manie. Les bains simples prolongés se trouvent en effet, dit Baillarger (2), au premier rang des moyens thérapeutiques pour combattre la surexcitation générale, qui est le caractère principal de la maladie; c'est dans ‘ la manie et dans la période d'invasion des autres formes qu’ils ont été préconisés.
Guislain considérait les bains tièdes prolongés comme une grande ressource, comme des agents dont l'effet est très salutaire et rarement nuisible. Rien de plus surprenant, dit-il, que la facilité des maniaques à supporter ces bains et à s’y soumettre. En général, lorsque les i sujets sont vigoureux et que le mal estrécent, ils supportent facilement i; ces moyens, et le plus souvent ils s’en trouvent parfaitement bien 3).
Il est prudent de ne pas y avoir recours lorsque le malade est dans un état cachectique, que sa constitution est affaiblie ; lorsqu’il a subi des pertes de sang trop abondantes; lorsqu’il existe une disposition • aux affections thoraciques. Ils ne doivent être employés qu’avec une [ certaine, réserve, dans les cas chroniques, lorsqu’on observe une tendance à l’affaiblissement des facultés intellectuelles.
Nous avons remarqué qu’on obtenait en fort peu de temps, par j ce moyen, une sédation très marquée et très favorable à la guérison d’affections qui se révèlent par la violence et l’acuité de leurs symptômes; mais le malade doit être soigneusement surveillé. Quelquesuns éprouvent une fatigue excessive; on a même observé quelques cas de syncope. Il y a lieu aussi de ne pas oublier que les bains tièdes sont une nouvelle cause d’excitation sexuelle dans la manie érotique, et que dans ce cas il faut les administrer avec certaines précautions.
Les bains tièdes d’une durée beaucoup moins longue sont également favorables dans le traitement de la mélancolie. A peine, dit Guislain, le malade est-il entré dans le bain, qu’on voil ses traits
(1) Pinel, Traitement de L'aliénation mentale aiguë par les bains prolongés Huit, de
T Acad, de méd., 2 nov. 1852, t. XVIII, p. 177).
(2) Baillarger, Bulletin de T Acad, de méd., mars 1854, t. XIX, p. 495.
(3) Guislain, t. III, p. 110.
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s’épanouir; il cesse de gémir et de se lamenter. Chez les trois quarts des mélancoliques cette médication apporte du calme.
Nous devons ajouter que les bains tièdes doivent être considérés comme un des agents hygiéniques les plus recommandables, et qu’ils doivent être administrés, dans un établissement d’aliénés, à tous les malades indistinctement, au moins une fois par mois. Non seulement ils entretiennent la propreté du corps, indispensable dans une certaine réunion d’individus, mais encore beaucoup de malades se trouvent bien de leur usage : en rétablissant les fonctions de la peau, en diminuant l’éréthisme nerveux, ils tendent à ramener le sommeil.
Les bains froids sont d'un usage plus restreint et doivent reconnaître des indications particulières.
Nous croyons, avec Esquirol, qu’ils conviennent surtout aux sujets jeunes, forts, robustes; le froid peut agir alors en excitant toute la surface cutanée. Cependant Guislain les considère comme des agents qui rendent de grands services dans le traitement de la manie, surtout lorsque cette affection revêt une forme intermittente, et dans les cas qui ont eu déjà une durée de plusieurs semaines, de plusieurs mois.
« Plus d'une fois, dit-il, j’ai employé ce moyen sans aucun avantage, : pendant les trois premiers mois delà maladie, tandis que j'en obtenais un éclatant succès en le mettant en usage vers le sixième mois. ! Souvent je parviens, en dix ou quinze jours de temps, à faire tomber tous les symptômes de la manie, et à avoir une convalescence au bout de trois semaines, et plus promptement encore. J’ai guéri ainsi des manies qui avaient duré deux ans. Toutefois, les cas chroniques proprement dits résistent généralement aux bains froids, de même i qu’ils résistent à toutes les médications. »
Ces agents sont donc curatifs, mais on ne réussit pas toujours une première fois : il faut souvent recommencer deux, trois fois le traitement, et le continuer longtemps après la guérison du malade.
Dans la manie avec exacerbation périodique, on observe parfois que, pendant quelque temps, le bain froid retarde l’apparition de l’accès.
Des manies avec perversion morale et turbulence pathologique ont été guéries en faisant prendre tous les jours aux malades un bain froid, dans l’intervalle du déjeuner au dîner. Quelquefois, après la seconde tentative, le patient présentait déjà des traits plus composés; il était plus tranquille et plus soumis.
Voici la méthode employée par Guislain :
L’eau est chauffée à la température de 14, 15, IG, 17 degrés Réaumur : le maniaque y reste d’abord 5 minutes, puis 1U, puis 20 et 25 minutes. On prescrit les bains tous les jours, deux fois par jour, ou tous les deux jours; et, suivant les exigences des cas, on les continue pendant plusieurs semaines, plusieurs mois.
Guislain a souvent réussi complètement, en faisant donner par jour
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Trois bains froids de 12 à 15 minutes chacun, avec douches, lorsqu’un ■seul était demeuré inefficace. Le malade, au sortir du bain, se livre pendant une ou deux heures à un exercice plus ou moins fatigant. Si la température atmosphérique est basse, il faut le coucher dans son ; lit, le couvrir chaudement, ne fût-ce que pendant une heure, afin de donner à la peau le temps de se réchauffer.
La précaution de frictionner la peau est importante : on ne saurait assez la recommander aux surveillants et aux gardiens. En laissant la peau se refroidir, en négligeant d'y provoquer une réaction, l'on peut occasionner des accidents graves, et l'on risque parfois, en outre, de faire passer la manie à un état de démence incurable.
IOn doit aussi avoir soin de ne pas exposer le malade à l'eau froide, lorsqu’il est en transpiration.
Parmi les inconvénients que peut entraîner l’emploi de ces agents, il faut compter la suppression des menstrues, ou le retard dans l’apparition de ce tlux. Aussi doit-on y recourir chez les femmes moins que chez les hommes (1).
Les affusions froides, les bains froids par enveloppement, d’après la
1 méthode hydrothérapique, en provoquant du côté de la peau une réaction énergique, et, suivant les cas, des sueurs abondantes, peuvent rendre dans une foule de circonstances des services importants. Tous ces moyens sont utiles chez les individus affaiblis par les excès, par l'onanisme, et chez ceux auxquels de longs chagrins semblent
I avoir enlevé toute énergie.
Les bains médicamenteux ont été prescrits par quelques médecins. On a fait usage, en Italie, de bains nar cotisés contre les accès maniaques. Dans ce but, une infusion de feuilles et de semences de stramonium, de feuilles de ciguë, de jusquiame, était mêlée à l’eau du bain.
Il est douteux que ce moyen ait donné des résultats avantageux. Pour notre part, nous n’avons fait usage que de bains excitants, et dans quelques cas nous en avons obtenu des résultats favorables.
Chez les mélancoliques plongés dans un état habituel d’apatliie, et dont les fonctions semblaient frappées d’une sorte d’atonie, nous avons administré avec avantage des bains aromatisés, des bains dans lesquels on avait fait dissoudre une assez forte quantité de sel, ou qui contenaient 4 à 5 poignées de farine de moutarde noire.
Les pédiluves sinapisés ont aussi leur utilité dans quelques circonstances.
Douches. — La douche est un moyen vulgairement employé dans la plupart des établissements, elle rend d’incontestables services dans la thérapeutique des aliénés.
(1) Guislain, Phrénopathies , t. III, p. 115.
Dagonet. — Maladies mentales.
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La douche ne doit durer que quelques secondes (15" à 30"), et ne doit être employée qu'avec précaution ; elle reconnaît des indications précises. Elle doit être toujours administrée par le médecin ou l’interne en médecine; dans aucun cas elle ne doit être abandonnée au soin d’un gardien ou du surveillant.
La douche agit de deux manières : comme moyen de répression et comme moyen véritablement médical, ayant un effet répercussif ou plutôt réfrigérant. Elle reconnaît par conséquent une double indication.
Comme moyen disciplinaire elle a été employée, ainsi que l’indique Pinel, dans le cas où il y avait lieu de vaincre un refus obstiné de nourriture, ou encore lorsqu’on voulait soumettre l’aliéné à l’ordre et à la loi du travail, ou dominer certains malades entraînés par une turbulence excessive, par une disposition morale fâcheuse et par un caractère en quelque sorte indomptable.
Elle impressionne, en effet, vivement quelques aliénés, et cette impression peut tourner au profit de leur guérison.
11 est d’autres malades qui réclament eux-mêmes la douche, qui en ressentent un bien-être évident : c’est là une indication qu’il ne faut pas négliger; elle produit chez quelques maniaques agités l’effet le plus salutaire.
Quelques auteurs en ont blâmé l’emploi, entre autres Georget et Jacobi. Nous pensons tout au contraire qu’elle a son utilité ; elle peut rendre d’incontestables services, et nous lui avons vu produire des résultats inattendus. Malgré cela, nous croyons qu’elle ne doit être employée qu'avec une extrême réserve : quelques malades se plaignent, lorsqu’ils sont en convalescence, d’en avoir ressenti une impression défavorable.
« La douche, dit le professeur Rech (de Montpellier), détermine des effets immédiats et d’autres consécutifs. Les premiers consistent en une impression de froid, une commotion sur la partie de la tête qui est exposée à son action, et une grande gêne de la respiration. Les effets consécutifs sont une extension de froid qui donne lieu à un tremblement et à des horripilations; puis, pâleur, sentiment de constriction douloureuse, en général à l’épigastre ; le pouls peut devenir petit et serré et le malaise extrême; la lipothymie peut s’ensuivre. La commotion cause promptement une douleur qui envahit toute la tète, pour se répéter sympathiquement à l'épigastre. Pendant l’hiver, et lorsque l’eau est froide, elle détermine des résultats qui peuvent être dangereux. Pendant l’été, elle procure plutôt une sensation agréable (1). »
Une douche d’une demi-minute produit une légère accélération de la respiration, une sensation de froid momentané àlasurfacedu corps, et une augmentation dans le nombre des pulsations artérielles. Le
(1) Rech, Ann. médico-psych., 1847, p. 144.
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pouls devient en même temps plus petit et plus ferme; ces effets peuvent persister pendant environ une heure et demie. Les effets de la douche sont supérieurs à ceux d’un bain froid ordinaire- le sentiment de l’activité musculaire, l’excitation de l’esprit sont plus marqués et durent plus longtemps, surtout si l’on a pris la précaution de soumettre ensuite le malade à de vigoureuses frictions.
Les précautions suivantes doivent être prises lorsqu’il s’agit de l’administration de la douche.
Les malades doivent jouir d’une bonne santé et être exempts de toute maladie cardiaque et pulmonaire ; le temps de la douche ne doit jamais dépasser une minute; le malade doit être soigneusement frictionné après la douche; enfin celle-ci doit être donnée par une personne intelligente qui puisse en apprécier les effets, juger si le choc est trop fort, et faire en sorte que la réaction suive immédiatement.
Elle est surtout utile dans le traitement d’états névropathiques en rapport avec l’aliénation mentale, dans la manie puerpérale à sa période stationnaire, la manie hystérique chez les jeunes filles, un état identique avec excitation sexuelle chez les jeunes gens; dans le cas enfin , où prédomine une surexcitation nerveuse sans cause organique (1).
Électrothérapie (Arndt, Erb). — ün ne peut se prononcer sur les résultats de l’électrothérapie dans le traitement des affections mentales.
11 s’agit là d'un mode de traitement empirique.
Les symptômes de certaines névroses fonctionnelles ont été améliorés d’une manière évidente par la faradisation et la franklinisation; c'est ainsi que des résultats favorables ont été obtenus dans la neurasthénie, la chorée, l’hystérie. Est-ce, comme le prétendent certains auteurs, parce que l’électricité agit dans ces cas par suggestion ?
L’électrothérapie a été tentée dans l’hypocondrie et dans les mélancolies avec des succès variables. D’après Morel (de Gand) (2), le traitement consistait dans l’application de courants galvaniques sur la tête.
Le massage n’est pas utile en psychiatrie, sauf quand on 1 associe au traitement hydrothérapique.
Transfusion du sang. — La transfusion du sang a été conseillée en Italie comme moyen de traitement de certaines formes d’aliénation qui présentent des chances de guérison. M. le docteur A. Voisin, qui l’a tentée avec succès dans un cas de mélancolie compliquée d’anémie, pense qu’elle peut avoir pour résultat de modifier heureusement la composition du sang, mais que dans aucun cas les effets n’en ont été assez durables lorsqu’on s’est contenté de la transfusion comme moyen curatif; ce serait, suivant lui, tomber dans une véritable exagération, que de croire qu’elle peut à elle seule guérir la folie (3).
(1) Carupel, The Journ. of mental science, janv. 1873.
(2) Morel, Bulletin de méd. mentale de Belgique, 1889.
(3) Aug. Voisin, Leçons cliniques sur les maladies mentales. Paris, 1883.
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