ARTICLE III MÉDICATIONS SPÉCIALES
Aliénés gâteux. — Renaudin, Morel, Archambault, Girard de Cailleux (1), Guislain ont étudié tout ce qui peut se rapporter à ces malheureux.
On appelle aliénés gâteux les infortunés qui sont atteints d’incontinence d’urine, et quelquefois d’incontinence stercorale ; ils se trouvent en assez grand nombre dans la plupart de nos établissements. Gâter ne constitue pas, dit le docteur Girard, une affection sui generis; c'est un symptôme d’affections diverses dont il faut s'attacher à apprécier a nature, et qui peuvent, suivant les circonstances, reconnaître des indications spéciales.
Sous l’influence de l’agitation maniaque portée à son plus haut degré, etchez les individus atteints de délire général, mais dont l'affection mentale se caractérise par une perversion morale profonde, on peut observer des exemples de la plus dégoûtante malpropreté.
Chez les maniaques, le délire, intense ne permet plus que des perceptions confuses ; les sensations internes n'arrivent plus à la conscience ; l'excitation qui les domine les rend inattentifs à l’appel fait par la sensibilité générale qui, dans la plupart des cas, peut être réellement émoussée.
Dans le second cas, les malades, en proie à une sorte de perversion morale, se font un malin plaisir de prendre le contre-pied des observations qui leur sont faites; les mauvais instincts qui les dominent leur font trouver une inexprimable satisfaction à se barbouiller de leurs excréments, et à vivre dans l'état de la plus affligeante dégradation.
Pour ces deux catégories de maniaques gâteux, il sera nécessaire d’employer des moyens en rapport avec la nature de leur délire : chez les premiers, en proie à une excitation maniaque des plus violentes,il convient d’avoir recours aux remèdes indiqués en pareille circonstance : les bains prolongés, les affusions froides, les calmants de diverses sortes. Chez les seconds, tout ce qui viendra mettre un frein à leur perversion morale empêchera par cela même l’étal de malpropreté. L’intimidation aura souvent de l’efficacité : la douche et une conduite sévère â leur égard pourraient, dans beaucoup de cas, arrêter des tendances que ces malheureux maîtriseraient si l’on parvenait à fortifier leur volonté.
Dans certaines formes de lypémanie, dans celles surtout qui se compliquent de stupeur, d'un état cataleptiforme, le malade, sous l'influence de l’étrange oppression qui le domine, ne comprend rien à ce qui se
(1) Girard (de Cailleux), Études pratiques sur les maladies nerveuses et mentales. l’aris, 1863.
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passe autour de lui, et les besoins naturels les plus impérieux ne produisent plus chez lui cette excitation qui s’adresse à la conscience et fait appel à la volonté. Dans de telles conditions, il devient d’une excessive malpropreté, que les moyens les plus rationnels parviennent difficilement à modifier. On doit d’ailleurs admettre que, dans quelques formes de délire mélancolique, il existe un relâchement musculaire momentané qui devient une cause d’incontinence. Pour les malades de cette catégorie, il importe de recourir aux moyens susceptibles de remédier à l’engourdissement des facultés, et de diminuer l’intensité de l’état de stupeur. Dans ce but, les stimulants de diverses sortes, moraux et physiques, seront avantageusement employés.
Les déments, les paralytiques et une certaine catégorie d'idiots forment la plus grande partie de ces malades que l’on a désignés sous le nom de gâteux , et qui doivent être placés dans des quartiers spéciaux où se trouvent réunies les conditions de régime, d’hygiène, de couchage et de surveillance.
En tète des moyens généraux se trouve Y habitation. Les locaux destinés aux malades gâteux seront élevés, spacieux, aérés, le plancher sera ciré; en hiver, ils doivent être convenablement chauffés et ne pas contenir un nombre trop considérable d’individus; ceux-ci seront d’autant mieux soignés et d’autant moins malpropres qu’ils seront plus disséminés.
Le régime alimentaire doit être substantiel et de facile digestion. Ils recevront à chaque repas une légère quantité de vin. Ils doivent enfin être habillés convenablement et couchés dans un bon lit.
Ces conditions hygiéniques ont une importance bien plus grande que les agents médicamenteux mis en usage en vue de combattre cette dégradante infirmité.
Les médicaments que l’on a préconisés dans ces cas peuvent rendre d’utiles services : par exemple, la strychnine et la noix vomique. Nous administrons volontiers l’extrait alcoolique de noix vomique, dans une solution gommeuse simplement édulcorée. Nous portons successivement la dose de 23 milligrammes à 10 centigrammes, que nous ne dépassons jamais.
Chez quelques malades atteints de délire maniaque aigu, de mélancolie, d'hypocondrie, l’incontinence est souvent due à une sorti' d'hyperesthésie. Les sphincters se dilatent sous l'influence de 1 excitation organique la plus légère; l'incontinence est alors plutôt nocturne; pendant le jour, les malades peuvent satisfaire le besoin d excrétion dès qu’il se fait sentir.
Dans . ces cas, d’ailleurs assez rares, la belladone en poudre ou «‘i> extrait peut donner des résultats favorables. Nous prescrivons alors 23 milligrammes à 10 centigrammes; à dose plus élevée, celte médication pourrait avoir des inconvénients. Un de nos malades, atteint
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de la variété de lypémanie qu’on a désignée sous le nom de panophobie, est obligé, le jour, d'uriner à chaque instant; ce besoin fréquent le tient éveillé la nuit; s’il s’endort, il manque rarement de mouiller son lit, ce qui le contrarie vivement. La belladone a pu remédier chez lui aux accidents que nous venons de signaler.
Nous venons d’exposer succinctement les moyens hygiéniques et médicaux qui, suivant les indications, doivent être appliqués.
Il nous l’este à faire connaître les agents mécaniques qui, sous ce rapport, ont été particulièrement recommandés.
Le premier précepte et le plus important consiste à régulariser les fonctions, à accoutumer les malades à satisfaire leurs besoins à des heures réglées. On comprend combien il faut compter, en semblable circonstance, sur l’intelligence et le dévouement des infirmiers chargés de ce service.
Girard voulait qu’on suspendit dans chaque quartier de gâteux une horloge destinée à donner au surveillant la possibilité de faire ponctuellement ce service, qui tend à amoindrir une des plaies les plus hideuses de la plupart des établissements d’aliénés.
C’est là évidemment une idée pratique à laquelle on ne saurait trop applaudir. Toutefois, nous croyons avec Baillarger qu’il faut éviter toute exagération fâcheuse; car, dans quelques cas, elle rendrait le remède pire que le mal; cela arriverait probablement si, en hiver, on éveillait les malades plusieurs fois pendant la nuit, etc. (1).
Pour éviter les excoriations et les plaies gangréneuses qui ne tardent pas à se produire par le contact des parties du corps avec les matières dont sont imprégnés les draps et les diverses pièces du lit, on a proposé d’apporter des modifications spéciales au couchage des aliénés gâteux. La condition la plus importante est de multiplier autour du malade les soins de propreté.
Le coucher des malades gâteux doit se composer de trois pièces, de la manière- suivante : à la tète et aux pieds du lit, deux matelas formant le tiers de la longueur; au milieu, un troisième matelas ou une paillasse dans le centre desquels est ménagée une fente qui permet l’écoulement de l’urine ; cette dernière pièce peut être recouverte d’une toile rendue imperméable par l'huile de lin, et assez longue pour s’étendre sur les bords des deux matelas.
Il est quelquefois utile de faire écarter les genoux et les pieds, et d'interposer des linges de manière à empêcher les rougeurs et les excoriations que la pression peut déterminer.
Nous nous servons aussi avec avantage d'une toile caoutchouc dont la manche traverse le lit et que nous avions fait fabriquer à l'asile de Stéphansfeld (2).
(1) Baillarger, Bull, de l'Acad. de mcd., 5 août 1855.
(2) H. Dagonet, Ann. méd.1 psych., 18G4.
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Aliénés jeûneurs. — Sitiophobes. — Alimentation forcée. — Quelques malades refusent obstinément les aliments indispensables à leur existence; on les a désignés sous le nom d'aliénés jeûneurs , et, en Allemagne, on a donné le nom de sitiophobie à ce refus obstiné.
Les malheureux qui appartiennent à cette triste catégorie sont une source de difficultés pour les personnes chargées de leur donner des soins. On comprend tout ce qu'il y a de pénible dans l’emploi de moyens violents, destinés à vaincre une résistance qui ne peut se prolonger sans danger pour la vie du malade.
Le refus des aliments est une conséquence des conditions morbides les plus diverses, et se rencontre dans les formes les plus variables d’aliénation mentale; on l'observe surtout dans certaines variétés de la mélancolie.
On voit des maniaques, dans le paroxysme de leur délire, refuser avec opiniâtreté toute espèce de nourriture, sous l'influence de certaines idées qui viennent, pour un instant, s’emparer de leur esprit: c’est la crainte du poison, la persuasion que les aliments qui leur sont servis contiennent des substances nuisibles; ce sont des illusions, des hallucinations de plusieurs sens, du goût, de l'odorat, qui les portent à se refuser toute nourriture. Mais il est rare que, dans la manie, ces idées prédominantes persistent longtemps; grâce à l'excessive mobilité des sensations, l’on ne tarde pas à voir disparaître cette dangereuse obstination. Dans le cas contraire, il faut examiner s’il n’existe pas dans l’organisme un état pathologique qui explique ce refus prolongé.
Dans le délire systématisé avec idées de grandeur, les malades peuvent avoir les convictions les plus absurdes, par suite des idées or- I gueilleuses et des obsessions superstitieuses qui les dominent; par i exemple, ils prétendent qu’ils ne sont pas servis avec la déférence qui leur est due; ils peuvent croire qu’ils doivent, ainsi que Jésus-Christ, jeûner quarante jours et quarante nuits pour la délivrance du genre humain; ou encore que leur nature éminemment céleste les affranchit des besoins matériels qui asservissent le reste de l’humanité, etc. Le plus souvent l’intimidation ou quelques moyens adroits parviennent à soustraire ces malades aux résultats fâcheux, mais inévitables, des pensées bizarres, des erreurs singulières qui les dominent.
C’est surtout dans la mélancolie qu’on rencontre la sitiophobie portée à son plus haut degré; c’est alors qu’après avoir épuisé tous les moyens de persuasion, il faut recourir aux différentes méthodes d alimentation usitées en pareil cas.
On sait toutes les préoccupations qui viennent d’habitude assaillir le mélancolique, et l’engager à opposer une résistance invincible aux moyens employés pour lui faire prendre des aliments. La conviction qu’on cherche à attenter à ses jours, que dans ce but on mêle â ses
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boissons, à sa nourriture, les poisons les plus subtils et les substances les plus nuisibles; les hallucinations qui ne cessent de l’entretenir des horribles complots traînés contre lui; la crainte de la damnation ; les remords d’une conscience faussement alarmée; la pensée qu’un jeûne peut seul apaiser le courroux céleste; la croyance dans laquelle se trouve le malade qu’il est indigne des soins qui lui sont donnés, et qu’il ne mérite pas les aliments qui lui sont servis; chez quelques-uns, enfin, l’idée bien arrêtée de se débarrasser de la vie; chez d'autres, et particulièrement chez certains hypocondriaques, la persuasion qu’ils n’ont plus d’estomac, d’intestins, qu’aucun aliment ne peut plus passer : toutes ces conceptions erronées peuvent revêtir dans l’esprit du malade un tel degré de fixité, qu’il faut absolument recourir à l’alimentation forcée.
Dans tous ces cas, il importe de se rendre compte de la disposition morale et physique de l’individu, d’apprécier la nature des fausses convictions, et d’examiner si cette inappétence apparente n’a pas, pour origine et pour point de départ, quelque affection des organes de la digestion, de la respiration, etc. Forcer le malheureux insensé à prendre des aliments, ce serait en pareil cas aggraver sa triste situa tion. Mais c’est là un fait pour ainsi dire exceptionnel, et nous sommes loin de partager les idées de quelques auteurs qui rejettent l’alimentation forcée, et qui veulent voir, dans le refus de manger, une dispo sition pathologique que l’on doit respecter.
C’est là une erreur fâcheuse et qui peut aboutir à de regrettables conséquences. L’expérience prouve chaque jour qu’en semblable circonstance les aliénés n’obéissent qu’à leurs préoccupations délirantes. Si l’on ne cherche pas à les soustraire le plus tôt possible à une absti nence qui ne saurait se prolonger, on ne tarde pas à voir s’aggraver leur état mental et physique. Il n’est pas rare d’obtenir chez eux une amélioration d'autant plus rapide, qu’on sera parvenu plus tôt à vaincre leur répugnance, et à leur faire prendre de gré ou de force les aliments nécessaires à leur existence. On doit reconnaître que dans un grand nombre de cas, on peut arriver au but désiré en s’v prenant adroitement, soit en entrant dans les idées du malade,, soit en les combattant directement; mais si les moyens de persuasion ou d’intimidation ont échoué, il y a lieu dès lors de recourir à l’une ou l’autre des méthodes employées pour l’alimentation forcée.
Guislain a résumé, comme il suit, les nombreuses difficultés que l’on rencontre lorsqu’il s’agit d’introduire des aliments qui, dans tous les cas, doivent être liquides :
« 1° L’action des muscles élévateurs de la mâchoire dont la résistance, en quelque sorte convulsive, ne peut souvent être vaincue que par les efforts les mieux combinés;
» 2° La mobilité de la langue qui porte le malade à repousser, par
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des contorsions de cet organe, les aliments qu’on veut lui faire prendre;
» 3° Un mouvement antidéglutitionnaire qui s’établit dans le pharynx et l’oesophage, ce qui donne au patient le pouvoir de faire revenir les aliments dans la bouche;
» 4° Une contraction convulsive de l’œsophage, provoquée surtou par l'introduction de la sonde, et qui rend impossible la descente de cet instrument ou celle des aliments ;
» 3° Un mouvement expiratoire < jui empêche la descente des aliments, qui détermine leur retour dans la bouche et leur entrée dans les narines postérieures ;
» 6° Des mouvements de répulsion des bras, de la tête, du corps, des membres inférieurs ;
» Deux ressources s'offrent au praticien : ouvrir la bouche pour y faire passer les aliments, ou faire cette introduction par les narines (I). »
Guislain préfère l’ingestion buccale ; c’est aussi le moyen auquel nous croyons que l’on doit recourir d’abord, lorsqu’on peut avoir un personnel suffisant pour maintenir le malade pendant l’opération.
Il est en général facile d’introduire au moyen d’une théière de petite dimension, le liquide alimentaire entre l’arcade dentaire et la partie interne de la joue, légèrement creusée à sa partie moyenne par l'extrémité du doigt indicateur plié en crochet. Il suffit, pour arriver à ce résultat, que la tête un peu renversée en arrière soit maintenue, fixée par un aide dont les deux mains sont appliquées sur le front, et que les narines soient hermétiquement fermées.
Il arrive assez souvent que l’aliéné ne veuille pas se soumettre plus d’un jour ou deux à cette pénible opération, et qu’il recommence à manger. Mais il peut arriver que l’on ne parvienne à vaincre qu’avec une extrême difficulté, par ce procédé, la résistance du malade. Il faut alors avoir recours à la sonde œsophagienne introduite par la bouche ou le nez. La sonde à double mandrin, de Baillarger, suffit dans tous les cas, et remplit toutes les indications. Cette sonde contient un mandrin en baleine et un mandrin en fer recourbé, assez fort pour maintenir le premier dans la même courbure. La sonde ainsi préparée traverse les fosses nasales, on retire alors le mandrin en fer, et la baleine obéissant à son élasticité se redresse, et applique la sonde sur la paroi postérieure du pharynx pour descendre tacilement ensuite le long de l’œsophage. Dans la plupart des cas le double mandrin est superflu, la sonde est simplement introduite ; l’habitude de cet instrument donne une très grande habileté pour lui laire traverser les fosses nasales et le pharynx sans préjudice pour les organes voisins.
Il importe surtout de prévenir l'introduction de la sonde et îles iliments dans la trachée. Voici les signes à l’aide desquels on peut
(1) Guislain, P.hrénopathies, t. III, p. 237.
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reconnaître que l'instrument a fait fausse route. La présence de la sonde dans l’estomac se manifeste par un sentiment de nausée, par des éructations bruyantes ou des efforts de vomissement. L’entrée de la sonde dans le larynx se traduit par des accès de toux et de suffocation, une angoisse inexprimable et une coloration violacée de la face. La sortie de l’air par la sonde n’est pas un signe d'une valeur absolue, car l'expulsion des gaz a lieu aussi bien dans un cas que dans l’autre. Seulement l'air qui provient des voies respiratoires est inodore, s’échappe avec une certaine violence comme d’un soufflet et suit les mouvements alternatifs de l’inspiration et de l’expiration; tandis que les gaz provenant de l’estomac se reconnaissent à leur odeur, à l’irrégularité de leur expulsion et au bruit de glouglou dont ils sont accompagnés. S’il reste du doute dans l’esprit du médecin, on se trouvera bien alors d’injecter préalablement quelques centimètres cubes d'eau, injection sans danger, qui provoquera des quintes de toux et amènera de la suffocation. Elle sera surtout suivie immédiatement, même chez les malades les plus affaiblis, d’un râle trachéal très prononcé; on doit, dans tous les cas, ne pas se presser de faire l’injection une fois que la sonde a été introduite (1).
Émile Blanche a proposé un mandrin articulé, à l’aide duquel on dirige la sonde. Leuret faisait usage d’une sonde de hoyaux, engagée par l’une des narines, et qu’on laissait à demeure aussi longtemps que l'individu persistait dans son refus de manger. L’introduction de cette sonde est d’une extrême difficulté, et exige que le malade reste constamment dans son lit.
Deux accidents principaux sont à éviter : 1° le pelotonnement de la sonde dans l’arrière-bouche ou dans la bouche; 2° sa pénétration dans les voies aériennes, comme nous venons de le dire.
Dans le premier cas les aliments ne pourront pas pénétrer, ce qui sera surtout apparent si l’on se sert d’un entonnoir; il faudra alors retirer la sonde et en prendre une autre.
Dans le deuxième cas, outre la toux incoercible, la suffocation, la menace d’asphyxie, la sonde est prématurément arrêtée dans sa course. 11 est donc indispensable dans cette opération de s’assurer que la respiration s’exécute normalement, et qu’il n’v a aucune tendance à la cyanose; par surcroît de précaution, on peut verser par la sonde un peu d’eau qui, si elle pénétrait dans les ramifications bronchiques, devrait provoquer un accès de toux sans entraîner aucun danger.
Il peut arriver encore que le malade rejette les aliments qui pénètrent dans l’estomac : ils s’écoulent entre l’œsophage et la sonde et remplissent la cavité buccale. Le danger alors est de les voir pénétrer par le larynx dans les voies respiratoires. Il faut dans ce cas cesser
(I) Baillarger, Alimentation forcée des aliénés (Ann. medico-psych ., 7 sept. 1874).
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momentanément l’alimentation artificielle et la recommencer plus tard.
Des aliénés chez lesquels toute injection alimentaire était devenue impossible parla bouche ont pu vivre pendant trois, quatre mois, grâce à l’emploi de lavements alimentaires.
Ilberg recommande l’emploi des injections sous-cutanées d’eau salée, lorsque l'affaiblissement est considérable; le collapsus pourrait être évité par ce moyen (1).
Onanisme. — Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit à propos de l’onanisme, comme cause d'aliénation mentale et d’autres troubles du système nerveux (2).
L’onanisme peut être aussi le résultat de l'aliénation elle-même. Dans tous les cas, il est un des obstacles les plus sérieux à la guérison de l’affection mentale. Souvent encore il mène à des idées de suicide, qui rendent difficiles le traitement et la surveillance du malade.
On ne saurait donc trop s’attacher à empêcher, par tous les moyens possibles, cette pernicieuse habitude. Malheureusement il est difficile d’exercer sur l'infortuné qui y est sujet une surveillance absolue : la nuit, d'ailleurs, celle-ci est à peu près impossible.
Divers moyens peuvent être mis en pratique. Pendanl le jour la surveillance doit être très active. Le malade sera assujetti à un travail manuel, à des promenades fatigantes.
Il faut éloigner de sa vue tout ce qui pourrait éveiller des idées érotiques; les bains froids, des alfusions sur diverses parties du corps, seront avantageusement employés.
La nuit, le malade doit être convenablement attaché, les cuisses légèrement écartées l’une de l’autre, les mains fixées le long dulit par 1 extrémité des manches d’une camisole de force. Ce moyen suffit, dans un grand nombre de cas. 11 est vrai que l'individu peut chercher, par les mouvements du bassin, à satisfaire son irrésistible passion; mais ses efforts mêmes sont pour lui une nouvelle fatigue qui finit par lui faire abandonner la poursuite de son but.
On a recommandé quelques médicaments tels que le camphre, la belladone, la lupuline, les bromures alcalins, etc.
Si l'affaissement du sens moral n’est pas arrivé à un trop haut degré, si le sentiment de la dignité personnelle peut encore être éveillé, il faut faire appel à la conscience du malade, lui présenter 1 abjection dans laquelle le fait tomber la plus brutale des passions; au besoin, il faut recourir à l'intimidation, et se montrer vis-à-vis de lui d’une sévérité des plus rigoureuses.
Souvent on arrive, en combinant ces divers moyens, à 1 arrêter sur une pente qui le conduirait bientôt à une sorte d’abrutissement et de démence incurable.
(i; Ilberg, Allg. Zeitschr. f. Psych., vol. XLVII1, 1892.
(2) Voy. chap. Étiologie , p. 135.
Moyens de contrainte. Système du no-restraint de Conolly. —
Certaines formes d’aliénation rendent indispensables chez quelques malades des moyens de contrainte.
On a préconisé un système, désigné sous le nom de no-restraint, et plus philanthropique que pratique, dont le médecin de Hanwell, le docteur Conolly, s’est fait l'ardent promoteur. Ce système consiste à rejeter tous les moyens de contrainte qui étaient mis en usage, dans le but de modérer les mouvements désordonnés des aliénés agités, d’empêcher ceux-ci de devenir pour eux, comme pour leur entourage, une source de dangers; de remédier en un mot à des impulsions irrésistibles ou à des habitudes funestes. On a signalé avec raison les inconvénients résultant quelquefois de l'application de ces moyens, les lésions qu’ils peuvent produire lorsque surtout ils sont employés d’une manière inintelligente. Quelques médecins, poussés par un sentiment de philanthropie assurément exagéré, ajoutent qu’ils offensent la dignité humaine, comme si celle-ci n'était pas elle-même déjà offensée par les attristantes manifestations du délire. Ces inconvénients, auxquels il est facile de remédier, nous paraissent compensés par les services que la contrainte est appelée à rendre dans quelques circonstances.
Nous partageons sous ce rapport l’opinion de Jacobi, Guislain, qui pensent que le système, si préconisé en Angleterre, du no-restraint, est peu applicable dans la pratique.
Trois conditions résument le système du docteur John Conolly :
1° Suppression des entraves, des moyens de contrainte eide répression de quelque nature qu’ils soient;
2" Choix sévère des infirmiers chargés du soin et de la surveillance des malades : ils doivent être actifs, bienveillants, dévoués, etc.; en un mot ils doivent atteindre la perfection même;
3° Une bonne organisation de l’établissement est indispensable; les malades doivent être bien nourris, vêtus proprement, et la disposition des bâtiments et des préaux intérieurs doit éveiller chez eux des sentiments agréables.
Sauf la suppréssion absolue des moyens de contrainte, les conditions posées en principe parle docteur Conolly sont évidemment celles qu’on a cherché à introduire dans le traitement des aliénés, depuis Pinel et Esquirol. On doit restreindre aux seuls cas indispensables l’emploi de la camisole à manches fermées, et de quelques autres moyens; mais il n’en est pas moins vrai que, par le fait d’un sentiment exagéré et peut-être mal compris, leur suppression complète donnerait lieu à de graves difficultés.
Voici d’ailleurs la méthode recommandée par le docteur Conolly :
Dans les cas d’extrême agitation, les malades sont retenus par les bras de gardiens vigoureux qui, de cette manière, les empêchent de devenir dangereux; en les promenant d'un endroit à l’autre, en variant
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la vue des objets, on parvient à changer le cours de leurs idées. Lorsque l’individu est trop agité, on l’enferme dans une chambre rembourrée, dans laquelle il lui est impossible de se faire aucune espèce de mal, à travers laquelle même le bruit qu’il peut faire ne saurait être entendu. Cette contrainte, la seule que nous employions, ajoute-t-il, rend les autres superflues.
Nous ne saurions trop nous élever contre cette séquestration dans une cellule rembourrée, qui n’a guère d’autre mérite que d’être fort commode pour les surveillants; il est rare que l'agitation du malade puisse, par le seul fait de cette séquestration, se dissiper au bout de quelques heures ; et l’on aura à affronter de nouvelles luttes, chaque fois qu’il s’agira d'approcher l’aliéné atteint de délire furieux, lorsqu’on devra, par exemple, le coucher, le faire manger, en un mot exécuter les prescriptions et lui donner les soins que sa position réclame. La cellule rembourrée a l’inconvénient de détourner un peu l’attention des employés, si dévoués qu’on les suppose, d'un infortuné qui doit être l’objet d’une incessante surveillance. Il est vrai qu’au plafond, ou à l’un des coins de la cellule, une ouverture peut être pratiquée et permettre de temps à autre l’examen du malade ; mais cette précaution est insuffisante, et il nous parait préférable qu’il soit constamment placé sous les yeux de l’infirmier chargé de ce service spécial.
Morel s’était montré grand partisan de ce système de no-restraint . Pour les malades qui déchirent, qui se déshabillent, on doit, dit-il, leur confectionner des vêtements qui se ferment par derrière, substituer le cuir aux étoffes ordinaires. A ceux qui ont la manie de se déchausser, de marcher pieds nus, on met des demi-bottines dépassant les malléoles, et fixées autour de la jambe par une lanière de cuir, vissée ou simplement fermée par un boulon ; pour ceux qui sont dominés par des idées de suicide, ou qui cherchent à s’évader, on leur attache un infirmier qui ne doit pas les quitter un seul instant, et qu’on change assez souvent, afin que cette perpétuelle surveillance ne devienne pas à son tour une torture pour celui qui en serait chargé.
Tous ces moyens sont fort recommandables ; ils sont tous d’ailleurs plus ou moins usités dans la plupart des maisons d’aliénés, et dans les cas où cela est possible nous en approuvons l'emploi ; mais ne sontils pas eux-mêmes des moyens de contrainte déjà fort gênants?
L’expérience de chaque jour ne démontre-t-elle pas la nécessité de modérer la violence des mouvements désordonnés auxquels se livrent quelques malades et de mettre un obstacle aux irrésistibles habitudes de quelques autres ?
Est-il besoin d’ajouter que beaucoup de paralytiques ont une singulière tendance à se barbouiller d’ordures, et que c’est là une autre cause d’inconvénients auxquels la prudence la plus vulgaire nous prescrit de remédier.
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L’usage d’une camisole en toile, à manches longues, fermée par derrière ou sur les côtés, suffit pour prévenir les faits regrettables dont nous venons de parler. Ce vêtement, qui n’est nullement incommode lorsqu’il est convenablement confectionné, et qui laisse une certaine liberté aux mouvements des bras, rend d'incontestables services; il serait difficile de lui substituer quelque autre moyen plus avantageux. La pratique l’a depuis longtemps sanctionné, et nous ne comprenons pas l’espèce de défaveur dont il a été l'objet. Dans d’autres cas, s'il s’agit de maintenir un pansement, s’il faut immobiliser un malade ayant une fracture, on ne pourra se dispenser de la camisole. Nous accordons d’ailleurs que la camisole doit être employée avec la plus grande réserve , et qu’il importe dans tous les cas d'en surveiller l’application.
11 en est de même pour d’autres moyens mis en usage dans certains cas exceptionnels. Quelques malades ont la manie de déchirer leurs vêtements, leurs draps, leurs chemises ; ils parviennent même à mettre en lambeaux la camisole dont ils sont revêtus; quelques-uns, par des mouvements d’épaule, s’en débarrassent facilement. Une pèlerine en cuir, fixée de chaque côté de l’épaule par une légère courroie, suffit, le plus souvent, pour empêcher l’individu de mordre ou de déchirer ses vêtements.
Isolement cellulaire. — L’isolement cellulaire est, dans quelques circonstances, d’une nécessité absolue. L’on ne doit cependant y recourir que le moins possible.
Il est des malades qui s’agitent et trouvent de nouveaux éléments de surexcitation dans le milieu même où ils vivent; ils peuvent être pour ceux qui les entourent une cause de graves désordres. Quelques maniaques n’obtiennent de calme réel que lorsqu’ils sont placés dans un isolement complet.
Un certain nombre d'épileptiques, dans les accès d’agitation maniaque qui remplacent ou suivent les attaques convulsives, sont pris d’accès de fureur qui les rendent extrêmement redoutables. Pour tous ces malheureux, l’isolement cellulaire est indiqué d’une manière évidente; il en est d’autres pour lesquels ce peut être un moyen de répression morale.
Dans tous les cas, la séquestration cellulaire ne doit pas se prolonger au delà de quelques jours ; elle ne doit pas durer plus longtemps que ne l’exige le désordre mental lui-même, variable dans sa durée. 11 importe de ne pas négliger concurremment l’emploi de moyens propres à abréger la période d’agitation et à diminuer par cela même le temps de la séquestration; tels sont, entre autres, les bains plus ou moins prolongés, qui ont encore l’avantage de supprimer momentanément les inconvénients résultant de l’isolement.
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