Démence. — Période terminale d’affections diverses
« Rien ne peut démontrer plus clairement, dit Bucknill, 1 insurmontable difficulté, dans l’état actuel de la science, d’une classification parfaite des maladies mentales, que l’insuccès d’un médecin aussi instruit et aussi capable que le Dr Morel, quand il a voulu établir des divisions meilleures que celles généralement adoptées. »
Sans doute, pour la folie comme pour d’autres névroses, il est nécessaire d’étudier la relation de cause à effet; le médecin a un intérêt considérable à savoir si l’affection qui se présente à son observation est la conséquence d’une prédisposition héréditaire, si elle se rattache à l’alcoolisme, ou bien si elle dépend de troubles organiques
(1) Morel, Traité des maladies mentales , 18G0.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
variables, qui ont porté sur le système cérébral une atteinte plus ou moins profonde. La cause peut en effet imprimer dans certains cas, comme nous le verrons par la suite, une physionomie particulière au trouble mental, lui donner en quelque sorte son empreinte, son cachet, sa marque caractéristique ; mais il n’en est pas moins vrai que la même influence étiologique peut déterminer les espèces de folie les plus dissemblables; que les aliénations héréditaires, entre autres, peuvent affecter les formes les plus diverses; elles sont loin, suivant nous, de présenter un type unique et constant. Sous ce rapport, les caractères décrits par Morel nous paraissent vagues, incertains, et tout à fait insuffisants pour nous faire admettre les groupes symptomatologiques qu’il a cherché à établir.
Parchappe a voulu prendre pour base de classification Yanatomie pathologique; mais, dans l’état de nos connaissances, cette base de classification ne saurait être adoptée; il est, en effet, jusqu’à présent impossible de rattacher à une lésion cérébrale déterminée telle ou telle forme particulière d’aliénation ; et, par contre, une même lésion cérébrale peut donner lieu aux manifestations délirantes les plus diverses.
On ne saurait nier que l’anatomie pathologique, les recherches microscopiques et physiologiques n’aient fait faire depuis quelques années des progrès considérables à la science, et que la pathologie mentale n’en ait tiré un grand profit ; mais ces découvertes sont encore insuffisantes pour servir de fondement à une classification rationnelle des maladies mentales. Il nous faut donc, de toute nécessité, adopter pour base la sgmptomatologie que Pinel et Esquirol ont prise pour guide. On a qualifié de psychologique cette classification, parce qu’elle tient compte, avant tout, des anomalies que l’on observe dans l’ordre moral et intellectuel, et qui sont d’ailleurs les véritables symptômes de l’aliénation mentale. Mais, de ce côté encore, les divisions proposées varient à l’infini. Nous nous bornerons à indiquer quelquesunes des classifications les plus importantes.
Un auteur allemand, Kieser, a proposé de diviser toutes les formes d’aliénation en deux grandes classes, d’où dériveraient les différentes autres variétés.
Dans une première catégorie se trouverait l’aliénation morale ou le trouble des sentiments et de la sensibilité morale; tels sont les états de dépression ou d’exaltation morale, la mélancolie, le délire ambitieux, etc.
Une seconde catégorie comprendrait le trouble manifeste des facultés intellectuelles ; elle renfermerait les diverses variétés de la folie et le délire chronique que les Allemandsont décrit sous le nom de Vecordia.
En un rnot, Kieser reconnaît deux sortes d’aliénation, la folie morale et la folie de l'entendement. Sans doute l’aliénation mentale peut
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se manifester par des troubles qui ne semblent atteindre que la sensibilité morale ; on peut alors observer une prostration plus ou moins considérable de cette faculté, un changement de caractère, une perversion des sentiments, des impulsions homicides, suicides, sans que l’intelligence paraisse en quelque sorte affectée; mais, dans la généralité des cas, il est absolument impossible de séparer nettement le désordre des facultés morales, de celui qui atteint les facultés intellectuelles. L’intelligence est tellement liée à la sensibilité morale, que le trouble de l’une entraîne presque toujours, à un degré plus ou moins marqué, le trouble de l'autre.
La folie commence d’ailleurs le plus souvent par l’altération de la sensibilité morale, par la tristesse, une susceptibilité anormale, une aberration des sentiments ; la lésion des facultés intellectuelles ne tarde pas ensuite à se manifester.
On a encore voulu diviser l’aliénation mentale en deux catégories distinctes et caractérisées, l’une par Yexaltation , l’autre par la dépression des facultés et des sentiments. Il est inutile d’insister pour faire comprendre tout ce qu'une semblable division peut avoir d’insuffisant. Il nous paraît impossible, surtout en médecine mentale, de prendre un seul caractère pour servir de base à une classification véritablement méthodique.
Un desmédecins aliénistes les plus estimés, Guislain(l), adécritsix formes élémentaires de maladies mentales d’où dérivent les autres. Ce sont :
1. La mélancolie ou phrénalgie Exaltation du sentiment de tristesse.
2. L’extase — phrénoplexie.. . . Suspension des actes intellectuels.