ARTICLE PREMIER MANIE AIGUE (FORME TYPIQUE
Synonymie. — Polymanie, hyperphrénie (Guislain), Hyperkinésis Bergmann), Mania universalis , Vecordia maniaca , Wuth, Tobsucht , Pazzia, etc.
Définition. — Pinel définit la manie : une affection caractérisée par une surexcitation générale et permanente des facultés intellectuelles et morales. Elle se traduit au dehors par les symptômes les plus tranchés; l'altération des traits, le désordre des vêtements, des actes de violence, et le bouleversement des idées qui se succèdent sans ordre et sans suite. Elle se distingue par une excitation nerveuse, une agitation extrême portée quelquefois jusqu'à la fureur, et par un délire général plus ou moins marqué, avec les jugements les plus extravagants, et parfois avec un bouleversement complet de toutes les opérations de l’entendement.
« La manie, dit Esquirol, est une affection cérébrale chronique, ordinairement sans fièvre, caractérisée par la perturbation et l’exaltation de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté. Tout annonce dans celle maladie l’effort, la violence, l’énergie : tout est désordre; le défaut d’harmonie est ce qu’il y a de plus saillant dans le délire du maniaque (1). »
Les caractères pathognomoniques de la manie sont, d’après Guislain, l’exagération, l’exaltation, l'agitation, les passions agressives.
La manie est caractérisée, pour Baillarger, par une surexcitation générale et permanente des facultés intellectuelles et morales.
« Rien, d’ailleurs, de plus varié que les formes de la manie; cette maladie offrant, depuis la simple excitation maniaque jusqu’au délire aigu, une foule de nuances et de degrés (2). »
En nous rattachant aux opinions des auteurs que nous venons de citer, nous définirons la manie aiguë : Une affection caractérisée par la surexcitation désordonnée des facultés, d’où résultent l'incohérence des idées , l'impossibilité de fixer l' attention, un impérieux besoin de mouvements impulsifs et violents.
Cette affection présente, nous l’avons dit, des nuances et des degrés infinis, et des formes très variables. Mais dans sa manifestation la plus complète, dans son état franchement aigu, elle revêt des caractères tellement tranchés, qu’il serait impossible de la confondre avec toute autre maladie.
(1) Esquirol, Maladies mentales, t. II. p. 137 et 147.
(2) Baillarger, Ann. méd.-psych., 1853, p. 552.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
Incubation. — Prodromes. — Le délire maniaque peut débuter brusquement, sans que rien en ait annoncé l’invasion ; on le voit éclater par exemple àla suite d’une forte colère, d’une émotion violente, d’une frayeur excessive. Mais il est bien plus fréquent d’observer une période d’incubation d'une durée de plusieurs jours, souvent de plusieurs semaines. Dans ce dernier cas, le sujet devient impressionnable, susceptible,’ un rien l’irrite, l’agace ; cependant il peut encore se dominer, surtout en présence de personnes étrangères; il est sujet à des craintes vagues, à des angoisses dont il ne se rend pas compte.
Tout effort d’aLtention le fatigue et l’indispose ; il est incapable d’un travail régulier; il quitte et reprend ses occupations, et ne trouve nulle part de satisfaction ni de repos. Une insomnie opiniâtre l’épuise, ou bien son sommeil est interrompu par des rêves pénibles, par des cauchemars, c’est là un des signes les plus caractéristiques. En même temps, on remarque, à mesure que la maladie se développe, de la brusquerie, une sorte d’impatience ; les réponses sont écourtées. On ne tarde pas à observer dans le caractère, dans les habitudes, un changement plus ou moins profond ; le malade n’a plus les mêmes sentiments d’affection pour ses parents, ses amis; il les traite avec indifférence ; il a fréquemment, à leur égard, des mouvements d’emportement que rien ne justifie. Abandonné à lui-même, il n’a déjà plus la force de se contenir, et, s’il ne se croit pas observé, on le voit se livrer à des actes ridicules et déraisonnables. Les malades se plaignent alors d’une tendance singulière, et pour eux tout à fait inexplicable, à l'excitation ; ils se sentent une disposition qu’ils ne peuvent maîtriser, à rire, à commettre des excentricités ; ils ont un besoin excessif de se lever, de changer de place, de se rafraîchir, etc. Les écrits offrent déjà un léger degré d’incohérence. Le regard est étrange, mobile, la figure présente des alternatives de pâleur et de coloration. Il existe du côté des organes digestifs des troubles qui se rattachent à un embarras gastrique. La langue est chargée, saburrale, on observe de l’inappétence, une soif souvent inextinguible ; la constipation devient opiniâtre. Un vomitif ne fait le plus souvent qu’accélérer le développement de l’accès.
L’affection parcourt promptement sa période de développement, et arrive en quelques jours, quelquefois en quelques semaines, à son degré le plus élevé d’intensité. Tout contribue, d’ailleurs, à cette marche ascensionnelle rapide : l’inexpérience des personnes qui entourent le malade, les excès auxquels il est entraîné, les luttes qu’impose l’obligation d’empêcher des actes regrettables, un traitement irrationnel, des moyens antiphlogistiques auxquels quelques personnes croient devoir recourir, pour calmer l’apparente gravité des symptômes, tout vient accélérer l’évolution de la maladie, et donner à l’accès d.e manie une intensité quelquefois extraordinaire. Une fois
MANIE
développée, la manie revêt des caractères de plus en plus tranchés, qui ne permettent plus de la méconnaître.