‹ Traité des maladies mentalesChapitre 42 sur 115 · MÉLANCOLIE ANXIEUSE · texte numérisé non relu

MÉLANCOLIE ANXIEUSE

Synonymie. — Panophobie. Oppression morale. Angoisse morale. Gemüthsbeklemmung .Angsl .Melancholia activa praecordialis 'Krafft-Ebing).

Sous le nom de mélancolie anxieuse, panophobie, on a désigné une variété dans laquelle on rencontre, comme symptômes prédominants, les angoisses, les inquiétudes vagues, les terreurs, qu’il existe ou non des conceptions erronées et un délire plus ou moins systématisé.

Le début de l’affection est variable, les prodromes peuvent présenter une physionomie caractéristique, et semblent déjà indiquer la forme même de la maladie dont l’individu paraît menacé. C’est une crainte vague, une peur indéfinissable qui survient à certains moments; le malade ne peut ni la maîtriser ni lui trouver une cause.

Peu à peu le sentiment d’angoisse se formule d'une manière plus nette, se généralise plus ou moins, et prend une forme mieux définie. Les terreurs sont continues ou se manifestent d’une manière fréquente, et sans qu’aucun motif vienne les provoquer : « J’ai peur, dit le malade, et je ne sais pourquoi. » Ce sont des tressaillements, des mouvements convulsifs que les moindres circonstances viennent à chaque instant provoquer. Cette angoisse morale peut présenter tous les degrés, depuis la simple crainte jusqu’aux terreurs les plus violentes; sous leur intluence, ces infortunés poussent des lamentations sans fin et d’affreux gémissements. Le malade, à force de rechercher les causes et l’origine de ses souffrances, de fouiller dans ses souvenirs, finit par trouver une cause possible; il croit à un empoisonnement; il rapporte les tourments qu’il éprouve à des fautes qu’il doit expier; de là une foule de conceptions erronées, un délire systématisé qui doit être considéré comme consécutif.

La physionomie est caractéristique, elle révèle au premier abord les anxiétés qui torturent le malade; le regard est profondément triste et désespéré ; la face est quelquefois cyanosée (fig. 10).

Les fonctions de la digestion ne sont pas ordinairement troublées, les malades mangent beaucoup, mais il est à noter que, sous l’influence de la digestion, le délire anxieux semble prendre une nouvelle exacerbation. La constipation est fréquente, comme d'ailleurs cela a lieu dans la plupart des formes aiguës de la folie.

La respiration et la circulation sont le plus souvent entravées; le pouls est petit et fréquent, quelquefois irrégulier; les battements du cœur sont précipités ; les mouvements respiratoires sont incomplets, l’inspiration est peu profonde; l’hématose est imparfaite; cette disposition, on le comprend, prédispose à l’œdème et à l’inflammation du parenchyme pulmonaire. Il peut en résulter d’autres conséquences pathologiques non moins fâcheuses. L’entrave que l’oppression morale vient apporter aux Ponctions de la respiration a pour résultat,

MÉLANCOLIE

non seulement l’état cyanotique plus ou moins étendu, mais encore la congestion avec infiltration des diverses parties du corps, particulièrement des extrémités inférieures et supérieures.

Les hallucinations de la vue et de l’ouïe sont fréquentes, et contri-

Fig. 10. — Mélancolie anxieuse ; gémissements continuels, culpabilité imaginaire.

huent singulièrement à augmenter les frayeurs du malade; elles consistent à faire croire qu'il n'y a plus de salut pour lui, qu il est perdu . | sans ressources, qu’il va être guillotiné, mis en prison; qu il aura à

I subir les tortures les plus épouvantables, etc.

On peut remarquer, chez ces malades, la perversion morale la plu>

PATHOLOGIE SPÉCIALE

étrange; ils craignent la mort, et, par une singulière contradiction, ils sont fréquemment dominés par des idées de suicide.

Très souvent aussi ils sont tourmentés par des impulsions homicides qui n'ont quelquefois d’autres motifs que le désir de pouvoir euxmêmes terminer plus sûrement leur existence, en subissant la peine de l’échafaud pour le crime qu’ils auront commis.

Quelques malades, sous l’influence de la frayeur qu’ils éprouvent, sont dans un état d’agitation extrême, ils courent sans but d’une place à l’autre, renversent les obstacles qui s’opposent à leur passage. Cet état porte le nom de melancholia agitatci, errabunda , activa (Spielmann).

Les angoisses ont cela de caractéristique qu’elles s'accompagnent d’oppression et même d’accès de suffocation; c’est un sentiment douloureux que les malades rapportent ;’l la région du cœur.

Pronostic. — Le pronostic de la lypémanie anxieuse est grave, surtout lorsqu’elle donne lieu à des accès fréquents d’agitation et de fureur, tille se transforme souvent alors en une sorte de démence avec stupeur.

Le pronostic est moins défavorable lorsqu’elle se produit à un âge peu avancé, et qu’elle ne se complique d’aucune lésion organique.

S’il existe dans la mélancolie anxieuse des idées de ruine et de négation reposant sur des troubles profonds de la sensibilité générale, on peut observer la transformation ou la perte de la personnalité (1).

Une malade, citée par J. Dagonet (2) fut atteinte à l’âge de quarantecinq ans de mélancolie anxieuse; après plusieurs accès pendant lesquels des idées de ruine et de négation se présentèrent avec une certaine persistance, elle fut prise d’un délire secondaire de négation , se terminant par la démence. Quand on interroge la malade, elle répond en entrecoupant ses phrases de lamentations : « Je ne suis rien, je n’existe pas. C’est une infirmière, qui a trouvé dans un lit des mains et des cuisses : elle les a habillées pour faire un mannequin. Tout cela ne tient que par la robe. Est-ce drôle, tout cela? 11 n’y a pas d’os, pas de poitrine, pas de ventre, j’ai une boucbe avec des plumes, etc. »

Traitement. — Le traitement doit avoir pour but de régulariser les fonctions, particulièrement celles de la respiration et de la circulation, de combattre la constipation, et de chercher par un traitement moral bien entendu â diminuer les sentiments d'angoisse. L’opium à faible dose, les préparations de digitale associées à l’aloès, des bains prolongés suivant les circonstances, un régime réparateur, une direction ferme et bienveillante et une occupation régulière, tels sont les moyens (jui devront former la base du traitement.

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