FORME TYPIQUE DE LASÈGUE
Le délire de persécution nettement systématisé, celui qui a été particulièrement décrit par Lasègue, mérite d’être considéré comme une forme véritablement typique.
L’idée fixé, obsédante, de persécution, les interprétations délirantes, les hallucinations de l’ouïe et les troubles de la sensibilité générale en sont les caractères principaux. Ces caractères, qui souvent sont réunis, peuvent aussi se présenter à l’état isolé et indépendants les uns des autres, surtout au début de la maladie.
Dans la grande majorité des cas, on voit 1 idée délirante se dévc-
PATHOLOGIE SPÉCIALE
lopper la première, puis surviennent peu à peu les hallucinations de l'ouïe, les troubles de la sensilibité générale et les interprétations délirantes. Rarement les hallucinations de l’ouïe précèdent le délire, elles doivent en être considérées comme une conséquence et non comme la cause; elles caractérisent presque à elles seules, avec les fausses interprétations, cette espèce de délire.
La systématisation ne tarde pas à se faire avec une cohésion plus ou moins forte, une logique plus ou moins serrée. La plupart des malades finissent par personnifier leur délire.
Lasègue a donné à cet égard quelques indications précieuses : la première, c’est que le plus souvent cette personnification du délire tient à une circonstance accidentelle et est basée sur un fait vrai, qui a motivé chez le malade son inimitié pour une personne déterminée. Une fois le point de départ établi, le persécuté ne l’abandonne jamais ; il l’accepte aveuglément, pendant toute la vie, alors même que beaucoup d’autres faits plus importants viendraient s’y ajouter plus tard et motiveraient beaucoup mieux des sentiments de haine, de rancune et de vengeance. Enfin, une troisième remarque, également faite par Lasègue, c'est que les faits qui donnent naissance à la personnification du délire, ne sont jamais des faits récents, mais remontent déjà, à une date ancienne ; le malade les retrouve dans sa mémoire, par suite d’un travail rétrospectif, d’une rumination prolongée.