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DÉBILITÉ ET IMBÉCILLITÉ MORALE

Il est une forme de dégénérescence que 1 on peut désigner sous le nom d'imbécillité morale.

Maudsley (2), a particulièrement insisté à ce sujet. On voit parfois,

(1) Voir Ann. méd. -psi/ch., 1883, p. 211.

(2) Maudsley, Crime et Folie, p. 56 et 58.

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dit-il, des enfants appartenant aux meilleures familles être frappés d’imbécillité morale. Ils n’aiment personne et ne montrent pas plus de penchant pour le bien que de regret pour le mal. Ils manifestent de mauvais instincts et sont inéducables. Si alors l’enquête héréditaire est possible, on trouve que ces enfants appartiennent à des familles où domine la folie ou un nervosisme plus ou moins marqué... L’oblitération du sens moral est non seulement le premier signe de la dégénérescence de la race, mais il est encore le premier signe qui se manifeste dans la plupart des cas où la folie prend naissance dans la famille.

Cette absence de sens moral est sans doute souvent accompagnée d’une diminution plus ou moins grande de l’intelligence, mais non pas toujours ; il arrive même parfois que l’intelligence est remarquablement aiguisée, tandis qu’il n’y a pas trace de facultés morales. Les exemples ne sont pas rares de familles où l’un des membres est fou tandis qu’un autre est négligent, dissipé, dépravé ou même criminel. Morel et Prichard citent plusieurs cas de ce genre.

L’auteur dont nous résumons l’opinion admettrait même qu’une certaine catégorie de criminels, les criminels invétérés sont primitivement atteints d'imbécillité morale. Leur insensibilité, sous ce rapport, serait telle qu’en présence de la tentation, ils n’ont contre le crime aucun pouvoir sur eux-mêmes.

Nous n’avons pas en vue les individus de cette catégorie : c’est une élude qui ne saurait rentrer dans le cadre auquel nous devons nous limiter. Nous ne chercherons donc pas à discuter les allégations du célèbre médecin anglais; nous voulonsseulement rapporter quelques exemples d’imbécillité morale, survenus à la suite de causes accidentelles, soit sous l'influence de conditions pathologiques diverses, soit pendant l’enfance, soit à un âge avancé.

En général, comme nous l’avons dit, l’imbécillité morale s’accompagne souvent d’un même degré de faiblesse intellectuelle ; l’arrêt de développement est produit également des deux côtés, comme une conséquence de la loi qui préside à la solidarité des facultés entre elles. Les causes qui viennent exercer, sous ce rapport, une influence fudeste sont nombreuses. Nous nous bornerons à citer les exemples suivants :

X..., âgé de vingt-deux ans, est faible d’esprit ; il a appris à lire et à écrire avec la plus grande difficulté; sa mémoire est faible; il sait compter; toutefois les calculs les plus simples exigent de sa part la plus grande attention. Il aide son père dans son état de tailleur et il sait coudre ; mais il faut toujours lui préparer à l’avance son travail ; de lui-mème, il est incapable d’appliquer une pièce à un vêtement déchiré. Ce pauvre garçon a la prononciation vicieuse de la plupart des individus atteints de débilité mentale. Il est doux de caractère, mais dénué de sens moral , et il commettrait à chaque

FOLIES DANS LA DÉGÉNÉRESCENCE MENTALE. 4|5

instant dns actes de mechancete, s il n 6tait convenablement surveill et immédiatement puni. La société des femmes, celle des jeunes filles l’embarrassent au plus haut degré, et c’est surtout contre elles que se tournent ses

Fig. 18. — Débilité mentale, a été atteint de chorée, puis de fièvre typhoïde; perversions instinctives, se sauvait de chez ses parents, peur d’être empoisonne; devenu très incohérent.

mauvaises dispositions. Il est un jour arrêté après avoir piqué à la cuisse, à travers ses vêtements, une femme se trouvant près de lui, et qu’il ne connaissait d’ailleurs pas, avec une aiguille de tailleur fixée à un morceau de bois.

Un jeune homme, âgé de vingt-six ans, appartenant à une bonne famille, aurait été atteint dès l’âge de deux ans de convulsions qui auraient duré jusqu’à l’àge de douze ans; depuis ce temps il est resté faible d’esprit, ce n est

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qu’avec la plus grande difficulté qu’il a pu faire quelques études. Il avait été placé en dernier lieu chez un huissier où il n’avait d’autre fonction, ou plutôt d’autre rôle à remplir que celui de témoin. Le sens moral est peu développé chez lui et lorsqu'il a fait des excès d’absinthe auxquels il s’adonne de temps à autre, l'affaiblissement du sens moral est porté au plus haut degré; alors il s’approprie tous les objets qui le tentent, même les objets qui n’ont aucune valeur et qui ne peuvent lui être d’aucune utilité. Il est d’habitude assez facile à diriger, mais lorsqu’il est excité, il ne voit pas pourquoi on lui défend de boire de l’absinthe, il ne trouve pas que sa conduite soit répréhensible ; impossible de lui faire admettre que le vol est une action blâmable. Il est inutile de raisonner avec lui, on n’arriverait pas à lui donner, sous ce rapport, la moindre conviction.

Citons encore un dernier exemple de faiblesse morale survenue à la suite d'accidents cérébraux graves.

X..., est âgé de vingt-deux ans. Il a été atteint, il y a quatre ans, d’une encéphalopathie syphilitique caractérisée par des convulsions épileptiformes, un trouble des facultés et une hémiplégie du côté gauche. Grâce aune médication énergique, il a recouvré presque complètement la santé, tout en conservant cependant une grande faiblesse du bras gauche; la main de ce côté est en effet atrophiée et déformée. Depuis ce moment, on a observé chez lui un affaiblissement considérable du sens moral. Le malade vole ses parents, vend à vil prix ses habits, les bijoux qu’il a pu soustraire à sa famille ; il disparait des semaines entières, se livre au vagabondage, à l’escroquerie, et ne reparaît chez lui que lorsqu’il se fait arrêter ou lorsqu’il est plongé dans la plus extrême misère.

Nous retrouverons dans la classe des folies morales les faits d’imbécillité morale que nous venons de citer.

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