‹ Traité des maladies mentalesChapitre 62 sur 115 · INFLUENCE DES NÉVROSES SUR LE DÉVELOPPEMENT DE L’ALIÉNATION MENTALE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES NÉVROSES SUR LE DÉVELOPPEMENT DE L’ALIÉNATION MENTALE

11 existe, entre les névroses et les diverses formes d’aliénation, des points de contact vraiment remarquables; non seulement il y a entre les unes et les autres des rapports nombreux de causalité, mais elles présentent encore une véritable analogie de nature, tant par leur caractère symptomatologique que par leur siège. Dans quelques cas même, elles s’engendrent les unes et les autres, et se remplacent, réciproquement. Pour la plupart des individus atteints d’aliénation, comme pour ceux affectés de névroses, il existe un état organopathique commun, que nous pouvons appeler Yétat nerveux.

Cet état nerveux, décrit par Sandras, peut être lui-même déjà considéré, lorsqu’il est porté à un certain degré, comme constituant une forme particulière d’aliénation. Il se caractérise par une susceptibilité maladive que mettent en jeu et que surexcitent les circonstances les plus insignifiantes. Les personnes qui en sonl atteintes versent des larmes ou poussent des éclats de rire pour

(1) Voir chapitre Étiologie, p. 131.

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les motifs les plus futiles; elles sont sujettes à des angoisses précordiales, à une tristesse inexplicable qu’une diversion imprévue dissipe en un clin d'œil. Les circonstances extérieures les impressionnent singulièrement ; les occupations sérieuses les fatiguent à l’excès. Les sens sont l’objet des perceptions les plus bizarres : la vue perçoit des formes vagues, des lueurs extraordinaires; l'ouïe est fatiguée de bruits étranges : ce sont des sifflements, des tintements de clochettes; l’odorat acquiert un haut degré de sensibilité; les odeurs, bonnes ou

Fig. 21. — Épilepsie; paralysie faciale remontant aux premières années de la naissance; affaiblissement intellectuel; entrée à l'asile pour un accès maniaque. (Collection du D1 Malfilàtre.) (Voir p. 475.)

mauvaises, aggravent cet état nerveux. Le sens du goiït est également modifié, les choses aigres, acides, sont vivement désirées par les malades. Le toucher prend quelquefois une susceptibilité incroyable; le plus simple contact devient une cause de douleurs intolérables, de sensations inattendues. Les organes de la locomotion présentent aussi des troubles particuliers : tantôt ils sont doués d’une énergie excessive, tantôt c’est un abattement que rien n’explique; plus souvent on remarque des tics, des mouvements convulsifs, des spasmes involontaires de quelques muscles de la face ou du tronc. Les grandes fonctions de l’économie, la respiration, la circulation, la sécrétion, peuvent également présenter des symptômes caractéristiques.

Cet état nerveux est un des signes prodromiques presque constants

des diverses formes d aliénation mentale; il mérite, à ce titre, de fixer l’attention d’une manière spéciale.

De toutes les névroses, c’est surtout l’épilepsie, l’hystérie et la neui asthénie, qui coïncident le plus fréquemmen t a vec l’aliénation men taie. L’extase et la catalepsie peuvent compliquer quelques-unes des formes de 1 alienation , elles se rencontrent à un degré plus ou moins marqué

Fig. 22. — Épilepsie; déformation de la main (patte de grenouille) consécutive a une lésion médullaire. (Collection du Dr Malfilâtre.) (Voir p. 478.)

dans cette variété délirante qu’on a. désignée sous le nom de stupidité. La chorée, comme cause ou comme complication, est une des névroses que l’on observe le moins fréquemment.

§ for, — ÉPILEPSIE.

L’épilepsie [mal caduc, morbus sacer, morbus tomUialis ) mérite une place à part dans l’histoire de l’aliénation. Son influence sur le développement des troubles de l'intelligence est tellement puissante, que l’on peut affirmer que tout épileptique, sujet à de fréquents accès, ne peut guère espérer de voir sa raison se conserver longtemps.

Esquirol, et avant lui d’autres observateurs, avaient fait remarquer l’influence redoutable que cette affection exerce sur le cerveau :

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« Chez quelques enfants épileptiques, la raison ne se développe pas, ils deviennent idiots ; chez d’autres, elle se développe, mais elle se perd lentement. » Lorsque l’épilepsie éclate après la puberté, mais surtout dans l’âge adulte, la raison se perd plus lentement, mais chaque accès ajoute à l’affaiblissement de l’intelligence jusqu’à ce que la démence soit complète.

Sur un relevé de trois cent trente-neuf femmes épileptiques, recueilli à la Salpêtrière, Esquirol a trouvé que deux cent soixanteneuf, c’est-à-dire les quatre cinquièmes, étaient plus ou moins aliénées. « Les perturbations violentes et souvent répétées du système nerveux produisent, à la longue, des lésions dans les organes de la vie de nutrition, aussi bien que des altérations du cerveau et de ses fonctions. Les traits de la face grossissent, les paupières inférieures se gonflent, les lèvres deviennent épaisses, les plus jolis visages enlaidissent ; il y a dans le regard quelque chose d'incertain; les yeux sont vacillants, les pupilles dilatées. On observe des mouvements convulsifs de quelques muscles de la face. En général, ceux qui en sont atteints ne parviennent pas à une longue vieillesse (1). »

Non seulement les accès d’épilepsie, en se répétant, modifient peu à peu l'habitude extérieure, le faciès du malade ; mais lors même que cette triste affection n’apporte pas aux facultés un trouble plus ou moins profond, elle modifie et altère insensiblement l’idiosyncrasie morale.

Tous les auteurs ont remarqué que le caractère des épileptiques présente des particularités anormales. Ils sont susceptibles, irritables, méfiants; leur humeur est morose, et leur colère se change rapidement en fureur. Calmeil signale les épileptiques non encore aliénés comme très irascibles, très impressionnables, comme enclins aux fausses interprétations ; ce qui, dit-il, ébranle à peine un homme d’une susceptibilité ordinaire, porte dans leurs sens un trouble profond. Delasiauve indique les mêmes traits dans le caractère de certains épileptiques et il conclut que cet état ne doit pas être considéré comme une véritable maladie, mais comme une disposition extraphysiologique. Baillarger ajoute que l’épilepsie, avant de conduire à la folie complète, produit dans l’état intellectuel et moral de certains malades des modifications très importantes ; ces malades deviennent susceptibles, très irritables, et les motifs les plus légers les portent souvent à des actes de violence ; toutes leurs passions acquièrent une énergie extrême (2). Il y a chez eux une sorte d’hypochondrie qui les rend malheureux eux-mêmes, et qui fait qu’ils sont pour leur entourage une cause de tourments continuels.

,1) Esquirol, t. I, p. 282.

(2) Baillarger, Union tnéd., 21 mars 1801, p. .726.

J. Falret fait également remarquer (1) que les épileptiques présentent très fréquemment des altérations de l’esprit et du caractère, dans l’intervalle de leurs attaques, alors même qu’ils ne peuvent pas être considérés comme aliénés. Ils sont irritables, soupçonneux, sujets à des colères passagères et à des périodes de tristesse et de découragement. Ce que l’on constate surtout chez ces malades, c’est l’extrême variabilité de l'humeur et des dispositions morales, selon les moments où on les observe.

L’épilepsie peut survenir, exceptionnellement, à la suite d’un trouble mental qui lui-mème a pu être causé par les progrès d’une altération organique. L’épilepsie peut ainsi se produire secondairement , par exemple, dans certains cas de méningite chronique, à la suite de tumeurs intra-crâniennes, lorsque quelque ostéophyte s’est développé entre les feuillets de la dure-mère; se compliquer de paralysie faciale (fig. 21), etc. Mais, nous l’avons vu, l’épilepsie est bien plus souvent primitive : elle peut déterminer différentes formes de trouble intellectuel.

Les attaques d’épilepsie peuvent être précédées ou suivies de troubles particuliers, avoir un stade préépileptique et postépileptique. Iïlles s'accompagnent de congestion cérébrale qui, selon les circonstances, présente des symptômes différents. Tantôt, et c’est ce qui arrive le plus ordinairement, on observe un ensemble de phénomènes qui permettent de donner à la congestion le nom d 'apoplectique ; on voit alors apparaître les symptômes suivants : engourdissement, torpeur, sommeil stertoreux, coma, quelquefois rigidité. Tantôt, mais plus rarement, les signes extérieurs se rapprochent de la période la plus intense delà méningite : prostration avec fièvre ardente, chaleur au front, sécheresse de la langue et de la bouche, délire plus ou moins furieux. On pourrait donner à cette forme de congestion le nom de méningilique.

Ces sortes d’oppression cérébrale peuvent présenter des dangers sérieux pour la vie du malade, et nécessitent d’ordinaire un traitement approprié. Enfin on peut voir survenir, sous l'influence des attaques, des perturbations mentales nombreuses et variées.

Sous le nom de délire épileptique, JT. Falret a décrit un trouble spécial qui présente des traits caractéristiques, et il les résume de la manière suivante : « Le délire se présente sous forme d’accès, d'une durée relativement courte, si on les compare à la plupart des autres maladies mentales. L’explosion en est rapide, le délire a pour caractères la violence et l'instantanéité des actes auxquels se livrent les malades, ainsi que la nature pénible ou effrayante des conceptions délirantes et des hallucinations qui les dominent; on constate enfin

(I) Falret, État mental des épileptiques , 18G0, et Éludes sur les maladies mentales

et nerveuses. Paris, 1890.

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une cessation des accès aussi brusque que l’a été leur invasion, et un oubli partiel ou total de ces accès après leur disparition.

« Ce délire présente naturellement des degrés variables en durée et en intensité ; il existe des états intermédiaires depuis le simple obscurcissement passager de l’intelligence, sorte d’étourdissement psychique, jusqu’à l’agitation maniaque la plus violente et la fureur la plus incoercible (1). »

C'est surtout à la suite d'attaques d’épilepsie, dans le stade postépileptique que l’on voit survenir des perturbations mentales nombreuses.

Manie épileptique. — Un des accidents les plus fréquents, et en même temps les plus redoutables, ce sont les accès d’excitation maniaque qui peuvent se produire avant, comme après l’attaque d’épilepsie, et qui peuvent être portés jusqu’à l’état de fureur le plus inconcevable. «L’épileptique, dit Delasiauve, parcourt en quelque sorte tous les tons de la gamme maniaque, depuis l’irascibilité capricieuse, l’excitation turbulente, jusqu’à l'incohérence et la fureur la plus déréglée. »

Les auteurs ont remarqué, avec raison, que la manie épileptique a une tendance toute spéciale à affecter la forme furieuse. Ordinairement la phase délirante ne s’étend pas au delà de trois à quatre jours quelquefois même elle est beaucoup plus fugitive, et se limite à une sorte d’égarement sur lequel les médecins aliénistes ont insisté avec raison, et qui présente une grande importance au point de vue médico-légal.

La manie épileptique est commune chez les enfants, et elle touche par quelques points à l’extase : le malade prend des attitudes variées ; son regard est fixe, immobile; il parait en proie à une vision intérieure, et articule des paroles confuses, inintelligibles. 11 n'est pas rare de voir chez ces malades les accès revêtir un caractère de fureur redoutable, et être intimement liés à des mouvements convulsifs isolés, quelquefois paroxystiques qui, presque toujours, précèdent le trouble mental; dans quelques cas ils en sont comme la période critique.

Le délire furieux peut survenir brusquement chez les épileptiques, et donner lieu à des actes de violence redoutable dont les malades ne conservent pas le spuvenir. Ces impulsions se produisent, le plus habituellement, immédiatement après l’attaque. L’épileptique peut commettre un homicide, un suicide, mettre le feu, etc.

« On peut affirmer, presque sans crainte de se tromper, ditTrousseau, que si un homme, sans aucun trouble intellectuel préalable, sans avoir jusqu’alors donné signe de folie ou de fureur, sans être empoisonné par l’alcool ou par toute autre substance qui exerce une action

I Falret, loc. cit.

énergique sur le système nerveux, se suicide ou lue quelqu’un, on peut dire que cet homme est un épileptique, et qu'il a eu une grande attaque, ou bien ce qui est plus ordinaire, un vertige comitial (i). »

Mais, d'habitude, l’accès d agitation ne se développe pas brusquement : presque toujours il est précédé do signes précurseurs , qui se répètent chaque fois avec les mêmes caractères, et annoncent d'une manière certaine sa prochaine explosion. Le malade devient sombre, taciturne, plus irritable ; ou bien il se montre d'une gaieté exagérée, turbulente ; il a des rires convulsifs, on le dirait ivre ; il se plaint d’oppression, de douleurs épigastriques, de céphalalgie. Quelquefois il éprouve une ardeur des intestins, de l'inappétence, de l’insomnie; ses idées se troublent, ses sentiments se pervertissent, le délire croît rapidement jusqu’au paroxysme de la fureur. La physionomie revêt une expression de cynisme ; la face est congestionnée, le regard brillant ; les forces musculaires semblent décuplées; le malade crie, hurle, brise tout ce qui se trouve à sa portée; ses actes sont automatiques, convulsifs; aucune idée dominante ne paraît présidera ses déterminations. L’agitation dure trois ou quatre jours, quelquefois plus longtemps ; après quoi l’individu revient insensiblement au calme et à la conscience de lui-même; il conserve tout au plus un souvenir vague de ce qui s’est passé pendant sa redoutable agitation.

Chez quelques épileptiques, le retour du délire est annoncé par des signes prodromiques d’une nature singulière. Nous avons observé un malade qui, à l’approche de chaque accès, commence par dire luimême, avec l’accent de la terreur : « Je sens mon mal revenir »; ensuite il s’agite, il prend son violon, et il se met à parcourir le préau, en chantant et en s’accompagnant des sons discordants de son instrument.

Cette forme maniaque, qui est sous la dépendance des attaques d’épilepsie, est une des affections mentales qui méritent le plus de fixer l’attention par les signes vraiment caractéristiques qu’elle présente.

Rarement elle alterne chez le même malade avec d'autres variétés de délire ; elle se présente presque constamment avec les mêmes caractères.

Stupeur épileptique. — Delasiauve a décrit sous le nom de stupidité des épileptiques, une forme d'aliénation également liée aux attaques convulsives, et qui serait particulièrement caractérisée par de l’hébétude et de la stupeur (1).

Les idées sont vagues, la mémoire vacillante, le raisonnement embarrassé, le caractère indécis. 11 y a de la lenteur intellectuelle, de

(1) Trousseau, Union méd., 17 janvier 1861, et Clinique médicale de I Ihitet-Uieu, 8' édition. Paris, 1894.

(2) Voir chap. Stupidité, p. 345.

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la difficulté dans les réponses ; la physionomie revêt une expression d’abêtissement. Cet état résulte de la suspension plus ou moins complète de l’activité cérébrale. Si les accès convulsifs diminuent de violence, l'engourdissement moral diminue dans la même proportion, et l’intelligence reprend peu à peu ses droits.

Ce genre d’aliénation est plus persistant que l’affection maniaque, qui la complique ou lui succède dans une foule de cas. Les hallucinations sont fréquentes, souvent de nature terrifiante; quelquefois cependant elles sont de nature agréable.

Un malade que nous avons observé étaitatteint presque constamment, à la suite de ses attaques, de cette forme de délire; il voyait des anges dont la voix lui commandait l’homicide; sous l’empire de ces hallucinations il a failli couper la tête à un de ses camarades endormi à côté de lui.

L’épileptique atteint de stupidité se livre, comme le maniaque, à des actes automatiques ; il présente quelquefois la lourde physionomie d’un homme aviné; on le voit occupé à faire et à défaire son lit, à boutonner et à déboutonner ses vêtements, etc.

Mélancolie épileptique. — La tendance mélancolique n’est point rare chez les individus atteints d’épilepsie; mais elle ne survient pas accidentellement et passagèrement, comme les formes que nous venons de décrire; elle est le résultat progressif des atteintes cérébrales. Quelquefois elle semble être la conséquence du désespoir profond qu’inspire à ces infortunés le sentiment de leur situation. Elle n’offre rien de spécial ; dans quelques cas, elle revêt un caractère hypochondriaque. Les auteurs ont remarqué qu’elle est souvent accompagnée d’impulsions homicides.

Démence épileptique. — Mais, ainsi que l’a remarqué Esquirol, la démence est la forme d’aliénation mentale qui menace le plus ordinairement les épileptiques. Sous l’intluence des attaques répétées, on voit peu à peu l’intelligence s'affaiblir. L’individu tombe dans un degré plus ou moins profond d’anéantissement moral ; les facultés s’éteignent, les mouvements perdent leur énergie, et la physionomie ne tarde pas à exprimer un état d’annihilation caractéristique

(fis- 22)-

Esquirol a émis cette opinion, dont nous n’avons pas eu cependant l'occasion de vérifier la justesse, que la tendance vers la démence est plus directement liée à la fréquence des vertiges qu’à celle des accès épileptiques; les vertiges auraient, suivant lui, une influence plus active, plus énergique sur le cerveau que le grand mal ou l’accès complet.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur toutes les questions qui pourraient se rattachera l'épilepsie dans ses rapports avec l’aliénation, et nous renverrons le lecteur désireux d’approfondir ce sujet aux Ira-

vaux spéciaux d'Esquirol sur l’épilepsie (1), de llerpin (de Genève) (2), de Delasiauve, de M. Auguste Voisin (3), comme aux ouvrages plus récents de MM. Christian (4), Féré (5), etc.

Épilepsie larvée. — Sous ce nom d épilepsie larvée , on a désigné un état psychologique morbide particulier dont nous résumerons, d’après le Dr Legrand du Saulle, les principaux caractères.

Les malades qui en sont atteints présentent tout à coup, à des époques jusqu'à un certain point périodiques, des anomalies intellectuelles d'une durée très brève, des étrangetés do caractère, des violences de langage, des écarts de conduite ou des impulsions fâcheuses, avec ou sans troubles hallucinatoires de la vue, parfois avec un véritable aura, mais accompagnés invariablement de la perte absolue du souvenir de tout ce qui a pu se passer pendant ces éclipses partielles de la raison, de la volonté et de la liberté morale.

Ces épileptiques qui accomplissent parfois les actes les plus inattendus, dès qu’ils sont repris de leurs absences, disent identiquement les mêmes mots, s’emportent de la même façon, profèrent les mêmes injures, commettent les mêmesactes, obéissent aux mêmes impulsions. Il y a là comme un mécanisme à répétition et des retours identiques de la manifestation vésanique, qui lui donnent un cachet indélébile.

Ces individus sont fréquemment pris, dans leurs moments de trouble, du besoin automatique de marcher droit devant eux, sans but défini, sans direction arrêtée; c’est une course insconsciente qui prend fin lorsqu'ils reviennent à eux. Chez eux le vertige, l'accès incomplet et la grande attaque convulsive font défaut, ne se produisent que beaucoup plus lard, ou sont remplacés par l 'état mental particulier et inconscient qui caractérise cette forme particulière, à laquelle on a donné le nom d 'épilepsie larvée. L’amnésie, un état d'inconscience complète, et les actes automatiques et impulsifs en sont les caractères principaux (fi).

Cette épilepsie dite larvée, qui donne lieu à des accès de délire inconscient en dehors des crises convulsives, accès qui semblent même quelquefois remplacer les crises, être les équivalents de 1 attaque, se manifeste dans la majorité des cas par des actes automatiques souvent furieux ; mais elle ne doit pas être considérée comme une forme spéciale d’épilepsie, présentant la répétition, sous forme périodique, des

. (1) Esquirol, Mal. ment., t. I.

(2) Ilerpin, P/onostic et traitement de l'épilepsie . Paris, 18;>0. — Des accès inconplets d'épilepsie . Paris, I8G7.

(3) A. Voisin, ICouv. Dict. de méd. et de chir. prat., art. Épilepsie. Paris, 1870. t. XIII, p. 581 et Leçons cliniques sur les maladies mentales et les maladies nerveuses. Paris, 1883.

(4) Christian, Folie épileptique. Épilepsie. Paris, 1890.

(5) Féré, Les' épilepsies et les épileptiques, 1890.

(6) Legrand du Saulle, Des actes commis par les épileptiques Ann. d hyg., 1S75. t. XLI1I, p. 421, 422). Voy. aussi Discussion à la Société de médecine légale {Ann. d'hyg., 1875, t. XL1V, p. 401 et suiv.).

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mêmes manifestations, ayant constamment la même physionomie. C’est une manifestation de l’épilepsie se produisant indifféremment chez tel ou tel épileptique, même lorsque les attaques convulsives ne présentent ni une intensité particulière ni une forme spéciale. Ce n’est pas une entité morbide, et on ne peut comparer ces accidents aux accès de délire survenant chez des hystériques, sans attaques convulsives, et qui produisent un dédoublement de la personnalité.

Au point de vue de la pathogénie, on peut affirmer avec le Dr Garimond (1), que sous la même forme symptomatologique peuvent se cacher les épilepsies d’origines les plus diverses, héréditaires, organiques, symptomatiques, traumatiques, de cause toxique, celles dites essentielles, etc.

L’uniformité dans les manifestations, dit l’auteur que nous citons, en même temps que la multiplicité des causes qui le produisent, prouve qu’il y a entre elles un lien commun, un point où elles aboutissent toutes, où elles se confondent et d'où émane la forme pathologique. Des études récentes reconnaissent qu’elle est due à une modification de la moelle, et surtout de la protubérance et du bulbe. « On ne peut nier, d’après ses fonctions, écrivent MM. Ferrand et Vidal (2), que ce dernier organe ne soit le centre convulsivantpar excellence, l’organe qui répond à la forme la plus grave des accidents convulsifs, aux phénomènes épileptiformes. C’est un fait que les expériences de Küssmaul et Tenner ont mis hors de doute et qui leur a permis d’appeler le bulbe du nom de nodus epilepticus... Les troubles de la respiration d’abord, ceux de la déglutition, de la mastication, ceux de la parole, de la mimique faciale, qui appartiennent à l'attaque épileptiforme, peuvent être rapportés à une perturbation brusque, profonde, survenue dans le centre nerveux bulbaire. »

Les altérations anatomiques, ajoute le Dr Garimond, sont peut-être aussi variables que le nombre des épilepsies; bien rarement les lésions sont identiques. On ne pourrait trouver une apparence d’uniformité que dans les points mêmes où se réalise la convulsion, dans le bulbe et la protubérance.

On a donné comme signes caractéristiques de l’épilepsie larvée, la perte du souvenir, l’instantanéité, la rapidité, la violence du délire, les propensions homicides et suicides, enfin les hallucinations terrifiantes; ces signes ne suffisent pas, comme le remarque Garimond, et il faut quelque chose de plus, que l’étude des antécédents peut seule donner. Un accès épileptique ayant précédé la folie, quelle qu’elle soit, fera plus pour en dévoiler la nature que toutes les symptomatologies

(1) Garimond, Contribution à l'histoire de l’épilepsie dans ses rapports avec l'aliénation mentale ( Annales méd.psych., janvier 1818, p. 29).

(2 Ferrand et Vidal, Dict. eneyct. des sciences méd., vol. XX, p. 246 et Annales méd. psych., 1878, p. 193.

possibles; il n’y a donc point, suivant ce dernier auteur, d’épilepsie larvée, mais simplement une folie avec épilepsie.

« Pour être autorisé, ajoute-t-il (1), lorqu’un malade se présente atteint d’aliénation mentale, à déclarer que celle-ci dépend de l'épilepsie, il faut absolument qu’on ait constaté au moins un accès. On est cependant en droit de soupçonner la présence de l'accès si le malade s’est livré à des actes de violence, avec délire furieux, aveugle et instinctif; mais on doit s’arrêter à ce point, jusqu’à ce que l'observation ait permis d'acquérir la conviction de quelque manifestation épileptique. Le diagnostic ne pourra s’établir avec certitude que par cette donnée. »

On se rappellera aussi que l’épilepsie peut être nocturne et passer inaperçue assez longtemps; dans ce cas le diagnostic sera lixé par certaines particularités, propres à l’épilepsie ; le malade aura uriné au lit, il se sera fait, pendant l'attaque, des morsures à la langue et des ecchymoses à la face ; au réveil il présentera une lassitude générale.

Le pronostic et le traitement sont ceux de l’épilepsie et nousrenvoyons le lecteur aux traités spéciaux. Nous n’avions en vue que la description des troubles psychiques qui dépendent de cette névrose, nous avons cherché à montrer combien le diagnostic doit être réservé dans l’épilepsie larvée et combien il faut se garder de la tendance trop générale de faire de l’épilepsie le pivot de toutes les psychoses à forme intermittente.

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