HYSTÉRIE
L’aliénation mentale peut se compliquer d’hystérie. Dans certains cas cette névrose doit être considérée comme une cause déterminante ou prédisposante. En émettant cette opinion, nous n'avons en vue que l'affection simple, en quelque sorte sporadique, et non les cas d’hystérie qui se sont produits sous forme épidémique, à certaines époques du moyen âge, et dont Calmeil nous a donné 1 intéressante relation. Ces épidémies, autrefois si fréquentes, de délire sensoriel et d’accès d’agitation consécutifs à des attaques hystériques ne sont plus observées que très rarement. L hystérie n aitecte pas le cerveau comme l’épilepsie; ses effets sont plus fugaces ; elle arrive d’ailleurs à un âge où l’aliénation, elle-même, ne se manifeste pas encore chez les féminin dans sa plus grande fréquence.
Briquet, disait qu’il existait à Paris, entre 1 âge de treize a trentecinq ans, 50000 femmes hystériques, dont 10000 avaient des attaques. Cette névrose ne se rencontre pas très fréquemment dans les établissements d’aliénés.
« La diminution et la perversion de l'intelligence, dit lirachet (-),
! 1) Gariuiond, toc. cit., p. 215.
;2' Rrachet, Hystérie, p. 389.
Dagoxet. — Maladies mentales.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
forment une complication rare de l’hystérie. Le plus souvent les facultés éprouvent une sorte d’exaltation qui se met en harmonie avec, le degré de susceptibilité nerveuse. »
Quelquefois l'aliénation mentale est le résultat d’attaques successives et violentes : elle peut alors être considérée comine une complication.
Esquirol s’est demandé pourquoi les convulsions hystériques, qui sont si intenses, qui persistent durant plusieurs heures et même plusieurs jours, ne conduisent pas à la démence, comme les accès épileptiques et surtout comme les vertiges (1) ? L’hystérie même prolongée, ajoute-t-il, ne détruit pas les facultés intellectuelles. Il est vrai que cet auteur (2) a di( aussi que l’hystérie dégénère souvent en folie, et que dans beaucoup de cas elle n’en est, comme l’hypochondrie, qu’un premier degré.
Quoi qu'il en soit, l’hystérie peut être considérée comme une cause d’aliénation mentale. On sait qu’elle donne aux femmes qui en sont atteintes une disposition morale particulière, un caractère spécial, qui les porte à l'exaltation, à l’excentricité, et leur fait avidemment rechercher tout ce qui peut avoir un côté surnaturel et merveilleux. Le caractère hystérique comprend en outre une mobilité toute particulière, et une exagération marquée des réactions sous l’influence des causes morales les plus minimes.
Georget (3) a fait ressortir avec beaucoup de justesse ces modifications du caractère et de l’intelligence.
« Presque tous les sujets hystériques, dit cet auteur, sont nerveux, mobiles, très susceptibles, d’une imagination vive, faciles à s’inquiéter pour les plus légers motifs ; impatients, irascibles, entêtés, opiniâtres. Les sens sont très irritables; une lumière trop vive, certains sons, certaines odeurs, les variations de température, l’atmosphère chargée d’électricité, les affectent vivement; les occupations un peu sérieuses les fatiguent, leur causent des maux de tête... La plupart sont habituellement mélancoliques, solitaires, portées aux idées noires, quelquefois ont un désir vague de suicide ; quelques-unes sont d’une gaieté extrême et rient sans cesse pour des causes légères, ou sans savoir pourquoi ; d’autres sont tourmentées par des envies de pleurer. On observe aussi chez ces malades des migraines, des constrictions du pharynx, des besoins de respirer qui nécessitent plusieurs inspirations profondes ; des palpitations, des étouffements, des gastralgies, de la constipation. Le flux menstruel est quelquefois irrégulier, ou bien, s’il vient chaque mois, il s’établit difficilement, dure peu, et
(1) Esquirol, op. cit. t. I, p. 289.
(2) Esquirol, op. cit., p. 74.
(3) Georget, Dict. de méd. en 30 vol., t. XVI, art. Hystérie. — Voy. aussi Bernutz, Noav. Dict. de méd. et de chir. pratiques. Paris, 1874, t. XVIII, p. 182.
s accompagne de maux de tète, de malaise, de changements dans le caractère, etc. »
Troubles intellectuels déterminés par l’hystérie. — Sans entrer dans la description des symptômes si nombreux qui caractérisent cette névrose, et des formes variables qu'elle peut présenter, nous examinerons les troubles intellectuels quelle détermine assez fréquemment.
A ce point de vue, il convient de séparer le délire passager qui se manifeste pendant l’accès convulsif lui-mème, des ditférentes formes d'aliénation mentale que l’on a pu observer chez les hystériques, et que l’on a généralement désignées sous le terme de folie hystérique.
On peut, d'une manière générale, distinguer deux formes d’hystérie, avec ou sans attaques convulsives.
L’attaque peut être précédée de prodromes d'une durée plus ou moins longue : frissons, bâillements, palpitations, fatigue, inquiétude, envies fréquentes d’uriner, sentiment de constriction ascendante, quelquefois éclats de rire, parfois aussi un peu d’agitation, d’incohérence, de loquacité et même des hallucinations.
L 'attaque une fois déclarée (1) se compose de spasmes purement toniques, souvent aussi accompagnés ou suivis de spasmes cloniques. Le sujet tombe alors (comme dans l’épilepsie, mais avec cette différence qu’il n’est pas immédiatement frappé) ; la perte de connaissance ne devient pas brusquement complète. Durant l’attaque, le \ entre est ballonné, on observe des mouvements désordonnés de tout le corps, parmi lesquels on a décrit le spasme cynique, cette folie libidineuse des anciens, singulier phénomène par suite duquel, comme le fait remarquer M. Courty, « les jeunes filles les plus ignorantes de l’amour imitent les élans les plus fougueux de la volupté ». Parfois l’attaque se passe en silence ; d’autres fois elle est accompagnée de sanglots bruyants; la malade, qui suffoque, porte les mains à son cou et à la poitrine comme pour arracher le poids qui l’oppresse. Le> attaques sont suivies fréquemment d’obnubilation de la conscience plus ou moins prolongée.
On peut observer pendant l’accès convulsif un délire passager, que Briquet a comparé à celui du chloroforme : « 11 est, dit cet auteur, toujours bruyant, très agité, rarement incohérent. 11 a généralement rapport à des scènes auxquelles la malade se croit présente ou auxquelles elle se reporte, ou bien aux pensées qui l’occupent habituellement ou qui l’ont beaucoup frappée ; il faut le considérer comme une sorte de rêve. Quelquefois les fonctions de l’encéphale sont tellement exaltées, que l’intelligence et la sensibilité prennent une activité surprenante. Ainsi, dans quelques cas, les malades se servent d un
(1) Duponchel, Folie hystérique, thèse de Paris, 1874.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
langage plus distingué que celui dont elles usent d’habitude; on en a vu qui faisaient des vers (I). »
Marcé fait remarquer que ce délire se rapproch notablement de l’excitation maniaque; il ajoute que, « d'après l'observation de Landouzy, les hallucinations, les illusions et la perversion des sens se rencontrent quelquefois pendant la durée même de l'accès ». Parmi les malades, les unes aperçoivent sans cesse, au moment même de la crise, l’objet qui a causé leur première frayeur ; les autres accusent les sensations les plus extraordinaires, se plaignent « de cordes qui leur compriment les membres, de bêtes qui leur rongent les os » ; ces divers troubles n’ont qu’une durée passagère et disparaissent avec les mouvements convulsifs (2).
Les hallucinations sont très fréquentes ; elles portent sur tous les sens, particulièrement sur celui de la vue.
C’est surtout dans l’attaque d 'hystéro-épilepsie, dont Charcot a résumé d'une manière remarquable les caractères, que l’on observe ce délire transitoire porté parfois au plus haut degré d’intensité.
Les symptômes qui caractérisent l’attaque convulsive se ressemblent beaucoup, ainsi que le fait remarquer Charcot, dans les deux affections, l’épilepsie et l’hystéro-épilepsie ; la tête et les yeux sont déviés de la même façon, les membres sont pris de convulsions toniques, tout le corps devient rigide, la face se congestionne, et il s’écoule de la bouche une écume sanguinolente.
Mais les différences reparaissent bientôt, au moment où l’épileptique est pris d’un ronflement, qui rappelle le stertor apoplectique; l'hystéro-épileptique semble se réveiller au contraire, tantôt pour revenir à sa situation habituelle, tantôt pour offrir une succession de symptômes composant, en quelque sorte, une nouvelle période qu’on pourrait désigner sous le nom de période des contorsions. Ces contorsions si bizarres, si effrayantes parfois, sont très variables quant à la forme, et on peut dire que chez chaque malade, malgré quelques traits communs, elles se présentent sous un aspect particulier. Pendant ce temps l’hystéro-épileptique paraît être sous le coup d’un délire parfois bruyant, qui semble en grande partie déterminer le genre des contorsions, des altitudes, des gestes à caractère intentionnel (délire d’action).
Calmeil, dans son remarquable ouvrage, a cité des exemples nombreux de ces convulsions étranges, empruntées surtout aux épidémies de Loudun et de Saint-Médard.
Aux contorsions succède, chez les hystéro-épileptiques, un délire relativement tranquille, accompagné d 'hallucinations de la vue et de l'ouïe. « Les malades, dit Charcot, entendent des cloches qui sonnent à
(1) Briquet, Traité de l'hystérie. Paris, 1859, p. 303.
(2) Marcé, Mal. ment., p. 504.
toute volée, etc., elles voient des animauxde toute espèce, des papillons qui voltigent au plafond, des lézards qui grimpent le long des murs, des corbeaux qui viennent pour les piquer au visage; elles s'efforcent par des gestes d'éloigner ces êtres imaginaires ; d'autres fois elles se figurent marcher sur des serpents, et lont des sauts pour les éviter, etc., etc.
» Ce délire qui, parce point, se rapproche dans une certaine mesure du délire des alcooliques, est bien différent du délire épileptique, lequel consiste surtout, comme on le sait, en une excitation maniaque quelquefois d'une violence extrême, d'un caractère sombre, et qui rend les malades très dangereux.
» Quelquefois, aussi bien dans l'hystéro-épilepsie que dans l'épilepsie, les accès s’enchaînent par séries et produisent ici l 'état de mal épileptique, là l'état de mal hystéro-épileptique. En pareil cas, le thermomètre fournit des indications très utiles; chez l’épileptique, dans l'état de mal, la température atteint rapidement un chiffre très élevé, 40°, 41°, même 42° et la mort vient souvent clore la scène morbide ; chez l'hystéro-épileptique, en dépit de la répétition presque incessante d’atlataques d'une intensité extrême, le thermomètre marque 37°, 5, 38° et quelques dixièmes au plus. Après cinquante, cent, deux cents attaques d’hystéro-épilepsie, la température en définitive est la même qu'à la fin d’une seule attaque.
» En dehors de ces accidents convulsifs, il est d’autres caractères qui facilitent le diagnostic. Les épileptiques sont irascibles, sujets à des impulsions qui les rendent dangereux; les hystéro-épileptiques sont capricieuses, fantasques, mais en somme elles ne sont guère redoutables.
» L’état mental, circonstance déjà relevée par maints auteurs, se montre à la longue très différent dans les deux maladies. Lhystéroépileptique conserve telles quelles les facultés qu'elle avait originellement. L’épileptique, au contraire, voit décliner chaque jour son intelligence, et au bout d’un temps plus ou moins court, il tombe dans une sorte de stupeur qui se termine communément par une véritable démence (1). »
Folie hystérique. — En dehors des troubles intellectuels qui se rattachent aux accès convulsifs, et qui constituent un délire essentiellement passager, on peut voir associées à l’hystérie toutes les formes possibles d’aliénation mentale.
Les troubles psychopathiques sont le plus souvent épisodiques , landis que le caractère hystérique et la dégénérescence morale qui l’accompagne sont persistants. Ces troubles sont très variables. Mais il faut se souvenir qu’on a trop souvent abusé du terme d’hystérie, et
(1) Charcot. Progrès méd., 10 janvier 1874.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
qu’il faut rechercher avec soin non seulement les atLaques convulsives, mais aussi les différents stigmates hystériques, douleur ovarienne, anesthésies, troubles visuels, paralysies, etc., l’état mental particulier, le somnambulisme, etc...
Ainsi que le fait remarquer justement M. Duponchel, la folie hysrique ne saurait constituer une véritable entité pathologique, en ce sens qu'il n’existe pas une sorte de conceptions délirantes absolument spéciale à l’hystérie.
Loin de là, il est facile de constater que toutes les formes d’aliénation mentale sont possibles dans l’hystérie; les illusions, les hallucinations, les impulsions à l’homicide, au suicide, le délire ambitieux ou religieux, peuvent se rencontrer dans la folie hystérique, se succéder au besoin chez la même aliénée. Mais il n’en est pas moins vrai que l’on constate les caractères spéciaux de l’hystérie, tels que les rires suivis de pleurs, les tendances érotiques, les troubles de la sensibilité générale, le sentiment d'angoisse, d’oppression, de constriction, les impulsions bizarres, l’inertie presque complète de la volonté jointe à une activité souvent démesurée de l’intelligence (1).
L’hystérie vient, en définitive, imprimer son cachet aux formes les plus diverses d'aliénation mentale avec lesquelles elle se combine, et dont elle est une complication; il n’y a donc pas lieu de décrire, ainsi que l’ont fait quelques auteurs, Marcé entre autres, une manie, une mélancolie et une hypochondrie hystériques.
Toutefois, il est un fait d’observation généralement admis par les médecins qui se sont occupés de cette question, c’est que les hystériques sont sujettes, comme les neurasthéniques et les dégénérés, a des impulsions irrésistibles, d’une nature spéciale, et qui forment une sorte de folie morale à laquelle on peut donner le nom de folie hystérique. Ces impulsions, comme le fait remarquer Marcé, n’ont pas le caractère violent et dangereux des impulsions des épileptiques ; elles consistent plutôt en une tendance anxieuse et instinctive à commettre des actes extravagants ou ridicules.
« On voit, dit Marcé, des hystériques qui, sans être complètement aliénées, sentent un besoin irrésistible de parler, de faire de grands éclats de voix, de tout bouleverser autour d’elles, de briser les objets qui leur tombent sous la main, et cela tout en comprenant combien une pareille conduite est absurde et déplorable ; elles sentent en elles quelque chose qui les pousse malgré leur volonté, et dont il faut savoir tenir compte, sinon comme excuse, du moins comme atténuation dans l’appréciation médico-légale de leurs actions (2). »
Quoi qu’il en soit, la folie morale chez les hystériques présente des
(1) Duponchel, thèse 1874, p. 33.
(2) Marcé, Traité des mal. ment. Paris, 1862, p. ô68.
signes qui nous paraissent importants à connaître, et que nous résumerons d'après le travail du docteur Duponchel.
Cette torme d aliénation peut exister indépendamment des troubles intellectuels; elle peut les précéder, subsister encore îorsqu’ils ont disparu. Elle se distingue surtout par une tendance à satisfaire, à n’importe quel prix, les instincts les plus insatiables et les plus étranges, les appétits les plus désordonnés. Pour asssouvir leurs passions les plus bizarres, les hystériques ne reculent même pas devant les moyens les plus criminels; toujours elles font preuve d'une profonde duplicité. Elles jouissent d’une merveilleuse facilité à se poser en victimes, alors même qu'elles sont les plus insupportables des tyrans.
Parmi les troubles moraux des hystériques, il en est un qui revêt une haute importance, surtout en raison des difficultés dont il entoure l’étude si complexe déjà d’une affection à manifestations aussi variées que bizarres, nous voulons parler de la tendance qu’ont ces malades à simuler. Pour elles, tromper ceux qui les entourent : parents, amis, médecins, confesseurs, est un besoin toujours nouveau, toujours inassouvi. Toutes les ressources de l'imagination la plus désordonnée sont employées par elles pour s’attribuer des maladies inconnues, impossibles, pour persuader il leur entourage qu'elles ont quelque chose d’anormal, de surnaturel. Elles mettent à satisfaire cette incroyable passion une persistance peu en rapport avec la mobilité ordinaire de leur caractère, elle ne reculent ni devant les privations ni devant les pratiques les plus pénibles ou les plus repoussantes.
On peut trouver, dans les auteurs, les exemples les plus remarquables de la duplicité des hystériques; cette tendance à la simulation ne saurait être compatible avec un état mental parfaitement sain. Ainsi que le fait justement remarquer M. Bouchard, il n'est pas rare en effet de découvrir chez ces malades, qui ne cessent de simuler, d’autres troubles de l’esprit.
Par suite de leur besoin de surnaturel et de merveilleux, les hystériques ont été, de tout temps, portées à exagérer jusqu’au délire les idées religieuses et mystiques. Au moyen âge (oh sait le rôle important que le diable jouait dans les mœurs à cette époque;, les hystériques étaient naturellement conduites à rapporter de préférence les sensations internes qu elles éprouvaient aux manœuvres de l’esprit malin ; toutes leurs conceptions délirantes participaient de cette idée, elles se croyaient réellement possédées. Les Allemands ont désigné, sous le nom caractéristique de hijperesthesia psychica sexualis, les singulières illusions qui ont donné naissance à la catégorie des fous dits incubes et succubes (1).
Comme l’idée du diable joue un rôle moins important dans nos
I) Voir Délire systématisé hystérique, p. 361.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
mœurs, le délire érotico-religieux est moins fréquent; mais ce que l’on rencontre, ce sont des femmes qui déclarent avoir été violées par tel ou tel qu’elles désignent; elles sont absolument certaines du fait, le racontent avec force détails, ne varient jamais sur leur thème, et font peser sur des innocents les accusations les plus graves.
Les auteurs ont observé, sous ce rapport, les faits les plus extraordinaires. Nous nous rappelons entre autres une jeune fille hystérique qui avait été recueillie par un oncle et une tante. Ceux-ci avaient jusqu’alors vécu dans la plus parfaite harmonie; par ses confidences perfides elle était arrivée à semer entre eux la désunion la plus profonde ; à son oncle elle avail confidentiellement fait connaître que sa tante avait des amants ; à sa tante elle avait secrètement déclaré que son oncle avait à plusieurs reprises, cherché à exercer sur elle des violences odieuses.
Ainsi que le fait remarquer Duponchel, l’éducation, le milieu, les lectures, le genre habituel d’occupations contribuent beaucoup à donner aux conceptions délirantes des malades Leur cachet particulier.
La folie hystérique, lorsqu’elle se présente surtout sous forme de perversion morale, de folie morale, est grave, car elle peut entraîner les inconvénients les plus fâcheux pour les personnes en contact habituel avec ces malades, pour leur famille, pour la société ; ces inconvénients sont d’autant plus graves que la folie est plus larvée, si l’on peut parler ainsi ;que le délire est plus dissimulé et plus difficile à pénétrer (1).
Le caractère des actes commis par les hystériques n'est pas toujours, suivant Tardieu, facile à déterminer; c’est en combinant le mensonge qui leur est naturel, avec l’altération de leurs facultés affectives, qu’elles arrivent à des actes qui sont l’effet d’une perversion instinctive de la volonté, ce qui atténue considérablement la responsabilité de certaines hystériques. Un trait commun les caractérise, c'est la simulation instinctive, le besoin invétéré et incessant de mentir sans intérêt, sans objet, uniquement pour mentir, et cela non seulement en paroles, mais encore en actions, par une sorte de mise en scène où l’imagination joue le principale rôle, enfante les péripéties les plus inconcevables et porte, parfois, aux extrémités les plus funestes (2).
« Le talent de ces malades, pour inventer des états par lesquels elles se promettent de faire sensation ou d’exciter la pitié, touche à l'incroyable. Le vrai et le faux sont souvent bien difficiles à distinguer. L’homme crédule est souvent dupé, et l’on doit adopter pour principe d’accueillir avec une extrême méfiance toute allégation extraordinaire de leur part, comme par exemple qu’elles ne prennent aucune nourriture, qu’elles ne rendent ni selles ni urines, qu'elles ont vomi
(1) Duponchel, op. cil., p. 83.
f2) Tardieu, Étude médico-légale sur la folie , 2e édition. Paris, 1880.
du sang, des vers, ou des objets étranges. Tous les jours on rencontre des femmes hystériques qui prétendent qu’il leur est impossible d'uriner, qui se font sonder, et d autres qui passent au lit des mois et des années, soutenant qu'il leur est impossible de se lever. On conçoit que le magnétisme animal devienne une véritable mine à exploiter pour les malades hystériques, etc. (1). »
Nous n insisterons pas davantage sur l’hystérie dans ses rapports avec l’aliénation mentale. On pourra d’ailleurs trouver dans les différents auteurs qui se sont occupés de ce sujet, Moreau de Tours , Tardieu, Trélat, Legrand du Saulle, etc., les détails nécessaires.
Nous ne dirons aussi que peu de mots sur le traitement ; la première indication, en cas de folie hystérique bien constatée, est évidemment de prescrire l’isolement, le placement dans un établissement spécial : il importe, dans l’intérêt des malades comme dans celui de la société et de la famille, de les soustraire au milieu même où elles trouvent des éléments d’excitation de toutes sortes.
Les bains tièdes, les affusions froides et les moyens hydrothérapiques, la suralimentation (régime de Weir-Mitchell), etc., ont été fortement préconisés dans le traitement de la folie hystérique. Les antispasmodiques, l’éther, la valériane peuvent contribuer à diminuer l’agitation. Suivant Marcé, l’opium rend à lui seul plus de services que tous les antispasmotiques dans le traitement de l’hystérie; il le conseille à dose continue et progressivement croissante, depuis 5 centigrammes jusqu’à. 30 et 40 centigrammes d’extrait thébaïque donnés chaque jour. M. A. Voisin croit avoir trouvé une certaine efficacité dans les injections hypodermiques de chlorhydrate de morphine, longtemps continuées, et employées dans quelques cas jusqu'à une dose véritablement considérable. Mais cette méthode a conlre elle, on ne l’oubliera pas, le danger du morphinisme.
Le traitement moral, convenablement appliqué, peut exercer l'influence la plus salutaire; il fauta ces malades des occupations régulières, sérieuses, une direction ferme et énergique, en un mol tout ce qui peut contribuer à faire disparaître peu à peu les mouvements passionnels et les tendances bizarres auxquels les hystériques se laissent facilement entraîner.