‹ Traité des maladies mentalesChapitre 65 sur 115 · Marcé, Mal. mentales, p · texte numérisé non relu

Marcé, Mal. mentales, p

Le professeurBall (I) parle du caractère des troubles intellectuels que 1 on observe dans la chorée. Suivant lui, ces caractères sont peu connus et l’on s'accordait assez habituellement autrefois à croire que la chorée n’entraine aucun désordre de l’intelligence; mais il n’en est rien.

Marcé le premier a eu le mérite de montrer qu’il existe chez les choréiques des troubles intellectuels spéciaux ; depuis, de nombreux auteurs, parmi lesquels Russel, Arndt, L. Meyer se sont occupés de cette question. L’opinion générale, dit Bail, est que la plupart des choréiques conservent l’intégrité de leurs facultés intellectuelles. Mais si l’on pense à la singularité de leur caractère, aux ruptures d 'équilibre mental si fréquentes, on arrive à une proportion beaucoup plus forte. On peut affirmer que, dans ses formes légères, la folie choréique est très commune, tandis que, dans ses formes graves, c’est une affection rare.

On observe d’habitude, chez les enfants atteints de chorée, des bizarreries de caractère. Ils s’emportent au moindre motif et il est très difficile de leur faire accepter la plus légère remontrance. De plus, ce qu’on remarque chez presque tous, c’est le défaut d’attention ; il est presque impossible d’amener ces enfants à fixer leur attention sur un objet quelconque : ce sont de mauvais élèves, toujours des sujets difficiles.

Au défaut d’attention se joint l’affaiblissement de la mémoire. Marcé citel’exemple d’une jeune fille qui, sur trois commissions dontelle était chargée, en oubliait invariablement deux. La névrose, dans ce cas, fait remarquer l’auteur que nous citons, confine réellement à la maladie mentale.

Un grand fait que Marcé a eu le mérite de mettre le premier en lumière, c’est l’existence des hallucinations. La folie choréique est accompagnée de troubles hallucinatoires semblables en beaucoup de points à ceux des autres folies névropathiques; mais il faut renverser ici laproportion habituelle dans les vésanies. Dansles folies vésaniques, ce sont les hallucinations de l’ouïe qui occupent le premier rang. Dans la folie choréique, au contraire, elles occupent le dernier. Il est assez rare de voir des hallucinations de la vue dans la folie ordinaire; dans la folie épileptique, dans la folie choréique, au contraire, les hallucinations de la vue sont extrêmement fréquentes, et elles donnent souvent au délire un caractère terrifiant. D’autres sens peuvent également entrer enjeu; on observe, par exemple, des hallucinations du sens du toucher; ce sont des sensations de brûlure, des impressions pénibles de froid, des secousses électriques. Enfin, quelquefois, on observe des hallucinations génitales et des troubles sensorielsdel odoratet del ouïe.

(1) Bail, Leçons sur les maladies mentales, 1881.

PATHOLOGIE SPECIALE

Comme caractères de la psychose choréique, le professeur Bail dit qu'il y a d'abord un premier point qui sépare la folie choréique des autres folies névropathiques. C’est qu'il existe un rapport intime entre les troubles de la motilité et les troubles de l’intelligence. L’individu atteint de la maladie comitiale a des convulsions pendant lesquelles le délire est moins fréquent. Souvent, chez les épileptiques, la crise convulsive est remplacée par le délire d’action. De même, dans le cours de la maladie, la disparition des troubles moteurs est souvent le point de départ de troubles intellectuels. Dans la folie choréique, il en est tout autrement : si l’on fait disparaître les accidents du côté de la motilité, on arrête en même temps les désordres de l’intelligence; ce point sert, dans une certaine mesure, à différencier la folie choréique des autres folies convulsives.

Quelles sont, dans leurs principales manifestations, les formes que peut offrir la folie choréique ?

À côté des troubles psychiques élémentaires, de l’irritabilité ou de l’apathie, du manque d’attention, de la diminution de la mémoire, et des hallucinations dont nous venons de parler, on peut observer l’excitation maniaque ou la manie choréique, décrite par Marcé.

L’individu présente une excitation vive, énergique et qui n'offre point comme la manie ordinaire, une sorte de tendance vers une direction quelconque. L'individu se fait remarquer par l’incohérence de son délire et de ses idées agressives. Il veut frapper les autres et c'est sur lui-même qu'il portera ses coups.

D’autres cas de manie choréique présentent une gravité particulière et peuvent se terminer par la mort.

Une jeune femme, citée par L. Meyer, arrive delà campagne et entre en service; elle est prise pendant quelques jours d'accidents rhumatismaux, puis guérit. Un jour, elle s’aperçoit qu’elle est de plus en plus maladroite, elle casse tous les objets qu’elle touche, enfin elle présente les symptômes de la chorée et on la fait entrer à l’hôpital ; mais elle est prise d’une fièvre vive, et, bientôt se déclare un délire des plus intenses. Elle s’agite avec une violence excessive; on est obligé de lui mettre la camisole et peu après le début, il se produit une suppuration des parotides. Ce fut le signal de la cessation du délire ; quelques jours après, cette femme était complètement guérie.

Quand la mort arrive, on constate, à l’autopsie, de la méningite ou des points de ramollissement de certaines régions cérébrales ; ces cas ne doivent plus être considérés comme des psychoses choréiques, mais ce sont des méningites rhumatismales, du délire aigu, ou des formes infectieuses.

Rappelons ici l’opinion de certains auteurs sur la chorée, qui serait non pas une névrose, mais une maladie infectiouse, « surtout, dit

Koch (1), quand on la voit s’accompagner de polyarthrite et d'endocardite ».

A côté des deux terminaisons dont nous venons de parler, par la guérison ou par la mort, il en est une autre : la stupeur. On voit les lacultés baisser peu à peu et, lorsque cel état se prolonge, le malade entre sans secousse dans la démence. Cette lin n’est pas fréquente et presque tous les choréiques en état de stupeur arrivent progressivement à la guérison.

Krafft-Ebing dit qu on a observé aussi de la mélancolie active et du délire des persécutions à teinte démonomaniaque. Four cet auteur, les psychoses choréiques sont des psychoses par inanition : elles sont dues à 1 épuisement qui résulte de l’absence de sommeil et des mouvements incessants des malades.

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