ÉTAT PUERPÉRAL. EOLIE PUERPÉRALE
L’état puerpéral est signalé par tous les auteurs comme une cause d'aliénation assez fréquente. Il n’est pas sans importance d’examiner ce qu’on doit entendre, sous le nom d’état puerpéral, lorsque surtout il s’agit de rechercher le rôle pathogénique que cette situation vient jouer dans le développement des accidents cérébraux.
1) Kraepelin, Psychiatrie. Leipzig, 1889.
FORMES SECONDAIRES. — FOLIE PUERPÉRALE
L état puerpéral ne comprend à vrai dire <jue l’ensemble des modifications fonctionnelles et organiques qui surviennent chez les femmes pendant et apiès la parturition, jusqu au retour des règles, ou jusqu'il 1 établissement delà lactation. Cette manière de considérer l’étal puerpéral nous parait la plus rationnelle. Cependant, au point de vue de notre sujet, nous admettons les trois périodes suivantes : 1° période de gestation ; 2° de parturition ; 3° de lactation.
On observe (Krafft-Ebing) les proportions suivantes pour la fréquence de la folie, à ces différentes périodes :
La folie puerpérale est assez fréquente. Suivant Esquirol, on la rencontre une fois sur 12aliénées; cette fréquence paraît être plus grande encore dans la pratique civile; l’auteur que nous citons a trouvé la proportion de 1 sur 7.
Le docteur Webster a trouvé, à Bedlam, une femme atteinte de folie puerpérale sur 18 aliénées. 11 faut remarquer que cotte affection est plus fatale pour les classes élevées que pour les classes inférieures.
Elle se déclarerait plus fréquemment aussi après le sevrage que durant l’allaitement.
L’àge est, en général, de vingt à trente ans. Trois cas sur cinq éclatent avant le quatorzième jour de la délivrance, tandis que le danger diminue à mesure qu’on s’éloigne de la parturition. Autrefois la maladie était moins fréquente (1 .
Première période de la folie puerpérale. — Grossesse. — Si
quelques phénomènes nerveux apparaissent au début de la grossesse, on peut surtout les observer à mesure que celle-ci avance, et particulièrement dans les trois derniers mois de la gestation, lorsque le sang vient à subir d’importantes modifications. D’une part, la fibrine augmente et se rapproche de la proportion que l’on rencontre dans les phlegmasies, de l’autre, il y a diminution des globules et de l’albumine ; le sérum devient moins riche en matériaux solides; il y a tendance à l’anémie et prédisposition aux hydropisies. On observerait dans quelques cas, à la face interne des os du crâne, le développement d ostéophytes qui prouvent la suractivité de la nutrition.
L’altération chloro-anémique que subissent les femmes enceintes, et l’influence sympathique exercée par l’utérus sur le système nerveux, nous expliquent en partie les phénomènes morbides qu’on peut alors observer : tels sont les migraines, les névralgies de diverses parties du corps, la gastralgie, les appétits bizarres, les vomissements plus ou moins opiniâtres.
Grossesse
État puerpéral Lactation
(1) Webster, Ann. inéd.-psych., 1850, p. 814.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
L’utérus gravide peut exercer une certaine influence sur le cerveau par la voie de l’innervation. On peut le considérer comme un nouveau centre de vie qui, à l’aide des nerfs du grand sympathique et de la moelle, peut agir sur toute l’économie; et le cerveau n’échappe pas à cette action.
Mais ce n’est pas là le seul mode d’intluence que peut exercer l’utérus gravide sur les centres nerveux. La gestation influe aussi sur la distribution des liquides aux centres nerveux, et sur leur composition indispensable à l’exercice normal des fonctions nerveuses.
Par son volume, l’organe gestateur agit d'abord mécaniquement sur la circulation du petit bassin, puis sur toute la circulation abdominale et enfin sur celle du thorax et du cerveau. La gêne de la circulation cérébrale est donc un phénomène assez fréquent de la gestation; mais elle agit aussi sur les phénomènes de nutrition, de respiration, de sécrétion et d’excrétion, et la modification du sang peut retentir sur les fonctions cérébrales, comme nous voyons ces fonctions être influencées par l’anémie, l’albuminurie, le diabète, les cachexies, etc.
Voilà donc bien des voies par lesquelles l’utérus gravide peut agir sur le cerveau, sans avoir besoin de l'action vague des sympathies; si, maintenant, on arrive aux faits proprement dits, on peut diviser les phénomènes qui se manifestent pendant la gestation en trois groupes ou degrés.
A un premier degré, le plus léger, il y a des troubles cérébraux assez fréquents, mais sans altération bien notable des phénomènes de volition et de jugement. On peut observer quelques bizarreries de caractère, une exagération de la sensibilité locale et générale, la femme peut manifester quelques caprices ou des craintes exagérées, mais la raison et la volonté sont conservées. Rien n’est plus fréquent que d’entendre les femmes dire à toutes les époques de la grossesse : « Si je m’écoutais, je ferais telle ou telle chose, mais je comprends que cela me nuirait et nuirait à l'enfant que je porte ».
A un deuxième degré, la volition et le jugement sont altérés, mais partiellement. La femme fait alors ce qu’elle ne devrait pas, parce qu’elle ne comprend pas qu’elle fait mal, ou parce qu’elle ne peut pas s’empêcher de le faire. C’est ainsi qu’on a acquitté des femmes coupables de délit envers les choses, vols, incendies, etc., ou envers les personnes, voies de fait, homicides, etc. On les a excusées, lorsqu’elles avaient manqué aux lois de l’honneur et de la probité, par cela seul quelles étaient enceintes. Mais c’est ici que commence l’exagération. La question des « envies », comme moyen de transmission des impressions de la mère sur le corps de l'enfant, est aussi ancienne que l’histoire, il en est question dans la Bible à propos de Jacob ; il n’y a même pas longtemps encore que les médecins y croyaient aussi; rien, pourtant, n’est plus inexact. Il existe seulement, chez la femme grosse, des
FORMES SECONDAIRES. — FOLIE PUERPÉRALE
désirs si intenses qu’ils deviennent des idées fixes. Ainsi il est positif que la femme, pendant la gestation, peut quelquefois avoir des mouvements très prononcés de sympathie ou d’antipathie; mais ces mouvements sont-ils plus forts que l’empire de la volonté raisonnée et raisonnable?
L ne jeune mariée avait pour son mari une répulsion invincible, mais elle avait la conscience de la peine qu’elle lui causait; elle n'aimait pas pour cela un autre homme. Cette répulsion a pris fin en même temps que la grossesse. Il est inutile de faire l’histoire des envies que les femmes enceintes manifestent avec impatience et vivacité, mais jamais la volonté n’a été assez troublée pour permettre quelque acte nuisible, un vol, un homicide, etc. La femme conserve assez de force de volonté pour résister quand elle le doit.
A un troisième degré les facultés sont troublées dans leur généralité : c’est la folie avec ses degrés et ses variétés.
M. Mattéi, dont nous résumons les idées, exprime cette opinion : que les aliénistes ont confondu la folie qui survient pendant l’étal puerpéral avec celle qui est uniquement causée par cet état. Ainsi les chagrins, les accès de folie antérieurs, la prédisposition héréditaire sont les causes habituelles de l’aliénation, et non l’état puerpéral lui-même. Quoi qu’il en soit, des milliers de femmes enceintes, qu’il a euessous les yeux, ne lui ont pas fourni un véritable cas de folie exclusivement causée par l'état de gestation.
Les cas de folie tenant uniquement à la grossesse sont donc excessivement rares, et si une femme grosse en offre les signes, il faut plutôt en chercher la cause ailleurs que dans l’état puerpéral. Cet état peut être mis au nombre des causes occasionnelles de folie. L'espoir d'une guérison après la cessation de l’état puerpéral exige par conséquent beaucoup de réserve, et il vaudrait mieux combattre la maladie dès qu’elle paraît, sans attendre la fin de l'état puerpéral.
En un mot, ou bien la femme a des impulsions et commet des actes de folie, comme une malade dans tout autre état que la grossesse, et alors elle rentre dans les cas ordinaires ; ou bien elle est exemple de ces maladies, et l’état puerpéral ne la prive pas assez de son libre arbitre pour qu’elle ne puisse pas répondre des actes qu’elle savait d'avance être blâmables ou punissables. Les femmes qui ont invoqué cet état pour se faire absoudre, en ont, par conséquent, le plus souvent imposé à leurs juges. Il n’en est pas moins vrai que l’état puerpéral modifie légèrement, en plus ou en moins, les facultés intellectuelles, et que c’est là un motif d’accorder facilement les circonstances atténuantes (1).
Cette dernière réserve, faite parle Dr Mattéi, prouve sultisammcnt la
(1) Mattéi, Gaz. des hôp., 20 août 18G5.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
nécessité de soumettre chaque cas particulier à un examen attentif et à une appréciation spéciale. Nous avons observé, pour notre part, un très petit nombre de femmes devenues aliénées pendant leur grossesse; quelques-unes, à la suite de vomissements incoercibles, de contrariétés diverses, surtout du chagrin de se voir de nouveau enceintes, ont été prises d’aliénation mentale ; elles ont pu se rétablir dans les derniers mois de la grossesse; l'accouchement n’a apporté pour les autres aucune amélioration dans leur état mental.
Suivant Marcé (1), la folie qui parait se rattacher au travail de la gestation ou en recevoir sa cause excitante, ne débute guère qu’à partir du quatrième mois, pour croître ensuite progressivement, tandis que les troubles moraux sympathiques, très marqués dans les premiers mois, vont généralement ensuite en s'effaçant.
D’après l’auteur que nous citons, la mélancolie serait la forme d'aliénation prédominante.
Schmidt donne pour les formes d’aliénation mentale qui dépendent de la grossesse les proportions suivantes :