FOLIES TOXIQUES
Un certain nombre d’agents toxiques exercent une action particulièrement fâcheuse sur le système nerveux, tels sont le plomb, le mercure, etc.
Saturnisme. — Les symptômes du saturnisme sont bien connus, nous dirons seulement qu’au point de vue psychique on peut observer des complications aiguës et passagères : il s’agit habituellement de confusion mentale avec des périodes d’excitation et de dépression, accompagnées d’hallucinations et alternant avec des étals comateux ou des attaques épileptiformes. D’autres accidents sont chroniques: ils sont caractérisés par de l’affaiblissement des facultés morales et intel-
(1) Daniellsen, Traité de la Spedalskehd. Paris, 1848. — Labarraque, Souv. Dict. de mèd. et de chir. prat., de Jaccoud, art. Lèpre. Paris, 1875, t. XX, p. 340.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
lectuelles, la diminution de la mémoire, etc., troubles rappelant le Lableau clinique de la paralysie générale (1).
Nous décrirons rapidement le morphinisme et le cocaïnisme avant d'aborder dans le chapitre suivant l’étude si importante de l’alcoolisme.
Morphinisme. — On désigne sous le nom de morphinisme les effets pathologiques produits sur l'organisme par l’usage prolongé et immodéré de la morphine. Cette intoxication est aujourd’hui très fréquente, elle a deux origines, la crainte de la douleur, et la recherche du sentiment d’enphorie qui suit l’injection. Le plus souvent, c’est après quelques injections pratiquées par le médecin que le malade prend l’habitude de la morphine ; et il en continue l’usage jusqu’à l’intoxication.
L’étude du morphinisme a été faite par plusieurs auteurs (Levinstein, Erlenmeyer (2), Bail, Bichon, Guimbail(3), etc. On observe dans le morphinisme des troubles de la motilité, de la nutrition, de la sensibilité, de l'intelligence. Les désordres psychiques doivent seuls nous arrêter. Notons cependant le tremblement, de la parésie, l'impuissance chez l’homme et l’aménorrhée chez la femme. Les dents s’altèrent, la peau devient sèche et écailleuse; il se produit parfois des états fébriles. Levinstein (41 a décrit trois types fébriles : une forme intermittente ; une autre caractérisée par l’élévation vespérale de la température ; enfin une forme typhoïdique. Erlenmeyer et d'autres auteurs n’ont pas confirmé cette manière de voir.
On observe des sueurs, de l’amaigrissement, de la diarrhée, parfois au contraire une constipation particulièrement opiniâtre. L’hyperesthésie est fréquente, ainsi que les névralgies.
Les désordres psychiques produits par la morphine sont les uns passagers, les autres durables ; les premiers consistent en hallucinations de la vue, en états d’anxiété, ou une somnolence apathique dont le malade est difficilement tiré; ils succèdent à un abus momentané.
Les troubles psychiques durables, qui se rattachent au morphinisme chronique sont caractérisés par un affaiblissement des facultés intellectuelles et morales; la volonté surtout est diminuée, ainsi que la mémoire. Le malade ne peut résister au désir, au besoin qui le tourmente; il ment, il emploie mille ruses pour se procurer le poison que l’habitude lui fait considérer comme indispensable à son existence. Il existe une véritable perversion morale : le morphinomane commet des indélicatesses, des vols ; souvent il fait des prosélytes dans son entourage, le mari fait des injections de morphine à sa femme, on a rapporté le cas d’une mère qui faisait des piqûres à son enfant âgé de trois ans. A côté de ces symptômes de déchéance physique et psychique, il faut
(1) Voir Paralysie générale , p. 604.
(2) Erlenmeyer, Morphinismus, 3e éd., 1887.
(3) Guimbail, Les morphinomanes. Paris, 1892.
(4) Levinstein, Allg. med. Cenlr. Zeit. 1879. N0 27.