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DÉLIRE ALCOOLIQUE. FOLIES ALCOOLIQUES

Nous examinerons les manifestations délirantes et les formes d’aliénation mentale qui peuvent être une conséquence plus ou moins directe de l’alcoolisme.

g l«r. — IVRESSE.

L’un des premiers effets de l'intoxication par l'alcool est, on le sait, de provoquer l'ivresse. Nous dirons peu de choses de cet état si bien décrit par différents auteurs, et surtout par Delasiauve.

L 'ivresse suit de près l’absorption de l’alcool ingéré en quantité t excessive; elle se manifeste d’autant plus vite que les individus se livrent moins souvent à des excès alcooliques. On doit admettre aussi que certaines boissons spiritueuses exercent sur le système nerveux une action plus rapide, et développent quelquefois des accidents plus graves.

L’état ébrieux, d’après le Dr Fournier (1) auquel nous emprunterons une partie de cette description, comporte plusieurs degrés qui consti-

I tuent en se succédant la scène complète de 1 ivresse.

À un premier degré ce sont des phénomènes d’excitation ; l’œil est brillant, la circulation s’accélère, la chaleur s’accroît, les idées se pressent; la parole, le geste s’animent, etc. Puis 1 individu éprouve un sentiment de vertige qui ne fait que s’accroître, l’intelligence s’obscurcit, les idées s’entremêlent, deviennent incohérentes, le bavardage devient inepte, et la raison, achevant de se perdre, ne tarde pas

(I) Alf. Fournier, article Alcoolisme du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques de Jaccoud. Paris, 1804, t. I, p. 011.

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à faire place au délire. Le visage trahit ce trouble profond des facultés, l'œil devient hébété, hagard, les paupières s'appesantissent et se ferment à demi. A ce moment l’individu n’a déjà plus la conscience de lui-même, il se livre à des actes extravagants.

Les facultés locomotrices subissent des troubles parallèles, il se produit un défaut d’équilibre; l’homme, encore maître de sa raison, sent ses jambes mal assurées et marche de travers, il cherche autant que possible à dissimuler cet état. L’incertitude du mouvement s’accroît bientôt et se généralise, les mouvements deviennent indécis, la langue s’embarrasse et l’articulation des mots est de plus en plus difficile. Puis la station devient impossible, et après plusieurs chutes l’ivrogne finit par rester à terre, sans pouvoir se relever, dans un état de résolution musculaire absolue.

La sensibilité générale et spéciale se pervertit, se déprime et s'éteint. Ce sont d’abord des tintements, des bourdonnements d’oreilles, des troubles de la vue : l’œil ne distingue plus qu’à travers un brouillard, n'apprécie plus les distances, voit double, elc., puis la sensibilité générale s’éteint totalement.

« L'abolition de la sensibilité sous l’influence de l’alcool, dit le Dr Marvaud (1), était un fait connu bien longtemps avant la découverte des anesthésiques, et la torpeur ébrieuse a été utilisée dans quelques cas pour pratiquer certaines opérations chirurgicales. »

A cette période de l’ivresse, la rougeur de la face, les battements des artères du cou, le gonflement des jugulaires, la contraction des pupilles, la somnolence, puis le sommeil profond, décèlent manifestement l’étal congestif qui se fait vers le cerveau.

D'abord accélérée, la respiration se ralentit, devient profonde, stertoreuse et embarrassée. La peau se couvre de sueur ; parfois des vomissements se manifestent, phénomène heureux en ce qu’il débarrasse le malade d’une partie de l'alcool ingéré.

Le dernier degré de l'ivresse est constitué par un état comateux d’où rien ne peut tirer le malade. L’intelligence, la motilité, la sensibilité, sont à la fois suspendues ; la température s'abaisse, la pupille se dilate, l’œil devient vitreux et atone. L’homme ivre n’est plus alors qu’un corps inerte, à face pâle ou livide, à pouls misérable, à respiration stertoreuse. Dans cet état on dit vulgairement qu'il est ivre-mort.

L’ivresse se juge habituellement par un sommeil profond pendant lequel se manifeste une transpiration abondante. Ce sommeil peut se prolonger seize, vingt-quatre et même quarante-huit heures dans les cas graves. Au réveil, si l’ivresse a été peu intense, le malade est guéri ; dans le cas contraire, il persiste pendant quelques jours un certain malaise, de la lourdeur de tête, de la courbature, accélération

(1) Marvaud, l'Alcool, 1872, p. 31.

légère du pouls, crapulnris febricula, anorexie avec pesanteur épigastrique, langue saburrale, bouche pâteuse, soif, vomissements, parfois aussi diarrhée bilieuse, symptômes qui indiquent l’intolérance du tube digestif. Ce malaise se prolonge quelque temps sous forme d’embarras gastrique accompagné parfois d'ictère.

La mort peut être le résultat de l'ivresse, elle se produit généralement au milieu de symptômes d’apoplexie comateuse, stertor, lividité, embarras de la respiration. Quelquefois elle est très rapide, elle peut même être subite. Ces cas ne s’observent qu'à la suite de grands excès, d’ingestion excessive d'eau-de-vie (un demi-litre, un litre et même au delà). Ils semblent même être favorisés par certaines circonstances étrangères, impression soudaine d'un froid rigoureux, émotion vive, colère, rixe, etc. Flourens pense que la suspension des fonctions se produit lorsque les toxiques et les anesthésiques portent leur action sur Je bulbe, et celte observation, d’après le Dr Racle, peut aussi s’appliquer à l’alcool.

Les enfants, les femmes, les sujets non habitués aux boissons spiritueuses sont rapidement étourdis par une faible dose d'alcool. De même la vacuité de l’estomac, les mélanges de vins de divers crus ou de diverses couleurs, l’animation du repas, l’excitation morale, etc., paraissent développer rapidement l'ivresse: il en est de même encore du passage subit d’un air froid à un air chaud (Alf. Fournier).

On a distingué deux sortes d'ivresse grave : l'une apoplecli forme est celle que nous venons de décrire; l’autre est la forme convulsive. Certaines liqueurs, d’après le l)r Lancereaux (1), l’eau-de-vie de grains, de genièvre, les vins frelatés additionnés d’alcool, peuvent donner lieu à la forme convulsive. Dans ce dernier cas le malade éprouve une céphalalgie intense, les yeux sont brillants, hagards, les tendons agités de soubresauts, puis il survient une attaque convulsive ordinairement violente.

Les mâchoires sont serrées l’une contre l’autre, et les convulsions ne tardent pas àapparaître, pouvant simuler une attaque d’épilepsie; les secousses convulsives s’étendent aux muscles de la face, aux membres, les dents grincent les unes contre les autres, une salive spumeuse, souvent sanguinolente, s'écoule de la bouche. L’attaque se prolonge plus longtemps que dans l’épilepsie simple; elle est quelquefois suivie de plusieurs autres qui se succèdent à court intervalle. Elle fait place presque toujours à des accès d’agitation et de délire furieux. Alors les malades brisent, déchirent, détruisent les objets qui se trouvent a proximité. Les convulsions et le délire furieux qui les accompagnent ou qui en est la suite présentent une telle intensité, qu il est nécessaire d’employer plusieurs personnes pour maîtriser le malade.

(1) Lancereaux, Dict. encyclop. des sciences mcd., art. Alcoolisme.

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Dans cette forme d'ivresse convulsive, on a remarqué que les membres exécutaient, plutôt que dans l’épilepsie simple, de grands mouvements, se tordaient d'une façon extraordinaire ou étaient pris de raideur tétanique; etlesattaques convulsives décrites par lel)rLancereaux, dans l’absinthisme, se rapprochent des attaques hystériques. Quoi qu’il en soit, l’individu perd toute conscience de ce qui se passe, et lorsque l’attaque est terminée, il ne conserve plus le moindre souvenir du terrible désordre qui s’est emparé de lui.

Cet état si alarmant en apparence, dit le Dr Alfred Fournier (1), se juge presque toujours en quelques heures d’une façon favorable. Ainsi, sur dix-huit cas observés par Parcy, aucun ne fut mortel. Le danger le plus réel consiste dans les blessures graves que se font ces malades pendant leurs accès.

A l’autopsie de ceux qui succombentà la suite de l’ivresse, on trouve tous les signes de la congestion cérébrale et pulmonaire et parfois une hémorrhagie méningée.

En résumé, l'alcool porte son action sur les centres nerveux. L’intelligence est atteinte la première, puis les fonctions locomotrices sont troublées, et d’abord aux membres inférieurs ; les mouvements respiratoires ne sont modiliés qu’en dernier lieu.

L’altération fonctionnelle du système nerveux cérébro-spinal domine la série progressive des phénomènes morbides. A mesure que Falcool s’accumule dans le système nerveux, les fonctions cérébro-spinales se pervertissent, s’affaiblissent et s’éteignent.

Les phénomènes vasculaires ne suffisent pas à eux seuls à expliquer les désordres du système nerveux. L'ivresse, dit Claude Bernard, ne peut être considérée uniquement comme une conséquence des modifications de la vascularisation générale qu’on observe pendant sa durée. Elle tient à la présence de l’alcool dans le sang et à son action directe sur les éléments nerveux.

Mais en quoi consiste cette action ? Certes, dans l’état actuel de la science, il serait difficile de répondre à une semblable question. On a émis les explications les plus hasardées.

On a invoqué une altération organique des éléments nerveux euxmêmes, la compression des fibres et des cellules nerveuses par les vapeurs alcooliques ayant une tension élevée (2); la propriété pour les substances alcooliques de stupéfier, de cataleptiser les fibres nerveuses; car, ajoute Molescbott, la pensée est un mouvement de la matière, et les fibres cérébrales entrent en vibration sous l’influence delà pensée et de la volonté ; l’alcool, après l’avoir excité, arrête ce mouvement de vibration. D’après le même auteur, les anesthésiques et l’alcool agissent de la même façon.

(1) Fournier, op. cit .

(2) Coze, op. cit

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Toutes ces théories, dit le Dr Marvaud, ne reposent que sur des hypothèses hasardées, et il y a lieu d’attendre de nouvelles recherches.

En résumé, l’alcool agit sur le système nerveux : 1° par des modifications particulières qu’il apporte à la circulation cérébrale ; 2° par une action directe sur les éléments eux-mêmes, action encore inconnue dans sa nature et indéterminée dans ses caractères, mais qu’il est permis de rattacher sans douteàune lésion organique, soit passagère comme dans l’alcoolisme aigu, soit persistante comme dans l’alcoolisme chronique (1).

On doit constater seulement, ajoute le même auteur, que les phénomènes initiaux de l’intoxication alcoolique sont les troubles de l’intelligence et l'incertitude des mouvements. Ces résultats indiquent que le cerveau et le cervelet sont atteints en premier lieu, car il n'est pas besoin de s’appesantir sur le rôle que les physiologistes l'ont jouer au cerveau, comme centre des facultés intellectuelles, et sur la faculté plus discutée cependant, dévolue au cervelet, comme centre d'équilibre et de coordination des mouvements.

Nous n’insisterons pas davantage sur les données de physiologie pathologique, qui ne peuvent encore reposer que sur des hypothèses plus ou moins ingénieuses ; on les trouvera exposées avec clarté dans le mémoire du Dr Marvaud, et nous reviendrons à l’étude symptomatologique, que nous avons plus particulièrement en vue.

L’ivresse présente des formes très diverses suivant les individus; le vin est gai pour l’un, triste pour l’autre, violent pour celui-ci, tendre pour celui-là. Elle peut varier suivant les formes sous lesquelles l’alcool est ingéré, et les mélanges auxquels on l’associe. L'ivresse par l’eau-de-vie est plus profonde, par l’absinthe plus turbulente et plus agressive, etc. (2).

Folie transitoire. — L’ivresse peut aussi donner lieu à de véritables accès de folie transitoire (3), sous l’influence desquels l’individu présente un trouble des facultés plus ou moins considérable. On le voit alors commettre des actes fort dangereux, dont il ne conserve le plus souvent qu'un souvenir extrêmement confus, et qui peuvent donner lieu à des actions judiciaires dans lesquelles le médecin est appelé à intervenir. Entre l’ivresse proprement dite et 1 accès de folie transitoire qui peut en être la conséquence, il existe des nuances parfois très difficiles à apprécier; et celui-ci ne diffère parfois de l’ivresse que par sa durée qui dépasse l’effet ordinaire des boissons enivrantes.

En parcourant la relation des faits de ce genre, épars dans les

(1) Marvaud, op.cit., p. 41.

(2) Fournier, op. cil.

(3) Voir Manie transitoire, p. 280.

recueils, il ne paraît pas bien difficile, au point de vue pratique, de séparer la folie transitoire, suite de l'ivresse, de l'ivresse proprement dite, et par conséquent de lui enlever le caractère d'imputabilité que la loi française assigne à l’ivresse (1).

Dans tous les cas de délire transitoire, dans ceux particulièrement qui surviennent à la suite d’excès alcooliques, les individus ne conservent qu'un souvenir très confus des circonstances au milieu desquelles les actes qui leur sont reprochés ont été commis. Ils ne peuvent se rappeler que d'une manière imparfaite les impulsions violentes qui les ont dominés, et presque toujours, après l'accès, ils tombent dans un état de prostration, de stupeur et d'hébétude.

Une femme citée par Toi 1 , éprouvait, dès qu’elle avait bu, un désir irrésistible de mettre le feu à quelques maisons ; dès que la crise était passée elle avait horreur d’elle-mème ; néanmoins elle n’avait pas commis moins de quatorze incendies.

Cette folie transitoire s’observerait plus souvent, d’après quelques auteurs, à la suite d'excès isolés et non habituels.

C’est sous l'influence d’un semblable délire qu’un certain nombre d’individus sont pris tout à coup d’idées impulsives brusques, et nullement motivées, auxquelles il leur est impossible de résister; on les voit alors se pendre ou se jeter à la Seine sans qu'ils puissent indiquer, une fois revenus à eux-mêmes, le mobile des actions qu'ils ont accomplies; ils affirment même qu'ils n'ont été guidés par aucune espèce de motifs, ils ont été dominés par une force dont ils ne se rendent pas compte et à laquelle ils ont obéi aveuglément. L’absinthe peut être regardée comme produisant à cet égard les effets les plus fâcheux.

L’un de nos malades nous offre un exemple caractéristique. Il est pris d’un délire transitoire, qui présente, chaque fois qu’il s’enivre, les mêmes caractères et ne dure que quelques heures. C’est un jeune homme âgé de vingt-neuf ans, bon ouvrier sculpteur et d’un caractère très doux; il boit de l’absinthe et s’enivre intentionnellement avec cette liqueur lorsqu’il est contrarié. Aussitôt que se manifeste l’excitation alcoolique, il devient méchant et violent, et il est préférable alors de le laisser entièrement livré à lui-mème sans lui faire la moindre observation. Dans cet état, en effet, il devient extrêmement dangereux ; ses idées n’ont plus de suite ; il marche devant lui sans but, leregard menaçant, frappant les murs avec son maillet de sculpteur et criant de toutes ses forces. L’orage s’apaise au bout de quelques heures, et après l’accès il ne lui reste qu’un léger embarras gastrique, un peu de fatigue, une perte complète de la mémoire pour tout ce qui s’est passé pendant la période d’excitation, et le regret profond des extravagances auxquelles il s’est livré.

(1) Marcé, Traité des maladies mentales, p. 639 et suiv.

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§ 2. — ALCOOLISME AIGU

L'alcoolisme aigu a reçu dilTérenles dénominations ; on l'a désigné sous le nom delirium I reviens (1), délire des ivrognes, folie ébrieuse, crapula polatorum, encéphalopathie crapuleuse, etc.

L’alcoolisme aigu se manifeste sous la forme d'accès, d'une durée plus ou moins longue, ordinairement à la suite d’excès alcooliques récents ;mais ces accès aigus apparaissent bien plus fréquemment chez les individus atteints d 'alcoolisme chronique , indépendamment d’excès alcooliques récents et sous la seule influence de contrariétés, d’impressions morales plus ou moins vives, ou d'une maladie accidentelle.

Il s’accompagne en général, surtout au début, d’un léger état fébrile et d'embarras gastrique : le malade est altéré; la langue est couverte d’un enduit saburral, quelquefois sèche; on observe de l’inappétence, une constipation opiniâtre; le pouls est quelquefois accéléré, la face injectée et la peau couverte de sueur, surtout dans les accès intenses.

La physionomie présente une expression en rapport avec les sensations, les idées et les hallucinations qui bouleversent l'esprit de l’alcoolique (Voir fig. 24); elle offre un mélange d'étonnement et d’hébétude; les actes sont naturellement en corrélation avec l’état d’agitation et sont plus ou moins désordonnés; l’insomnie est caractéristique et persiste longtemps, malgré les moyens employés pour la combattre; elle disparaît peu à peu, au fur et à mesure que diminue l’excitation.

L'accès d’alcoolisme aigu se développe en général brusquement, le malade arrive rapidement à un état de surexcitation violente ; on observe quelquefois des signes prodromiques qui apparaissent un ou deux jours auparavant, et qui consistent dans une sorte de malaise, d’inquiétude, de fatigue, avec des sensations douloureuses mal définies, de l’insomnie, des cauchemars plus intenses ; puis le délire éclate, plus ou moins violent, et avec les caractères qui lui sont propres.

Ce délire est très caractéristique, et il présente pour ainsi dire la même physionomie chez tous les malades. Ce qui lui donne un cachet particulier, ce sont les hallucinations de la vue et de l'ouïe, les terreurs qui les accompagnent, les actes violents qu'elles déterminent, entin les troubles de la sensibilité et de la motilité qui sont inséparables de ce désordre des facultés.

Les signes morbides, que nous avons décrits dans l’élude précédente, se présentent ici d'une manière plus intense et plus aiguë.

Le délire sensoriel est bien certainement le phénomène prédominant et le plus apparent; c'est celui qui frappe le plus 1 esprit du

(1) Rayer, Mémoire sur le delirium tremens. Paris, 1819.

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malade, et dont il conserve, surtout pendant les premiers jours, le souvenir le plus vivace. Ce délire présente souvent le caractère d’un délire systématisé aigu, suivant l’expression des auteurs allemands, en ce sens que les récits des malades s'enchaînent avec une certaine logique, malgré la rapidité des scènes qui se déroulent devant le malade. [Voir entre autres les observations détaillées que nous avons publiées ailleurs (1).]

Les troubles de la vue sont nombreux et pathognomoniques ; ils sont en rapport avec l’état de frayeur et d’angoisse. La mobilité et l’espèce de trémulation et de transformation, d’éloignement et de rapprochement, que présentent les images perçues par le malade, deviennent pour lui la cause d’une vive perplexité ; il les explique par la magie et la sorcellerie, et conçoit à l’égard de ceux qui l’entourent des sentiments de méfiance.

Une des singularités les plus remarquables et les plus caractéristiques de l’accès d’alcoolisme aigu, c’est la vue d'animaux qui prennent les formes les plus diverses et plus effrayantes les unes que les autres : chats, chiens, rats, bêtes féroces de toutes sorte, crapauds, araignées, sauterelles voltigent et sautent de tous côtés, grimpent après les murs, sortent du plancher, du plafond, et causent au malade une inexprimable terreur.

Les hallucinations de la vue cependant peuvent reproduire d’autres images, mais elles s’accompagnent toujours d'une excessive frayeur; ce sont des gens armés, des bandes d’assassins qui courent à la poursuite du malheureux halluciné et dont il cherche à fuir les redoutables menaces. Ou bien encore, ce sont des apparitions, des spectres, des fantômes, des tableaux sanglants, des scènes de meurtre, de carnage, dont le malade cherche en vain à éloigner de ses regards l’affreux spectacle.

On observe encore du côté de la vue d’autres désordres qui se rattachent à l’hyperesthésie des organes de la sensibilité spéciale; telles sont les lueurs, les flammes, les étincelles, la couleur rouge que revêtent les objets, les douleurs que les individus ressentent au fond des yeux et les sensations bizarres qu’ils accusent de ce côté. On peut enfin constater quelques-uns des symptômes déjà indiqués, tels que la diplopie, l’amblyopic, l’affaiblissement plus ou moins momentané de la vue, qui ne permet de distinguer les objets qu’à travers une sorte de nuage, de brouillard, etc.

Les hallucinations de l'ouïe sont également fréquentes et caractéristiques dans l'accès d’alcoolisme aigu ; les malades se plaignent de bruits insupportables, de tintements, de bourdonnements d’oreilles, de craquements, de coups de fusil, de sifflements, de bruits de trom-

(1) Dagonet, Du rêve et du délire alcoolique {Ann. mcd.-psych., 1889).

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pettes, etc., ou bien ils entendent des voix en rapport avec leur état de dépression morale ; ce sont des menaces de mort, des accusations de crimes imaginaires ; l’individu entend dire qu’il sera tué, guillotiné, mutilé, scalpé; qu’on le brûlera à petit feu, qu’on fera des boutons avec ses os, etc... ; il entend les cris sauvages et les hurlements des loups, des lions, des hyènes qui s’apprêtent à le dévorer; toutes ces sensations lui causent, on le comprend, la frayeur et l’agitation les plus vives.

« Le délire, dit le docteur A. Fournier, est en quelque sorte moulé sur les hallucinations; le malade crie au feu, appelle au secours, veut fuir les flammes, sauver les personnes du danger, etc.

» La tendance à s’échapper, qui en est le corollaire logique, se présente comme le phénomène le plus naturel et le plus remarquable. L’individu est ici conséquent avec son délire; il fuit les brigands, les voleurs, les animaux qui veulent le dévorer. Il se précipite par toutes les issues, et quelquefois, en raison du trouble des facultés qui dénature les objets extérieurs, il donne de la tète contre les murs, se jette par la fenêtre, dans la rivière, etc. Quelqu’un s’efforce-t-il de le contenir, il le prend pour un assaillant, et se défend contre lui. »

On a remarqué, qu’au milieu même de ces excitations désordonnées, au plus fort du délire, la conscience était rarement anéantie. En interpellant vivement le malade, en lui parlant haut et sur le ton de l'autorité, on peut presque toujours fixer son attention et interrompre le délire. Mais la récipiseence n’est jamais que momentanée, les hallucinations et le délire ne tardent pas à reparaître.

La mémoire reste intacte, même au milieu des interprétations délirantes nombreuses et souvent confuses, au milieu desquelles le malade s’agite; et plus tard il peut, plus ou moins exactement, rendre compte non seulement des circonstances qui ont déterminé l’explosion du délire, mais encore des phénomènes psychologiques qui l'ont caractérisé.

La frayeur et l’angoisse sont, nous l’avons dit, l’un des phénomènes caractéristiques de l’accès d’alcoolisme aigu; elles présentent à des degrés variables.

L’individu est effrayé de ce qu’il sent et de ce qu’il perçoit, mais quelquefois aussi il a des frayeurs qui ne sont nullement motivées ; il ne sait pas pourquoi il a peur; il reste immobile, cloué à la même place, sans pouvoir indiquer la cause de sa terreur. C’est lorsque celle-ci est portée au plus haut degré qu’on voit ces malheureux marcher et courir devant eux, sans savoir où ils vont, brisant et frappant tous les obstacles qui s’opposent à leur fuite ; dans d’autres circonstances, on les voit se rendre simplement au poste pour réclamer de l’autorité aide et protection.

Les idées fixes sont naturellement en rapport avec les phénomènes

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que nous venons de décrire. Un grand nombre de malades sont dominés par Vidée du poison , et tout ce qui les entoure devient pour eux l’objet d’interprétations délirantes. D’autres sont en proie à des idées de suicide ; ils cherchent à se tuer, tantôt pour échapper à un danger imaginaire, tantôt pour obéir aux voix qu’ils entendent, qui leur disent qu’ils sont les plus méprisables des homme et qu’ils doivent disparaître par conséquent de la surface de la terre; ceux-ci périssent par accident parce qu’ils n’ont pas aperçu le danger auquel ils s’exposaient! ceux-là eniin s’ôtent la vie pour obéir à des impulsions isolées, absolument accidentelles et indépendantes de toute espèce de mobile.

Ce qui donne aussi à ce délire alcoolique un caractère spécial, ce sont les troubles de la motilité et de la sensibilité, extrêmement accentués dans les premiers jours, mais qui ne tardent pas à disparaître. Nous ne rappellerons qu’en peu de mots ce qui a été dit à ce sujet dans la première partie de ce travail.

Les troubles de la motilité que l'on observe dans le delirium tremens , ainsi que le remarque le docteur Fournier consistent presque exclusivement en une agitation convulsive du système musculaire. Le tremblement est surtout remarquable aux lèvres, à la face, à la langue, aux mains et dans les membres. De là, ajoute l’auteur que nous citons, des troubles fonctionnels corrélatifs : la parole est saccadée, l’attitude incertaine, les mouvements indécis, les malades sont maladroits; s’ils veulent boire, ils ne portent le verre à la bouche qu’avec de grands efforts, et répandent une partie du liquide; s'ils marchent, la progression est mal assurée, vacillante et ne se fait pas en mesure. La contraction musculaire en un mot manque de précision, de coordination ; elle est pervertie plutôt que diminuée. Dans quelques cas, le tremblement se généralise et constitue une sorte de frémissement universel; ’e malade semble alors vibrer tout entier sous la main (I).

En même temps ces individus ressentent une céphalalgie ordinairement violente, accompagnée quelquefoisde vertiges, d’étourdissements, et d'une insomnie opiniâtre que rien ne peut vaincre.

Les troubles hyperesthésiques se manifestent avec une intensité plus ou moins grande; les malades se plaignent de sensations pénibles, circonscrites à une région ou généralisées, superficielles ou profondes, qu'ils désignent presque toujours par une dénomination bizarre.

Ils accusent des fourmillements, des picotements, des démangeaisons à la surface de la peau, qui leur font croire que leurs habits sont pleins de vermine, que leur corps est couvert de fils qu’ils déroulent s’en pouvoir s'en débarrasser ; ou bien ce sont des souffrances plus violentes situées plus profondément, une sensation de brûlure, de morsure, de crampes des doigts, des membres, des mollets, enfin de véritables

(!) A. Fournier, op. cil.

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douleurs fulgurantes qui semblent siéger dans la continuité des os. Toutes ces douleurs extraordinaires augmentent la violence du délire et l'intensité des interprétations erronées. On peut encore observer des mouvements spasmodiques, des soubresauts des tendons cL des secousses que les malades comparenlà des commotions électriques.

Tels sont, à un point de vue général, les symptômes qui caractérisent l’accès d'alcoolisme aigu; ils présentent naturellement tous les degrés, toutes les nuances possibles; ils peuvent être portés jusqu’à l’état paroxystique le plus effroyable; mais ils disparaissent assez rapidement. Tantôt le délire est calme, à peine apparent; on ne constate qu'une sorte d’agitation, une vague appréhension, de l’insomnie, et le tremblement caractéristique ; tantôt au contraire le délire est des plus violents, l'individu est en proie à la terreur la plus épouvantable, obsédé par les hallucinations les plus effrayantes, dominé par les idées fixes les plus terribles qui le portent par suite aux actes les plus redoutables.

Delirium tremens fébrile. — Le docteur Delasiauve (1) a décrit de la manière suivante cette forme suraiguë de l'alcoolisme. « Ce qui distingue surtout cette forme, dit-il, c’est la prodigieuse activité nerveuse. Le malade n’a ni paix ni trêve; aucune partie du corps n’est exempte d'agitation. Les membres tremblent , la face vultueuse, rouge, violacée même, grimace par le frémissement prononcé des muscles, les yeux roulent dans les orbites. La peau chaude et brûlante s’humecte d'une sueur profonde, la langue peut conserver sa fraîcheur naturelle, mais elle est plus souvent desséchée et couverte, de même que les lèvres, de croûtes fuligineuses. Communément la soif est vive, inextinguible; la respiration est plus ou moins gênée, l'expression des traits indique une altération profonde. Quant au pouls, tantôt il est accéléré et déprimé, d'autres fois il contraste par son rhythme normal avec l’ensemble des symptômes. L'incohérence est complète, et tour à tour se peignent à l'esprit les scènes les plus désordonnées. Les paroles se pressent dans la bouche en phrases saccadées, entrecoupées et souvent inintelligibles. Le malade est dans un état d'incessante eide violente agitation, et pour le contenir on est obligé de l’attacher sur son lit ou de le faire maintenir par plusieurs personnes. Enfin on peut observer des secousses convulsives, des rigidités tétaniques et des crises épileptiques. »

Cette forme offre une gravité particulière et se termine fréquemment par la mort. De nombreux auteurs ont depuis insisté sur celte forme fébrile, parmi lesquels Marcé, Lasègue, etc. M. Magnan (2) s’exprime ainsi: « On s’accorde généralement à donner aux accidents sur- •aigus de l’alcoolisme la même dénomination de delirium tremens, dont

(1) Delasiauve, Revue medicale française et étrangère, 30 avril 185?.

(2) Magnan, De l'alcoolisme. Paris, 1874, p. 3.

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on admet deux formes : l'une, fébrile et grave l'autre apyrétique et généralement bénigne. »

La forme maniaque est la plus fréquente. Sous l'influence des hallucinations, des frayeurs qui ne cessent de l’agiter, des voix qu’il entend, le malade témoigne de l’incohérence la plus complète et se livre aux actes les plus désordonnés.

Dans la forme mélancolique la dépression est plus ou moins considérable, l'individu se croit en prison, s’imagine qu'il va passer devant un tribunal; on l'accuse de différents crimes. Il est sombre, inquiet, défiant, effrayé; il cherche à fuir, quelquefois même il conçoit des idées d'homicide et de suicide. A un degré plus élevé, sous l’influence des terreurs qui le dominent, des supplices qu'il redoute, épouvanté, il reste immobile dans un état de complète stupeur (Voir Stupidité, p. 344.)

Ces états peuvent se combiner entre eux et déterminer des formes mixtes; mais ces manifestations délirantes sont sans action sur la marche de la maladie, elles ne donnent lieu à aucune indication thérapeutique, elles n’ont qu’une importance secondaire.

« Les idées au caractère expansif, gaies ou ambitieuses, se montrent exceptionnellement, ajoute M. Magnan, chez les alcooliques aigus; dans l’alcoolisme chronique le délire ambitieux a plus d'importance puisque dans certains cas douteux, il peut faire craindre la tendance de l'alcoolisme chronique vers la paralysie générale. »

Epilepsie alcoolique (1). — L'une des formes les plus graves de l'alcoolisme aigu est celle qui s’accompagne de convulsions épileptiques ou épileptiformes.

L’épilepsie alcoolique se montre plus souvent dans l'alcoolisme chronique que dans l'alcoolisme aigu ; dans ce dernier cas, les altaques se manifestent, d’ordinaire, d'une manière accidentelle, et disparaissent avec la cause qui les a produites.

L’épilepsie alcoolique ne doit véritablement prendre ce nom que lorsqu’elle constitue une forme définitive, dans laquelle on voit les convulsions se reproduire, sans cause appréciable, comme par une sorte d’habitude acquise ; les attaques alors ne présentent pas une violence particulière, elles n’exercent pas enfin sur l’intelligence une atteinte plus profonde, et elles ne nuisent pas à l’existence plus qu’on ne l’observe dans d’autres circonstances. Cette variété d’épilepsie est 1 une des manifestations de l’alcoolisme chronique que nous étudierons plus loin.

« L épilepsie alcoolique, dit M. Magnan (2), n'est pas, comme on le pense généralement, la plus haute expression des troubles de la motilité chez les alcooliques; ce n’est pas le degré le plus élevé de cette trémulation générale que l’on trouve dans le delirium tremens ; c’est un

(1) A oy- p. 549 et, plus loin. Alcoolisme chronique .

(2) Magnan, loc. cil., p. 80.

accident d'un autre ordre qui se surajoute aux autres phénomènes moteurs. Il suffit pour s'en convaincre d’observer les circonstances an milieu desquelles les attaques se produisent. Tantôt elles surprennent les malades au début, tantôt au déclin de l’accès du délire alcoolique, quand le tremblement est peu accusé; d’autres fois, au contraire, elles se montrent au milieu de l’accès quand le tremblement est à son apogée; mais quel que soit le moment de l’apparition de l'attaque, le tremblement reste, après elle, ce qu’il était avant. »

Les attaques convulsives sont précédées, mais bien plus souvent suivies, dans l’alcoolisme aigu, d’un trouble intellectuel profond, dans lequel on peut remarquer une agitation considérable, l’altération des traits, un délire furieux, des hallucinations intenses et des impulsions au suicide et à l’homicide. Lorsque le délire a cessé, le malade ne conserve plus le moindre souvenir de ce qui s’est passé pendant son agitation.

Le délire impulsif peut être l’une des manifestations prédominantes de l'accès d’alcoolisme aigu ; on voit alors le malade dominé par des idées de meurtres ou des idées de suicide qui peuvent le rendre extrêmement dangereux. Ces impulsions violentes se rattachent dans ce cas directement à l’intoxication même ; elles cessent au bout de quelques heures, en même temps que disparaît l'accès d’alcoolisme. C’est un délire absolument transitoire, qui reconnaît comme cause l’irritation déterminée par l’alcool sur les diverses parties du système nerveux.

Le nommé II... avait été contrarié dans la journée, et s’était mis à boire de l’absinthe; dans la soirée, au moment de se coucher, il est pris d’une sorte de délire furieux; il sort de chez lui, nu-pieds, et armé d’une hachette pour aller tuer sa sœur, qui demeurait aune certaine distance de chez lui ; arrivé chez elle ses dispositions changent, il quitte la hachette et se laisse tranquillement reconduire à son logis. Il ne s’est d’ailleurs plus rappelé ce qui s'était passé sous l’influence du délire auquel il avait été en proie. Huit jours auparavant, à la suite des mêmes excès, il avait rêvé qu'on voulait tuer son frère, et il avait conservé de ce rêve la plus vive impression. Cet homme présentait d’ailleurs les signes de l’alcoolisme porté à un certain degré d’intensité: il avaitdes hallucinations caractéristiques, ilvoyaitdes animaux qui sautaient et subissaient toutes sortes de transformations ; on observait les mouvements spasmodiques des muscles de la face et le tremblement de la langue; il ressentait de la céphalalgie, des secousses dans les membres, des fourmillements dans les jambes, une sensation de bri’dure dans le corps, etc.

Nous verrons plus loin que c’est surtout dans l’alcoolisme chronique que l'on rencontre un affaiblissement de la volonté porté a un tel degré que les individus restent incapables d’opposer la moindre résistance aux désirs impulsifs qui peuvent les surprendre ; et c est là ce

PATHOLOGIE SPÉCIALE

qui rond encore plus graves certains accès d'alcoolisine aigu qui viennent, en quelque sorte, se greffer sur l’alcoolisme chronique.

L’accès d'alcoolisme aigu est généralement de courte durée. Ware estimait que sa durée moyenne oscillait le plus ordinairement entre deux et trois jours; il se prolonge parfois quatre à six jours, rarement au delà ; on l’a vu durer trois ou quatre semaines, mais ce sont des faits exceptionnels. L’exacerbation du délire a lieu surtout à l’approche de la nuit; enfin on peut observer des rémissions et des fluctuations notables.

La guérison est obtenue dans la grande majorité des cas; il est à remarquer que souvent, après la cessation des principaux accidents, on voit persister pendant quelque temps une disposition aux rêves, aux cauchemars, enfin à ces sortes d’hallucinations que l’on a désignées sous le nom d 'hypnagogiques. En un mot, le délire sensoriel tend à reparaître au moment où l'individu commence à perdre la possession de lui-mème, c’est-à-dire dans l’état intermédiaire à la veille et au sommeil, et l’agitation qui en résulte vient par suite empêcher un repos qui lui serait si nécessaire.

Les malades peuvent conserver dans la période de convalescence, pendant plus ou moins longtemps, une croyance absolue à la réalité des sensations erronées dont ils ont été le jouet; de même ils continuent à croire aux persécutions imaginaires, et aux tentatives d’empoisonnement dont ils se plaignent d'avoir été l’objet; ils affirment, par exemple, qu’on a mêlé à leurs aliments, à leurs boissons, des substances nuisibles.

Tant que l'insomnie et que celte disposition aux rêves et à ces fausses appréciations persistent, on ne doit pas considérer le malade comme guéri.

11 arrive quelquefois qu'après la cessation des accidents aigus, les désordres se continuent avec une physionomie toute différente, et qu’ils viennent alors caractériser l’une ou l’autre des différentes formes d’aliénation que nous décrirons plus loin ; mais, nous le verrons aussi, celles-ci peuvent encore se développer sans être nécessairement précédées de l'accès d’alcoolisme aigu.

La mort survient dans quelques circonstances à la suite de l’état d’excessive agitation et d’adynamie profonde qui en résulte, à la suite d une congestion cérébrale et pulmonaire, quelquefois consécutivement à des attaques convulsives ; la terminaison funeste s’observe surtout dans la forme suraiguë de cette maladie.

Les lésions anatomiques rencontrées à l'autopsie sont communément l'injection veineuse intense des méninges, la congestion du cerveau et des différents viscères; le sang est noir, poisseux, il ne s'oxydait pas et les malades semblent morts d’asphyxie. Ces lésions du sang sont l’effet direct de l’intoxication et paraissent bien autrement graves que

ALCOOLISME

les lésions des centres nerveux, qui sont souvent peu appréciables.

Le traitement de semblables accès doit consister dans l’usage de moyens calmants; les bains tièdes un peu prolongés, les lotions froides sur la tète, de légers purgatifs; s'efforcer de conserver les forces du malade par une alimentation appropriée, par le lait ; telles sont les indications qui nous ont paru devoir être suivies en pareille circonstance. L’opium, les médicaments actifs, le chloral, auxquels on pourra recourir souvent avec succès, présentent parfois des inconvénients.

Le traitement moral doit agir, autant que possible, concurremment avec le traitement médical. Rassurer le malade, calmer par toutes sortes d’égards et de paroles affectueuses ses angoisses et ses sinistres appréhensions, lui faire comprendre que ce qu’il ressent dépend uniquement d’une surexcitation cérébrale, relever son moral déprimé, le placer dans les conditions d'isolement les plus favorables pour lui faire reprendre le calme intérieur et la possession de lui-même, éviter les moyens de contrainte, telles sont les conditions que l’on cherche à remplir avec avantage, et qui permettront dans la plupart des cas d’abréger la durée de la maladie.

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