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ALIÉNATION MENTALE DANS L'ALCOOLISME CHRONIQUE

Nous avons dit que l’aliénation mentale pouvait se manifester à la suite de l’accès d’alcoolisme aigu; mais souvent aussi elle se développe en dehors de cet accès, et comme une conséquence de l’excitation entretenue par les habitudes d’intempérance. Il ne faut pas oublier non plus que, là surtout, les causes de surexcitation sont nombreuses et leur action complexe, et que l’on doit tenir grand compte de la part commune qu’elles apportent au développement de la maladie.

On doit placer en première ligne la prédisposition héréditaire dont l’influence est, on le comprend, extrêmement marquée et dont le rôle pathogénique se manifeste au milieu des impressions morales, des désordres, des scènes violentes, des pertes d’argent, des difficultés d’existence, delà ruine et de la misère qui rendent l’habitude de l’ivrognerie plus invétérée. Les débiles supportent mal les excès alcooliques, et on a fait de cette action de l’alcool un critérium du cerveau invalide ; enfin, en dehors de la prédisposition héréditaire, on peut rencontrer diverses affections physiques , les coups, les chutes, les blessures, la frayeur et l'irritation qui en résultent. Dans l’examen étiologique, il faut faire la part de ces différentes influences; ces dernières agissent de la même manière que chez les débiles, parce que le système nerveux présente dans ces conditions une force de résistance moindre.

Les formes d’aliénation mentale les plus diverses peuvent être la conséquence des excès de boisson; elles présenteront les caractères propres à chacune d’elles, mais dans un grand nombre de circonstances, il sera possible à des signes particuliers d’en reconnaître l’origine alcoolique.

(1) Morel, Traité des maladies mentales , p. 251.

Morel a voulu assigner aux folies alcooliques , comme il les a appelées,un caractère spécial, ce que l’observation clinique ne parait pas justifier. Dans son essai de classification étiologique des maladies mentales, cet auteur a admis un groupe, qu’il aintitulé aliénation mentale par intoxication. Suivant lui (1), dans les troubles intellectuels qui sont dus aux diverses substances ébriantes ou toxiques on remarque, plus que dans toute autre variété de folie, la manifestation des relations intimes qui existent entre la nature de la cause et le trouble fonctionnel ou de l’organe. Il en résulte des symptômes propres, et il se produit invariablement dans la sphère des fonctions physiologiques et intellectuelles, des désordres et des troubles qui sont identiquement les mêmes chez tous les individus soumis à ces causes. Il ajoute : « L’ingestion des liqueurs alcooliques suscite, chez les individus, des perturbations identiques du système nerveux : tels sont le délire avec hallucinations spéciales, troubles du système digestif, tremblement des membres, anesthésies partielles, convulsions, contractions et finalement la mort (1). »

Morel s’est borné, on le voit, à décrire dans ce groupe des folies par intoxication alcoolique les signes mêmes de cette intoxication; mais il n’a cherché nulle part à démontrer ce que pouvaient avoir de particulier, sous ce rapport, les diverses espèces d’aliénation causées par les excès de boisson. Il n’a pas examiné, en vue d’étayer son système de classification, si, en dehors des accidents qui se rattachent à l’alcoolisme aigu ou chronique (qui doivent être alors considérés comme une complication, et qui peuvent ne pas exister), il existait pour les folies d'origine alcoolique, au point de vue surtout du délire, des signes particuliers assez bien caractérisés pour déceler, dans tous les cas, l’origine alcoolique.

Les habitudes d’intempérance et les excès plus ou moins répétés d’alcoolisme aigu entrent, nous l’avons dit, pour une part très importante dans le développement de la folie; c’est un fait incontestable, que de nombreuses statistiques ont mis hors de doute. Un grand nombre d’individus atteints de mélancolie, de stupeur, de manie, de paralysie générale ne doivent leur maladie qu’à ces déplorables excès; mais les différentes formes d’aliénation mentale dont ils ont été atteints, ont-elles présenté une physionomie spéciale, un caractère particulier? C’est ce que nous avons cherché à examiner, et dans ce but nous avons consulté les observations de plus de trois cents aliénés, qui avaient fait des excès alcooliques avant le développement de leur maladie ; nous résumerons ci-dessous le résultat de nos observations.

S’il est possible de suivre, dans la généralité dos cas, à travers les manifestations délirantes que présentent les aliénés, les traces de

(I) Morel, op. cit., p. 262.

PATHOLOGIE SPÉCIALE

l’intoxication dont ils peuvent être atteints, on n’en doit pas moins reconnaître qu’en dehors de ces signes, la folie ne présente pas de physionomie caractéristique. Celle-ci, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, peut débuter à la suite d’un accès d’alcoolisme aigu ou sous l’influence de l'intoxication chronique, et alors les symptômes qui la caractérisent se mélangent à ceux qui se rattachent à l’alcoolisme; d’autres fois, au contraire, elle se développe consécutivement à des excès de boisson qui n’ont, pas déterminé une véritable intoxication, et dans ces cas on peut observer quelques particularités que nous indiquerons succinctement.

Nous devons ajouter que les individus atteints d'aliénation mentale peuvent aussi commettre, sous l’influence même de leur excitation maladive, des excès de boisson, et être pris alors d’une attaque d’alcoolisme aigu plus ou moins caractérisée. On voit, dans ce cas, celle-ci se manifester avec les signes qui lui sont propres : l'insomnie, les hallucinations, les frayeurs, le tremblement spécial, etc. ; et, une fois l’accèsd’alcoolismcpassé, l'individu présente de nouveau lesidées fixes, les aberrations de la folie momentanément interrompue, ou plutôt masquée par le nouveau trouble mental qui était venu se greffer sur elle.

Pour Baillarger, il existe des folies congestives qui ne sont pas la première période de la paralysie générale, mais qui sont, dit-il, encore moins des folies simples.

Manie congestive. — Il a proposé de donner le nom de manie congestive à des accès d’aliénation mentale caractérisés par de l'excitation maniaque, avec prédominance d’un délire des grandeurs diffus, contradictoire, incohérent, présentant peu ou point d’embarras de la parole et pouvant se terminer par la guérison.

Cette manie congestive différerait de la paralysie générale par l’absence ou le peu d’intensité des troubles de la motilité, et par la terminaison moins constamment funeste. Elle différerait de la manie simple par sa gravité, parce qu’à côté de quelques cas de guérison il y en aurait un grand nombre qui aboutiraient à la démence paralytique; elle en différerait aussi, parce que le cerveau présenterait encore un état spécial de congestion (1).

Marcé a fait également l’observation que l’alcoolisme donne lieu, dans quelques cas, à des formes de délire grave qui simulent la paralysie générale, et que le médecin doit être sur ses gardes lorsqu’il s’agit de fixer le pronostic; car, dit-il, en dehors de l'alcoolisme, lorsqu'il existe un délire ainbilieux bien accusé, la guérison ne doit être considérée comme sérieuse qu’après une longue épreuve ; elle est en somme une rare exception (2).

(1) A. Foville, Folie des grandeurs, p. 48.

(2) Marcé, Traité des mat. ment., p. 477.

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Baillarger cite (1), à propos de la paralysie générale, des observations de manie congestive qui avait été confondue avec la paralysie générale, et dont la guérison s'était parfaitement maintenue.

Tout en pensant que la manie congestive constitue une maladie à part, qui ne doit pas être confondue avec la paralysie générale, Baillarger reconnaît cependant qu’elle y prédispose et quelle y conduit le plus souvent.

Nous avons vu cette affection se manifester dans quelques cas d'alcoolisme, à la suite par exemple d’attaques épileptiformes; les symptômes simulent alors ceux de la paralysie générale avec laquelle on la confond entièrement, surtout si l'on ne peut avoir de renseignements sur les antécédents et le début des accidents, sur les attaques épileptiformes, sur les habitudes du malade, etc.

La manie congestive, suite d’alcoolisme, peut se présenter avec les manifestations délirantes les plus variables ; le délire ambitieux n’en est pas le caractère inséparable, pas plus qu’il ne l’est de la paralysie générale elle-même. Quelquefois on observe les alternatives d’idées ambitieuses et de préoccupations hypochondriaques, de dépression morale et de stupeur panophobique qui rappellent à la fois la physionomie de l’accès d'alcoolisme intense, et celle de la paralysie générale.

Le diagnostic de la manie congestive donne lieu certainement à des difficultés sérieuses, et le médecin, pour fixer son opinion, doit avoir présents à l’esprit les symptômes qui se rattachent particulièrement à l’alcoolisme : tels sont les troubles de la motilité et de la sensibilité, les crampes dans les mollets, les hallucinations spéciales, rares dans la paralysie générale, lorsque surtout celle-ci ne reconnaît pas une origine alcoolique ; enfin il importe de rechercher soigneusement les commémoratifs.

Sans insister plus longtemps sur ce sujet, nous résumerons rapidement les considérations qui se rattachent à la paralysie générale dans ses rapports avec l’alcoolisme.

Paralysie générale. — Cette redoutable affection peut certainement être une conséquence des excès alcooliques ; les faits observés ne laissent aucune espèce de doute. Dans quelle proportion cette cause agit-elle? C’est ce qu’il nous a été impossible de rechercher; toutefois cette proportion nous parait être moins importante que pour les autres formes d’aliénation. Nous croyons en effet qu’il existe pour la paralysie générale, dans la grande majorité des cas, bien d’autrescauses et une prédisposition particulière en vertu de laquelle la paralysie générale peut se développer indépendamment de toute cause déterminante. On n'en doit pas moins admettre que les excès alcooliques

(1) Baillarger, Appendice au Traité des maladies mentales , de Griesinger.

o72 PATHOLOGIE SPÉCIALE.

peuvent amener cette prédisposition en provoquant des accès répétés de congestion cérébrale.

La paralysie générale d’origine alcoolique présente, avec les signes qui lui sont propres, tantôt le délire ambitieux et expansif si caractéristique, tantôt la forme hypochondriaque ou la démence paralytique.

Marcé croit avoir remarqué que, dans la paralysie générale, suite d’alcoolisme, on notait au début une intensité plus grande des ondulations fibrillaires des muscles vocaux ; il ajoute en outre qu’il existe chez plusieurs une sorte de retentissement de l'intoxication primitive et des hallucinations très intenses (1). Mais, pour cet auteur, ces diverses nuances sont insuffisantes pour constituer une espèce à part, et bientôt la maladie retombe dans la symptomatologie qui lui est habituelle.

Il n’est pas rare en effet d’observer, surtout au début, le tremblement plus marqué des muscles de la face et des mains, les hyperesthésies qui rappellent d'une manière plus ou moins accentuée les accès d’alcoolisme aigu. La paralysie générale alcoolique paraît avoir en général une marche plus rapidement progressive, et semble déterminer un trouble des facultés plus profond.

On rencontre souvent chez de tels malades une forme complexe présentant à la fois les symptômes de l’alcoolisme, ceux de la stupeur panophobique et ceux de la paralysie générale.

L’attitude est alors caractéristique, l’individu reste immobile, la physionomie revêt une expression d’étonnement et de frayeur; et lorsqu’on pénètre au fond de sa pensée, on retrouve, au milieu de la confusion des idées, les signes de l’alcoolisme et les préoccupations ambitieuses et puériles qui caractérisent la paralysie générale.

Cette affection, nous l’avons déjà fait remarquer, peut offrir à certains instants, comme les autres formes d’aliénation qui dépendent de la même cause, de véritables attaques d’alcoolisme aigu. Rien n'est alors plus curieux que de voir ces nouveaux accès se manifester avec leur physionomie habituelle, et masquer momentanément les symptômes particuliers de la paralysie générale, qui reprend ensuite sa marche et sa symptomatologie ordinaires.

Le nommé B... est un exemple remarquable sous ce rapport : sa mémoire est affaiblie, sa parole embarrassée; il a, dit-il, 40 00;) francs de rentes, des valeurs italiennes en quantité, etc. A certains moments, il est pris d’un accès d’alcoolisme violent ; il a alors des visions effrayantes, il voit des animaux monstrueux, il assiste à des batailles épouvantables, il croit en même temps recevoir des coups sur la tète; puis l’accès passé, la maladie dont il est atteint reprend ses symptômes habituels.

(1) Marcé, op. cil., p. 023.

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La paralysie générale, lorsqu’elle est arrivée à sa dernière période, détermine on le sait, dans le plus grand nombre de cas, des attaques épileptiformes qui mettent tin à l’existence du malade ; quelquefois même ces attaques se produisent sans perte de connaissance.

Ces convulsions peuvent aussi se montrer au début même de la paralysie générale, et il n’est pas rare de les rencontrer dans les cas compliqués d'intoxication alcoolique.

La prédisposition héréditaire joue le plus souvent un rôle dans le développement de cette maladie et lui donne une gravité particulière.

Stupidité. — Nous avons étudié, dans un autre chapitre, cette forme particulière qu’on a désignée sous le nom de stupidité ; nous l’avons également examinée dans ses rapports avec l’alcoolisme, aussi nous bornerons-nous à de courtes indications.

La stupeur est souvent liée à un simple accès d’alcoolisme aigu ; dans ce cas elle s’accompagne d’un délire intense et d’hallucinations violentes. Les malades, plongés dans une sorte de sombre prostration, restent des heures entières dans l'immobilité la plus complète et se montrent incapables d’aucun acte de volonté ; cet état alterne souvent avec des périodes d’agitation et de délire furieux, sous l’influence desquelles l’individu peut commettre des actes fort dangereux.

En dehors de l’accès d’alcoolisme aigu, la stupeur, suite d’excès de boisson, peut se manifester comme une forme définitive d’aliénation mentale, et elle présente, dans ce cas, quelques particularités intéressantes.

Habituellement, la stupeur alcoolique guérit plus facilement que celle qui est due à d'autres causes.

On retrouve les hallucinations spéciales, les interprétations délirantes et les symptômes qui dépendent de l'alcoolisme, la céphalalgie, le tremblement et les mouvements convulsifs des muscles de la face et des diverses parties du corps. Elle s’accompagne souvent aussi, comme Magnus Huss en fait la remarque, d’une teinte ictérique de la peau, et d’une coloration violacée des muqueuses ; on peut enfin observer des impulsions an suicide , motivées ou non motivées, et plus ou moins indépendantes de manifestations délirantes ; on rencontre encore comme élément de diagnostic différentiel les troubles de la sensibilité générale.

11 n'est pas rare d’observer, dans cette forme particulière de stupidité, des idées ambitieuses mêlées à des idées contraires de terreur et à une dépression morale évidente.

Pour les autres formes d’aliénation que les excès de boisson peuvent déterminer, nous retrouverons à peu près les particularités que nous avons déjà résumées.

Manie. — La manie, comme la mélancolie, quelle que soit la cause qui lui ait donné naissance, présente nécessairement les caractèresqui

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lui sont propres; les symptômes ne diffèrent pas essentiellement de ceux que l’on rencontre habituellement.

Elle n’accuse l’origine alcoolique que par la persistance même des signes particuliers que l’intoxication a pu développer.

La manie consécutive à l’alcoolisme s’accompagne souvent d'idées prédominantes de grandeurs. Les malades, incohérents, irritables, manifestent des préoccupations ambitieuses ; ils se croient riches, décorés, et donnent sans cesse les marques de la plus grande satisfaction.

De temps à autre ils éprouvent des hallucinations spéciales ; ils voient des hommes armés, entendent des menaces qui les jettent dans la plus vive frayeur; ils ressentent enfin dans différentes parties du corps les sensations douloureuses caractéristiques de l’alcoolisme, telles que coups d’épingle dans les jambes, secousses électriques, etc. En général la manie, suite d’alcoolisme, lorsque surtout elle revêt un caractère nettement ambitieux, présente, au point de vue de la durée, un pronostic peu favorable.

Mélancolie. — La mélancolie, en dehors des symptômes particuliers de l’alcoolisme, ne présente pas de signes distinctifs dignes d’ètre signalés.

En général, sous l’influence de l’intoxication alcoolique, les manifestations délirantes sont plus accentuées ; la peur, la frayeur, l’angoisse, symptômes prédominants de l’accès d’alcoolisme aigu, peuvent persister après la disparition de cet accès ; elles viennent alors s’ajouter comme un nouveau phénomène aux autres éléments qui constituent le délire mélancolique.

Celui-ci peut se montrer, dans quelques circonstances, comme la prolongation et le reflet de l’accès d’alcoolisme. Le malade continue à entendre les mêmes menaces, les mêmes injures; il a les mêmes hallucinations spéciales de la vue, il voit des animaux qui veulent le dévorer ; il accuse les personnes qui se trouvent autour de lui d’être la cause des sensations extraordinaires qu’il éprouve.

Quelques malades conservent la conscience de l’affaiblissement de leur volonté, de cette espèce d'impuissance où ils sont de réagir contre les impulsions qui les dominent, et d’éloigner les idées fixes et les pensées dangereuses qui viennent sans cesse assiéger leur esprit; ils se plaignent amèrement de cette sorte d’automatisme auquel ils sont réduits ; en même temps on observe chez eux de la céphalalgie, des crampes, des étourdissements, et quelques autres accidents sur lesquels il nous paraît inutile de nous arrêter plus longtemps.

11 existe chez tous ces malades un changement profond de caractère, et cette modification du caractère est, nous l’avons dit, une des conséquences les plus fréquentes des habitudes d’intempérance.

En définitive, la mélancolie de cause alcoolique ne présente pas de

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caractères qui lui soient propres ; mais elle oITre des particularités et une physionomie qui peuvent en faire soupçonner l’origine ; il serait d'ailleurs difficile de la reconnaître en dehors des renseignements commémoratifs et de la présencenettement accentuée des symptômes caractéristiques de l’intoxication alcoolique.

Délire des persécutions. — Cette forme est très fréquente et son pronostic peu favorable. On reconnaît l’origine alcoolique à la présence des symptômes sur lesquels nous avons insisté et par l’anamnèse. Les idées de persécution plus ou moins Lien systématisées s’accompagnent d’hallucinations multiples et de troubles de la sensibilité générale : elles sont entremêlées d’idées ambitieuses. Parmi les idées délirantes caractéristiques, les auteurs ont attiré l’attention sur les idées de jalousie : les persécutés alcooliques accusent leurs femmes d’inconduite, ils interprètent, dans ce sens délirant, les moindresfaits, et se laissent entraîner souvent aux actes les plus dangereux.

Démence. — La démence est une des conséquences fréquentes de l’alcoolisme chronique et des accès d'alcoolisme aigu ; elle offre naturellement des symptômes variables, en rapport avec les différentes lésions qui peuvent atteindre le cerveau.

Avec la démence, quelle que soiL d’ailleurs la nature de la lésion organique du cerveau, on voit survenir et s’accroître tous les signes de l’affaiblissement intellectuel, la diminution et la perte de la mémoire, la confusion, puis l’incohérence des idées, l’hésitation et l’empâtement de la parole, le tremblement souvent considérable des doigts, au point que les malades ne peuvent plus tracer la moindre lettre; l’hébétude de la face et l’insignifiance des traits; l'absence de toute conscience surtout de l’état de dégradation morale, intellectuelle et physique; une sensiblerie puérile qui porte l’individu à pleurer lorsqu'il essaye seulement de bégayer quelques mots ; une faiblesse musculaire plus marquée d’un côté ou de l’autre; enfin, cet état se complique le plus souvent d’attaques de congestion cérébrale oubien d’attaques épileptiformes ; dans un grand nombre de cas, la marche devient celle d’une paralysie progressive.

A travers cet affaiblissement de toutes les facultés, on peut voir persister quelques accidents se rattachant à l’intoxication alcoolique; des troubles spéciaux de la sensibilité générale et spéciale réapparaissent de temps à autre, et se manifestent avec une intensité plus ou moins grande. Mais les explications inintelligibles fournies par les malades rendent alors très diflicile l’appréciation exacte de semblables sympLômes. Ces formes de démence, compliquées de paralysie, ne peuvent plus se distinguer de la paralysie générale arrivée à une période avancée.

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