‹ Traité des maladies mentalesChapitre 80 sur 115 · I. — Signes physiques · texte numérisé non relu

I. — Signes physiques

Les symptômes, tirés des lésions du mouvement, forment pour ainsi dire le caractère pathognomonique et ce sont ceux que nous examinerons tout d’abord.

Embarras de la parole. — La gène apportée à la prononciation, à l articulation des mots, est souvent le premier signe qui frappe l'attention de l’observateur; c’est un symptôme d'une très grande importance et que l’on ne parvient quelquefois à reconnaître qu avec beaucoup d’habileté, quand l’embarras de la parole est peu marqué.

On l’observe, d’après Baillarger (1), à des degrés diflérents, parfois longtemps avant l’invasion d’autres troubles. Les malades sont, a certains moments, arrêtés brusquement pour la prononciation do quelques mots. 11 leur faut faire un grand effort, et, cet eflort surmonté, leur parole devient brusque et précipitée.

h' hésitation de la parole ne serait pas due, suivant Baillarger, à un

(1) Baillarger, Appendice à la traduction du traite de Griesinger, p. G24.

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commencement de paralysie de la langue, mais elle serait le résultat d’un état spasmodique, étendu à une partie plus ou moins grande du système musculaire. Toutefois l’hésitation de la parole, en tant que phénomène spasmodique, aurait beaucoup moins de gravité, tandis que l'embarras de la parole, une fois établi, ne disparait plus jamais complètement.

C’est un symptôme précurseur auquel on doit attacher la plus grande importance; mais il ne faut pas oublier qu’on peut l’observer dans d’autres circonstances, par exemple chez des sujets faisant des excès alcooliques, chez des malades atteints de pertes séminales, enfin chez certaines personnes sous l’influence d’une émotion intense.

A cette simple difficulté dans la prononciation de quelques mots, de quelques syllabes, à cette espèce de bredouillement, de bégaiement, qu’on retrouve surtout dans l'ivresse, on voit bientôt succéder Y embarras de la parole définitif, bien caractérisé.

Le malade fait des efforts considérables pour répondre aux questions qu’on lui adresse ; les mots sont précipités, ou il les prononce lentement, en traînant ; il répète les syllabes de certains mots avant de les achever ; il dira par exemple : je voa-ou-ou-re-con-nais. Pour peu qu’on le presse, il bégaye et devient inintelligible. Il est aussi des mots difficiles, par exemple prononciation, brigade d'artillerie , que le malade est dans l’impossibilité absolue d’articuler. A un degré plus avancé, l’articulation devient encore plus difficile ; l’individu fait les plus grands efforts pour dire quelques mots, il contracte tous les muscles de la face. Le langage finit par n’être plus intelligible, et il est impossible de deviner ce que le malade veut dire.

L’embarras de la parole est un des symptômes les plus caractéristiques. C’est un trouble de coordination qui dépend, il est à peine nécessaire de le faire remarquer, de la paralysie des muscles qui concourent à l’articulation. Ces muscles, ainsi que le fait observer Broca, sont souvent paralysés à un degré suffisant pour produire de grands troubles du langage, sans que la langue ait cessé d’exécuter les mouvements d’ensemble ; les malades peuvent tirer la langue, la porter à gauche, à droite, et cependant leur parole est très altérée. Pour parler, il ne suffit pas en effet de pouvoir contracter les muscles de l’articulation, il faut pouvoir les maîtriser entièrement et leur imprimer des mouvements de précision, extrêmement délicats et combinés de mille manières; de sorte qu’un trouble d’innervation qui, pour les membres ne produirait qu’un affaiblissement à peine appréciable^ peut, lorsqu’il existe pour la langue, amener une altération très notable de l’articulation. C'est pourquoi aussi, le tremblement de la voix et la difficulté de la parole constituent très fréquemment le premier symptôme physique, quelquefois même le seul, du début de la paralysie générale

PARALYSIE GÉNÉRALE

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. Letlrâ <1 L|n paralytique, à une période de délire ambitieux; abondance „f;rJ“SCU e,; a dfbi,.ité menta,e est très prononcée; oubli dun mot à la preet a la seconde ligne. La femme du malade est concierge.

La voix présente elle-même des modifications caractéristiques, elle peut devenir nasonnée, chevrotante comme dans l’égophonie, ce qui tient à des phénomènes de même ordre, à la paralysie des muscles du voile du palais ou des cordes vocales.

A côté du trouble d’articulation, il faut penser aussi aux troubles qui dépendent de l'affaiblissement psychique. Schüle a bien fait ressortir certains de ces troubles intéressants et souvent caractéristiques :

« Dans le domaine psychique de l 'écriture et de la parole, dit-il, on doit mentionner les paragraphies et les paralexies de certains paralytiques (souvent observées au début). Les malades faussent les mots en les lisant, sans être le moins du monde aphasiques; les mots composés de plusieurs syllabes sont surtout dénaturés. Ils ne peuvent écrire les mots qu’ils entendent qu’en les estropiant, ensuite ils ne peuvent plus les relire. Ils peuvent encore compter d’une façon mécanique, mais ils se trompent dans les calculs les plus simples, si l’intelligence I doit intervenir (1). » Le paralytique ne s’aperçoit pas des erreurs qu’il commet, il est incapable de suivre le sens des phrases qu’il lit.

Plus tard, les paralytiques répètent souvent certains mots dénaturés ou dénués de sens, avec des gestes monotonies, et dans un éternel refrain : c’est Yaphasie maniaque de Wernicke.

Nous reproduisons quelques spécimens de Y écriture des paralytiques. On verra qu’au début le paralytique (fig. 25) passe des mots, des syllabes (2); plus tard les modifications de l’écriture tiennent plus particulièrement aux troubles de la motilité, ils ont un caractère organique, les lettres sont tremblées, irrégulières; enfin l’écriture devient illisible (fig. 26 et 27).

Tremblement. — En même temps que l’hésitation et l’embarras de la parole se produisent, on ne tarde pas avoir apparaître le tremblement musculaire. Il affecte particulièrement la langue, la face, les membres inférieurs et supérieurs. Si l’on fait tirer la langue au malade, on remarque d’abord que ce mouvement, au lieu de se faire régulièrement et en quelque sorte d’un même coup, a lieu par une succession de mouvements désordonnés. En outre, si l’on engage le malade à maintenir la langue au dehors, on observe à la surface de l’organe des mouvements vibratiles, venniculaires , comme les a appelés Baillarger, sortes d'ondulations qui se produisent principalement sur les parties latérales. Le tremblement se remarque surtout d’une manière très manifeste dans les muscles qui entourent la bouche, lorsque le malade s’apprête à parler, ou quand il cesse de le faire; les lèvres, les joues, les paupières sont le siège de cette trémulation, mais on l'observe particulièrement à la lèvre supérieure au moment où l’individu veut s’exprimer.

(1) Schüle, Traite des maladies mentales, p. 335.

(2) Voir chapitré Symptomatologie, p. 102.

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Fig. 27. — Écriture très tremblée, presque i'llisible(3e période de laimladie). Il s'agil d’un trouble paralytique (mécanique); la lettre h du mot charcuterie, à la troisième ligne, montre le tremblement en zigzag d’une manière fort nette. Cett " écriture est un spécimen d ’agraphie ataxique.

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Le tremblement fibrillaire se manifeste aussi dans d’autres parties du corps ; on peut le constater lorsqu’on fait appliquer à plat, sur une table, le bras de certains paralytiques, et lorsqu’on examine avec soin le trajet des extenseurs. On reconnaît alors que les muscles sont agités de contractions presque imperceptibles. Joint aux troubles particuliers des facultés, à l’embarras de la parole et à d’autres signes que nous aurons à indiquer, le tremblement constitue un des bons symptômes diagnostiques de la paralysie générale des aliénés.

Ce phénomène est plus marqué à certains moments; il est quelquefois dissimulé par la forme même du délire ; on le remarque dans l'état de repos plutôt que dans une conversation animée, en un mot, quand rien ne vient exciter le système nerveux, qui va s’affaiblissant. Le tremblement résulterait, suivant le Dr Judée (1), des efforts du système musculaire affaibli par l’envahissement de la paralysie. Tout effort considérable, d’un bras par exemple, exécuté dansletatde santé, est suivi, on le sait, du tremblement de ce membre, qui sera surtout sensible chez les personnes débilitées ou convalescentes.

Suivant Marey, la contraction normale du muscle se compose d’une série de secousses produites successivement, mais à de courts intervalles, si bien qu’elles se fusionnent, chacune n'ayant pas le temps de se produire en entier avant que la suivante arrive; de même les vibrations sonores disparaissent pour nos sens, dans le son continu qu’elles engendrent. Quant à la secousse elle-même, élément primitif de la contraction, elle est due à la formation, sur chacune des libres musculaires, d’une onde qui parcourt cette fibre dans toute sa longueur et semble être constituée par une sorte de tassement des disques de Bowman. Les secousses musculaires sont d’autant plus courtes, d’autant plus rapides et fréquentes, que l’excitation qui les a provoquées a été plus intense : elles seront faibles et prolongées, lentes et rares, en raison du peu d’énergie de l’excitant qui les provoque. Le tremblement musculaire ne serait autre chose qu’un mouvement musculaire naturel, une contraction normale, faible et décomposée en ses éléments successifs, par suite delà faiblesse et de la lenteur de l’agent stimulant.

En un mot, toutes les causes qui diminuent considérablement la puissance de l’excitation musculaire, donnent à la secousse delà contraction des caractères de plus en plus semblables aux secousses du tremblement; et ce qui prouve que cette modification du mouvement part bien du système nerveux et des centres de ce système, c’est que, si l'on vient à exciter directement les muscles ou les nerfs périphériques, le mouvement provoqué sera composé de contractions naturelles et sans tremblement. Telle est l'explication la plus ration-

(I) Judée, Union méd., 18G5, p. 151.

nelle que l'on puisse donner du tremblement de la paralysie générale et du tremblement alcoolique (1).

Affaiblissement musculaire. — En même temps, on ne tarde pas à constater l’affaiblissement progressif des extrémités supérieures et inférieures. La marche devient plus difficile, les membres sont plus raides; le malade se tient mal sur ses jambes, la démarche est lourde,^ mal assurée, il marche moins droit, il écarte les jambes pour mieux se tenir. Chez quelques paralytiques, la progression parait s’exécuter par une succession d’élans, et, quand ils essayent de courir, on les voit ne plus pouvoir se retenir ni s’arrêter.

A un degré avancé, la marche devient plus vacillante, les membres abdominaux tremblent dans la station verticale; bientôt enfin la station devient impossible, et les malades ne peuvent plus même rester assis dans un fauteuil, à moins d'y être fixés.

On observe, du côté des membres thoraciques, le même affaiblissement progressif. C’est d’abord un défaut remarquable de précision dans les mouvements. Le malade ne peut plus écrire ; il a de la peine à boutonner ses vêtements, il ne peut saisir de petits objets, il porte difficilement son verre à la bouche, on est obligé de le faire manger, le tremblement général se montre de plus en plus marqué.

A une dernière période, la paralysie s’étend aux muscles de la déglutition , à ceux du pharynx; elle se traduit par la difficulté d’avaler; les aliments liquides sont déglutis de travers, rejetés dans les fosses nasales; ils font entendre un gargouillement au moment oü ils pénètrent dans le pharynx, provoquent des quintes de toux et des accès de suffocation, par suite de l’introduction d’une partie des liquides dans le larynx. Les aliments solides finissent eux-mêmes par ne plus pouvoir être poussés dans l’estomac; ils s’amassent à la partie supérieure de l'œsophage et viennent comprimer le larynx.

On observe aussi des phénomènes paralytiques du côté de la vessie,' du rectum ; ils donnent lieu à l’incontinence d’urine, des matières fécales; d’autres fois à une constipation opiniâtre et à la rétention d’urine. Aussi faut-il toujours examiner le malade au point de vue de la nécessité du cathétérisme.

LeDrDescourlisv2) a recherché au dynamomètre l'étatde la force musculaire chez 54 parai y tiques généraux. Il est arrivé aux résultats suivants : les forces des paralytiques généraux sont diminuées le plus souvent dès le début de la maladie. L’affaiblissement porte sur les deux côtés, mais il y a moins d’écart entre la force de la main droite et celle de la main gauche qu’il n’y en a à l’état normal, preuve que le côté droit est le plus atteint et que la lésion porte surtout sur 1 hémisphère

(1) Ferrand, Union méd., 18G8, p. 790.

(2) Descourtis, L’état des forces chez les paralytiques généraux [Ann. méd.-psych.,

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gauche. La déchéance des forces ne suit pas une marche continue.; cependant chez les paralytiques qui ont des attaques, il y a, immédiatement après l’attaque, une paralysie absolue, et les forces reviennent petit à petit, sans atteindre le point où elles étaient auparavant. Mais chez ceux qui n’ont pas d’attaques, il y a des alternatives irrégulières, et des écarts parfois considérables montrent bien que, même en l'absence des attaques, la paralysie générale procède par poussées successives. Il arrive parfois que les deux côtés s’équilibrent, ou bien qu’un côté recouvre une énergie inaccoutumée, tandis que les forces de l’autre côté déclinent. Les accidents du gâtisme ne sont pas dus à un affaiblissement général de l’organisme ; on les observe alors que les forces sont encore conservées; de même ils peuvent manquer lorsque le dynamomètre marque un chiffre très inférieur.

[1 résulte des expériences de Duchenne (de Boulogne) (1), que l'irritabilité musculaire est conservée dans la paralysie générale, comme cela a lieu dans les paralysies consécutives aux lésions du cerveau; la contractilité musculaire peut être affaiblie ; mais elle peut se montrer encore très marquée, dans une période avancée de la maladie.

Le Dr Christian (2) démontre qu’en réalité l 'appareil musculaire tout entier est atteint simultanément et dès le début, et c’est là un des caractères pathognomoniques de la paralysie générale. Aussitôt que l’on constate l’embarras de la parole, on peut constater la gêne dans les mouvements du bras et dans ceux du membre inférieur. Seulement, dans les membres, ces troubles du début sont peu apparents, tandis que, dans l’appareil musculaire si délicat de la phonation, le moindre trouble fonctionnel est tout de suite évident.

Il n’y a pas là de paralysie à proprement parler, mais un état d 'ataxie, un défaut de coordination dans les mouvements. Lorsque, plus tard, les lésions encéphaliques ont progressé, lorsqu’elles ont déterminé des altérations secondaires, alors la parésie ou la paralysie véritable vient remplacer l’ataxie du début. La démarche est chancelante, les jambes sont projetées par secousses ou ne peuvent se détacher du sol, finalement le malade doit s’aliter.

Marcé avait déjà fait la remarque que cette paralysie ne ressemblait à aucune autre, que l’abolition de la contractilité musculaire n'était pas uniquement en jeu; qu’une fois assis ou couchés les malades remuent très bien les bras et les jambes, et que, dans les moments d’agitation, ils retrouvent des forces surprenantes; seulement il se produit un défaut de coordination.

L’état des réflexes tendineux varie suivant les différentes altérations

(1) Duchenne (de Boulogne), De l'électrisation localisée , 3° édit. Paris, 1872.

(2) Christian, Nature des troubles musculaires dans la paralysie générale des aliénés [Ann. méd.-psych., janvier 1870, p . 32).

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de la moelle que présente le paralytique général ; à une époque avancée de la maladie les réflexes sont abolis.

En résumé, dit Christian, la paralysie générale des aliénés n’est pas une affection de nature paralytique; le malade conserve jusqu’à la fin la volonté de contracter ses muscles et la possibilité de les contracter avec force.

Hémiplégie incomplète. — Les paralytiques généraux sont sujets à des attaques apopleclif ormes, avec perte plus ou moins complète de la connaissance; au bout de quelques heures la connaissance se rétablit, mais il reste fréquemment à leur suite des troubles paralytiques ou une hémiplégie. Cette hémiplégie semble tenir à des phénomènes congestifs des hémisphères et à de la compression cérébrale.

On voit souvent aussi les malades inclinés, pendant la marche, beaucoup plus d’un côté que de l’autre. Cette hémiplégie incomplète et transitoire paraît avoir lieu plus souvent à gauche, mais elle peut changer de côté ; elle semble se rattacher dans quelques casa l’hydropisie des ventricules ou à l’œdème cérébral, plus marqué à l'un ou à l’autre des deux hémisphères.

Les paralysies partielles cessent après la disparition des phénomènes congestifs ou avec la résorption de l’œdème cérébral.

Attaques paralytiques. — Les attaques, qui sont particulièrement fréquentes dans le cours de la paralysie générale, se rattachent à deux types, nettement caractérisés : ce sont des attaques apoplectiformes ou épileptiformes.

Les premières consistent en phénomènes congestifs, d’une durée habituellement courte. Au début de la paralysie générale, elles ont une importance très grande au point de vue du diagnostic; à une période plus avancée, elles reviennent plus ou moins souvent , suivant la forme clinique que revêt la paralysie générale et elles laissent après elles des troubles paralytiques plus ou moins marqués (paralysie partielle, embarras de la parole plus accentué, aphasie (1), etc.).

Dans les attaques épileptiformes , les mouvements cloniques et toniques sont limités habituellement à certaines régions (convulsions faciales, etc.), puis ils se généralisent. Ces attaques, sur lesquelles nous ne pouvons insister, se produisent souvent par séries, elles peuvent se succéder et constituer un état épileptoïde qui dure quelques jours. Elles présentent toutes les variétés possibles. L’état de conscience des malades varie aussi suivant l’intensité de 1 attaque, parfois même le malade peut répondre aux questions qu’on lui adresse, pendant l’état épileptoïde.

Les attaques épileptiformes sont d'un pronostic grave, elles peuvent être accompagnées de fièvre et de sueurs, et suivies de mort.

(1) Duhamel, Ue l'aphasie dans la paralysie générale. Thèse fie Paris, 1885.

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La température a attiré particulièrement l’attention des observateurs. Le professeur Mendel (1) dit que l'on espérait pouvoir distinguer à l’aide du thermomètre les attaques apoplectiformes des attaques épileptiformes. Charcot, IIanot(2) pensaient, enetfet, que pourcesdernières, il y avait toujours une élévation de température plus ou moins marquée, mais Mendel ajoute très justement qu'il a vu de nombreuses attaques épileptiformes sans élévation de température. Ce symptôme n’accompagne donc pas nécessairement l’attaque épileptiforme; lorsqu'il se produit, c’est principalement vers la fin de l'attaque. On peut observer 40 et 41°, lorsque la mort est proche, mais, malgré des températures élevées, tout peut revenir à l’état normal. Cette phrase de Charcot « que la mort suit les accès paralytiques, lorsque la température dépasse 40° », n’est donc pas applicable à tous les cas.

« L’élévation de température est d’origine cérébrale, elle est produite par les troubles de circulation qui affectent un centre thermique. Ce trouble (congestion veineuse, œdème) est certainement différent du trouble anémique de l’épilepsie.

Mendel fait remarquer aussi qu’un abaissement de température peut suivre l’attaque épileptiforme. Westphal a observé une température de 35°, 9 après une attaque d’une heure et demie.

Pupilles. — L’examen des pupilles présente, chez les malades atteints de paralysie générale, une véritable importance. On rencontre très souvent chez eux soit la dilatation, soit plutôt la contraction exagérée de l’ouverture pupillaire, qui peut être punctiforme (myosis); mais chez le plus grand nombre, c’est l’inégalité pupillaire que l’on observe. Ce symptôme est fréquent; on le remarque quelquefois dès le début de la maladie ; en général, cependant, il ne se présente (jue plus tard. Cette inégalité pupillaire indique, suivant la remarque de Baillarger, la différence des lésions dans les deux hémisphères, lésions (jui ne sauraient se produire à un même degré des deux côtés.

On doit aussi ne pas oublier que l’inégalité n’est pas un signe absolument constant ni pathognomonique; on peut la constater dans d’autres formes d'aliénation, en dehors de l’aliénation mentale, et même à l’état normal, où elle est plus fréquente qu’on ne le pense d’ordinaire. A la clinique de Breslau, le professeur Magnus (3) a noté 230 fois l’inégalité pupillaire sur 14 392 personnes venant se faire soigner pour les yeux. Parmi ces 250 personnes, si l’on retranchait les cas de paralysie générale, de tabès, de névralgie sus-orbitaire, hémicranie, atrophie des nerfs optiques, décollement de la rétine, ptosis, synéchies, etc., tous les cas enfin où les pupilles ne réagissent pas ou réagissent mal pour la lumière et l’accommodation, il restait 143 cas

(1) Mendel, Die progr. Paralyse. Berlin, 1880.

(2) Hanot, Gaz. médicale , 1873.

(3) Voir Reche, Inégalité pupillaire ( Deutsche med. Woch., 1893, n° 13).

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d'inégalité pupillaire, c’est-à-dire 1 p. 100, pour des personnes normales (85 hommes et 58 femmes), et cela à tous les âges de la vie.

D'après les recherches de Lasègue, l’inégalité pupillaire se produirait chez les malades atteints de paralysie générale, dans le tiers des cas.

L'examen ophthalmoscopique ne donne pas de résultats bien importants. Au début de l'affection, cependant, on a noté une injection rosée de la papille, un œdème péripapillaire, suivant la description de Galezowski. Nous ne parlerons pas de l’atrophie des papilles observée dans quelques cas compliqués de tabès (1).

Sensibilité. — La sensibilité est-elle altérée, et diminue-t-elle au fur et à mesure des progrès et de la marche de la lésion du mouvement? Les troubles delà sensibilité sont difficiles à constater, et nous ne possédons sous ce rapport que des données insuffisantes. Suivant Calmeil, ces troubles apparaîtraient les derniers et ne se manifesteraient que lorsque l'intelligence et les mouvements seraient déjà depuis longtemps lésés.

C’est un fait digne de remarque, dit le Dr Linas (2), que dans cette maladie qui atteint si gravement les fonctions musculaires, la sensibilité puisse demeurer intacte presque jusqu'aux derniers moments. Le plus souvent cependant, vers la fin de la deuxième période ou au début de la troisième, la sensibilité s’émousse peu à peu, pour s’éteindre presque complètement.

La sensibilité spéciale, celle des sens, de la vue, de l'ouïe, du goût, de l’odorat, paraissent en général conserver plus ou moins longtemps leur intégrité. Cependant le goût et l’odorat peuvent être pervertis et l’on voit les malades manger sans répugnance des choses repoussantes. S'il existe des signes de paralysie partielle, ils sont dus à diverses lésions, à celles des nerfs, etc.

L'état des réflexes varie suivant les altérations si variables de la moelle, qui viennent compliquer la paralysie générale. Le plus habituellement les réflexes diminuent.

H. — Troubles psychiques.

Les symptômes qui se rapportent à l’altération des facultés intellectuelles dans la paralysie générale sont bien plus remarquables que les troubles moteurs, et ils sont souvent caractéristiques.

Troubles intellectuels. — On peut tout d’abord les réduire à deux formes principales.

Dans la première, on trouve, dès le début, {'affaiblissement progressif des facultés, sans manifestations délirantes bien accentuées. Dans une seconde forme, on observe des idées délirantes souvent très mardi Pour l’examen du champ visuel, voir plus loin : Diagnostic avec la neurasthénie.

(‘l) Linas, Recherches clin, sur ta parai, gêner., 1858.

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quées et qui s’accompagnent tantôt d’un état d'expansion ou de dépression morale, tantôt d’un état d’agitation maniaque plus ou moins aigu.

Le délire est essentiellement variable et il peut revêtir toutes sortes de formes: mélancolie anxieuse, délire des persécutions (1), etc. Nous décrirons ici les formes particulièrement cai’actéristiques, le délire ambitieux, le délire hypochondriaque et l'excitation maniaque.

Délire ambitieux. — Le délire ambitieux, des grandeurs et de richesses, est le plus remarquable et le plus fréquent : il présente une physionomie véritablement significative. Il est empreint d’une exagération qui est à la fois insensée et ridicule ; Y affaiblissement des facultés qui l’accompagne ne permet pas aux malades d’entrevoir l’absurdité de leurs convictions et les contradictions singulières dans lesquelles ils ne cessent de tomber. Leur grandeur imaginaire fait un étonnant contraste avec leur faiblesse réelle; s’ils veulent parler, leurs muscles s’y opposent, s’ils veulent marcher, leurs jambes fléchissent sous eux; et malgré toutes les preuves d’impuissance que leur fournit leur triste infirmité, ils se disent d’une force herculéenne, ils prétendent être les meilleurs marcheurs, jouir d’une santé dont rien ne saux-ait approcher (idées d’euphorie, satisfaction morbide).

Les idées de grandeurs, que l’on observe dans la paralysie généi’ale, diffèrent essentiellement de celles qui caractérisent les délires systématisés ambitieux. Elles n’ont rien de logique ; elles n’ont aucune fixité, elles ne reposent sur aucun système, elles ne sont pas coordonnées. Loin de là, elles sont marquées au coin de la faiblesse intellectuelle; elles sont mobiles, fugaces, conti’adictoires, elles n’ont aucune espèce de base; elles offrent enfin, dans leurs manifestations, une uniformité qui les fait ressembler les unes aux autres, qui leur donne à toutes la même physionomie.

Dans la mégalomanie , le malade conserve toute sa foi*ce intellectuelle, ses idées ont de la suite, ses raisonnements pour expliquer sa grande élévation sont plus ou moins plausibles, le point de départ seul estfaux. Les idées sont invariables, elles s’enchaînentd'une manière logique ; le malade ne sort pas du système qui rattache toutes ses conceptions. C'est tout le contraire pour le paralytique général; les explications qu’il donne sont vagues, absurdes, insensées, on voit au fond la démence, l'affaiblissement intellectuel plus ou moins considérable.

Les paralytiques, dans la fornxe ambitieuse de leur délire, qui est la plus coiximune, ont un sentiment de vive et entière satisfaction ; ils sont heureux, extrêmement contents d’eux-mêmes. Ils forment des projets grandioses, gigantesques, absolument irréalisables. Ils s’élèvent bien au-dessus de leur condition sociale ; ou bien ils disent avec la joie la plus

(1) Voir p. 365.

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grande qu’ils sont les ouvriers les plus habiles dans leur métier; ils sont les meilleurs cordonniers, les plus grands tailleurs, les plus intelligents mécaniciens. Leurs idées ambitieuses prennent souvent les proportions les plus inconcevables; ils sont à la fois généraux, ministres, empereurs, dieux, etc. ; ils possèdent tous les talents possibles, ils ont des milliards, l’univers entier leur appartient, leur pouvoir n’a pas de bornes; leur force est extraordinaire, elle leur permet de soulever des montagnes, ils font cent mille lieues par jour. Un paralytique, cité par Trélat, commandait pour son déjeuner 2300 mètres de saucisses. Un de nos malades, qui avait des habitudes alcooliques, prétendait boire par jour G00 litres de vin et 100 absinthes; un autre affirmait que ses enfants avaient deux millions de mètres de hauteur, etc. Sous l’influence de ces idées, ils se livrent à des achats absurdes.

Ces malades n'ont aucune conscience de leur pénible situation et cette connaissance leur manque dans toutes les phases que suit leur maladie. Ils sont incapables de réflexion, et quand ils sont arrivés au dernier degré de leur affection, qu'ils ne peuvent plus soulever leurs membres, exprimer leurs idées, lorsqu’ils sont couverts d’eschares, on les entend bégayer encore des paroles par lesquelles ils tentent d’exprimer une félicité sans bornes.

Ce délire des paralytiques, en dehors même de tout autre symptôme, a une Aaleur considérable, comme l a fait observer Baillarger, souvent même il a servi à diagnostiquer la paralysie générale dès le début de son apparition.

« N’est-ce pas une chose bien singulière, dit cet auteur, que ces idées d’ambition qui sont le prélude presque constant de la destruction lente de l’intelligence et des mouvements? Le délire ambitieux, précurseur de la paralysie générale, s’observe dans les conditions les plus différentes. L’explication de ce délire est encore à trouver. Dans un très grand nombre de cas il se manifeste à la suite de poussées de congestion cérébrale; on l’observe avec les mêmes caractères d’absurdité chez les individus les plus misérables, comme chez les hommes qui appartiennent aux professsions libérales. M. Moreau a observé un épileptique qui avait des idées de grandeur à la suite de chaque attaque (1). ><

Les hallucinations, quoique peu fréquentes, se remarquent à certaines périodes, et surtout dans certaines formes de paralysie générale, celles par exemple qui s’accompagnent d’excitation maniaque.

Telle est la manifestation délirante la plus commune; on avait même pensé qu’elle était essentiellement caractéristique; mais, plus tard, les observateurs ont signalé une autre forme de délire aussi remarquable, le délire dépressif, hypochondriaque, sur lequel Baillarger a particulièrement appelé l’attention.

(1) Baillarger, Appendice au Truité de Griesinger, p. 617.

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Délire hypochondriaque. — Ce délire a aussi une sorte d’uniformité, une physionomie particulière que l’on retrouve à peu près la même chez tous les malades; ce sont les mêmes idées fixes, les mêmes préoccupations tristes. Ils sont affaissés, découragés, ils refusent de manger, prétendent qu’ils n’ont plus de bouche, plus de ventre, plus d'intestins; les aliments ne vont plus dans l’estomac, la digestion est devenue impossible, ils ont le fondement bouché, ils sont morts, ils sont même entrés en décomposition, et ils prétendent exhaler une odeur cadavérique.

C’est une sorte de micromanie qui peut être opposée au délire ambitieux. Tout est absurde dans ce délire hypochondriaque. On observe en même temps les signes qui caractérisent la lésion du mouvement, le bégaiement, l’embarras de la parole, l’inégalité pupillaire, l’affaiblissement intellectuel, la perte de la mémoire, etc. Ces malades maigrissent rapidement ; ils sont facilement atteints d’affections gangréneuses. Ce délire dépressif avec prédominance d’idées de négation se combine et alterne le plus souvent avec des idées de grandeurs et de richesses. Un paralytique, cité par Baillarger, se plaignait d’avoir l’anus bouché, le prépuce enlevé, puis il se vantait en même temps d’avoir une érection éternelle, de posséder une chambre toute dorée, etc.

Baillarger reconnaît, d'ailleurs, que ce délire dépressif peut être d’une nature toute différente chez les paralytiques; mais cette forme d'hypochondrie, par sa fréquence relative et ses caractères spéciaux , mérite de prendre dans ses rapports avec la paralysie générale une place à part; elle peut être dans quelques cas un signe diagnostique d’une grande importance.

Les conceptions délirantes dépressives, plus ou moins hypochon driaques, entraînent souvent de fâcheuses conséquences. Beaucoup de malades refusent avec plus ou moins d’énergie de prendre des aliments et quelquefois il faut recourir à l’emploi de la sonde œsophagienne. Le plus grand nombre, pour peu que le délire se prolonge, ne tardent pas à tomber dans un état de marasme cachectique.

Nous devons ajouter que le délire dépressif peut être porté dans quelques circonstances jusqu’à l’état de stupeur (1). Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet.

Non seulement on pegL observer dans la forme dépressive de la paralysie générale le mélange des idées ambitieuses et des idées tristes; mais il n’est pas rare de rencontrer une forme alternante et des périodes qui peuvent durer plusieurs jours, et même plusieurs semaines, pendant lesquelles le malade se présente sous ces deux aspects différents, tantôt en proie au délire ambitieux le plus carac-

(l) Voir Stupeur , p. 345.

PARALYSIE GÉNÉRALE

térisé, tantôt au contraire dominé par les idées fixes les plus pénibles et les plus déraisonnables. Mais il n’est pas difficile, à travers les conceptions délirantes, de constater les autres signes caractéristiques de la paralysie générale.

Excitation maniaque. — Une autre forme non moins fréquente peut se présenter dans la paralysie générale, c’est l 'excitation maniaque, si bien décrite par Bayle.

Les malades sont alors dans une agitation continuelle, c’est une mobilité de tous les instants; on les voit errer sans cesse dans les chambres de leur quartier, les cours, les corridors, les jardins qu’ils parcourent successivement et sans s’arrêter nulle part. Ils ne savent ce qu'ils font, où ils vont; ils brisent, déchirent, cassent tout ce qui tombe sous leurs mains. Ils expriment en même temps des idées ambitieuses.

Sous la dénomination d 'agitation spasmodique, Bayle décrit le degré le plus élevé de cette surexcitation musculaire. « Les malades sont dans un état d’agitation et de fureur aveugle, continuelle, incoercible... Ils frappent, brisent, cassent, déchirent... renversent tous les objets qu'ils rencontrent. .. l’appareil locomoteur tout entier exécute sans cesse les mouvements les plus violents et les plus désordonnés ; les malades chantent, crient, vocifèrent, s’agitent dans tous les sens, étendent, fléchissent les membres, se raidissent, frappent le plancher, impriment à leur tête desmouvements de toutes sortes... Laface participe toujours à ce désordre général, elle est décomposée et dans une agitation continuelle (1). » On peut en même temps observer de la céphalalgie, des vertiges, des attaques congestives de courte durée avec perte de connaissance, le tremblement fibrillaire de la langue, des lèvres, etc.

Cette excitation maniaque, qui peut se produire soit au début de la paralysie générale, soit aux différentes périodes que présente cette affection, vient masquer en quelque sorte les autres symptômes caractéristiques tels que l’embarras de la parole, 1 affaiblissement intellectuel, les préocupations ambitieuses, hypoehondriaques, et, par suite, il en résulte pour le diagnostic certaines difficultés et Ion doit alors attendre, pour porter un jugement autorisé, la fin de 1 excitation maniaque.

Telles sont, au point de vue de la lésion du mouvement et des troubles intellectuels, les particularités les plus saillantes de la paralysie générale.

Il nous reste à examiner succinctement la marche que suit cette affection, ses périodes, et diverses autres questions qui se rattachent à son histoire.

(I) Bayle, cité par Baillarger, op. cit., p. 623. Voir aussi Délire aigu, p. 2%.

Dagonet. — Maladies mentales.

PATHOLOGIE SPÉCIALE

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