‹ Traité des maladies mentalesChapitre 82 sur 115 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Le traitement de la paralysie générale ne présente malheureusement que des indications d’une efficacité douteuse; il n’existe pas d’agent thérapeutique capable d’enrayer les progrès de cette triste maladie ; le traitement devra en quelque sorte se résumer dans l’emploi des moyens préventifs et hygiéniques.

Si cette affection résiste presque toujours aux médications les plus actives dirigées contre elle, il est cependant possible, dans un grand nombre de cas, d’en ralentir la marche.

La première condition à remplir est surtout, au début de la maladie, d’isoler le malade, de l’éloigner de sa famille, de 1 empêcher, particulièrement, dans la période d'excitation, de se livrer aux écarts de conduite et aux excès de toutes sortes auxquels son aflection l’entraine facilement. Les discussions, les émotions, les reproches que lui attire de la part des personnes qui 1 entourent sa conduite désordonnée et qui est pour tous un objet de surprise douloureuse, toutes ces causes irritantes ne peuvent que hâter les progrès de la maladie.

Les médications les plus diverses ont été employées contre la paralysie générale. Bayle, convaincu de la nature inflammatoire de la maladie, proposait les saignées, les purgatifs, et ce mode de traitement, malgré le peu de succès qu’il en a retiré, a été préconisé aussi par Calmeil.

(1) Schüle, Sectionsergebnisse. Leipzig, 1874.

PATHOLOGIE SPÉCIALE

Les sétons, les moxas, les onctions mercurielles, les vésicatoires appliqués sur une large surface du cuir chevelu, qui ont surtout été mis en pratique en Allemagne, n’ont pas donné de résultats plus satisfaisants. Esquirol avait repoussé ces moyens comme dangereux, et comme pouvant donner lieu à des méningites promptement mortelles; il en est de même pour l’émétique à haute dose, employé par Royer-Collard et qui fut bientûtabandonné, parce qu’il aggravait l’état des malades. Rech, après avoir fait de nombreuses expériences avec la digitale, avait fini par renoncer aussi à i’emploi de ce moyen.

L'iodure de potassium n’a pas donné les résultats favorables qu’on en attendait, pas plus que les frictions mercurielles dans les cas où la syphilis avait été notée dans les antécédents du malade.

On devra donc, avant tout, placer le paralytique dans les conditions les plus favorables de tranquillité. Tout en ne le laissant pas livré à lui-même, il importe qu’il puisse prendre le plus d’exercice possible ; les mouvements, la fatigue corporelle tendent toujours à diminuer l’excitation cérébrale. Les bains tièdes, d’autant plus prolongés que l’excitation sera plus longue, exerceront une influence heureuse. On pourra recourir aussi à quelques médicaments calmants, au chloral, mais avec certaines précautions et après avoir examiné l’état du cœur.

La maladie, tendant à faire des progrès, il est utile de recourir aux ioniques et de prendre toutes les précautions hygiéniques, qui sont habituellement indiquées, lorsqu’il s’agit de combattre l’état de faiblesse croissante et de stimuler les différentes fonctions.

On surveillera particulièrement le régime alimentaire : on choisira des aliments d’une digestion facile, on défendra toute nourriture irritante et les boissons alcooliques, mais, on le comprend, il y a là des indications individuelles.

Le traitement de la paralysie générale sera surtout celui des symptômes prédominants que la maladie présentera. L’état congestif, les attaques, serontjeombattus par l’application de quelques sangsues, l’emploi de légers purgatifs, au besoin par les injections d’ergotine.

On veillera à ce que les fonctions s’accomplissent aussi bien que possible ; on sondera le malade s’il y a de la rétention d’urine; l’incontinence des matières et de l’urine nécessiteront des soins particuliers. On le lotionnera avec de l’eau phéniquée,on le saupoudrera d’amidon, on tachera d’éviter les eschares en surveillant le couchage ou à l’aide de matelas d’eau; et, si elles se produisent, on fera des pansements appropriés avec de la poudre de quinquina, avec de l'iodoforme, etc.

C’est avec les soins d’hygiène que l’on empêchera de nombreuses complications et que l’on arrivera à prolonger la vie de ces malheureux malades.

Page 1