CHAPITRE XII
ÉTATS CONGÉNITAUX. IMBÉCILLITÉ, IDIOTIE
Synonymie. — Imbecillilas, Fatuilas inyenii (Sagar, Vogel). — Versandesschivache, Dummheit , Blôdsinn, Schwachsinn.
Ce serait à tort que l’on comprendrait, parmi les aliénés, les individus atteints d'idiotie (1). Les idiots sont, pour le plus grand nombre, des êtres affligés d’anomalies variables de l’axe cérébro-spinal. L’imperfection de cet axe a entraîné celle des sens et des facultés intellectuelles.
L’idiotie se rencontre généralement à l’état sporadique; néanmoins, il est des contrées où cette affection semble endémique.
« Quoiqu’on n’ait encore, sur le nombre relatif des idiots dans divers pays, que des données doublement insignifiantes, et en ce que le chiffre des idiots n’a été que rarement distingué du chiffre des autres aliénés, et en ce que la démence a été souvent confondue avec l’idiotisme, il paraît assez bien établi que les pays de montagnes sont plus féconds en idiots que les autres régions. »
Esquirol a émis cette opinion rendue fort vraisemblable, parce que l’on sait du crétinisme, et par les observations suivantes :
En Norvège, les idiots de naissance entrent pour un tiers dans le nombre total des aliénés;
En Écosse, et dans le pays de Galles, le nombre des idiots est plus considérable qu’en Angleterre;
Dans le département des Basses-Alpes un préfet comptait, en 1800, 3000 crétins (2).
A Paris, où l’idiotie est sporadique, on trouve dans les hôpitaux 1 idiot sur 29 aliénés à peu près; 1 sur 39 d’après M. Calmeil. Sur 1002 aliénées admises à la Salpêtrière pendant quatre ans moins trois mois, on ne trouve que 36 idiotes (3). De 1804 à 1814, les relevés du même hospice présentent 98 idiotes sur 2804 aliénées admises (4).
(1) Dans ce chapitre nous avons reproduit en partie, l’excellent travail de M. le docteur Barth, notre ancien interne de Stéphansfeld (Thèse de Strasbourg, 1862).
(2) Parchappe, Recherches statistiques sur les causes de l’aliénation mentale. Houen,
(3) Pinel, Traité de la manie, 2e édit., tabl. gén. des aliénés.
(4) Calmeil, Dict. de méd., en 25 vol.
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A l’asile de Stéphansfeld, sur 3398 aliénés nous avons trouvé 63 idiots et 93 imbéciles.
Il ne faut pas confondre les expressions d 'idiotie et de crétinisme. Cette dernière dénomination ne doit servir qu'à désigner la dégénérescence spéciale dont le crétin des Alpes est le prototype, et qui se montre surtout à l'état endémique. Nous décrirons dans le chapitre suivant cette forme particulière de dégénérescence.
Divisions. — Quelques auteurs ont admis une idiotie congénitale el une idiotie consécutive ; d’autres ont divisé l'idiotie en deux genres; idiotie propre et imbécillité .
Esquirol avait d’abord classé les idiots en deux séries : dans la première sont les imbéciles , dans la seconde les idiots proprement dits. Dans la première série, l’organisation est plus ou moins complète, les facultés intellectuelles et sensitives sont plus ou moins développées ; les imbéciles ont des sensations, des idées, de la mémoire, des affections, des passions et même des penchants, mais à un faible degré. Ils sentent, ils pensent, ils parlent; ils sont susceptibles de quelque éducation. Dans la seconde série, l’organisation est incomplète, les sens sont à peine ébauchés; la sensibilité, l’attention, la mémoire sont nulles ou presque nulles.
Les idiots n’ont qu'un très petit nombre d’idées, limitées ainsi (pie leurs passions aux besoins instinctifs, qu’ils expriment par quelques gestes, par quelques mots, par quelques monosyllables ou par des cris. La raison ne dirige point leurs actions qui, peu nombreuses, se répètent par habitude ou par imitation (I .
Ailleurs, Esquirol donne une division en degrés, fondée sur un seul symptôme, la parole :
« La parole, cet attribut essentiel de l'homme, qui lui a été donnée pour exprimer sa pensée, la parole étant le signe le plus constamment en rapport chez les idiots, avec la capacité intellectuelle, donne le caractère des principales variétés de l’idiotie.
» Dans le premier degré de l’imbécillité, la parole est libre et facile; dans le second degré, la parole est moins facile, le vocabulaire plus circonscrit.
» Dans le premier degré de l’idiotie proprement dite, 1 idiot n a à son usage que des mots, des phrases très courtes.
» Les idiots du deuxième degré n’articulent que des monosyllabes ou quelques cris.
« Entin, dans le troisième degré de l'idiotie, il n’y a ni paroles, ni phrases, ni mots, ni monosyllabes. »
Cette division des idiots, comme le dit Bücknill (2;, basée sur la faculté plus ou moins développée de la parole, est certainement con-
(1) Esquirol, Traité des mal. ment., t. II, p. 288.
(2) Bücknill et Ilack-Tuke, op. cil., Idiocy, p. 93.
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forme à l’observalion des faits; on peut rencontrer des idiots, il ne faut pas l’oublier, qui peuvent parler plus ou moins correctement, mais qui, sous d’autres rapports, appartiennent à un type très inférieur ; c’est là une faculté dont le développement dépend plus ou moins d’un instinct particulier de l’imitation, ce qui a lieu par exemple chez les perroquets.
Pinel (1) considère l’idiotie comme une maladie de naissance, caractérisée par la nullité morale et intellectuelle, mais présentant dans cette dégradation trois variétés distinctes :
1° L’abrutissement, état de dernière abjection humaine, où il n’y a ni sensations, ni sentiments de besoins physiques ;
2° La stupidité, où l'on trouve quelques perceptions, et au moins quelque sentiment des besoins physiques ;
3° La bêtise, se distinguant des deux états précédents par quelques fragments d’intelligence, et notamment par la possibilité de parler.
Ces trois degrés forment l’idiotisme qui, bien que congénital et incurable, est néanmoins susceptible de quelque amélioration, et presque d’éducabilité.
4° L’imbécillité a un caractère inverse, c’est-à-dire qu’elle affecte des individus qui ont eu leur raison, et va toujours en s’aggravant.
Dubois (d'Amiens) admet trois classes d’idiots : dans la première il place ceux qui présentent le plus haut degré d’abrutissement et sont réduits à l’automatisme ; la seconde comprend les idiots qui ne possèdent que des instincts; enfin, la troisième appartient à ceux qui offrent des instincts cl des déterminations raisonnées.
Spielmann (2 admet trois degrés :
Le premier degré comprend les faibles d’esprit, les imbéciles, die Beschrankten , die Schivachsinnigen;
Le deuxième degré renferme les individus stupides, die Stumpfsinnigen.
Enfin, dans le troisième degré, il place les idiots apathiques, die apatiscli Blôdsinnigen.
iloffbauer (3) admet cinq degrés pour l’imbécillité et l’idiotie. Griesinger pense qu’il est inutile de multiplier ces divisions, et d’admettre un trop grand nombre de groupes qui ne présenteraient entre eux que de très légères différences. 11 suffit, suivant lui, de distinguer les deux grandes catégories suivantes, faciles à reconnaître : 1° les cas graves, dans lesquels l’intelligence est nulle; 2° les cas légers où il y a simplement faiblesse intellectuelle.
(1) Pinel, Physiol. de l'homme aliéné , appl. à l'analyse de l'homme social. Paris,
(2) Spielmann, Diagn, der Geisleskran/ch., p. 2G8.
(3) Hoiïbauer, Méd. lé g. relative aux aliénés , trad. par Chambeyron. Paris,
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B. -A. Morel (1) admet trois catégories : les simples d’esprit, les imbéciles, les idiots.
Le simple d’esprit a un langage plus ou moins perfectionné, répondant à une intelligence qui se développe dans un cercle étroit, il est vrai, mais qui lui permet de se rendre utile encore et de remplir une fonction.
L’imbécile, plus restreint dans le développement de ses facultés intellectuelles, a un langage inliniment plus pauvre, et son but fonctionnel est amoindri dans la même proportion.
L'idiot, entin, n'aura plus que quelques mots à peine articulés; il exprimera ses sensations par des gestes, ou, à la manière des animaux, par des cris étranges qui frappent d’effroi et de stupeur celui qui les entend pour la première fois. Son but fonctionnel n’est pas seulement amoindri, il est nul ; et si l’humanité intelligente ne prenait pas ces êtres malheureux sous sa protection, ils périraient, faute de posséder l’instinct de leur propre conservation.
Nous nous arrêterons là, et nous ne citerons pas un plus grand nombre de classifications. L’on pourrait dire qu’il existe autant de divisions différentes qu'il y a eu d’auteurs qui ont écrit sur ce sujet.
Nous adopterons la division suivante, qui nous paraît la plus rationnelle, la plus conforme aux opinions émises par les autorités scientifiques en fait d'aliénation : Esquirol, Georget, Leuret, Parchappe, etc. Nous la reproduisons, mais en admettant quatre degrés dans l’idiotie, au lieu de trois que proposent les auteurs.
Premier degré. — Simplicité d’esprit. — Les simples d’esprit sont conformés comme tout le monde ; leur langage est plus ou moins perfectionné; ils ont des sentiments et ne sont pas dénués de sens moral ; ils deviennent facilement les victimes du charlatanisme et de la superstition.
Deuxième degré. — Imbécillité d’Esquirol. — Les imbéciles sont généralement bien conformés, et leur organisation diffère peu de l’organisation normale, mais leurs facultés sont extrêmement bornées.
Troisième degré. — Idiotie proprement dite d’Esquirol. — Défaut d'intelligence et de sensibilité, en rapport avec des vices d'organisation assez prononcés.
Quatrième degré. — Automatisme de Dubois d'Amiens). — Absence complète de facultés et d'instincts, coïncidant avec des vices d'organisation en général très prononcés.
§ 1er. — SIMPLICITÉ D’ESPRIT OU PREMIER DEGRÉ.
Nous renvoyons, pour la description de cet article, au chapitre Dégénérescence mentale , page 408.
(1) Morel, Études cliniques. Paris, 1851-53.
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§ 2. — imbécillité ou diojxième degré.
Définition. — Esquirol dit que l’imbécillité est lin état dans lequel les individus, par la faiblesse des organes destinés à la manifestation de la pensée, sont d'une médiocrité telle, qu'ils sont incapables de s'élever aux connaissances et à la raison communes à tous les individus du même âge, du même rang et de la même éducation qu'eux.
L’imbécillité est un état danslequél les facultés se sont développées jusqu’à un certain point, mais pas assez pour que les individus qui en sont atteints puissent s’acquitter convenablement de tous les devoirs de la vie sociale (1).
Selon Séguin (2) l’imbécillité est un arrêt du développement physiologique et psychologique.
Parchappe (3) défi ni t l'imbécillité un « affaiblissement de l’intelligence produit par une cause quelconque autre que la folie ».
Habitude extérieure. — Les imbéciles sont généralement bien conformés, et leur organisation diffère peu de l'organisation normale.
La conformation du crâne offre peu d'anomalies. Les cheveux sont ordinairement abondants; chez les uns ils sont crépus, chez les autres droits et couchés à plat sur le cuir chevelu, ou bien raides, s’irradiant dans plusieurs directions et récalcitrants à la brosse. La barbe est généralement peu fournie. La peau est blanche et souple. Dans la majorité des cas, les yeux sont petits, enfoncés dans l’orbite, sans vivacité et sans expression; le regard vague, incertain, se dérobe. La physionomie est empreinte d’un cachet d'indécision, et parfois de timidité, qui semblerait témoigner de la conscience de l’infériorité morale. On remarque rarement une disproportion entre les membres et le tronc.
Ces individus ont peu de soin d'eux-mêmes; leur mise est généralement négligée. La parole est ordinairement libre et facile, quelquefois cependant on observe un vice particulier de la prononciation.
Sens. — Les sens, s’ils ne sont parfaitement intacts, ne sont du moins que légèrement émoussés, et si les imbéciles ont souvent l’air de regarder sans voir et d'écouter sans entendre, cela ne tient nullement à l’imperfection du sens de la vue et de l'ouïe chez eux, mais plutôt à l’affaiblissement intellectuel qui ne leur permet que des sensations faibles et fugaces, et les rend incapables d'attention.
Motilité. — Les imbéciles ont généralement une enfance tardive et maladive, ils apprennent à marcher tard, et restent longtemps sans pouvoir articuler distinctement. Leur démarche est le plus souvent
;L Briand et Chaudé, Méd. lég., 10e édition. Paris, 1879.
(2) Séguin, Traitement des idiots. Paris, I84G.
(3; Parchappe, Traite théorique et pratique de la folie. Paris, 1841, p. 355.
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lente, ils sont embarrassés de leurs bras, tous leurs mouvements sont incertains et disgracieux. Ils sont très paresseux, et resteraient assis ou couchés toute la journée, si on ne les stimulait ; on dirait qu'ils ont peur de se mouvoir, tant il y a d'indolence dans les mouvements qu'ils font pour se lever et pour se mettre en marche; mais, une fois en mouvement, ils ne savent pas davantage s’arrêter.
Facultés intellectuelles. — Le succès ne vient jamais couronner les efforts qu’on fait pour développer l’intelligence de ces enfants. Ils n'apprennent à lire et à écrire qu'avec une grande difficulté. Les imbéciles sont incapables d'attention. Ils sont nuis par eux-mêmes, dit Esquirol, ils ne produisent rien, tous leurs mouvements intellectuels et
Fig. 35. — Imbécillité. Malade âgé de quarante et un ans, docile, vagabond.
(Collection du D1 Bonnet.)
moraux sont provoqués par des impulsions étrangères. Ils ne pensent et n’agissent que par autrui, leur volonté est sans énergie; ils veulent et ne veulent pas; ils ne peuvent suivre une conversation, encore moins une discussion; ils ne sauraient conduire à ses lins un projet. Ils prennent au sérieux les choses les plus plaisantes et rient des choses lesplus tristes. Quelque chose les intéresse-t-il, leurs yeux sont fixes, mais ils ne voient pas; ils écoutent, mais ils ne comprennent pas, quoiqu'ils atfectent d’avoir vu et d’avoir compris. Ils répondent juste, mais ne leur faites pas beaucoup de questions, n exigez pas d’eux des réponses qui les forcent de réfléchir, ou qui soient hors de leurs habitudes. S’ils ne sont point dirigés pour ce qu ils font, dans
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l'accomplissement des usages et des devoirs sociaux, dans la gestion de leurs affaires, ils sont victimes de leur incapacité, de leur imprévoyance. Ils apprennent la lecture, l'écriture, la musique ; ils exercent des arts mécaniques, mais ils font imparfaitement tout ce qu'ils font. Leur mémoire est peu active et peu sûre; ils peuvent combiner, comparer, mais ils ne peuvent s’élèvera des notions générales et abstraites. Ils sont susceptibles d’une certaine éducation (Esquirol).
En général, les imbéciles ne possèdent pas de jugement, ou n’ont qu’un jugement erroné.
L’imbécile n’est rendu attentif que par les choses objectives à action vive et subite, il ressemble en cela à l’enfant qui est plus spécialement impressionné par les couleurs les plus éclatantes d'un objet, ou par les notes les plus aiguës d'une musique, tandis que les couleurs moins vives et les notes intermédiaires échappent à ses sens. Il diffère de l’enfant, en ce que la conception intellectuelle de celui-ci progresse du jour au lendemain, grâce à l'attention qu’il porte aux choses objectives, tandis que l’imbécile reste stationnaire, ne s’intéressant qu’aux choses subjectives.
Les imbéciles, manquant de volonté, obéissent facilement aux injonctions qu’on leur fait, aussi s’en sert-on avec avantage dans les travaux journaliers qui n’exigent aucune participation de l’esprit. Une fois que l’impulsion leur est donnée, ils accomplissent machinalement leur tâche, mais ils manquent totalement d’initiative. S’ils combinent un plan quelconque, ils ne réussiront jamais à l’exécuter, faute d’avoir prévu les plus simples obstacles.
Instincts, passions. — « Puisque les imbéciles ne sont pas dépourvus de toute intelligence, ils ont des désirs et des passions proportionnés au développement de leurs facultés sensitives et intellectuelles. Ils ont des penchants plus ou moins impérieux, et quelquefois des penchants pervers: ils volent pour satisfaire leur gloutonnerie; ils volent pour se procurer des objets de toilette ou pour tout autre motif. U y a des imbéciles incendiaires. A l’époque de la puberté, l’instinct de la reproduction se développe, les imbéciles deviennent amoureux, se livrent à Y onanisme d’une manière d’autant plus effrénée qu'ils ignorent les maux auxquels les expose cette horrible habitude. Les hommes recherchent les femmes; les filles sont coquettes, et l’on conduit souvent dans les hospices des filles âgées de quatorze à dixhuit ans qui, devenues pubères, courent après les hommes, sont indociles et méconnaissent la voix de leurs parents (1). »
Les imbéciles ne sont pas totalement privés de sentiments affectifs; il en est qui sont reconnaissants des soins qu'on prend d’eux, et qui s’attachent aux personnes de leur entourage, plutôt peut-èlre par
(1) Esquirol, op. cil., t. II, p. 301.
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habitude que par véritable besoin d’affection, car généralement ils perdent leurs parents et leurs amis sans manifester de regret. On peut affirmer que les sentiments affectifs, s’ils existent, sont pervertis et en tous cas de courte durée. Les imbéciles sont très vaniteux et se laissent facilement exploiter. Ils sont rusés, menteurs, voleurs et gloutons ; ils sont très irascibles, grâce à une susceptibilité outrée, due à leur orgueil. Malgré cette irascibilité ils sont très poltrons, obéissent volontiers, et se laissent diriger par le premier venu. Ils s’attaqueront toujours à plus faibles qu’eux.
Le nommé R... est âgé de vingt et un ans; sa taille est de tra,G3. Les cheveux sont blonds, la barbe manque totalement. La circonférence delà tète est de 56 centimètres. Le front est étroit et légèrement fuyant, l'occiput est aplati, les bosses pariétales sont très marquées. Les yeux sont assez grands; ils fuient les regards et manquent de vivacité et d’intelligence. Les dents sont longues et larges ; celles dp la mâchoire supérieure sont fortement obliques de haut en bas et d’arrière en avant. Les oreilles sont grandes et mal implantées. Les membres sont proportionnés au tronc. La verge, à l’état de flaccidité, a 12 centimètres de longueur; le pubis est recouvert de poils rares; les testicules sont petits, le scrotum peu développé. Le malade se tient mal, ses gestes manquent de grâce et d’harmonie ; sa mise est entièrement négligée, jamais ses boutons ne se trouvent dans les boutonnières correspondantes ; ses poches sont constamment remplies de débris d’aliments. 11 mange beaucoup et avec avidité.
Le vocabulaire est très restreint; il faut insister pour avoir des réponses, toujours courtes, et l’on fixe difficilement son attention; lorsqu’on y est parvenu, ses yeux s’ouvrent largement et son front se couvre d’une multitude de rides transversales. La mémoire est très courte, l'imagination nulle; il en est de même du jugement. La volonté est abolie, si toutefois elle a jamais existé; on fait de R... ce que l’on veut. Les sentimenls affectifs n’existent pas. Il n’y a chez lui ni intelligence ni initiative; il travaille machinalement sous une impulsion étrangère. Cet état paraît congénital.
Orphelin de père et de mère et livré à lui-même, R... travaillait parfois, mais le plus souvent s’abandonnait à sa paresse innée et vivait de la charité publique. Dans les derniers temps, il est devenu très impudique, il se mettait tout nu, et parcourait ainsi tout son village. Il pour suivait les femmes dans un état fort indécent, et a dû par conséquent être séquestré. Il recherchait beaucoup la société des enfants; ces. derniers l’approchaient sans crainte, en faisaient leur jouet et avaient l’habitude de le mener en laisse. Il est d’un naturel très doux, il obéit volontiers aux injonctions qu’on lui fait et peut être très bien utilisé dans le service de l’intérieur. Il recherche de préférence la société des jeunes gens, et surtout celle de ceux qui s’adonnent à la masturbation; on est obligé, sous ce rapport, de le surveiller de près. Lorsque le dîner est servi, on ne parvient plus à détourner son attention de la table, la vue des aliments l’absorbe complètement.
Résumé. — L’imbécile, tout en n’offrant au premier aspect aucune anomalie de conformation dans l’ensemble, ne laisse pas que d en
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offrir dans les détails : ainsi le front sera plus ou moins fuyant, l’angle facial plus ou moins ouvert; presque toujours l’oreille, mal implantée, aura le pavillon déformé et l’hélix mal arrondi. Les fonctions de la vie de nutrition sont normales.
Les imbéciles sont indolents, paresseux, peu soigneux de leur personne, inertes; leur enfance est tardive, leur intelligence a de la peine à être cultivée, et cette culture ne porte d’autres fruits que l’aptitude à lire, écrire, calculer un peu sur les doigts, faire de la musique, et exécuter des travaux manuels toujours mal réussis. Ils sont incapables de raisonner et de gérer leurs affaires, ont le jugement erroné, l’imagination nulle ou très pauvre. Ils sont onanistes, susceptibles d’amour et de haine, vaniteux, gloutons, rusés, dissimulés, hypocrites, menteurs, voleurs, luxurieux et très irascibles. Ils n’ont aucune initiative, sont très susceptibles, poltrons, faciles à mener et se laissent duper par le premier venu.
L’imbécillité est très souvent compliquée de manie ou d’épilepsie. Les imbéciles maniaques sont très méchants, très obstinés et très vindicatifs.