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IDIOTIE PROPREMENT DITE D’ESQUIROL, OU TROISIÈME DEGRÉ

Synonymie. — Morosis (Linné), Slupiditas (Willis), Amentia (Sauvage), Démence innée (Cullen et Fodéré), Gcfùhllosigkheit , Stumpfsinn.

I étymologie : du mot tô-oç, privatus, solitarius, exprimant l'état d’un homme qui, privé de sa raison, est seul, isolé en quelque sorte dans la nature.

Définition. — Pinel (1) a défini l’idiotisme : une abolition plus ou moins absolue, soit des fonctions de l’entendement, soit désaffections du cœur.

Esquirol recommande de ne pas confondre l’idiotie avec la démence : l'idiotie n’est pas une maladie; c’est un état dans lequel les facultés intellectuelles ne se sont jamais manifestées, ou n’ont pu se développer assez pour que l’idiot ait pu acquérir les connaissances relatives à l’éducation que reçoivent les individus de son âge, placés dans les mêmes conditions que lui. L’homme en démence est privé des biens dont il jouissait autrefois; c’est un riche devenu pauvre. L’idiot a toujours été dans l'infortune et la misère.

Georgel définit l’idiotie : un défaut de développement des facultés intellectuelles.il range les idiots parmi les monstres.

Selon Calmeil (2), l’idiotie est une absence des facultés mentales et affectives, une nullité presque absolue des fonctions cérébrales, provenant d’un vice congénital ou pseudo-congénital de l’organe la pensée.

(1) Pinel, Traité méd. sur l'aliénai, ment. Paris, 1809, p. 181.

(2) Calmeil, Dict. de méd. en 2ô vol.

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Pour Foville (1) elle consiste dans l’oblitération, la destruction plus ou moins complète de l'intelligence.

Griesinger (2) la définit ainsi : un état dans lequel il existe, depuis la naissance ou depuis le plus jeune âge, une faiblesse intellectuelle qui empêche, ou du moins enraye le développement des facultés psychiques.

« Par idiotisme ou idiotie, dit Brandes, on entend cette variété de la faiblesse intellectuelle (Schwach-und-Blôdsinn) dans laquelle les facultés intellectuelles n’ont pas paru, ou ne se sont développées que très imparfaitement ; ou encore dans laquelle ces facultés, ayant primitivement suivi leur évolution naturelle, ont été entravées de bonne heure dans leur développement ou même ont plus ou moins rétrogradé (3). »

Belhomme dit que l’idiotie est un état dans lequel il y a oblitération des facultés affectives et intellectuelles.

Pour Séguin, il s'agit d’une infirmité du système nerveux qui a pour effet radical de soustraire tout ou partie des organes et des facultés de l’enfant à l’action régulière de sa volonté, qui le livre à ses instincts et le retranche du monde moral.

En définitive, le troisième degré de l’idiotie sporadique, ou l’idiotie proprement dite d’Esquirol, est une affection cérébrale presque tou jours congénitale, caractérisée par l’état rudimentaire, l'arrêt de développement des facultés de l’intelligence, de la sensibilité morale et de l’instinct, correspondant ordinairement à des altérations du système nerveux central et du squelette, et par conséquent à des vices de forme extérieure plus ou moins marquée (i).

Habitude extérieure. — Suivant Esquirol, les idiots sont rachitiques, scrofuleux, épileptiques ou paralysés. Leur tête, trop grosse ou trop petite, est mal conformée, l’occipital, aplati, est petit relativement à la face. Les traits de la face sont irréguliers, le front est court, étroit, presque pointu, très fuyant en arrière, plus saillant à droite qu’à gauche; les yeux sont convulsifs, louches, d’inégale grandeur; les lèvres sont épaisses. La bouche, largement fendue, entr ouverte, laisse écouler la salive ; les gencives sont fongueuses, les dénis cariées.

Bourneville (o) a noté avrec soin les altérations que présentait la conformation de la bouche chez les idiots. Suivant lui, 1 ouverture buccale est généralement grande et souvent béante, les dents ont une coloration noire ou jaunâtre; elles sont très souvent mal plantées, cariées, le bord libre des incisives est dentelé comme une scie ef 1 évolution des dents est retardée et irrégulière. La voûte palatine est

(1) Foville, Dict. de mêd. et de chirurg. prat. Paris, 1 3‘29, t. I, p. 512.

(2) Griesinger, Des maladies mentales. Paris, 1864.

(3) Brandes, Der Idiotismus. Hannover, 186’.

(4) Voir Stigmates physiques de dégénérescence, p. 395.

(5) Bourneville, Condition de la bouche chez les idiots. Paris, 1863.

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plus étroite que dans l'état normal, quelquefois creusée en forme de gouttière. A ces caractères, il faut joindre quelques troubles fonctionnels, la perversion du goût et un vice dans l’articulation des mots.

Guéneau de Mussy a insisté sur le vice de conformation des dénis. C’est une rainure transversale à la face antérieure de la couronne dentaire, coupant perpendiculairement les stries longitudinales que cette face présente. On les rencontre surtout sur les incisives et les canines. Cette altération permet d’établir que le sujet qui la présente a été, durant son enfance, atteint d'une maladie assez sérieuse, fièvre typhoïde ou fièvre éruptive, à l’époque de la deuxième dentition. Si la rainure est très voisine du sommet de la couronne, c’est que la maladie a eu lieu au commencement de la deuxième dentition, vers l'âge de sept à huit ans. Si, au contraire, elle est rapprochée de la racine, c’est que la maladie s’est développée vers la fin de la poussée dentaire, de dix à douze ans. La raison physiologique consiste dans le trouble apporté à la nutrition au moment du développement des dents (1). Les altérations des dents ont été étudiées récemment par Bourneville et par M. Sollier (microdontisme avec molaires géantes; dents surnuméraires, absence de dents, fusion de plusieurs dents; incisives médianes supérieures énormes, etc.).

Les idiots ont les bras d'inégale longueur, contractés, atrophiés; les mains sont déformées, tordues, minces; les doigts sont effilés, crochus, estropiés ou privés de mouvement; la peau est épaisse, rugueuse et insensible. Les idiots tendent les bras et les mains d’une manière vague, convulsive; ils saisissent gauchement les corps, ne peuvent les retenir, et les laissent échapper de leurs mains; ils marchent lourdement, en canetant, par saccade, etc., sont facilement renversés à terre. Les fonctions digestives s’accomplissent ordinairement très bien, ils mangent beaucoup, et même avec voracité. Chez les femmes, la menstruation est régulière et abondante. Quelques idiots ont des tics très singuliers ; ils semblent être des machines montées pour produire toujours les mêmes mouvements, etc. (Esquirol).

En général, les membres ne sont pas en proportion avec le tronc, ni la face avec le crâne, qui est mal conformé. Les idiots ont le front bas, plus ou moins fuyant et étroit. La tête est le plus ordinairement en pain de sucre, la région occipitale tantôt développée, tantôt formant une paroi aplatie et verticale (ce dernier cas est le plus fréquent). Les oreilles sont mal implantées. Les os malaires sont volumineux, l’arcade zygomatique est très marquée, l’angle de la mâchoire est saillant, et proémine en dehors de chaque côté. La disposition de ces os et la structure rétrécie du crâne rendent la face d’une étendue trop considérable, relativement au reste de la tête, et imprime à l'idiot ce

(1) Guéneau de Mussy, Union médicale , 13 septembre 1866.

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cachet particulier qui le fait connaître à première vue (fig. 36). Le cou est gros et court. Le nez est épaté, les narines sont obliquement dirigées de bas en haut, et de dehors en dedans; la racine du nez, très large, forme une séparation anormale entre les yeux, qui sont le plus souvent strabiques, et se meuvent dans des orbites plus larges, mais moins profondes qu'à l’état normal. La peau est rugueuse, épaisse, et comme enduite d'un vernis jaunâtre et poisseux; sa sécrétion répand une odeur siti generis très pénétrante, et particulière à beaucoup d’idiots. Les cheveux sont épais, tantôt droits et raides, tantôt crépus.

Les organes génitaux sont généralement développés. Esquirol a vu un idiot qui, dès l’âge de sept ans, avait tous les signes de la virilité, le pénis très volumineux et le pubis couvert de poils ; il paraissait ne vivre que pour l’onanisme.

Les idiots sont très voraces, très malpropres, ennemis des bains et des ablutions. La plupart laissent aller sous eux pendant la nuit. On remarque souvent chez eux l’œdème des extrémités inférieures. Ils sont toujours mal habillés, et leurs poches sont le réceptacle d’une multitude de choses hétéroclites, parmi lesquelles les restes d'aliments se trouvent en plus grand nombre.

Généralement leur lèvre supérieure est le siège d’un exanthème dû aux mucosités nasales qui la baignent constamment, et à l'habitude qu’ils ont d’y porter le bout de leur langue.

Sens. — Les sens sont imparfaits.

L’ouïe est dure ou manque tout à fait; cependant il esl parfois difficile de distinguer si la surdité existe réellement, ou si l'on n'a affaire qu’à un manque absolu d’attention. Quelques-uns sont sourds et muets. Chez ces derniers la respiration est tantôt faible, tantôt bruyante, comme soufflée, ce qui tient sans doute à la conformation vicieuse du thorax d’abord, et peut-être au défaut de la parole, le manque d’exercice de l’organe pulmonaire pouvant entraver la respiration normale.

La vue est moins distincte, en raison du défaut de symétrie des yeux, qui sont fréquemment strabiques; il existe souvent de 1 amblyopie. Le goût et l'odorat sont peu développés, et ne transmettent que des sensations imparfaitement perçues ; le plus souvent ces deux sens sont pervertis au point que l'idiot ingère, sans s’en rendre compte, les substances les plus nauséabondes et les plus fétides. Le toucher est obtus.

Quoique les idiots ne soient pas complètement insensibles à la douleur, il en est qui restent impassibles, soit qu’on les pince ou qu on les pique.

Les fonctions cutanées sont en partie enrayées; la température est au-dessous de la normale. Certains idiots ne sont pas insensibles aux changements de la température ambiante, aussi les voit-on s éloigner

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ou se rapprocher du feu ; d’autres, au contraire, paraissent être peu influencés par le froid et la chaleur extrêmes, car ils ne songent pas à se garantir du rayonnement solaire ou de celui d’un calorique artificiel intense, ni à se soustraire à un froid capable de geler leurs pieds. 11 en est qui ne se plaignent pas lorsqu’ils sont malades; cependant la plupart indiquent, par des gestes, le siège de leurs souffrances, et continuent à gémir jusqu'à ce qu’ils se trouvent soulagés.

Fig. 36. — Idiotie, dernier degré. Malade âgée de vingt ans; malformation crânienne, perversions instinctives ; vie végétative; gâtisme. (Collection du Dr Bonnet.)

Dès qu’un idiot refuse la nourriture, il faut l’explorer attentivement, car on peut être certain qu’en ce cas il couve une maladie.

Esquirol a vu une idiote, devenue enceinte, accoucher sans se douter de ce qui lui arrivait.

Motilité. — Le développement physique est très tardif chez les idiots; ils tètent mal, et, plus tard, apprennent difficilement à mâcher et à avaler les aliments. Les mouvements sont généralement bornés. Les idiots sont apathiques, endormis; ils aiment le repos et ne se meuvent volontairement que pour rechercher la place où l’habitude les a condamnés à passer leur triste existence, et où ils restent cloués, tantôt les bras croisés sur les genoux et le tronc penché en avant, tantôt assis sur leurs mains et imprimant à leur corps un balancement quelconque, monotone, et toujours le même.

Leur démarche est titubante, les jambes sont écartées et le tronc s’appuie alternativement à droite et à gauche, à mesure que la jambe

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gauche ou droite se meut; les talons restent tout près du sol et le pied glisse plutôt qu'il ne se soulève pour s’appuyer de nouveau. Le corps est penché en avant, pendant la marche sur un terrain horizontal ; ce n'est qu'en descendant un plan incliné que l'idiot redresse son tronc et le porte en arrière, tout en avançant ses bras, comme s’il cherchait en tâtonnant un appui dans le vide. 11 est facilement renversé, et le moindre obstacle détermine une chute.

Tous ses mouvements sont gauches, incertains et disgracieux; les objets appréhendés sont mal tenus et le plus souvent s’échappent de ses mains. Les mouvements sont comme convulsifs, la plupart sont involontaires; tels sont les convulsions partielles des muscles de la face, le grincement des dents et certains mouvements spasmodiques du tronc, et surtout de l’épaule, ceux qui, en un mot, constituent ce qu'on a appelé des tics.

Lorsque les idiots sont sous l’influence de la colère, ils se meuvent en tous sens, frappent le sol du pied, se démènent et gesticulent beaucoup ; leurs mouvements, plus étendus en ce cas, offrent néanmoins une gêne évidente et une restriction que l’on n'observe ni chez 1 homme doué d'une intelligence ordinaire, ni même chez l'imbécile, lorsque la colère les agite.

Facultés intellectuelles. — Les facultés intellectuelles, en rapport avec l’imperfection des sens, se trouvent chez l'idiot à l’état rudimentaire. Nous dirons avec Esquirol qu’on peut juger du degré de l'intelligence des idiots par l’étendue de leur vocabulaire.

Les idées sont excessivement restreintes; le jugement est nul ; les idiots sont totalement privés de la capacité de juger et de comparer les faits; aussi la mémoire, lorsqu’ils en sont doués, leur est presque inutile, quoiqu’elle paraisse diriger quelques-uns de leurs actes.

Ils sont dépourvus de toute imagination; on constate chez eux le défaut de toute initiative, le manque de toute spontanéité, 1 absence de toute volonté. Leurs sens incomplets, en leur faisant éprouver des sensations confuses, leur enlèvent la faculté de percevoir; iis ne sauraient donc se rendre compte de leurs impressions; il leur est impossible de les analyser, de les rapporter à une cause connue, et de les comparer à des impressions antérieurement reçues.

Griesinger s’exprime ainsi : « Les impressions des sens ne lournissent à l’entendement que fort peu d'idées, et ces idées sont si fugaces et si superficielles qu’elles s’effacent aussitôt après leur formation. L’abstraction est une opération presque entièrement inconnue, de sorte que ces individus ne peuvent jamais s’élever au-dessus des idées individuelles et presque entièrement matérielles. Ce qui leur manque, c’est non seulement la production des idées, mais encore leur a-sm iation et leur transformation, et surtout leur appropriation par la ieflexion et la méditation. Ce qui leur manque encore, c est un iond de, Dago.net. — Ma'adies mentales. 1 “

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pensées sur lequel les idées nouvelles puissent s’appuyer, la volonté prendre une détermination, le jugement se former, en un mot, le moi se constituer. 11 n’y a donc plus chez ces individus ni attention, ni application de la pensée, ni mémoire, ni jugement, ni spontanéité psychique. Dans les cas complets, toutes ces anomalies ne se présentent pas seulement sous des formes très diverses, mais encore elles se produisent avec des symptômes très variés. Chez l’un, il n’y a aucune production d’idées, tandis que chez un autre l’idée s’efface aussitôt qu’elle a été produite. Chez l’un, c’est la perfection sensorielle qui manque; chez un autre c’est seulement l'idée abstraite, et ainsi de suite. »

Les idiots ne sauraient être capables d’attention. Archambault cite une idiote qui avait le plus grand désir de se laisser mouler le visage; quelque attention qu’elle y apportât, on ne put réussir; elle essayait en vain de conserver la pose qu’on lui donnait, elle ne pouvait fermer les yeux plus d’une ou deux minutes.

Il est rare, sinon impossible, de pouvoir enseigner aux idiots la lecture, et surtout l’écriture; on parviendra tout au plus à les faire épeler et tracer quelques lettres éparses.

Ils ne parviendront jamais à savoir calculer ; c’est tout au plus si on arrive à les faire compter jusqu’à dix, sans qu’ils intervertissent l’ordre des unités. Il en est de même de l’alphabet : ils diront tout au plus les cinq ou six premières lettres dans leur ordre successif; puis, de îy, ils sauteront à l’u, pour revenir au b.

Le vocabulaire des idiots est très restreint ; ils articulent à peine et ne prononcent distinctement que des monosyllabes (1); d’autres fois, ils répètent automatiquement les mots (écholalie). Chez quelques-uns la mémoire locale est assez développée. La faculté de comparer n’est pas complètement abolie, mais les notions abstraites leur restent étrangères.

Avec beaucoup de patience, et une surveillance incessante, on peut faire arriver les idiots à un certain degré d'éducabilité ; degré très minime, il est vrai, si on le compare à celui dont est susceptible l’homme doué d’une intelligence ordinaire, mais manifeste, lorsqu’on considère le même idiot livré à lui-même d’abord, puis soumis à des soins intelligents.

Quelques-uns ont des aptitudes spéciales pour les arts, tels que le dessin, la musique, etc.

11 se trouvait à Stéphansfeld une idiote dont le vocabulaire était très restreint ; on la comprenait à peine, et elle n’avait commencé à prononcer quelques mots qu’à l’âge de neuf ans; on n’était jamais parvenu à lui enseigner quoi que ce fût ; elle n’avait aucune notion des notes ; néanmoins elle faisait preuve d’une aptitude remarquable pour

(I) Voir Berkhan, Slôrungen dev Sprache. Braunschweig, 1889.

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la musique : ainsi, elle répétait sur le piano les airs, sans doute peu compliqués, qu'elle entendait pour la première fois. Elle était, du reste, fille et sœur de musiciens distingués.

Morel (1) cite un idiot privé de la parole qui avait un talent particulier pour battre la caisse. Un jour, on avait fait venir un tambour pour exercer un infirmier; à la vue de cet instrument, l’idiot s’anime, murmure quelques mots dans son langage, finit par s’emparer des baguettes, et fait signe qu’il veut battre de la caisse. On céda à son désir, et on fut très étonné, lorsque après plusieurs essais infructueux, quelques motifs de marche se firent remarquer au milieu des roulements pour ainsi dire convulsifs qu’il produisait sur son instrument. Au bout de quelques essais il réussit, et linil par faire marcher toute lapopulation, lorsqu’il s’agissait de la conduire au travail ou à la promenade. Il est résulté de renseignements ultérieurs que jamais cet idiot n’avait connu cet instrument. Son grand-père avait été tambour, puis tambourmajor, son père tambour, etson frère n’avait jamais aspiré qu’à devenir tambour au régiment dans lequel il avait servi.

Instincts et passions. — L’idiot est d’autant plus susceptible de sensibilité morale, qu’il est moins dégradé ; mais les sensations agréables ou désagréables qu’il éprouve ne sont jamais que corporelles. Il semble parfois que ces sensations ne soient nullement motivées, mais elles se rapportent à des modifications mystérieuses survenues dans le cerveau ou dans le système nerveux (Griesinger).

La personnalité prédomine dans tous les actes des idiots. La plupart ne vivent absolument que pour manger : lorsque la table est servie, on les voit se remuer, se tordre pour ainsi dire sur la place où ils sonl assis, rien ne saurait plus les distraire. Ils mangent avec voracitéetne prennent pas le temps de mâcher ; la plupart ne savent pas se servir de la cuiller.

Les idiots sont presque tous onanistes, parfois sodomistes. II y a néanmoins chez certains d’entre eux plutôt affaiblissement qu’exaltation de l’appétit sexuel, et si généralement ils passent pour être très lubriques, c’est plutôt parce que, n’ayant aucun sentiment de pudeur, ils se livrent ouvertement à la satisfaction de leurs désirs. Le membre viril, quoique souvent développé, n’atteint pas toujours une rigidité absolue.

Les passions mauvaises semblent prévaloir, plutôt que les bons instincts. Les idiots sont dissimulés, généralement voleurs et enclins à l’avarice. Archambault parle d’un aliéné deBicêtre qui, en quelques années, était parvenu à amasser une somme déplus de 500 Irancs, en faisant des commissions dans l'intérieur de l’hospice.

Les idiots sont très irascibles, vindicatifs, et parfois susceptibles

(1) Morel, Études clin., t. I, p. 49.

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d’exaltation passionnée. Esquirol cite l’exemple d’une idiote qui, après avoir été frappée par une de ses compagnes, en conçut un si grand chagrin qu’elle se laissa mourir de faim. Ilssontcruels, en ce sensque, incapables d'apprécier la portée de leurs actes, ils commettront un meurtre avec une impassibilité extraordinaire. Harder raconte qu’un idiot égorgea un homme après avoir vu égorger un cochon. Un autre, après avoir tué deux enfants de son frère, vint en riant raconter à ce malheureux père ce qu’il venait de faire (Gall).

Les idiots ne sont pas étrangers aux sentiments affectifs, et reconnaissent fort bien les soins que l’on prend d'eux. Il en est qui montrent une préférence marquée pour telle ou telle personne, tandis que telle autre leur inspire un profond éloignement. Cette affection et cette haine n’ont aucune raison d’être. Chez d'autres, les sentiments affectifs sont nuis; ainsi il y a des idiotes qui accouchent sans avoir le moins du monde le sentiment de la maternité; elles ne regardent même pas leur enfant, ne s’en inquiètent seulement pas et le laissent là; les pères ne connaissent pas leurs enfants.

En général, le caractère des idiots dépend beaucoup de leur entourage et de la manière dont ils sont traités : ainsi, dans les établissements consacrés à l’idiotie, la plupart des enfants se montrent doux, obéissants et éveillés; ils sont de bonne humeur et sociables. Si, au contraire, on les traite mal, ils s’aigrissent et deviennent méchants et hargneux (1).

J. F... est née dans un pays où l’idiotie est endémique. Elle est âgée de vingt ans. Sa taille est de 142 centimètres ; la circonférence de la tête en mesure 54. Le front est bas et légèrement fuyant ; il n'est pas étroit, les bosses coronales sont assez développées. Le crâne parait peu voûté : ainsi toute la région limitée par les bosses coronales et les bosses pariétales forme une sorte de section de prisme dont la surface médiane est presque plane, oblique d’arrière en avant, et dont la base se trouve vers l’occiput; ce dernier est aplati. Le développement des os malaires et la saillie des angles de la mâchoire inférieure rendent la face disproportionnée au crâne. La racine du nez est large, les yeux ne sont pas symétriques ; les oreilles sont mal implantées. Les cheveux sont droits et bien fournis. La bouche est grande et limitée par des lèvres épaisses et renversées en dehors. Les membres ne sont pas proportionnés au tronc; celui-ci est très haut, tandis que les membres pelviens sont très courts; on ne remarque aucune déviation de la colonne vertébrale. Les mamelles sont développées, pendantes, ridées et coniques. Le pubis est couvert de poils, les petites lèvres font saillie. La peau est blanche, mais elle est poisseuse et exhale une odeur rance toute particulière. Les règles ont apparu à l’âge de dix-huit ans; elles sont assez abondantes et mensuelles. Les mains saisissent et retiennent mal les objets; la marche est canetante.

Le vocabulaire est très circonscrit; lorsque F. parle, la langue nage dans

(I) Voir aussi le travail récent de M. Sollier, Sur la psychologie de l’idiot. Paris,

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la salive et vient heurter les arcades dentaires; on parvient tout au plus à comprendre une syllabe des mots qu'elle prononce et qu’elle ne parvient pas a articuler. Elle est douée d’une mémoire locale assez développée. Elle sait fort bien distinguer les objets les uns des autres, seulement lorsqu’on lui en demande le nom, elle ne spécialise pas; elle s’en tient à la forme générale; ainsi un flacon est pour elle une bouteille, un encrier à soucoupe une écuelle ; tout ce qui porte un couvercle est une boite, etc. Elle connaît par leur nom la majeure partie de ses compagnes; si la sœur du service la charge de porter les aliments aux malades qu’elle lui désigne parle nom, les aliments arrivent exactement aux destinataires. Cetle jeune fille a été susceptible d’une certaine éducabilité. Lors de son arrivée, elle était complètement abrutie; elle offrait le tic du balancement laléral, crachotait, bavait de manière à tremper son fichu, ne se mouchait jamais et léchait constamment sa lèvre supérieure qui avait fini par devenir le siège d’un exanthème rebelle. A force de patience et de soins on est parvenu à lui faire réciter une prière, quoique d’une manière inintelligible, elle fait le signe de la croix, sait se rendre utile dans le service de l’intérieur, ne bave plus, ne crachote plus, se tient assez proprement et a perdu le tic du balancement; seulement, n’étant pas occupée, elle balance une de ses jambes lorsqu’elle est assise sur le banc. Elle est tellement maladroite de ses mains qu’on n’est pas parvenu à la faire tricoter ni coudre ; elle fait de la charpie, mais les fils sont mal tirés. Elle s’habille elle-même, mais elle fourre entre ses vêtements tous les chiffons qu’elle peut trouver. Elle a l’habitude de porler, softs sa robe, de chaque côté du thorax, deux larges morceaux de bois, tels qu’on en met dans les poêles, et dont elle se sert en guise de castagnettes dans ses moments de récréation. Elle mange beaucoup et avec avidité; elle n’est pas voleuse, et ne prend les aliments de ses compagnes que lorsque celles-ci n’en veulent plus. Elle est douce de caractère et ne s’emporte que rarement. Elle n’a aucun sentiment de pudeur. Elle n’est pas étrangère aux sentiments d’affection et de reconnaissance : ainsi elle se montre très dévouée à la sœur du service, et paraît savoir apprécier les soins qu’on prend d’elle ; toute intelligence, enfin, n’est pas éteinte dans ce corps à formes lourdes et ramassées. Elle ne sait ni lire ni écrire. On est parvenu à lui enseigner l’alphabet, elle sait en dire les lettres, mais toujours dans un ordre inverse; il en est de même de la numération parlée.

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