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CHAPITRE PREMIER

ARTICLE Ier DE L’EXPERTISE.

La médecine légale des aliénés comprend un ensemble de connaissances que doit posséder le médecin, chargé par la justice de donner son avis motivé sur l’état mental d’un individu inculpé d’un crime ou d'un délit.

Le rôle du médecin est dans ce cas considérable ; il lui faut discuter en présence de la justice la question importante de la liberté morale, soulevée par la défense en faveur d’accusés dont il s’agit de déterminer le degré de responsabilité dans tel ou tel acte. C’est le langage de la science qu'il lui faut rendre accessible à tous.

Les lumières scientifiques se sont aujourd’hui généralement répandues et les magistrats n’hésitent plus, dans la crainte d’apporter un jugement imparfait, à s’entourer de toutes les garanties dont ils peuvent disposer.

« Le bon sens ne suffit pas, dit M.'Proal I), pour distinguer, dans les cas difficiles, la santé de l’esprit de l’insanité ; sans études spéciales, on peut voir la folie où elle n’est pas et ne pas la voir là où elle est. Que de personnes s'imaginent que la folie ne peut se concilier a\ec la préméditation, avec la ruse, avec une défense habile, etc. »

La science des maladies mentales s'est de plus en plus affirmée; on ne constitue plus, comme le dit avec raison le docteur Bonnet 2), la folie d’après chaque genre d’actes; on l’a davantage synthétisée en subordonnant les actes à telle conception délirante, ratlachable a um forme; on raisonne actuellement les impulsions subites, etc. , on p( ut

(1) Proal, Ann. méd.-psych., juillet 1890.

(2) Bonnet, Ann. méd.-psych., 1807, t. II, p. 422-

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rattacher certains crimes ou délits à des troubles physiologiques indéniables; les déséquilibrés à divers titres ne sont plus méconnus, les simulations sont clairement démontrées. La médecine mentale enfin parcourt tous les degrés depuis l’exonération de la liberté morale jusqu’à son atténuation et son existence entière. C’est à son impartialité et à sa rigueur que les magistrats ont dû d’être moins prévenus et d’appliquer davantage aux aliénés, imputés de culpabilité, le bénéfice de l’article 128 du code d’instruction criminelle.

Le médecin expert a donc besoin de connaître non seulement les formes principales que présente l'aliénation mentale, mais les difficultés qu’il peut rencontrer sur son chemin, les règles qu’il devra employer pour rédiger avec clarté le rapport qui lui est demandé, de manière à faire pénétrer dans l’esprit du juge la conviction dont il est animé lui-même.

Sans doute cette appréciation est facile lorsque l’état d’aliénation mentale ne saurait faire aucune espèce de doute, comme cela existe dans la généralité des cas; mais il est des circonstances où cet examen présente de grandes difficultés : le juge ne saurait accepter de. simples affirmations, il lui faut une démonstration rigoureuse, et le problème ne saurait se résoudre si le médecin expert ne possédait pas lui-même la connaissance des situations si variables en présence desquelles il peut se trouver. Ce sont les considérations qui se rapportent à cet objet que nous nous proposons de développer dans cette dernière étude sur l'aliénation mentale.

Dans la première partie de ce chapitre nous examinerons successivement les connaissances particulières que le médecin légiste doit posséder au point de vue de l’aliénation mentale, l’appréciation qui mesure la responsabilité encourue suivant le caractère, la forme de la maladie mentale; enfin la méthode à suivre pour l’examen, l’interrogatoire de l’inculpé qu’on suppose atteint d’aliénation, et la rédaction du rapport médico-légal.

§ 1er. — RESPONSABILITÉ AIOJIALE ET PÉNALE DES ALIÉNÉS.

« Le libre arbitre de l’homme (sain d’esprit) comme fait psychologique primordial, et la responsabilité morale et légale comme sanction de ce principe, dans la pratique dans la vie individuelle de l’homme comme dans le fonctionnement des sociétés, voilà le grand fait qui domine l’existence humaine et qui sert de base à la morale, au droit, et à toutes les législations (1). »

L’homme normal est reconnu responsable de ses actes, librement voulus; mais cette liberté, et par suite, celte responsabilité sont modifiées et même détruites par certains états psychopathiques et par

(1) J. Falret, Resp. légale des aliénés, in Les aliénés et les asiles d'aliénés , assistance, législation et médecine légale. Paris, 1890.

l aliénation mentale. Il est aujourd’hui admis que l'aliéné est irresponsable.

Code pénal, art. 64. — Il n’y a ni crime, ni délit, si le prévenu était en étal de démence au temps de l’action.

On sait que le terme de démence est ici pris dans un sens très étendu, et désigne non pas un état d'affaiblissement psychique, mais bien toutes les formes caractérisées d’aliénation mentale.

L’absence de toute responsabilité chez un aliéné ne nous parait pas devoir être mise en doute dans la grande généralité des cas. L'étal d’aliénation modifie si profondément et d’une manière si complexe l’organisation morale de l’individu, elle lui enlève si profondément la conscience de celte transformation qui s’est faite en lui, qu’on ne saurait en vérité, distinguer les limites dans lesquelles sa liberté morale peut encore être conservée, surtout lorsqu’il est placé sous l'influence d’une exacerbation de sa maladie. Admettre une semblable responsabilité, ne serait-ce pas en quelque sorte reconnaître que l'individu est libre de ne pas être aliéné, de ne pas avoir des sentiments en rapport avec scs idées fixes, des impulsions et des déterminations subordonnés à sa nouvelle manière de penser et de sentir, etc.?

Hack-Tuke rappelle à ce sujet l’opinion de Coke, à savoir que l’exécution d'un aliéné est un spectacle déplorable qui ne saurait jamais avoir la moindre influence sur d’autres aliénés et les détourner d actions dangereuses.

La notion des monomanies et du délire partiel a été souvent mal comprise, comme le remarque Mittermaïer (1 . Un individu ne peut être aliéné sur un seul point sans l'être sur beaucoup d’autres; ce n’est là qu’une question de mots ; le délire, si restreint qu il paraisse, au point de vue du raisonnement, ne constitue pas à lui tout seul I état d’aliénation mentale; il s’accompagne d’une perturbation profonde dans d’autres facultés principales, dans la manière de sentir, de réfléchir, d’apprécier les impressions étranges et anormales qui sont ressenties et, par suite, de réagir contre les déterminations auxquelles l’individu se trouve entraîné.

Une question encore a été posée, celle de savoir si un aliéné pourrait commettre un crime avec la pensée qu il peut le faire impunément puisqu’il est considéré comme un aliéné; ce lait, rare heureusement, n’en est pas moins véritable. Quelques auteurs en ont rapporté des exemples indiscutables. Le docteur \\ inslow disait a un malade: « Si tu enfonçais un couteau dans ma poitrine quen adviendrait-il? — Je vous tuerais. — ht quel en serait le résultat.

(1) Mittermaïer, Expertises méd. légales, traduites et annotées par II. Dagonet {Ann. méd.-psych. 1805, I8GC, 1807 et 1808).

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— Ce serait un meurtre, fut la réponse, mais on ne pourrait rien me faire, parce que je suis aliéné. »

Des exemples de ce genre se rencontrent dans les cas de folie morale et lorsque la perversion des sentiments prédomine sur le délire de l’intelligence .

L’aliénation mentale peut avoir des périodes de rémission plus ou moins longues ; ce sont alors les intervalles lucides dans lesquels il y a apparence de raison mais sans qu’on puisse admettre un état réel de santé. Nous renvoyons pour les considérations développées à ce sujet au chapitre : Marche de l'aliénation , page 157.

Mais, si l’irresponsabilité de l’aliéné est absolue, il faut aussi considérer les cas où un état psychopathique vient modifier, diminuer la responsabilité morale et pénale. Les épileptiques, par exemple, dans l’intervalle de leurs accès, sont ordinairement susceptibles, méfiants, irritables et emportés. Baillarger et Delasiauve avaient proposé pour ces malades une atténuation de pénalité.

Legrand du Saulle (1) soutenait que certains aliénés sont en partie responsables de leurs actes; et il admettait une responsabilité partielle, proportionnelle, ou atténuée. « Les philosophes, disait-il, peuvent contester cette doctrine, mais le médecin doit s’incliner devant les nécessités de la clinique et les besoins de la pratique médicolégale. »

Nous ne saurions accepter cette opinion. Toutes les fois qu’une forme d’aliénation mentale sera nettement reconnue chez un inculpé, nous estimons qu'il faut conclure à l’irresponsabilité complète. Mais certains états pathologiques, en dehors de l’aliénation confirmée, peuvent déterminer une atténuation de la responsabilité; tels sont l'affaiblissement psychique consécutif à une hémorrhagie cérébrale ou à un ramollissement, l'hystérie, l’épilepsie. L’imbécillité peut également donner lieu à une responsabilité amoindrie, lorsque l’individu qui en est atteint commet des actes nuisibles ; cette responsabilité disparaît lorsque l’excitation alcoolique s’ajoute à l’état d'imbécillité, ou lorsque l’individu souffre d’états corporels particuliers, tels par exemple qu’une affection du cœur qui donne lieu à l’angoisse précordiale (2), etc.

L’absence d’un ou de plusieurs sens place le plus souvent l’homme dans des conditions tout à fait exceptionnelles et par cela même peut affaiblir chez lui la responsabilité morale. Les sourds-muets offrent entre eux des différences nombreuses, suivant qu’ils ont ou non reçu une éducation appropriée à leur situation. L’impossibilité où ils se sont trouvés decultiver leur intelligence, la difficulté qu’ilséprouvent à se faire comprendre, développent chez quelques-uns d’entre eux une

(1) Legrand du Saulle, Traité de médecine légale.

(2) Mittermaïer, op. cit.

extrême irritabilité. D’après Chambeyron, il n’y aurait qu’une différence peu sensible entre l’imbécile et le sourd-muet non instruit. La différence est d’autant plus grande que le sourd-muet aura reçu une éducation plus complète. Leur disposition à la colère et à l'emportement, une intelligence inculte, l’impossibilité où ils sont d’apaiser leur exaltation par un flux de paroles vives et précipitées, devront toujours être prises en sérieuse considération. On conçoit, que dans l’examen de ces diverses questions, il est de toute importance de recourir aux lumières d’experts instruits et initiés aux différentes habitudes des sourds-muets.

Les impulsions maladives peuvent aussi se rencontrer dans quelques situations qui ne se rattachent pas directement à la folie; chez les individus, par exemple, qui ont pris des habitudes d’immoralité, qui ont par suite perdu toute force morale et tout ascendant sur euxmêmes ; chez ceux qui ne s’efforcent pas de dominer une affection qui prend sur eux-mêmes un empire de plus en plus grand, à tel point que les plus légères excitations les portent à des actes criminels. On retrouve encore ces impulsions dans des accès de fièvre, â la suite d'attaques d’épilepsie, etc.

En dehors de l’état confirmé d’aliénation mentale et dans des conditions nettement déterminées, les impulsions prétendues irrésistibles ne sauraient entraîner l’irresponsabilité. « Il ne faut pas oublier, dit Mittermaïer (1) pour l’appréciation de cette irrésistibilité supposée que les hommes les plus honnêtes ont souvent à combattre dans leur vie les impulsions les plus fâcheuses. »

On ne doit pas en effet méconnaître cette vérité, qu’entre la parfaite intégrité des facultés et l’aliénation qui exclut la responsabilité des actes, il existe une infinité de situations intermédiaires qui déterminent également le degré de responsabilité. C’est ce que pensent les médecins expérimentés et les jurisconsultes, qui admettent diverses situations mentales dans lesquelles la responsabilité diffère; en général, l’exaltation, l’excentricité, certaines influences physiques atténuent la responsabilité et par suite le degré de culpabilité.

On ne saurait trop recommander aux médecins interrogés, lorsqu ils ne peuvent constater en réalité aucune forme d aliénation mentale, mais lorsqu’ils ont cependant la conviction qu i! existe un état mental particulier qui doit faire admettre une responsabilité restreinte, d’avoir soin de mentionner cette opinion, alors même qu il ne leur est posé aucune question à cet égard. C’est ce que font dailleuis maintenant les médecins chargés d’un rapport sur un accusé, il-< reconnaissent ainsi que, sans cela, leur rapport, qui doit embrasser la vie intellectuelle de l’accusé, serait incomplet et trop exclusif.

(I) Mittermaïer et Dagonet, Ann. méd.-psych., mars 18U7, p. tM.

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Un cas intéressant à ce sujet s’est produit à Paris en 1862.

L’acteur D.... comparaissait devant les assises pour tentatives de meurtre et d’autres délits; les dépositions établirent que c’était un homme irascible, exalté et que sa conduite bizarre faisait douter de l'intégrité de ses facultés. Sur la demande du défenseur, les débats furent ajournés et l’accusé fut soumis, dans l’intervalle, à l’observation du savant médecin aliéniste, le Dr Parchappe.

Dans les débats qui eurent lieu ultérieurement, ce médecin déclara qu’il ne pouvait regarder l’accusé comme aliéné, mais que son état d’irritabilité, d’exaltation et de vanité, devait avoir faussé chez lui le sens moral. Les jurés rapportèrent un verdict fort mitigé, et l’accusé ne fut condamné qu’à quatre ans de réclusion (1).

La responsabilité atténuée était autrefois reconnue officiellement en Allemagne (2); elle ne l’est plus actuellement, et on la remplace, incomplètement il est vrai, par les circonstances atténuantes dont on fait profiter l’inculpé. Presque tous les auteurs cependant, et les plus illustres, admettent cette atténuation ; le professeur Mendel et quelques médecins la rejettent. Sur cetle question de responsabilité le médecin seul est juge, car elle ne peut être résolue que par celui qui connaît toute la vie psychique de l’accusé ; or pour avoir cette connaissance, il faut posséder les sciences de la psychiatrie, de l’anthropologie et de la sociologie, qui ne sont pas l’affaire du juriste; d’où ce mot du professeur Benedikt : « Melius est cognoscere corpus et animum humanum rjuam cognoscere corpus juris (3). »

En définitive, le médecin doit avoir pour tâche de relever toutes les particularités qui ont rapport à la maladie physique ou morale de l’accusé: il doit examiner l’influence qu’elle a exercée sur le trouble intellectuel ; enfin il importe de rechercher dans quelle situation se trouvait le malade lors de la perpétration du délit.

Si le médecin ne peut pas déclarer que l’accusé est atteint d’aliénation, mais qu’il y a des raisons de croire que celui-ci s’est trouvé dans un état de surexcitation qui excluait toute réflexion, ou dans une sorte d’égarement avec perte de la conscience provoqué par divers événements, il ne doit pas hésiter alors à faire connaître son opinion tout entière.

Une question particulièrement importante est celle-ci : Quelle est la responsabilité d’un individu qui a commis un crime ou un délit pendant une période d'intermission , de rémittence , ou d’intervalle lucide ? « Toutes les législations ont reconnu l’existence des intervalles lucides, les

(1) Voir journal le Droit , 1862, nos 271 et 207 .

(2) Parmi les auteurs qui, en Allemagne, se sont occupés de la médecine légale des aliénés, nous citerons particulièrement Mœli, Sander et Richter.

(3) Nœcke, Verbrechen u. Wahnsinnbeim Weibe, 1893.

unes pour leur accorder le privilège de la responsabilité et de la validité des actes civils, les autres, comme le code français, pour dire que 1 interdiction des aliénés doit être prononcée, lorsque l’individu est dans un état habituel d imbécillité, de démence ou de fureur, alors même qu il existerait de temps en temps quelques intervalles lucides (1). »

On ne peut, assurément, nier qu'il existe dans les folies circulaires où les phases différentes sont séparées par un assez long intervalle, dans les formes intermittentes de manie et de mélancolie, des périodes de lucidité tantôt complète, tantôt incomplète. Dans certains cas, on est véritablement en présence d’une guérison temporaire, suivant 1 expression de J. Falret, « et 1 on doit dès lors lui appliquer la règle applicable à la guérison elle-même, c’est-à-dire considérer l’individu qui se trouve dans cet état comme jouissant de toute sa raison, partant de toute sa responsabilité légale et de sa capacité civile. »

La difficulté, pour le médecin expert, consiste à poser nettement son diagnostic, à bien établir qu’on se trouve en présence d’une intermittence véritable et non pas d’une période de rémission pendant laquelle la conscience reste troublée, le jugement et la volonté pervertis par la persistance d’idées délirantes dissimulées par le malade Toutes les fois que l’on pourra établir l’existence de troubles psychopathiques se rattachant à la maladie mentale dont le sujet a été antérieurement frappé, il nous paraît juste de conclure à l’irresponsabilité totale ou à la responsabilité atténuée, suivant les différents cas, minutieusement analysés.

Quant aux intervalles lucides de courte durée, de quelques heures, d’un jour, venant interrompre le cours d’une affection mentale chronique, nous nous refusons à admettre qu’ils puissent suffire à rendre, momentanément, au malade sa capacité et sa responsabilité.

Les rémissions clans la paralysie générale ont été l’objet de travaux particulièrement nombreux et intéressants (Baillarger, Sauze, Legrand du Saulle, etc.); s’il est vrai que certains sujets pendant la période* de rémission, présentent encore une notable diminution intellectuelle et morale, nous en avons aussi observé qui se montraient alors tout a fait semblables à ce qu’ils étaient avant la première atteinte de la maladie; et certains actes délictueux ou criminels pourraient être, en de telles circonstances, l'objet d’une peine véritablement méritée, car ils ont été voulus et appréciés par celui qui les a commis. Mais, I analyse minutieuse des faits est absolument indispensable, ainsi que l’étude des motifs de l’action.

En résumé l’irresponsabilité absolue doit être posée en principe dans le cas d’aliénation mentale confirmée; en dehors de cet état le

(I) J. Falret, loc. cit.

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médecin expert doit nettement faire connaître les conditions pa Urologiques qui doivent être considérées comme une atténuation plus ou moins importante de la liberté morale.

§ 2 — EXAMEN ET INTERROGATOIRE DE L’INDIVIDU QU’ON SUPPOSE ÊTRE ATTEINT D’ALIÉNATION MENTALE.

L’examen et l’interrogatoire de l'individu qu’on suppose atteint d’aliénation mentale constitue une des parties les plus importantes de l’expertise médico-légale. De grandes difficultés peuvent se rencontrer suivant certaines circonstances, suivant surtout la forme même que peut présenter le trouble intellectuel.

Kraepelin (1) a donné, sous le rapport de la méthode à suivre, des indications intéressantes.

L 'examen personnel du malade doit être tout d’abord, suivant lui, l’objet de l’attention du médecin. 11 importe de vérifier l’état physique général, d’examiner les malformations crâniennes, les cicatrices provenant de traumatismes crâniens, de chercher si l’individu paraît plus jeune ou plus âgé qu'il ne l’est réellement, s’il existe des troubles de croissance, des difformités (bec-de-lièvre, anomalies génitales, cryptorchidie), des troubles de la nutrition (anémie, cachexie), etc., tout ce que l’on a désigné enfin sous le nom de stigmates de la dégénérescence. Mais on ne peut leur donner une importance réelle que dans le cas où ils font partie d'un ensemble pathologique. L’expression du regard est d’une importance considérable : il révèle souvent le fond de la pensée de l'individu; on doit encore noter les troubles moteurs de la face, de la langue et d’autres parties du corps, les mouvements involontaires, les troubles de la parole, l’attitude bizarre du corps, etc.

Ces symptômes peuvent avoir un certain rapport avec la maladie mentale et indiquer une altération du système nerveux central.

L 'examen des fonctions psychiques vient ensuite et se déduit particulièrement de l’interrogatoire.

L'auteur que nous citons fait remarquer que, de l’attitude, de la mimique, de l’expression de la physionomie, on peut déjà tirer des conclusions sur la disposition morale de l’individu, sur son étal d’angoisse, de désespoir, sur son calme, son indifférence, sa passivité. Quelques questions simples sur son nom, son âge, son métier, permettront déjà de voir si sa conscience est troublée ou claire ; si la réflexion, la possibilité de concevoir les perceptions extérieures sont conservées.

En même temps, par ce premier interrogatoire, on pourra se rendre un compte approximatif de la marche des idées, savoir si elles sont plus rapides ou ralenties. On jugera du degré de la mémoire, si, par

(1) Kraepelin, Psychiatrie, 1889.

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exemple, le sujet ne se rappelle plus son âge, la manière dont il exerce son métier, etc. En continuant 1 entretien avec lui, on tâchera d’établir s’il a conservé le souvenir de différentes époques, s’il sait apprécier la nature de ses relations avec les personnes qui forment son entourage, s il a la conscience de sa maladie. On verra d après ce premier interrogatoire si les idées sont associées, incohérentes ou stéréotypées, se reproduisant toujours de la même façon.

En même temps, nous aurons acquis d’autres points de repère pour juger les autres fonctions psychiques, et nous permettre de découvrir d’autres troubles. 11 n’est pas toujours facile de constater l'existence des erreurs sensorielles, des hallucinations et des illusions. Une simple question sur ce point suffira rarement, soit que le malade ne puisse pas distinguer ce qui est hallucination de ce qui est perception réelle, soit que, pour un motif quelconque, il conçoive de la défiance et qu’il montre une réserve parliculièrepour révéler les sensations qu’il éprouve. Malgré les dénégations des malades, on pourra affirmer quelquefois de la manière la plus certaine la présence d’hallucinations, en observant l’attitude du malade. On le voit, par exemple, écouter, et persister dans celte attitude particulière plus ou moins longtemps; on observe enfin des actes brusques, non motivés, des rires, des paroles bizarres, etc.

Il en est de même pour les idées délirantes ; il y a un grand nombre de malades qui cachent avec le plus grand soin leurs conceptions fausses, surtout au début de leur maladie et en présence d’étrangers. Ils se dérobent à toute tentative d’examen jusqu’à ce qu’un point soit touché qui provoque chez eux une sorte de surexcitation, ou bien lorsqu'on arrive, par toutes sortes de questions successives, à une association d’idées qui entraine l’exposition de tout leur système délirant, et alors ils l’exposent fort naturellement. Assez souvent ce qui mettra sur la trace du délire, c’est l’attitude même du malade et sa conduite. S’il paraît méfiant ou craintif, on pensera aux idées de persécution : s'il est satisfait, expansif, on pensera aux idées ambitieuses ; s’il s'agenouille, s’il joint les mains, s’il a une physionomie contractée, s’il pleure, on pensera qu'il a des idées de culpabilité, de mysticisme, etc. Malgré l’innombrable variété des idées délirantes, les traits généraux des différents délires sont souvent assez caractéristiques pour permettre à l’observateur de faire avouer au malade, tout surpris, ses idées délirantes avec une étonnante rapidité. Des difficultés se présenteront dans le cas où le malade apportera une certaine méfiance vis-à-vis du médecin, soit qu il n’ait pas conscience de sa maladie, soit que des troubles psychiques, une grande angoisse, de l’agitation l’empêchent d’exposer ses idées. Le paralytique confiant, le mélancolique conscient, le neurasthénique à idées obsédantes saisiront au contraire très volontiers l’occasion de confier au médecin le tableau de leur bonheur ou de leurs tourments.

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En examinant ainsi les idées délirantes, on appréciera de plus en plus exactement l'état de l'intelligence et de la mémoire; de même la relation faite par le sujet de son passé, de son éducation, nous montrera l’étendue de ses connaissances, de ses affections et de son jugemen I

A cet examen verbal, on doit ajouter d’autres recherches, faire lire le malade, le faire écrire, lui demander de faire par écrit la description non seulement des idées qui le dominent, mais des actes auxquels il a pu être entraîné, des mobiles qui l’ont dirigé ; les lettres apportent une lumière parfois inattendue sur l’état psychique. De même pour la recherche des tendances morales, l’aspect extérieur, la physionomie, l’irritabilité, la haine, d’autres passions non motivées, nous renseigneront sur ces tendances. Nous constaterons enfin les propensions pathologiques au suicide, aux excès sexuels, à la boisson, aux achats absurdes, etc.

Pour compléter ce tableau, il faudra nécessairement recourir aux commémoratifs.

Sans doute cet examen ressemblera plus à l’interrogatoire d’un juge qu’à une recherche réellement scientifique. Il est évident qu’on ne saurait adopter une méthode plus pratique pour arriver à la découverte de la vérité; il arrive même souvent qu’on est dans l’impossibilité d’appliquer en pareil cas d’autres procédés d’examen, qui auraient une véritable utilité. Toutes ces difficultés, on ne les surmontera souvent que par beaucoup de patience, un tact parfait et une grande expérience dans l’appréciation de la manière dont se manifestent les symptômes psychopathiques.

En résumé, ce que l’on aura à examiner et à discuter ensuite, c’est l’état des perceptions, de l’attention, de la mémoire, ce sont les associations d’idées, la logique, la conscience, en un mot les facultés intellectuelles et morales, les passions, et leurs réactions psychomotrices.

Dans quelques cas, un simple examen ne suffira pas, mais il faudra une observation prolongée pour apprécier la forme, la marche de la maladie, et alors on devra recourir, comme nous l’avons déjà indiqué, au placement de l’individu dans l’asile d’aliénés où il pourra être surveillé et où l’observation pourra se faire d’une manière plus sûre et plus complète.

Kraepelin fait encore cette remarque, c’est que, pour décider qu’il y a un véritable état de folie, un trouble psychique évident, on devra non seulement constater des modifications profondes dans la pensée, les sentiments et les actes, mais encore observer des symptômes saillants se groupant de manière à former un tableau clinique connu ; et les causes de cet état devront être précisément celles que l’on observe généralement dans le développement de la maladie (1).

(I) Voir Kraepelin, Psychiatrie, $889.

Préméditation. — L’aliéné (et c’est là bien souvent une de ces causes d’erreurs que l'ignorance et la force des préjugés rendent difficiles à détruire), l’aliéné, disons-nous, peut apporter dans l'exécution de ses actes un sang-lroid et une intelligence capables d étonner; c’est ce qu'on observe journellement chez les malades atteints de délire partiel. 11 peut y avoir préméditation , guet-apens, mais cette dissimulation qu'ils montrent alors, n’en donnent-ils pas à chaque instant la preuve, soit qu'en présence d’une personne étrangère ils veuillent lui cacher leur véritable situation, soit que, dans leur animation, ils accumulent contre les employés chargés de leur surveillance les insinuations les plus perfides, soit qu'ils complotent quelque tentative d’évasion? On ne saurait donc arguer, de la preuve qu'il y a eu préméditation, que l’aliénation mentale n'existe pas.

Les conséquences psychiques qui suivent l’acte commis offrent encore des caractères qu'il importe de ne pas négliger. Celui qui se sent coupable a nécessairement un grand intérêt à dissimuler les motifs qui l’ont déterminé, les circonstances dans lesquelles il s’est trouvé ; au contraire l’aliéné se met en général aussi à découvert que possible ; il ne nie rien, il tâche seulement de convaincre ses juges de la réalité des chimères qui l’ont obsédé; il croit à la supériorité des arguments qu’il oppose à l'accusation ; il n'a pas l’habitude des réticences, ne paraît pas chercher à faire triompher un système de défense; il ne craint rien sur l’issue de l’affaire qui l’amène devant la justice.

Le remords n’existe pas chez l’aliéné après le crime commis; pourquoi du repentir? n’est-il pas convaincu de ses droits, ne s’esl-il pas conformé aux lois divines et à celles de la justice? Non seulement il ne se repent pas, mais il est fier de ce qu'il a fait; il a agi d’après sa conscience et si la raison vient plus tard à lui dessiller les yeux, le remords ne l’agite pas, puisqu’il 11e se sent pas coupable; il ne fait que regretter le dommage qu’a pu causer sa fatale erreur.

« L'aliéné, dit M. Proal (1), en perdant sa liberté morale par le fait de la maladie, perd du même coup le sentiment de sa responsabilité ; voila pourquoi il n’éprouve pas de remords, ne cherche pas à se cacher, raconte tranquillement les crimes atroces qu'il a commis et quelquefois déclare qu’il serait prêt à recommencer. »

Simulation. — Parfois la maladie est postérieure à 1 acte commis; c’est là un point essentiel à déterminer. Si le médecin doit avoir a cœur de soustraire à la vindicte de la loi celui qui ne la pas sciemment violée, et qui n’a été que l’instrument aveugle d’une volonté malade, il ne doit pas être moins actif pour démasquer la fraude et découvrir une simulation qui n’a d’autre but que de soustraire un coupable à la juste punition qu’il a méritée.

.(1) Proal, op. cit.

Dagonet. — Maladies mentales.

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Nous devons tout d’abord faire remarquer que la simulation est difficile. Celui qui a intérêt à faire cette simulation doit connaître tant de choses, tant de minutieux détails, que rarement il peut montrer dans cette lâche la persévérance qu elle devrait comporter. Il peut tromper un instant, pendant quelques jours, mais rarement il est conséquent avec lui-même, et quelque habileté qu'il apporte à cette œuvre, elle offre toujours quelque côté défectueux qu’un œil exercé doit découvrir. C’est surtout dans un asile d’aliénés que cette simulation est le plus facilement reconnue. L’accusé croit d’abord que sa séquestration met fin à des poursuites; à quelques exagérations succède un calme inusité, et sous les yeux d’un personnel nombreux auquel il paraît indifférent, il arrive bientôt à laisser apercevoir la ruse au moyen de laquelle il comptait se soustraire aux châtiments mérités.

« Ce serait une erreur, dit le D‘ Paul Garnier (1), de croire que cette feinte d’une maladie mentale est de rencontre fréquente chez les prévenus ou les condamnés. C’est là un rôle écrasant qui, pour être soutenu valablement, exige de celui qui se l’impose une énergie peu commune, une opiniâtre ténacité, des aptitudes spéciales convergeant vers l’artifice, la ruse et la dissimulation. » Ce que le simulateur a de la peine à imiter, comme le remarque Kraepelin, c’est un véritable tableau clinique. Il lui faut pour cela faire preuve de connaissances étendues, d'une grande habileté et d’une grande patience. L’idée que le public a de la folie diffère tellement de la réalité que ce sera une facilité de plus pour le médecin de découvrir la simulation. Le plus fréquemment les simulateurs imiteront la bêtise la plus profonde, une mélancolie stupide ou l’excitation maniaque furieuse. On remarquera enfin chez eux une tendance à exagérer les symptômes, ce qui entraîne d’inévitables contradictions. Les cas dans lesquels une observation suffisante ne parviendrait pas à découvrir la simulation sont véritablement exceptionnels.

« Quels que soient, dit Paul Garnier, les dehors que le simulateur emprunte, son imitation est le plus souvent trop grossière pour tromper longtemps le médecin familiarisé avec les manifestations cliniques de la folie. Presque toujours, sinon toujours, c’est par l’exagération même de son jeu que sa supercherie se dénonce. Il grossit ses effets, et ne donne pas l’image, mais la parodie de l’aliénation.

» Laurent, auquel on doit une bonne monographie sur la question, a judicieusement insisté sur l’importance des signes que révèle l’examen attentif du regard, du jeu de la physionomie, des gestes de l’individu suspecté. 11 est particulièrement difficile au simulateur de se composer un maintien, de mettre sa physionomie, ses gestes, sa tenue, mais

(1) Paul Garnier, La simulation de la folie et la loi sur la relégation ( Ann . d'hygiène publique, février 1888, t. XIX, p. 97).

sui tout son regard, « ce miroir do 1 ame », en harmonie avec son langage. Le plus souvent il n adoulitqu’à une choquante discordance.

» C'est à la faveur de ces caractères, empruntés à 17 labilus, que bon nombre de simulateurs peuvent être reconnus, au premier abord, par un œil exercé.

» Le simulateur peut se renfermer dans un mutisme absolu; il prive, par cela même, l'observateur d'un précieux élément de contrôle, et donne moins prise sur lui. C'est ce qu’exprime fort bien A. fardieu (1) : « Assis par terre daus un coin de l’asile, les yeux baissés, les mains jointes, le trompeur peut souvent et longtemps déjouer les investigations du médecin expert et prête, en réalité, le moins possible, à sa pénétration, sans toutefois réussir à la désarmer complètement.» Mais derrière cette inertie, cette passivité, le clinicienexercé sait reconnaître la pensée active, le cerveau en travail d'idées pénibles, angoissantes, idées qui donnent à la physionomie, au regard, une expression que le simulateur le plus habile ne saurait que bien difficilement emprunter. L’attitude du mélancolique stupide, la torpeur du dément, l’insignifiance de son regard, qui le caractérisent d’une façon permanente, ne sont pas faciles à imiter : les signes suffiront presque toujours à découvrir la supercherie. »

Quelquefois, ajoute l’auteur que nous citons, la difficulté de la distinction entre la folie vraie et la folie simulée se trouve accrue par le fait que l’imposteur a déjà séjourné dans un asile d’aliénés, soit qu'il y ait été employé, soit qu’il ait réussi à tromper une première fois la perspicacité des médecins, soit qu’il y ait été placé à l’occasion d’un véritable accès de folie. 11 peut, s il est habile à reproduire ce qu il a vu et entendu, tenir longtemps l’expert dans l’embarras et l’indécision. Voir une observation remarquable de simulation de folie par Morel - .

La tâche du médecin peut être alors rendue embarrassante; il lui faudra dépister des exagérations et des extravagances volontaires, indiquant un système nettement arrêté par l’accusé, dans le but de se faire passer pour un être inconscient ; sous les dehors qu il affecte, on le voit, en réalité, rester maître de sa pensée, de son jugement, de sa volonté et partant responsable de ses actes (3 .

§ 5. — PARTICULARITÉS QUE PRÉSENTE L ALIÉNATION MENTALE AU POINT DE VUE MÉDICO-LÉGAL

L’aliénation mentale présente certaines particularités que b' ne d' cin expert devra avoir toujours présentes à 1 esprit.

Nous ferons une première remarque, c’est qu il est de toute ne-

(1) Tardieu, Études médico-légales sur la folie, 2e édition, I ois, isso.

(2) Morel, Ann. méd. psych., 1857. ,

(3) Legrand du Saulle. Motet et Paul Garnier, Rapport médico-légal sur le nommé L... (Ann. d'hygiène, février 1888, t. XIX, p. 109).

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cessité, pour tout ce qui se rapporte à l’examen médico-légal des aliénés, de bien préciser la forme même d’aliénation mentale et de ne pas admettre légèrement des espèces qui peuvent en réalité ne pas exister (1).

Un des caractères particuliers de l’aliénation mentale, c’est que, si elle éclate quelquefois subitement, par exemple dans certaines tonnes de manie, ou encore à la suite d’une violente secousse morale, il arrive le plus souvent qu’elle se développe lentement. La période de début est alors marquée par des phénomènes qui frappent d’étonnement l’entourage du malade ; celui-ci devient plus irritable, il s’emporte pour les moindres motifs, il se livre sans raison à des actes ridicules; il a de la peine à maîtriser ses désirs ; à certains moments, cette résistance lui échappe entièrement. L'accès maniaque peut être la transition d’une forme de maladie à une autre ; il peut se combiner avec d’autres affections, la mélancolie, l’imbécillité. Quelquefois encore l’affection mentale se montre sous forme périodique et donne lieu à des périodes de calme et à des intervalles lucides. Dans ces différentes circonstances, le trouble mental se trahit souvent par une activité exubérante, quelquefois par des envies de briser, de détruire ou encore par des impulsions violentes au meurtre, au suicide, etc.

A cette période de développement, lorsque l’impulsion n’est pas devenue prédominante, il est impossible d'apprécier cette lutte intérieure du malade, sensé en apparence, et qui peut encore se maîtriser. Tel est le cas de la servante de Humboldt, qui était poussée par le désir irrésistible de tuer l’enfant confié à ses soins; peu de temps après qu’elle fut congédiée, elle fut prise de manie et placée dans un établissement d’aliénés.

Les hallucinations et surtout les illusions exercent naturellement une influence dangereuse sur la volonté du malade.

Lorsqu’il s’agit d 'impulsions maladives, on ne saurait accorder trop d’attention aux particularités suivantes : quelques aliénés déploient une remarquable habileté pour dissimuler leur situation même aux yeux d’observateurs exercés. Roller a observé des aliénés qui ont pu cacher leur maladie pendant des mois entiers.

Il arrive souvent aussi que la personne réellement aliénée se trouve, après l’accomplissement du crime, dans un état de calme et de véritable lucidité; l’acte a mis lin à la crise et a été comme la dernière expression de l’accès paroxystique.

11 s’est alors produit une sorte de détente, et une période de calme et de lucidité intellectuelle a succédé à la crise, comme Morel en avait déjà fait la remarque (2). Comment alors conclure en présence de cette

(1) Voir Mittermaïeret II. Dagonet, Expertises médico-légales en matière d'aliénation mentale [Ann. méd.-psych., 1865, 1866, 1867 et 1868;.

(2) Morel, Traité de méd. légale, p. 39.

nouvelle situation que 1 individu a agi ou non en connaissance de cause? Pour arriver à une observation satisfaisante, l’accusé, sur la responsabilité duquel s élèvent des doutes, doit être alors transféré dans un asile d aliénés et examiné d'une manière suivie par des médecins aliénistes expérimentés.

On a décrit sous les noms de manie sans délire , folie morale , manie raisonnante, etc., une forme assez remarquable d’aliénation mentale qui a pour caractère prédominant une perversion profonde des sentiments, avec l’intégrité plus ou moins apparente des facultés intellectuelles. L individu est sans cesse dominé par les impulsions les plus mauvaises, qu’il est incapable de maîtriser; le délire, s'il n'est pas facile à constater, n’en existe pas moins au fond (I .

Dans tous ces cas, lorsque surtout l’appréciation de l’état maladif a quelque chose de vague et d'indéterminé, il importe au plus haut degré de s’entourer de tous les renseignements qui permettent d’apprécier les conditions étiologiques, les phases diverses, etc., que l'affection a présentées. Un malade par exemple, sort de l’établissement où il était traité parce qu’il avait l’air raisonnable; à peine remis en liberté, il se livre à toutes sortes d’actes nuisibles, il prend plaisir à jeter le trouble dans les familles par l’envoi de lettres anonymes, remplies d'insinuations plus ou moins perfides.

Les expressions de folie partielle, de manie sans délire, de monomanie, dernier terme créé par Esquirol et que les médecins aliénistes tendent de plus en plus à repousser, peuvent, en faisant croire qu'une partie de l’àmc seulement peut être malade, entraîner à des subtilités psychologiques fâcheuses, surtout au point de vue de la médecine légale,

L’expression générique de folie comprend toutes les formes, toutes les nuances par lesquelles se manifestent les troubles intellectuels, le délire partiel, systématisé, aussi bien que le délire général. Du moment où la folie existe, quelle qu’en soit la manière d’être, elle a changé les conditions morales de l'individu et cette transformation exerce sur le libre arbitre une influence qui doit, dans tous les cas, exclure la responsabilité morale; seulement le médecin expert a b; devoir de faire ressortir dans son rapport les particularités qui donnent à l’aliénation mentale sa forme spéciale.

« Qu importe que le délire soit partiel, si la liberté morale n est plus intacte, si l’individu n’a plus la possession de lui-même, s il n a plus cet empire que l’homme en état de santé exerce sur ses actes et qui constitue la plus belle de ses facultés. » (l’roal.)

Ce que I on désigne sous le nom de manie transitoire '\oii < hap. Manie, p.280), doit être aussi l’objet d’un examen particulier. C est un trouble qui se manifeste brusquement, qui détermine desactes\i"lents,

(1) Voir chap. Folie morale et impulsive, p. 437.

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dont le malade n’a même pas conscience, lorsque cet état a disparu.

Le fils d’un négociant de Bordeaux se retire subitement dans sa chambre après avoir déjeuné, en sort peu de temps après et tire sur sa belle-mère. Ce jeune homme avait mené jusque-là une vie exemplaire. Sur l'avis des médecins, il fut acquitté.

Les annales de la science renferment un certain nombre de cas semblables. En pareille circonstance on doit, on le comprend, procéder à un examen minutieux, scruter la vie antérieure du malade, les raisons qui ont agi sur la détermination, etc.

« La manie transitoire, dit justement Mittermaïer, peut se présenter dans différentes conditions. Elle peut être la conséquence d’une idée fixe et d'illusions existant depuis longtemps, mais méconnues parles personnes formant l’entourage du malade ; ou bien elle est l’acte précurseur et déterminant de la folie ; mais elle se manifeste surtout par le fait d'une modification brusque, déterminée par des attaques d’épilepsie, des excès de boisson, une violente commotion, une congestion cérébrale, suite d’insolation, etc. »

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