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ARTICLE II DROIT CRIMINEL

Nous avons résumé rapidement les circonstances et les difficultés en présence desquelles le médecin peut se trouver lorsqu'il est chargé d’apprécier l’état mental d’un aliéné inculpé d’un crime ou d’un délit; dans cette seconde partie, nous passerons rapidement en revue les crimes et les délits généralement observés et commis sous l'inlluence de l’une ou l’autre des diverses formes d’aliénation mentale.

Nous suivrons l’ordre que nous avons adopté dans un autre travail (2), et nous passerons successivement en revue les différents crimes et délits, homicide, incendie, vol, etc...

Homicide. Suicide. — Notre examen se portera tout d'abord sur l’homicide (3), crime plus fréquent et plus redoutable que les aulres et auquel les magistrats hésitent le plus souvent à reconnaître pour cause réelle une aberration mentale.

Nous ferons à ce sujet une première remarque, c’est qu il n'est guère d'aliénés dont les actes ne puissent revêtir un caractère nuisible. Si dans les asiles où ils sont recueillis on n'observe pas ces violences et ces meurtres si fréquemment commis par certains malades laissés en liberté et vivant au sein de leur famille, c’est que dans l’asile seulement sont prises les précautions que leur situation rend nécessaires ; ils y sont l’objet d’une observation attentive; ils ne sauraient cacher aux yeux du médecin et de ceux qui les entourent les idées délirantes

(1) Paul Garnier, Congrès international d' Anthropologie criminelle de Bruxelles {. Annales d'hyqiene, 189.’), t. XXVIII, p. 44G.

(2) H. Dagonet, Considérations médico-légales sur l’aliénation mentale, llnsc, p. Paris, 1849.

(8) L'homicide commis volontairement est qualifié meurtre (art. 295 du code pénal). 11 entraine la peine de mort (art. 302).

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qui les préoccupent, et suivant la forme de leur délire, ils sont surveillés d’une manière plus ou moins active. Mais surtout ils se trouvent soustraits aux causes permanentes qui viennent exagérer leurs dispositions maladives quand ils jouissent chez eux de leur complète indépendance,» et les influences qui pèsent ailleurs sur leur déterminations disparaissent ici.

Quel sentiment haineux pourraient-ils concevoir contre les malades qui les entourent! Les voit-on jamais contracter avec eux quelque lien d’amitié? Comment songeraient-ils à leur attribuer la responsabilité des souffrances qu’ils endurent? Ils comprennent parfaitement qu’ils sont au milieu d’individus privés de leur raison, dont ils apprécient souvent, avec beaucoup de jugement, les actes désordonnés et les paroles incohérentes. Ils ne peuvent pourtant se convaincre qu’ils aient eux-mêmes plus ou moins perdu la raison. Cet isolement particulier qui leur est imposé, cette vie commune au milieu de ceux dont ils jugent et comprennent la situation, contribuent encore puissamment à améliorer leur état.

Les aliénés sont poussés au meurtre par toutes sortes de raisons, les hallucinations et les illusions, les rêves ambitieux, les idées de persécution, l’exaltation religieuse, les impulsions instinctives, quelquefois irrésistibles, telles sont les causes que l’on rencontre le plus ordinairement; les imbéciles commettent encore un meurtre par imitation? les idiots pour satisfaire de grossiers appétits.

Mais toutes ces causes n’ont pas la même influence, elles ne dirigent pas de la même manière la conduite de l’aliéné; elles diffèrent elles-mêmes suivant la nature de l’affection mentale, elles n'ont en réalité rien de commun que la perpétration du crime et les malades si différents par leurs manifestations délirantes n’ont entre eux d’identique que la privation de toute liberté morale. Il est donc essentiel d’apprécier le délire homicide suivant qu’il se présente dans telle ou telle espèce d’aliénation mentale.

L 'homicide s’observe plus fréquemment dans le délire systématisé des persécutions que dans toute autre forme vésanique.

Ces malades font courir à la société, au milieu de laquelle ils sont souvent maintenus, des dangers incessants. Les signes qui caractérisent surtout le délire partiel systématisé dont ils sont atteints, sont significatifs : il roule constamment sur les mêmes idées; le doute, le soupçon, la méfiance ne cessent de se présenter à leur esprit, ils se croient environnés d’ennemis, de persécuteurs et d’empoisonneurs, dont l’unique occupation est d’imaginer chaque jour une nouvelle ruse pour attenter à leurs jours; ils se disent soumis, continuellement, à des influences occultes et funestes. Le persécuté se figure que la redoutable puissance que peuvent donner la physique et le magnétisme, la police et ses agents, est mise à la disposition de ses in-

fûmes tourmenteurs. Tout est pour lui un sujet de déliance ; ses parents, ses amis les plus chers ne tardent pas à prendre part à cetle indigne conspiration ; il s isole pour échapper à toute cette conjuration ; plus son délire est restreint, plus il le dissimule pour cacher au monde la cause de ses douleurs ; il sait qu’on ajouterait difficilement foi à la bizarrerie de ses tourments, et pendant des années, il peut être alleinl d un pareil délire, vaquer même parfaitement à ses affaires et ne faire remarquer tout au plus qu’un peu d’excentricité dans ses habitudes. Sa patience finit enfin par se lasser, il a prévenu toutes les autorités administratives ou judiciaires des persécutions qu'il ne cesse d’endurer; il a averti ses persécuteurs eux-mêmes des extrémités auxquelles il est résolu à se porter s’ils ne mettent un terme û leurs machinations ; nulle part il n’a trouvé justice, partout on l'a repoussé; c’est alors que, poussé à bout, il met à exécution le projet qu’il a définitivement arrêté et, pour arriver à son but, il emploie toutes les ressources que son intelligence peut lui fournir. 11 commet donc un homicide comme le seul moyen d'obtenir la satisfaction à laquelle il aspire depuis longtemps.

Parfois, aussi, persuadé qu’il ne saurait par aucun moyen se débarrasser de persécuteurs puissants, d’ennemis acharnés, à bout de souffrances et dégoûté de la vie, le suicide se présente à lui et vient se lier intimement à son délire partiel ; dans un moment de plus grande surexcitation, il tourne contre lui l'arme qu'il portait soigneusement cachée pour accomplir, quand le moment serait venu, sa funeste détermination.

C’est surtout dans cette forme de délire que l'on rencontre le plus fréquemment chez les aliénés, les circonstances qui se rattachent û la préméditation .

Dans les formes de délire partiel, systématisé, il est presque toujours possible de suivre l’enchaînement rigoureux des idées délirantes qui ont entraîné la détermination fatale. Ces idées, sans doute, sont loin d’avoir toutes entre elles la même ressemblance; elles dillèrenl suivant les formes si nombreuses que présente le délire lui-même, elles n’ont de commun qu une intelligence troublée d une manière spéciale, coïncidant avec des symptômes généraux identiques. Pour arriver a un diagnostic assuré, il importe d’en bien signaler les variétés.

L 'hypochondrie détermine aussi chez celui qui en est atteint le» mêmes dispositions morales. Presque toujours, lorsqu elle est arri\ée à un certain degré d inteusité, elle a présenté des lésions organiques spéciales, comme des maladies du foie et du tube digeslil , sa marche est rarement brusque, elle se développe graduellement. progressivement ; l’appétit devient capricieux, la constipation opiniûlie, et, par suite de la surexcitation générale, toute sensation se réüéi hit dans la conscience du malade avec une incroyable intensité.

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Au moral, le malade est affaissé sous le poids de ses douleurs, il s’inquiète de tout ce qu’il ressent, lapins légère sensation se rattache dans son esprit à un système qu’il s’est forgé ; il se touche et se tâte, s’examine continuellement; il analyse ses matières et dirige son traitement d'après les idées qu’il s’est mises en tête. Bientôt des conceptions délirantes viennent rattachée ces souffrances à des causes qui y sont complètement étrangères; la méfiance prend alors un caractère effrayant, tout devient poison, substance nuisible, on salit ses aliments de matières ignobles, on tache son linge à dessein, le complot est évident à ses yeux; l'idée qui s’est fixée dans son cerveau malade ne peut plus être déracinée et les personnes qui lui prodiguent leurs soins courent dans ce cas de véritables dangers.

M. Aug.... passe sa journée à s’occuper de sa personne, il raisonne médecine et conforme sa manière de vivre aux idées médicales qu'il s’est faites. Cette préoccupation excessive de sa santé n’a pas tardé à éteindre chez lui tout sentiment affectif. Son irritabilité devenue considérable s’élève à une violence extraordinaire lorsqu’il croit qu’on porte quelque atteinte à son existence; ses parents sont devenus ses ennemis et un jour, armé d'un fusil, il s’est mis à la poursuite de sa femme qu’heureusement il n’a pu atteindre.

Marc rapporte l’observation d’un cocher, âgé de quarante-quatre ans, qui, depuis seize ans était atteint hypochondrie. It avait à cette époque, dit le malade, gagné une fraîcheur dans les intestins, elle pouvait être guérie en huit jours, il suffisait pour cela de six bains de vapeur. Le médecin qu'il consulte lui fait prendre des bains chauds, ces bains chauds affaiblissent ses intestins ; il se plaint et le même médecin lui conseille des bains de rivière; sous l'inlluence des bains froids, sa fraîcheur empire d’une manière abominable. Enfin il va consulter à Saint-Louis M. Biett, qui lui prescrit des bains de vapeur, il en prend plus de trois cents; mais il était trop tard; il n’éprouve aucun soulagement. Suit alors la description du traitement bizarre qu’il emploie, île quatre vésicatoires qu'il se pose sur le ventre, etc. Sa maladie empire, son animosité s’accroît contre le premier médecin, qui est seul la cause de tout ce qu'il souffre; il s’arme d’un pistolet et va guetter son malheureux ennemi, dont il veut tirer une éclatante vengeance; il manque heureusement son coup. Interrogé sur ce fait, il regrette vivement de n’avoir pu réussir, car, dit-il, il était réservé pour découvrir et punir les crimes des médecins.

Nous renvoyons aussi le lecteur à la description do l’hypochondrie (p. 311). Les malades qui sontatteints de cette maladie, malgré le délire caractéristique qu’ils présentent, peuvent ne montrer aucun signe extérieur de folie. On ne constate dans leurs paroles aucune espèce d’incohérence. Convaincus qu'on vient exprès pour porter atteinte à leur frêle existence et augmenter leurs souffrances, beaucoup d'entre eux, en commettant un meurtre, se croient dans le cas de légitime défense.

Lu mélancolie peut prendre encore une forme misanthropique, se caractériser par une lésion profonde de la sensibilité affective. Des cir-

constances particulières viennent exagérer cette disposition naturelle, la souffrance morale s accroît rapidement et ne tarde pas à avoir pour conséquence des erreurs de sensation et de perception, de^ conceptions chimériques et les projets les plus dangereux. C'est clic/, ces sortes de malades que 1 on rencontre souvent 1 impulsion instinctive quelquefois irrésistible qui caractérise la folie impulsive que nous avons décrite précédemment. Les hallucinations jouent souvent dans ce cas un rôle prépondérant; elles épouvantent le malheureux qui en suhit l'empire; elles l’entraînent avec force à l’homicide ; souvent même en présence de celte puissance qui le domine, il se détermine à mettre lui-même un terme à une existence insupportable.

Sans doute, fait observer par Miltermaïer (1), il peut exister des cas où des impulsions homicile apparaissent sans trouble apparent des facultés intellectuelles, mais cette contrainte irrésistible, pour être innocentée au point de vue pénal, doit se rattacher à une forme d'aliénation généralement admise. L'observation suivante nous dépeint, avec une vérité bien frappante, la lutte, à laquelle quelques-uns de ces malades peuvent se trouver en proie :

Jeanne X.... est âgée de cinquante ans; elle a toujours joui d'une bonne santé jusqu'au moment de l’àge critique, qui s’est manifesté vers quarante huit-ans. A cette époque, la mort d’une de ses sœurs, à laquelle elle avait donné des soins assidus, vient l'impressionner vivement. I.e d**l ire, qui, peu à peu, se développe chez elle, se caractérise surtout par un dégoût instinctif de la vie, et un défaut remarquable de spontanéité : sa volonté est complètement impuissante.

Une lorce supérieure la contraint d'agir malgré elle. L impulsion au suicide, qui la poursuivait, fait bientôt place à un autre ordre d idées. Lite avait pourles enfants d’une autre sœur la-tendresse d une mère, et cependant elle se trouve prise tout à coup du violent désir de les taire mourir, (-elle idée la révolte, elle ne peut la comprendre, car son affection na [tas diminué un seul instant; aussi que d’efforts ne fait-elle pas p>ur ne pas f s étouffer en les embrassant. Quand l’impulsion était trop forte, elle s en séparait violemment, s’affectant vivement dune situation qui I éloignait de tout ce qu’elle aimait. C’est ensuite conlre sa sœur que se tourna c> tte irrésistible impulsion, plus énergique, et d autant plus pénible qu elle cliei chail à lutter avec plus de force. Rencontrait-elle un couteau, elle le jetait sous une table, bien loin d'elle. Le besoin de tuer devenait-il plus pressant, elle se levait, allait se promener dans une cour et ne rentrait qu ap. es avoir recouvré un peu de calme. Bientôt enfin des hallucinations ieligieuses, des idées de damnation ne lardèrent pas à venir assiéger son < sprit. Elle souffrait d’un état général d’hyperesthésie; toutes les sensations devenaient douloureuses pour elle, la lumière lui était insupportable, le moindre mouvement qui se faisait autour d elle suscitait une nnpiession d>

(1) Mittermaïer, op. clt., p 2-13.

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crainte et d’angoisse. Cette malade s’est heureusement guérie après six mois de traitement dans l’établissement où elle avait été placée; c’est elle-même qui a raconté tous les détails que nous venons de rapporter (1).

L’homme peut donc, dans certaines conditions pathologiques, être poussé par un instinct aveugle auquel il se trouve parfois forcé d’obéir, suivre même malgré lui une impulsion qui n’a aucun but, aucun motif et qui le mène forcément au crime. Il peut commettre un meurtre froidement, sans être mû par une grande passion, un grand intérêt.

La folie impulsive homicide, proprement dite, se caractérise surtout par une lésion plus ou moins isolée de la spontanéité : le malade est impropre à repousser la pensée d’un meurtre qui se présente à son esprit, et cette terrible pensée, il est, malgré lui, obligé de la mettre à exécution. Cette forme d'aliénation mentaleest heureusement rare, maisdes faitsauthentiquesempêchent delamettreen doute; nousrenvoyonspour de plus amples détails au chapitre consacré àla Folie impulsive (p.445).

Les personnes qui sont atteintes d’une pareille affection sont ordinairement fort impressionnables; elles sont d’une susceptibilité considérable, elles sont mélancoliques et cette mélancolie est quelquefois causée elle-même par le chagrin de se voir en butte à des pensées de toute nature qui font leur supplice.

Marc a observé, dans une des maisons de Paris, une jeune dame qui éprouvait des désirs homicides dont elle ne pouvait indiquer les motifs. Elle ne déraisonnait sur aucun point, et chaque fois qu’elle sentait en elle sa funeste propension se reproduire et s’exalter, elle versait un torrent de larmes, et suppliait elle-même qu'on lui mit la camisole de force qu’elle gardait patiemment jusqu’à ce que l’accès, qui durait plusieurs jours, fût passé.

Les impulsions homicides sont particulièrement fréquentes chez les accouchées (folie puerpérale) ; le médecin légiste se trouve, dans ce cas, très fréquemment en présence d’accès transitoires, de durée très courte, et qu’il faut savoir reconnaître pour démontrer la réelle et complète irresponsabilité de certaines femmes accusées d’infanticide.

Quand le délire systématisé revêt un caractère ambitieux et surtout une forme religieuse, quand le fanatisme s’empare de l’esprit du malade, quand des hallucinations ou des illusions terribles viennent lui tracer sa ligne de conduite, que tout est pour lui ordre de Dieu, inspiration divine, alors l’aliéné devient redoutable, il n’hésite pas, quel que soit le châtiment qu’il puisse entrevoir sur la terre, à commettre les crimes les plus atroces avec un sang-froid et souvent une satisfaction capables d’inspirer la plus profonde horreur.

Un homme observé par Mittermaïer est accusé de meurtre sur son

(1) Voir Renaudin, Cinquième rapport sur l’asile de Fains.

pùr6 , il était obsédé par 1 idée fixe tju il était envoyé de Dieu pour punir les péchés des hommes. Placé dans un établissement d’aliénés, il déclarait avec beaucoup de logique que son père était un grand pécheur, et que c’est pour ce motif qu'il avait été autorisé à le tuer par le fait de sa mission divine (1).

Chez les aliénés dont nous venons do résumer le délire partiel et que 1 on désignait autrefois sous le nom de monomaniaques , on voit 1 acte, avant d être accompli, suivre toutes les phases logiques que nous avons indiquées. Chez le maniaque , au contraire, il est instantané; il ne s’annonce par aucun symptôme précurseur, il ne se révèle par aucun symptôme consécutif, il n’a pas de corrélation avec aucun acte antérieur, il est isolé comme les pensées du malade ; et l’on peut être sûr qu’un instant après le maniaque ne songera plus au mal qu’il semblait vouloir faire ; il tue, comme il casse un meuble, il frappe sans que ses coups aient un but ou un motif ; s’il tue, c’est par hasard ; il ne le voulait certainement pas, il a obéi à ses instincts du moment, à une violence aveugle, aux antipathies qui ont signalé le début du délire, qui l’ont rendu complètement insensible et dont il n’avait pas la conscience. Si l’action criminelle a élé commise à une période avancée de la maladie, l’expertise ne présente presque jamais de difficultés sérieuses. Mais, comme nous l avons dit au commencement de ce chapitre, l’affection peut être périodique et le médecin légiste doit alors considérer la succession des accès, leur forme et les intervalles de rémission, qui deviennent de plus en plus courts, au fur à mesure que la maladie devient en quelque sorte définitive.

Enfin, il est des maniaques qui ne délirent jamais en paroles, mais dont les actes sont incohérents et dont la conduite désordonnée et bizarre indique l’absence complète de raison. C’est cette variété que caractérise le délire d’action et qu’on a désignée improprement sous le nom de manie sans délire (Voy. chap. Manie et Folie morale).

Le délire épileptique a été justement signalé comme pouvant déterminer les accidents les plus redoutables; nous nous bornerons a présenter à ce sujet quelques courtes observations.

Personne n’ignore l’influence que vient exercer sur le caractère de l’individu celte terrible névrose; elle modifie profondément le tempérament moral et physique de l’individu; elle le rend susceptible, irritable; quelquefois même, avant ou après 1 accès, on observe une altération plus ou moins sensible des facultés intellectuelles et presque toujours la liberté morale ne s’exerce chez lui que d une manièn incomplète. La gravité de la maladie n’est pas toujours en rapport a\ec l’intensité des symptômes apparents et ce serait à tort que 1 on mesurerait la responsabilité à la violence des accès. Le simple vertige

(I) Mittermaïer, Ann. méd.-psych., mars 18G7, p. 233.

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épileptique produit souvent dans l'exercice des facutés affectives ou intellectuelles un désordre beaucoup plus marqué que ces attaques foudroyantes, objet d’épouvante pour ceux qui n’en sont que rarement témoins.

L’épileptique, suivant les conditions pathologiques que détermine la triste affection à laquelle il est sujet, suivant la fréquence des accès, leur durée, leur violence, peut présenter diverses variétés de délire. Généralement ce dernier revêt un caractère hypochondriaque, le malade supporte difficilement tout ce qui semble porter atteinte à sa sécurité. Les hallucinations et surtout les illusions sont pour lui le mobile de déterminations pour ainsi dire instinctives.

Mais on observe dans quelques cas chez lui une fureur aveugle qui le rend absolument inconscient et le porte aux dernières violences (1).

La fureur , dans ce cas, parait être une sorte de transformation de l’accès proprement dit, on a vu des exemples où l’accès d’épilepsie proprement dit n’avait été que la crise spontanée de cet état de fureur.

Le médecin légiste, en présence d'un acte violent commis par un épileptique, doit donc chercher à reconstituer, d’après l’ensemble des symptômes observés, le tableau général de la maladie (2).

Non seulement les accès présentent au point de vue physique et moral une physionomie spéciale, mais les actes eux-mêmes accomplis pendant ces accès présentent des caractères significatifs ; ils sont violents, automatiques, instantanés et non motivés,

« C’est en s’appuyant sur cette base clinique, dit Jules Falret (3), que le médecin légiste trouvera les moyens d’éclairer la justice dans les actes dangereux commis par des épileptiques. En procédant ainsi, il séparera du groupe si mal défini des folies transitoires, folies instantanées, admises jusqu’à présent dans les traités de médecine légale, une catégorie de faits ayant des caractères particuliers et décrits à l’avance d’après les observations prises dans des conditions où les malades n'avaient aucun intérêt à simuler la folie. »

Nous n’insisterons pas davantage sur tous ces faits qui se rapportent à 1 homicide chez les aliénés et que nous pourrions multiplier à l’infini. Ce que nous avons voulu établir, c’est la nécessité de rechercher avec soin tous les éléments du diagnostic, sans lequel l’esprit des jurés ne pourrait que flotter dans un doute, toujours préjudiciable à l’accusé ; la loi n’admet en effet l’irresponsabilité que s’il y a un fait pathologique qui exclut toute liberté morale. C'est ce que le médecin légiste doit avoir présent à l’esprit dans tous les cas où l’ap-

(1) Voir Folie épileptique , p. 473.

(2) Legrand du Saulle, Médecine légale, p. 825.

(3) J. Falret, État mental des épileptiques, 1861 , et Éludes cliniques sur les maladies mentales et nerveuses. Paris, 1890.

prédation morale d’un crime lui est déférée. Nous résumerons rapidement les considérations qui nous restent à examiner et qui se rapportent aux actes criminels ou délictueux généralement commis par les aliénés.

Dans le délire alcoolique, les actes violents, délictueux et criminels sont extrêmement fréquents (homicide, suicide, viol, incendie, vol, scandales, etc.). La responsabilité est nulle dans les formes aigues de 1 alcoolisme, toutes les lois que le délit ou le crime a été commis pendant une période délirante, sous l’influence des conceptions fausses ou des hallucinations; il en est de même dans l’alcoolisme chronique, alors que des lésions cérébrales définitives ont compromis l’intégrité de l'organe et déterminé le trouble de la fonction 1). La responsabilité est atténuée pour les débiles qui ont une tolérance très affaiblie pour les boissons alcooliques. Elle est entière dans les cas d’ivresse simple ou si l’excitation alcoolique a été recherchée volontairement, sciemment pour aider l'accusé à commettre un crime ou un délit.

Suicide. — Le suicide est fréquent dans beaucoup de formes d'aliénation, particulièrement dans la mélancolie, dans la folie alcoolique, dans les délires systématisés. De plus, il faut considérer les cas où l’individu qui met fin à sa vie sous l'influence de ses idées délirantes, entraîne dans son suicide sa femme et ses enfants, et commet par conséquent un homicide, avant de se tuer. Signalons encore ces mélancoliques religieux qui, voulant à tout prix mourir, mais mourir réconciliés avec Dieu, tuent pour être tués, pour monter sur l'échafaud, après avoir reçu les secours de la religion.

Incendiaires. — Nous ne chercherons pas davantage à faire ici une espèce distincte de ce que l’on a désigné sous le nom do pyromanie , soit que l’acte de l’incendiaire soit le résultat d’une impulsion prédominante, plus ou moins irrésistible, soit qu’il se rattache au contraire à des idées délirantes qui en ont en quelque sorte préparé l’exécution.

M. Zabé (2) repousse avec raison la folie incendiaire essentielle tout autant que la folie homicide essentielle; les actes incendiaires ne sont pour lui qu’un épiphénomène survenant dans les conditions morbides les plus diverses, qu’il importe de rechercher cliniquement. La tendance incendiaire, fait-il remarquer justement, s aperçoit avec des degrés différents et des diversités dans le mode d action, depuis le maniaque instinctif jusqu à 1 imbécile ou celui qui sans être imbécile présente une véritable misère mentale.

Le feu est un moyen de destruction qui est à la portée de tous, qui excite la joie dans le jeune âge, et dont 1 emploi s accommode parfaite-

(1) Consulter à ce sujet l’excellent travail de M. le Dr Vétault, Étwle médico-légale sur l'alcoolisme, juin 18S7.

(2) Zabé, Les aliénés incendiaires, Thèse, 1867, eti4nn. méd.-psyeh.,UVl, t. 11. p. «I

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ment à toutes les impulsions mauvaises plus ou moins soudaines. Il a de l'attrait pour quelques individus dans certains cas d’idiotie ou d’imbécillité, parce que surtout c’est une action nuisible; mais, nous le répétons, ce n'est point l’acte en lui-même qui constitue le délit, ce sont les conditions de causalité qui l’ont préparé et qui doivent servir de base à une appréciation médico-légale. Dans les exemples que la science a recueillis, nous ne voyons guère l 'impulsion à l’incendie dégagée de tout trouble intellectuel; on la rencontre surtout chez des sujets dont la débilité intellectuelle est manifeste, qui ne comprennent pas la moralité de leur action et qui ne saisissent pas l’étendue du mal qu’ils peuvent faire.

Une femme faible d’esprit est persuadée qu’on a jeté un sort sur son mari, ses enfants et sur elle ; elle ne tarde pas à être prise de mélancolie anxieuse ; elle a de l’anxiété, des craintes chimériques, et l’état d’agitation qui caractérise ce genre de folie. Sous l’empire de cet état morbide, elle parvient à faire abandonner sa maison à son mari dont l’esprit parait être également borné et elle y met le feu pour qu’il n’y revienne pas et ne subisse pas, ainsi que ses enfants, les effets des sortilèges (1).

Casper qui s’élève avec raison contre la création anciennement admise d’une monomanie, incendiaire, indépendante de troubles intellectuels plus ou moins nettement accusés, fait également remarquer que la fréquence des incendies allumés par les enfants n’est pas aussi grande qu’on le croit. Il a constaté, en effet, dans des tableaux de statistique établis en Prusse sur les crimes commis pendant douze ans par des enfants, le résultat suivant : on comptait un enfant accusé d’incendie sur trente-six accusés de vol (2).

Etoc-Demazy (3) a cité des exemples de femmes hallucinées chez lesquelles les impulsions à mettre le feu se rattachaient aux autres circonstances d’un délire dont on pouvait suivre la marche et le développement. On trouve la relation d’une fille N... qui avait allumé un incendie ; ce qu’il y avait de remarquable chez elle, c’est que cette fille, qui donnait fréquemment des signes de folie furieuse, était souvent préoccupée du souvenir de sa mère morte sur l’échafaud pour avoir incendié une maison, de complicité avec un homme qui l’avait séduite et entraînée au crime.

En résumé, dans l’appréciation de l’état mental d’un incendiaire, nous devrons suivre les préceptes que nous avons déjà indiqués pour nous guider dans le diagnostic du degré de liberté morale dont jouissait l’accusé, rechercher en un mot l’état de débilité intellectuelle ou

(1) Bonnet et Bulard, Rapport médico-légal [Ann. méd.-psych., 18G7, p. 32).

(2) Casper, Traité de méd. légale, t. I, p. 398.

(3) Etoc-Demazy Ohserv. sur la monomanie incendiaire [Annales d'hygiène, t. XXV, p. 445).

l'enchaînement des idées délirantes qui auront caractérisé l'affection mentale.

Attentats à la pudeur. — Il en est de même pour les attentats aux mœurs, quoique I aliénation mentale soit assez rarement invoquée comme excuse pour des faits de ce genre; la science nous démontre cependant qu’il est des circonstances où ils sont le résultat d'une véritable perversion maladive, dominant irrésistiblement la liberté morale. L’impulsion érotique a quelquefois une exacte corrélation avec l’ensemble du délire; c’est ce que l'on observe par exemple dans certaines formes de mégalomanie.

Un aliéné peut croire dans son délire ambitieux qu’il est arrivé à l’apogée du pouvoir et que sa puissance doit contribuer à multiplier ses jouissances; il s’attribue sur toutes les femmes un pouvoir absolu et on le voit chercher à exercer ses droits imaginaires sur toutes celles qu’il rencontre.

L’attentat aux mœurs est un fait accessoire dans le délire, dont il peut être cependant une conséquence irrésistible. La passion érotique peut dominer exclusivement la liberté morale dans certaines formes de manie, dans celle, par exemple, qui détermine cette fureur érotique connue sous le nom de satyriasis et dont nous avons fait la descrip-

Ition (1).

La déviation des impulsions érotiques et leur dépravation se remarquent particulièrement dans certaines variétés de la dégénérescence mentale. En raison de l’influence qu’elles exercent sur les déterminations, elles rendent nécessaires dans ce cas la séquestration et l’interdiction de celui qui en est atteint.

Nous n’insisterons pas sur tous les modes par lesquels s’exprime la perversion sexuelle . sur tous les actes qui ont dû, dans quelques circonstances, attirer l’attention de la justice. On les trouvera décrits dans quelques auteurs : Tardieu (2), Brouardel 3), Westphal, farnowski (4), Krafft-Ebing, Bail (3), P. Garnier 0) , Magnan, avec les plus minutieux détails dans leurs formes les plus diverses; tels sont l’onanisme, l’inversion du sens génital, la pédérastie, la sodomie, le saphisme, les excès sexuels et le libertinage dans toutes leurs variétés, même les obsessions génitales qui portent des individus a se rapprocher des jeunes femmes ou des filles, à couper leurs nattes de

(1) Voy. p. 279.

(2) Tardieu, Étude medico-lég ale sur les attentats aux mœurs, 7e édition. I ans,

(3) Bouardel, Des attentats aux mœurs, Paris 1 884, et Affaire Menesclou Ann. d'hygiène, 1880, 3e série, t. Vil, p. 439).

(4) Tarnowski, Aberrations du sens génésique chez l'homme Ann. d'hyg. I8S0,

t. XVI, p. 125).

(5) Bail, La folie érotique, 2° édition. Paris, 1893.

(6) Paul Garnier, Perversions sexuelles [Ann. d'hyg., 188 1 . t. X\ III, p. 26s .

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cheveux, etc., comme M. Motet (1) en a rapporté une observation intéressante. Nous avons en partie mentionné ces faits à propos de

la dégénérescence.

Ces habitudes vicieuses peuvent exister en dehors de toute tare héréditaire et de tout signe de dégénérescence ; elles prouvent surtout une exagération du tempérament érotique, une éducation vicieuse, des exemples pernicieux, etc.; l'absence du sens moral qu’elles semblent démontrer ne prouve pas par cela même la perte de la liberté morale et par conséquent l’irresponsabilité de l’individu. Chaque cas réclame, comme tout ce qui se rapporte à la médecine légale des aliénés, un examen particulier et approfondi; il importe alors de détacher le phénomène accessoire de ce qui constitue véritablement l’état morbide ; on le retrouvera dans les formes d’aliénation mentales les plus diverses, chez les faibles d'esprit et dans quelques cas d’hystérie.

Nous nous bornerons à mentionner encore à ce sujet une forme d’aberration de l’instinct sexuel que Lasègue a décrite (2); a désigné sous le nom d 'exhibitionnistes des sujets présentant une disposition maladive à l’étalage des organes génitaux, ce sont de véritables impulsifs à idées obsédantes : on a rencontré ces faits dans les affections cérébrales les plus diverses.

Vol. — Le vol sous toutes ses formes, est très fréquent parmi les aliénés. Nous l’observons dans toutes les variétés de la folie ; il se rattache aux aberrations mentales les plus diverses, on le voit se manifester chez les personnes que leurs antécédents et leur éducation rendaient le plus antipathiques à cette manière d’agir.

Nous avons publié ailleurs l’observation fort curieuse d’une jeune fille atteinte de folie religieuse et ambitieuse et qui avait été arrêtée comme prévenue de vols. Elle s’était présentée dans une toilette simple, mais de bon goût, à l’hôtel de la Ville de Paris à Strasbourg. Elle avait déclaré se nommer Anne de Chàteaubourg et être venue pour attendre l’arrivée de sa tante, la vicomtesse de Holstèin, que des affaires retenaient en Allemagne. Elle demande une chambre, tout en annonçant qu’elle ne couchera pas à l'hôtel parce qu’elle devait passer la nuit à la campagne de M. le baron X..., à la Robertsau.

L’étrangère avait les dehors d’une piété austère. Immédiatement après son arrivée, elle fait venir le Révérend Père X... de l’ordre des jésuites, auquel elle se confesse, etc. Différentes circonstances viennent cependant à appeler sur elle l’attention delà police; on ne tarde pas à l’arrêter et à la reconnaître bientôt pour une simple ouvrière, appartenant à une famille honorable de la ville.

Une perquisition opérée dans son domicile amène la découverte d’un nom-

(1) Motet, Etat mental de P. poursuivi pour avoir coupe les nattes de plusieurs jeunes filles (Ann. d'hyg., 1890, t. XXIII, p. 331).

(2) Lasègue, Union médicale, mai 1877.

bre considérable d objets de toute sorte, dont la variété n'attestait que trop une origine illicite. Elle avoue d ailleurs elle-môme sans hésitation que ces objets provenaient de vols, et elle indique elle-même les maisons des différents quartiers de la\ille dans lesquelles elle les avait dérobés.

Cette jeune fille était prise, depuis l’àge de treize ans, d'accès d’aliénation mentale revenant à des intervalles indéterminés et qui étaient particulièrement caractérisés par des idées de grandeur et diverses bizarreries. Elle affichait pour sa mère un singulier mépris, elle répétait qu'elle n'était pas sa fille et qu on lui avait donné une certaine somme d’argent pour la soigner. Elle volait parce qu elle voulait soulager les malheureux, pour faire aux pauvres des largesses plus abondantes.

Elle il avait alors aucune espèce de remords : « Au contraire, j'étais contente, dit-elle, j allais porter tous ces objets chez une pauvre femme de la rue du Foulon, qui était bien heureuse de ce que je lui apportais (1). »

Cette forme d’aliénation mentale présente un intérêt clinique particulier. Sander(2) a décrit cette forme sous le nom d 'originaire Verrücktheit et Neisser en a fait plus tard une Paranoïa confabulans.

Une maniaque que nous avons observée, connue avant sa maladie comme étant d’une probité exemplaire, s’empare de tout ce qu'elle rencontre, le cache avec soin, et s’étonne qu’on puisse lui reprocher d’avoir repris son bien ou elle Va trouvé; elle refuse obstinément de porter les vêtements appartenant à l’asile parce qu’elle ne veut se servir de rien qui ne soit sa propriété. Une autre dérobe avec adresse les objets les plus insignifiants auxquels elle attribue une valeur inappréciable.

Nous avons vu, pour ce qui concerne la paralysie générale, qu’il existait chez ceux qui en étaient atteints une tendance extraordinaire à s’approprier les objets qu’ils rencontrent et à en exagérer l’importance; les idiots et les imbéciles sont en général très voleurs. Le penchant au vol se trouve dans tous les cas intimement lié à d’autres aberrations mentales. Il existe toutefois des exemples où l’impulsion irrésistible est le caractère principal du délire.

Le Dr Girard (3) cite l’observation d’une dame ayant un penchant irrésistible au vol chaque fois qu’elle était prise d une excitation maniaque périodique. Elle présentait une prédisposition héréditaire; sa mère avait une propension irrésistible pour les boissons alcooliques; une tante, un oncle, un de ses cousins sont mort aliénés ; elle-même avait eu dans sa jeunesse quelques accès hystériformes.

C’est dans un de ces accès à forme maniaque qu cdle déroba chez un marchand différents objets de toilette, dont elle se para le lendemain ni’ me

(1) II. Dagonet et d’Eggs, Rapport méd.-légal (Ann. méd.-psych., 1808.

(2) Sander, Arch. f. l’sych., I, p. 387.

(3) Girard, Ann. méd.-psych., t. VI.

(4) Legrand du Saulle, op. cit., p. 788.

MÉDECINE LÉGALE ET ADMINISTRATION

dans un bal public, où ils furent reconnus. La menstruation s’étant rétablie après ce bal, tous les accidents cessèrent, et la raison reprit entièrement son empire. Six mois plus tard les mêmes symptômes se reproduisent avec la même propension au vol; dans un de ses derniers accès, l’exaltation prend une teinte religieuse et c’est au milieu des projets d’une piété exagérée qu'elle dérobe dans un magasin diverses choses étalées sur un comptoir. Elle sait tout ce que cette action a de répréhensible, elle lutte d’abord contre son désir, mais sous l’impression d’accidents nerveux qui la tourmentent, elle succombe à la tentation et se hâte de rentrer chez elle pour cacher le vol qu’elle a commis.

L 'hystérie est surtout caractérisée, on le sait, par les troubles moraux; les femmes hystériques sont en général mobiles, susceptibles, d’une imagination inquiète, irascibles, peu capables d’occupations sérieuses, riant ou pleurant pour les motifs les plus futiles. La perversité morale, la disposition à commettre des actes bizarres, dangereux se remarquent souvent chez elles.

Parmi les faits délictuenx dont peuvent se rendre coupables les hystériques, il en est, dit Legrand du Saulle(3), d’un ordre spécial, qui ont depuis quelque temps particulièrement attiré l’attention. Ce sont les vols dans les grands magasins et aux étalages. Les grands magasins étalent aux regards les plus riches étoffes, les objets de toilette les plus luxueux, les superlluités les plus séduisantes qui exercent sur quelques hystériques, dont le passé a toujours été des plus recommandables, une fascination qui détermine à une incitation au vol soudaine, non préméditée, presque brutale (1).

Dans ces différents cas le diagnostic présente, on le comprend, des difficultés sérieuses, et l’expert doit s’entourer de tous les renseignements propres à dissiper dans son esprit les légitimes soupçons d'une simulation.

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