‹ Traité des maladies nerveuses, ou vapeursChapitre 10 sur 37 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

/ Complications de l'Hystérie.

Nous distinguerons les complications de l'hystérie en accidentelles et en conséquentes ou dépendantes de la maladie première : ainsi une péripneumonie qui surviendrait chez une femme hystérique serait une complication accidentelle, tandis qu'une nymphomanie, une aménorrhée, une phthisie pulmonaire, une manie erotique, seraient la conséquence de l'affection hystérique : ces dernières maladies peuvent être encore une conséquence médiate ou immédiate de l'hys!érie;

ÎOO MALADIES NERVEUSES.'

ainsi l'aménorrhée, la nymphomanie, les lésions organiques de l'utérus dérivent immédiatement de la névrose de ce viscère, tandis que la manie erotique, la phthisie, peuvent bien, à la vérité, en dépendre, mais indirectement.

Nous allons parcourir succinctement les affections qui, par leur fréquence, leurs rapports et leurs sympathies, ont une sorte d'affinité avec l'hystérie. De ce nombre sont , la phthisie pulmonaire, l'aménorrhée, l'hypocondrie, la mélancolie, la manie, la nymphomanie, l'épilepsie, l'aphonie , les lésions organiques de la matrice et de ses annexes.

Rarement l'hystérie vient-elle se joindre à une phthisie bien confirmée; il semble que l'irritation qui existe alors vers la poitrine garantisse les organes sexuels; mais souvent les retours multipliés des accès hystériques troublent les fonctions du poumon par les agitations convulsives dont ces malades sont affectées. Ce viscère qui, après le cerveau, est celui dont la texture est la plus délicate, devient le siège d'un trouble ou d'une lésion dont il importe singulièrement d'arrêter le plus tôt possible les progrès ultérieurs. Aussi n'est-il pas rare de rencontrer, dans la pratique médicale, de jeunes personnes qui, contrariées dans leur inclination, deviennent sujettes à des accès d'hystérie plus ou moins violens: si leurs vœux les plus chers ne sont point exau-

nYSTÉRIE. ÎOI

ces, la santé dépérit, et l'habitude des agitations «convulsives ne tarde pas à établir vers l'organe pulmonaire un foyer d'irritation.

L'aménorrhée est plus fréquemment cause que complication de l'hystérie; cependant elle peut compliquer celle-ci, ou même en être le résultat. Citons quelques exemples à l'appui de ces assertions.

L'impression du froid détermine chez une femme la suppression des règles, et par suite les accès hystériques surviennent : dans ce cas , l'aménorrhée a produit l'hystérie. La dissertation de M. Royer Collard renferme l'observation intéressante d'une suppression de menstrues, à laquelle l'hystérie s'est jointe consécutivement (r).

Celle-ci, chez une autre malade, est provoquée par des affections de l'âme très-pénibles : la santé générale se dérange, les règles s'annoncent, et l'invasion d'un accès convulsif les supprime. Ici l'hystérie a bien évidemment occasionné la suppression des menstrues.

Une jeune personne, âgée de dix-huit ans, était depuis long-temps sujette à des atteintes de cette névrose. Elle éprouve un jour une vive frayeur dans l'instant de sa menstruation ; celleci s'arrête, et ne reparaît plus. Dans ce troisième

(1) Voyez Dissertation sur l'Aménorrhée , par M. Royer Collard, page 45.

exemple, l'aménorrhée est indépendante de l'hystérie , et constitue encore une complication. Toutes les maladies auxquelles l'aménorrhée ou le dérangement des menstrues donnent si fréquemment naissance, peuvent alors compliquer la névrose utérine. L'hypocondrie et cette dernière sont souvent associées l'une à l'autre, et cette réunion a sans doute contribué à faire admettre leur prétendue identité. Pour éviter l'erreur dans ce cas , il faut d'abord se rappeler que cette complication ne peut pas exister chez l'homme, ainsi que nous l'avons démontré, et se garder ensuite de prendre pour une véritable hystérie quelques symptômes nerveux plus ou inoins prononcés, et analogues à ceux qu'éprouve la femme atteinte de cette dernière affection.

Dans l'observation ci-jointe, Frédéric Hoffmann nous a transmis un exemple assez bien caractérisé d'hystérie hypocondriaque.

Une jeune veuve, âgée de trente ans, ne fut pas, pendant ses couches, exempte de ses accès hystériques. Quelque temps après la mort de son mari, elle se livre à une vie dissipée, danse avec excès, s'expose à des refroidissemens subits en s'asseyant presque nue sur le gazon, fait ses délices des fruits de la saison et des acides. Bientôt ses forces et son estomac s'affaiblissent au point qu'elle éprouve des anxiétés précordiales, de la gène à respirer, des douleurs dans le dos et de

la constipation; une sérosité visqueuse, qui coule à l'époque des règles, et même après, remplace cette hémorrhagie , et s'arrête elle-même à la suite d'un froid vif ressenti vers le bas-ventre. Une tumeur large de quatre doigls et longue d'un palme, avec douleur pongitive , survient à l'aine ; il s'y joint d'autres symptômes graves : tout à coup la malade tombe à terre privée de mouvement, de sentiment et de connaissance; la figure était gonflée et rouge, les seins très-enflés, et sa sueur teignait le linge en rouge; le ventre était distendu par des vents , le pouls plein et fort, les pieds étaient froids. Une saignée dissipa promptement cette attaque : le même accès se renouvela plus de cinquante fois avec plus ou moins de force dans moins d'un mois, sans toutefois amener une grande perte de forces, bien qu'on ne pût diminuer ou dissiper les accidens qu'à l'aide de la saignée. Hoffmann défendit des saignées si fréquentes, et surtout du bras; il conseilla les pédiluves tièdes, les lavemens huileux et carminatifs, des poudres tempérantes, etc. Bientôt la malade se trouva un peu mieux; et s'étant mariée, elle fut dès-lors parfaitement

guérie.

Je suis très-porté à croire que le mariage a fortement contribué à la guérison de cette veuve, et cette opinion me confirme dans l'idée d'une affection hystérico-hypocondriaque.

Les aliénations compliquent parfois l'hystérie, Zacutus Lusitanus a consigné l'observation d'une jeune personne qui, à la suite d'un amour contrarié, devint hystérique, et tomba ensuite dans une sorte de lycanthropie : elle hurlait comme un loup, mais elle ne se croyait pas changée en cet animal.

Le penchant au suicide peut aussi s'associer aux affections hystériques. Forestus nous a conservé l'histoire d'une jeune personne qu'il vit en proie aux accès d'hystérie les plus violens. La malade résolut de périr d'inanition ; mais ce médecin, ayant reconnu la cause de son désespoir, engagea ses parens à la marier selon ses désirs, et la promesse de cet hymen assura sa convalescence.

On trouve dans Chambon (lom. II, p. 167) l'exemple d'une jeune femme très-libertine, qui, après un retard de quatre mois, fut atteinte d'accès hystériques, puis de manie, et enfin de convulsions générales, auxquelles elle succomba.

La réunion de l'hystérie et de l'épilepsie offre une des complications les plus fâcheuses : elle est heureusement assez rare. J'en emprunte un exemple au docteur Maisonneuve. ( Observation analysée. )

Elisabeth **, d'une forte constitution, d'un caractère très-turbulent et presque maniaque, naquit de parens sains et aisés. A quelques fièvres

intermittentes près, sa santé avait toujours été bonne jusqu'à douze ans, époque où elle éprouva un premier aceès épileptique, occasionné par la peur qu'elle eut dune poupée. Conduite a la Salpêtrière, elle y fut traitée par les bains, les saignées, et eut peu d'attaques jusqu'à i3 ans.

L'écoulement menstruel parut alors accompagné de beaucoup de maux d'estomac; il fut régulier pendant quinze mois, et durant tout ce temps elle n'eut pas un seul accès. De retour dans sa famille, un retard de deux mois ramena les accidens, pendant huit jours consécutifs, à cinq ou six reprises.

Elle fut ramenée à la Salpêtrière, où elle est depuis deux ans et demi. Ses accès sont relatifs, pour la fréquence et l'intensité , à l'état des règles. L'accès arrive tantôt subitement, tantôt après des symptômes précurseurs , étourdisse mens, agitation, sentiment de strangulation , puis chute, perte de connaissance, contraction tétanique des muscles, des membres, de la tête qui se penche en arrière, mouvemens convulsifs par intervalles , tension de diverses parties. Les yeux sont ouverts , fixes , louches , des tremblemens, des agitations, des mouvemens violens de tout le corps se succèdent • la respiration est laborieuse et bruyante > le visage rouge ; les jugulaires sont gonflées; il y a peu d'écume à la bouche; le pouls est insensible. Par instans, la

malade frappe sa tète avec force à poings fermés; et délire. Lés accès sont plus ou moins forts; il s'y joint quelquefois une tension partielle des muscles de la face ; ce qui rend le visage hideux. D'autres lois le cou se gonfle, la figure est livide, etc. ; et alors il y a beaucoup d'écume à la bouche.

Cette maladie nous offre très-probablement 3'exemple d'une complication hystérico-épileptique; toutefois elle présente bien aussi quelques rapports avec les hystéries épileptiformes dont nous avons parlé pag. 8r et suiv. ; mais ce qui nous décide a reconnaître dans ce cas l'existence d'une complication, c'est d'abord l'opinion d'un observateur tel que M. Maisonneuve , et la cause première de la maladie, la frayeur, d'où provient si souvent l'épilepsie. La réunion de ces deux maladies a pu être méconnue, et aura conduit quelques praticiens à les identifier. Pour reconnaître la complication , il faut une attention réfléchie et des recherches- multipliées;, par cet examen, on découvrira peut-être les causes spéciales de l'une et l'autre affection, leur invasion successive ou même simultanée, ce qui doit être beaucoup plus rare; enfin leurs symptômes respectifs, etc. Nous les exposerons incessamment en parlant du diagnostic de l'hystérie.

M. P**, praticien très-distingué, assure que l'hystérie t qui résiste aux moyens rationnels, ou

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