‹ Traité des maladies nerveuses, ou vapeursChapitre 9 sur 37 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Terminaisons des accès et de la maladie,

La durée des accès varie; ils se prolongent depuis deux et trois heures à dix et douze heures, et dans quelques cas plus rares, à sept ou huit jours. Lorsqu'un paroxysme hystérique touche à son déclin, ce qui arrive après un laps de temps très- variable , les convulsions diminuent progressivement; les malades étendent les bras et les jambes , et se livrent à des bâillemens et des éternuemens; la respiration n'est plus aussi gênée, la circulation s'exécute avec ordre , et on entend ordinairement des borborygmes : obmurmurant intestina, La fin de l'accès est plus spécialement assurée lorsqu'un liquide particulier vient lubrifier les parties génitales. Rarement cette sécrétion est elle accompagnée dune sensation voluptueuse, analogue à celle du coït. Cependant Galien rapporte l'exemple dune femme dont les crises hystériques se terminaient par une émission spontanée de liqueur spermatique, émission accompagnée dune sensation voluptueuse. Zacutus Lusitanus , et plusieurs autres médecins ont répété la même observation. Les malades , pour la plupart , rendent une quantité prodigieuse d'urine extrêmement limpide. En même temps la physionomie devient plus calme , les yeux ne sont plus égarés , la voix

recouvre son timbre ordinaire; après un moment de stupeur et d'étonnement , les suns sont susceptibles d'impressions et de sensations exactes; enfin l'exercice régulier des fonctions de l'entendement se rétablit. A la fin de l'accès, dont la terminaison absolue est plus ou moins rapide , il reste un grand accablement; les malades se plaignent de ressentir de grandes lassitudes et et des douleurs dans les membres; quelquefois un premier accès est unique; mais le plus souvent il survient, d'une manière irrégulière, un nombre indéterminé d'atteintes, dont les intermissions, l'intensité et la durée sont elles-mêmes très-variables.

L'hystérie peut alterner avec une autre affection, ou se convertir en d'autres maladies. Le docteur Alibert rapporte, dans ses Nouveaux hlêmens de Thérapeutique , qu'une femme ressentait tour à tour les symptômes dune fièvre catarrbale, et les accès violens d'une maladie hystérique. Backer parle d'une dame qui éprouva pendant plusieurs années des attaques d'hystérie auxquelles succéda un asthme convulsif trèsviolent , qui alternait avec des crampes d'estomac fort intenses. Au rapport de Cheyne , Fétisie tuberculeuse (ou phthisie) est souvent la suite des fortes hystéries. Sydenham a vu cette dernière affection se convertir en hématémèse , «tisie, goutte, apoplexie, paralysie, syncope;

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mais rappelons-nous que ce médecin , si justement célèbre , a cependant confondu l'hystérie avec l'hypocondrie.

Pendant la grossesse , la névrose de l'utérus se trouve en quelque sorte suspendue : lfystericœ tempore graviditatis quo impetum principii vitalls utérus attrahit, à spasmis et qffectibus nervosis liberœ sunt. Hoffmann nous a transmis plusieurs exemples qui pourraient etayer cette opinion, mais nous nous bornons à citer le suivant, que nous abrégeons (obs. 4)- Une femme, âgée d'environ trente ans, est prise tout à coup de convulsions à la suite d'un refroidissement : elle tombe à terre ; sa tête et ses pieds offraient les mouvemensconvulsifs les plus singuliers , tandis que les mains en étaient exemptes : elle vociférait et se mordait les lèvres. Les paroxysmes revenaient vers l'époque des règles , et sans signes précurseurs; ils étaient suivis de lassitudes, etc. Cette dame devint enceinte, et pendant toute la durée de sa grossesse , elle n'éprouva aucun accès, et accoucha heureusement. Vers le dixième jour, les lochies diminuèrent et furent remplacées par une sérosité sanguinolente ; la malade était en outre très-constipée : les maux de tête, les vertiges, les flatuosités, les convulsions , etc. , revinrent ; mais enfin les lavemens carminatifs et huileux, les pilules tempérantes, balsamiques, le castoréum, le safran, et l'usage des eaux miné-

raies contribuèrent efficacement à la guérison de cette maladie. Cependant les femmes enceintes, quoique exemptes en général des accès hystériques , n'en sont pas constamment à l'abri ; ils dépendent alors presque toujours de l'influence qu'exercent les affections morales. Exemple : Une demoiselle sujette, par suite d'une menstruation irrégulière , à des atteintes d'hystérie , se marie à l'âge de vingt et un ans : le désordre cesse ; mais dès le quatrième mois de son mariage, de violens chagrins ramènent les accidens hystériques , qui continuent pendant la grossesse et l'allaitement , et se dissipent enfin avec le retour du calme moral. D'autres fois cette névrose n'est que suspendue pendant un certain laps de temps, ou durant le cours d'une autre maladie. Une femme hystérique éprouve à la suite de ses couches un abcès auquel succède un ulcère sinueux ,* pendant six mois , il ne se manifeste aucun mouvement convuïsif; mais l'hystérie reparut dès que l'ulcère fut guéri. (Reil.) J'ai vu, dit il, une autre hystérique qui n'éprouva point d'accès pendant toute la durée d'une fracture. Certainement, ajoute-t-il, dans ce cas-ci, aucun transport d'humeur n'avait lieu. Aliam vidi mulierem , spasmis hystericis subjectam, cui, cùm os frange* retur y paroxysmus non accidebat; certè in hâc specie nulla materiœ migratio facta erat. (Reil, p. 179, Médecine clinique.)

L'hystérie peut encore se terminer par une paralysie. Lepois rapporte qu'une religieuse , sujette depuis plusieurs années à des accès d'hystérie, en fut délivrée une première fois par la paralysie du bras et de la jambe gauches, et une seconde fois par la paralysie du bras seul.

On voit, dans quelques cas, cette névrose offrir une terminaison funeste , comme nous l'avons annoncé déjà ; mais de plus, elle conduit quelquefois à d'autres maladies très -graves : c'est ainsi que mon ami le docteur Nacquart a vu une dame qui avait conservé de son état hystérique des borborygmes perpétuels : elle avait été obligée de se retirer du monde, et est morte phthisique, peu de temps après, à l'âge de trentecinq ans.

En parlant des complications, nous fournirons, en assez grand nombre, des exemples de ces terminaisons fâcheuses.

Crises de V Hystérie.

Les crises de l'hystérie sont variées et nombreuses, moins cependant que celles de l'hypocondrie. Comme nous ferons connaître ces dernières avec détail , nous indiquerons très-succinctement les particularités relatives aux crises de l'hystérie : celles-ci, en outre, peuvent être complètes ou incomplètes. Cette affection se juge par les différens modes de crises, par des

éruptions qui se manifestent sur le système cutané, par des sueurs, des sécrétions diverses, des abcès ou des suppurations dans le tissu cellulaire , par des hémorrhagies , par des diarrhées propres au système mu queux intestinal, par des urines très -abondantes, le plus ordinairement par la sécrétion du mucus vaginal , et quelquefois par une émission spontanée de la liqueur muqueuse ou spermatique , émission qui peut être accompagnée d'un sentiment voluptueux; enfin par d'autres maladies qui se terminent elles-mêmes promptement et favorablement.

Une jeune fille , au rapport de Zacutus Lusitanus [obs. 94)1 en proie aux spasmes hystériques les plus violens, n'éprouvait aucun soulagement des moyens réputés antihystériques, et fut guérie par une sensation voluptueuse excitée vers l'utérus, et par une émission spermatique abondante : Titillatione et fervore quodam in utero concitato , copiosum semen excernens , ab accèsslone sœvâ superstes remansit. Zacutus demande ensuite si ce moyen peut être permis par hn médecin religieux, et n'osant résoudre la question , il renvoie à d'autres autorités : Raphaël Moxius ) lib. 1 , de curandis morbis muliebribus , 17, etc. Carrerius disput. 69, ad lib. 6, de locis affect. Galen : et apologia tertia doctoris Didaci Morani Lusitani, in quâ de epilepsiâ hystericâ egiù luculenter.

HYSTÉRIE. gc)

Nous sommes loin de penser qu'un pareil expédient puisse être autorisé par les médecinsnous croyons au contraire qu'il doit être interdit ou laissé dans l'oubli, quand ceux qui entourent ces malades n'en ont pas connaissance. En effet, si les accès sont peu intenses, il faut les abandonner à la nature, ou s'efforcer de les guérir de quelque autre manière ; si au contraire ils sont portés au degré le plus violent, à ce point, qu'on rencontre très-rarement, de menacer la vie des malades, nous doutons que ce moyen réussisse à les sauver du péril auquel elles sont exposées; cette condition serait cependant la seule qui pourrait faire enfreindre la mesure prohibitive et générale.

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