CHAPITRE IX
Pronostic de l'Hystérie.
Il existe une grande différence entre le jugement prononcé par les médecins de l'antiquité et celui des modernes, sur les diverses terminaisons dont cette névrose est susceptible. Le pronostic des anciens dut être plus fâcheux, soit parce qu'elle offrait réellement plus d'intensité dans ces temps reculés, soit parce que nos devan-
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ciers jugeaient moins le danger de cette maladie que celui des complications ou des autres affections avec lesquelles des médecins ont pu la confondre. Les accidens de l'hystérie présentent un spectacle vraiment terrible, et capable d'effrayer tous ceux qui, sans la connaître, l'observent pour la première fois; peut-être même cette impression a-t-elle influé sur l'opinion que beaucoup fie personnes en ont conçue. Toutefois nous reconnaîtrons que l'honneur d'avoir bien jugé cette névrose peut être revendiqué par Hoffmann : Ut valdè terribilis hic videtur morbus, in se tamen non adeô periculosus est; et par Mauriceau. Ce dernier nous a conservé l'histoire d'une jeune femme qui n'éprouva qu'un seul accès d'hystérie, et qui depuis lors jouit d'une bonne santé. Telle fut l'inquiétude des parens, qu'ils lui firent apporter l'extrême -onction; mais Mauriceau les consola aussitôt en leur assurant que ce n'était qu'une maladie passagère. (Voy. Mauriceau, obs. xx.) Si donc plusieurs affections, par une apparence bénigne , inspirent souvent une sécurité perfide, celle-ci, au contraire, est, par le désordre dont elle s'accompagne , propre à faire naître, dans bien des occasions, des craintes exagérées.
Passons maintenant en revue les diverses circonstances qui peuvent modifier l'opinion qu'on doit se former sur la terminaison de l'hystérie.
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Un âge peu avance , que l'on considère en général, et avec raison, comme une disposition favorable à l'issue heureuse des maladies, n'offre pas le même avantage dans le cas présent. En effet > l'observation semble avoir démontré que cette affection , considérée exclusivement sous le rapport de l'âge, est quelquefois plus grave, plus intense et plus rebelle lors des approches de la puberté et dans les premières années qui lui succèdent , qu'à des époques plus éloignées : ce qui dépend de l'exaltation des sens ou du système utérin particulière à cette période de la vie, et de l'énergie même delà constitution; souvent aussi de l'intensité des causes. Plus tard, et à mesure que les malades acquièrent des années, les accidens perdent de leur violence (sauf les différences qu'apportent le tempérament et d'autres circonstances); et l'on doit d'autant plus espérer des efforts de l'art ou de la nature , que ces personnes avoisinent ou ont dépassé le terme de la vie départie aux organes sexuels. Un tempérament sanguin, un caractère ardent ou lascif, une organisation très-robuste, sont assez souvent l'indice d'accès violens , tandis que la prédominance du système lymphatique annonce une hystérie peu intense et plus facile à guérir. Toutefois cette constitution lymphatique et débile, que l'on rencontre chez quelques femmes nerveuses t peut leur faire contracter une sorte d'habitude
hystérique qu'il est difficile de déraciner. Quand la terminaison des accès est accompagnée de lémission du liquide spermatique et dune sensation agréable, la maladie ne tarde pas à se dissiper entièrement.
Si la jeune malade est condamnée, par état ou par les circonstances dans lesquelles elle se trouve, à l'inaction, à l'isolement ; si elle est privée des moyens de diversion, des consolations de l'amitié, ou exposée à rencontrer l'objet de son inclination ; si enfin ses vœux ne peuvent être exaucés, les chances défavorables prédomineront, l'organisation physique sera fortement affectée, le moral participera bientôt au désordre, et la manie erotique pourra se déclarer , ainsi que nous en avons vu plusieurs exemples. Lorsque l'hystérie a été produite par une cause physique ou morale très-énergique et inamovible, on doit s'attendre à éprouver plus de résistance dans l'application des moyens curatifs. Si c'est la suppression des règles qui a déterminé la maladie, celle-ci sera plus accessible aux efforts de la médecine que l'hystérie, résultat d'un violent chagrin non susceptible d'être affaibli ou détruit.
Mais quand une inclination raisonnable est la cause morale des accidens, quand nul obstacle ne s'oppose à l'hymen désiré par la jeune personne, que le vœu de la nature est rempli , il ne reste le plus souvent aucune trace de cette affection. Ea
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gênerai, si la maladie est récente, on doit espérer tin prompt rétablissement ; mais lorsque l 'hystérie est développée depuis long- temps, le pronostic sera moins favorable, parce qu'il est à craindre que la malade ne soit sous l'empire dune sorte d'habitude. L'expérience apprend que cette névrose simple et peu intense est plus facile à guérir que celle dont les accès sont violens ou qui est compliquée; cependant l'intensité des accès n'ajoute que très-peu aux craintes que peut inspirer l'hystérie. Quand il s'y joint une complication, le danger relatif à cette dernière doit modifier le pronostic. Si la maladie persévère, la cause connue étant enlevée; si elle est rebelle aux soins les plus éclairés, aux ressources de l'art les mieux éprouvées, ce qui n'arrive que très-rarement, on doit craindre alors qu'elle ne soit entretenue par quelques altérations dans le tissu des organes génitaux. L'examen de ces divers désordres fera le sujet des considérations que nous présenterons dans le chapitre suivant.